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Volume 4 (1673-1679)

Recueil

de

Chansons,

Vaudevilles, Sonnets,

Epigrammes, Epitaphes

Et autres vers

Satiriques & Historiques

Avec des remarques curieuses

Depuis 1673 jusqu’en 1679

 

Vol. IV

 

 

 

Chanson                                1673                            [1]

Sur l’Air: il fait tout ce qu’il defend.

A Claude Perrot de St Dié, femme de Benigne le Ragois Sr de Bretonvilliers President de la Chambre des Comptes de Paris, delaquelle etoit amoureux, François de Harlay-de Chanvallon Archevesque de Paris.

 

Bretonvilliers ma voisine, (1)

Scavez vous ce que l’on dit

Qu’un Prelat de bonne mine (2)

Vous a mise en appetit;

Quoiqu’il ait la face bleme, (3)

C’est pourtant toujours le meme; (4)

Il fait tout ce qu’il defend

A Paris comme à Rouen. (5)

 

(1)  Cette Chanson s’adresse à Madame de Bretonvilliers et a eté apparamment faite par quelque femme demeurante dans l’Isle Notre Dame où demeuroit Madame de Bretonvilliers dans une Maison superbe.

(2)  L’Archevesque de Paris qui etoit parfaitement bienfait.

(3)  Il etoit pasle.

(4)  C’est a dire toujours gaillard et vigoureux.

(5)  Lisez l’article 2 du Commentaire de la Chanson precedente.

 

Chanson                                1672                            [3]

Sur l'air: Des Ennuyeux.

Sur François de Harlay de Chanvallon Archevesque de Paris, Commandeur des Ordres du Roy etc.

 

Notre Archevesque de Paris

Quoique tout jeune a des foiblesses,

De crainte d’en être surpris

Il a retranché ses maitresses,

De quatre qu’il eut autrefois

Ce Prelat n’en a plus que trois.

 

Chacun trouve de fort bon sens

Le retour qu’a fait la Gouville   La Marquise de Gouville soeur du M.al de Tourville

Elle etoit demeurée aux Champs,

Son amant etoit a la ville,

L’amour l’en avoit fait partir,

Et l’amour l’a fait revenir.

 

Le jeune Prélat enflamé

De quelque reste pour la belle

Luy voyant le coeur allarmé

Jura qu’il lui seroit fidele,

Et qu’il reprendroit sur les trois                                                         [4]

Ce qu’il lui donnoit autrefois.

                                             

 

Chanson sur l’Air…                1673                          [5]

 

Nos invincibles généraux,

Rochefort, Bissy, Ximene,                             Alongny-Rochefort.

Ont surpassé tous les heros,                           Thiard de Bissy.

Ils ont pris Treve en six semaines,

Si Chaseron y eut été

Six mois on y auroit resté.

 

Chanson                                                                    [7]

Sur l'air: Des Ennuyeux

Sur Louise-Françoise de Bouthillier veuve de Philippes de Clerembault Mareschal de France de laquelle on disoit que Francois de Harlay Archevesque de Paris etoit amoureux.

 

A quoi bon ces austeritez,

Que vous affectez Marêchale

Malgré les soins que vous prenez

De passer pour une Vestale;

On dit que Monsieur de Paris

Est du nombre de vos amis.

 

Cette Chanson n’a pas besoin de Commentaire.

 

Chanson                    1672                            [9]      

Sur l’Air: du Duc de Beaufort.

Sur….. de Coulanges, femme de ….. Turpin-Crissé Comte de Sauzay Colonel d’un Regiment de Cavalerie, et sur …..Barillon femme de ……. Comte de Chastelus.

 

De Sauzay, de Chastelus,

Qu’Elle est la plus habile, (1)

Boucher (2) répond la dessus

J’estime Sauzay la plus

Fertile, Fertile, fertile. (3)

 

(1)  a faire des enfans.

(2)  Fameux Chirurgien pour accoucher.

(3)  C’est a dire celle qui accouche le plus souvent.

 

 Chanson                   1673                            [11]

Sur l'Air: Des Ennuyeux

A …..de Coulanges, femme de N….. de Turpin-Crissé Comte de Sauzay Colonel d’un Regiment de Cavalerie; Par Philippes Emanuel de Coulanges son frere, Maitre des Requestes; sur ce qu’Elle etoit souvent grosse.

 

Ma pauvre souer qu’il est aisé,

De vous faire au ventre une bosse,

Belle (1) Comtesse de Sauzay,

Tous les neuf mois vous etes grosse

Quand vôtre Epoux sera venu (2)

Envoyez le chez la Cornu. (3)

 

Fut il jamais rien moins charmant

Qu’un tas d’enfans qui toujours crient,

L’on dit papa, l’autre maman,

Et l’autre pleure aprés sa mie

Et pour avoir cet entretien

Vous êtes maigre comme un Chien.

 

(1)  La Comtesse de Sauzay etoit tres aimable; mais sourde.

(2)  …… Turpin Crissé Comte de Sauzay.

(3)  Fameuse maquerelle de Paris.

 

 

Pour moy, je n’ay point cet ennuy, (4)

Et je m’en trouve plus habile (5)

Heureux qui n’en fait point chez lui,

S’il en fait, qui les fait en ville.

L’on n’a point d’incommodité,

Toujours bon tems et liberté.

 

(4)  C’est icy Mr de Coulanges qui parle.

(5)  Ce n’etoit pas par habileté que le pauvre homme ne faisoit point d’Enfans. C’etoit plutôt par incapacité, car il passoit pour être impuissant.

 

 

Chanson                    1673                             [13]  

  

Sur la Famille des Marcilly. Leur nom de famille est des Champs.

 

Des Marcilly l’on dit tout haut,

Que c’est une bonne race,

Le vicomte fut Maquereau

Et sa soeur jadis garce,

Le Marquis l’on scait en effet

Qu’il est le Bardache de ses valets.

 

Parodie                      1673                            [15]

 De la 4e Scene du 2d Acte de l’Opera de Cadmus et Hermione sur Philippes de Coursillon Marquis de Dangeau, Gouverneur de Touraine, lequel partoit pour s’en aller en Angleterre et s’y battre contre Milord Petterborough, celuy ci etant venu a Paris perdit quatre mil pistolles au jeu contre le Marquis de Dangeau, et s’en retourna en Angleterre sans les payer disant qu’il avoit eté trompé. Voyla le sujet qui l’obligea le dernier a aller chercher son ennemy pour en avoir raison. Il mena avec lui le Comte de Briole 1er Escuier de Henry-Jules de Bourbon Duc d’Enghien etc et pour lui servir de second dans le Combat qu’il devoit entreprendre. Mais le sujet de leur voyage, leur depart de France et leur arrivée en Angleterre furent si publiques, qu’on les arrêta dans ce dernier Royaume dés qu’ils y furent entrez. Il n’y eut donc point de Combat, mais seulement une negociation entre les parties, pour le payement des quatre miles pistolles aprés quoy le Marquis de Dangeau et le Comte de Briolle s’en revinrent en France.

L’Auteur introduit dans cet [sic] Parodie le Marquis de Dangeau partant pour Angleterre, et disant Adieu a Anne de Lenclos vulgairement appellée Ninon, dont il etoit alors amoureux. De même que dans la Scene Parodiée, Cadmus prend Congé d’Hermione pour aller combattre le Dragon de Mars.

 

Dangeau.

Je vais passer en Angleterre

Je vais pour me venger dans cette ingratte terre,

D’un Milord qui fait l’insolent,

Je me ferai payer où j’y perdray la vie

Je scay que je m’expose a quelque raillerie

Mais je veux avoir mon argent.

Ninon.

Ah Dangeau pourquoi partez vous?                                                               [16]

Vous prenez donc l’Epée, et quittez la Houlette*;

Ostez vous cela de la teste,

Et moderez votre courroux;

Voyez dans quel peril l’avarice vouse jette,

J’aimerois mieux perdre la dette;

Ah Dangeau pourquoi partez vous?

D.

Je l’avoue, il est vray; ce Cmbat m’inquiette,

Mais aprés cet éclat puis-je encore filer doux!

N.

Songez a demeurer, et cessez de poursuivre,

Le funeste dessein que vous avez formé;

Helas vous aimez tant a vivre,

Et vous allez etre assommé.

D.

On ne perd pas ainsi quatre mille Pistolles,

Outre tous les brocards qu’il me faudra soufrir,

Je fais de la depense, il l’a faut soutenir,

Et donner cinq cens Louis a mon second Briole.**

 

*Le Marquis de Dangeau etoit un vray Pasteur, car il etoit mauvais Soldat. Il etoit Poëte, toujours amoureux, fade dans ses discours, et il faisoit le bel Esprit, aussi etoit il de l’accademie Françoise.

** Il est vraisemblable que cecy est une pure plaisanterie pour tourner Dangeau et Briole en ridicule, car il est hors de toute apparence que Briole servit son amy pour de l’Argent.

 

N.                                                                                     [17]

Ah le plaisant second, c’est un maître d’Ecole*,

Le choix, mon cher Dangeau est bien impertinent,

Cet homme n’est bon seulement

Que pour parler et pour ecrire,

Quand on choisit pour son argent,

Pourquoi Diable, choisir le pire.

D.

Par de cruels discours voulez vous m’accabler,

Il n’en faut pas beaucoup pour me faire trembler.

N.

Vous allez faire une sottise.

D.

Il est vray, je le connois bien.

N.

Je ne vous diray donc plus rien.

D,

Je me repens deja d’une telle entreprise.

N.

Ne le suivez donc plus.

D.

Mais je serois perdu.

N.

Mais vous serez battu.

 

*Briole est si bien defini par cette comparaison et le reste de cet Article qu’il sufisent pour Commentaire.

 

Et rien n’est si ridicule,                                                                       [18]

Que de s’en revenir honteux à St Germain.*

D.

Tout le monde n’a pas le don d’etre un Hercule

Et meme sur ce point, je ne fais point le fin,

Il faut partir demain.

N.

Si vous ne voulez pas me croire

Je vous laisse aller.

D.

Sotte gloire.

N.

Malgré tous les Conseils que l’on vous a donnés,

Croyez moy, Dangeau, renguainez.

D.

L’on m’attend.

N.

Que je sens de colere,

Vraiment c’est bien a vous d’etre si temeraire.

Ensemble.

Ah que le jeu cause de mal.

N.

Vous partez.

D.

Il le faut.

 

*a St Germain en Laye ou la Cour etoit pour lors.

N.                                                                                     [19]                

                 Demeurez.

D.

                                         Mon Cheval,

Mes pistolles et ma rapiere,

Il faut m’arracher de ce lieu.

N.

Ah Dangeau, ah Briole, adieu.

 

Chanson                    1673                            [21]

Sur l’Air: le Grand Palice est mort.

Sur le demeslé que Philippe de Courcillon Marquis de dangeau eut avec Milord Peterborough et le voyage qu’il meditoit en Angleterre pour en tirer raison dont on peut voir le detail dans l’argument de la Parodie precedente.

Nota, Que l’Auteur fait icy parler le Marquis de dangeau qui dit Adieu a sa famille.

 

Adieu ma femme (1) et ma soeur, (2)

Adieu mon frere (3) et ma fille, (4)

Priez tous nôtre Seigneur

Pour le Chef de la Famille. (5)

 

Je m’en vais exterminer

Peterbourg (6) en Angleterre;

Il faut m’y determiner

Ou bien quitter cette terre.

 

(1)  …..Morin sa 1re femme.

(2)  …… de Coursillon Damoiselle de Dangeau vieille fille, huguenotte, de beaucoup de merite.

(3)  Louis de Courcillon de Dangeau Abbé etc.

(4)  ……de Coursillon.

(5)  …..le Marquis de Dangeau.

(6)  C’est Peterborough, mais la longueur du nom a apparamment gêné l’auteur.

(7)  C’est que cette affaire avoit fait si grand bruit que le Marquis de Dangeau eut êté deshonoré s’il n’eut cherché a en tirer raison.

 

Mes amis veulent ma mort, (8)                                                           [22]

Un Marêchal (9), et un Prince, (10)

Ils n’ont point pitié du sort

D’un Gouverneur de Province. (11)

 

(8)  Tous les amis du Marquis de Dangeau lui conseilloient une telle entreprise pour mettre son honneur a couvert.

(9)  Henry de la Tour d’Auvergne Vicomte de Turenne Marechal de France etoit un de ceux qui le lui conseilloient.

(10)  Louis de Bourbon Prince de Condé et du sang etc etoit aussi un de ceux qui le lui conseilloient.

(11) Le Marquis de Dangeau estoit Gouverneur de Touraine.

 

Chanson                    1673                            [23]

Sur l’Air………

Sur le soin qu’on prit en Angleterre d’arrester Philippe de Coursillon Marquis de Dangeau et le Comte de Briole desquels il vient d’etre parlé, de crainte qu’ils ne se batissent contre Milord Peterborough.

 

Si ces foudres de guerre (1)

Font trembler l’Angleterre, (2)

Grand Roy (3) porte tes loix

Jusques a l’autre bout de la terre

Ce sont là les moindres François.

 

(1)  Cela est ironique, car ny le Marquis de Dangeau ny le Comte de Briole n’etoient estimez grands Soldats.

(2)  Parce qu’on prit soin de les arrester d’abord.

(3)  Cette Chanson est adressée au Roy Louis XIV.

 

Autre                                                             [24]

Sur l’Air…….

Adressée a Philippes de Courcillon Marquis de Dangeau etc sur le meme sujet que les precedentes.

 

On te verra dans l’Almanach (1)

Par le soin qu’en prendra Cessac, (2)

En Chaussons et en Camisolle

Avec Briole, (3)

Avec Briole.

 

(1)  L’auteur veut dire que comme on fait tous les ans des Almanachs où l’on grave ce qui est arrivé de plus remarquable l’année precedente, la belle levée de Boucliers de Dangeau et de Briole y sera depeinte, et ces 2 Champions en Chaussons et en Camisole prets a se battre.

(2)  …..de Clermont Lodeve Marquis de Cessac amy de Dangeau et retiré en Angleterre, parce qu’il avoit filouté au jeu le Roy de France Louis XIV.

(3)  Le Comte de Briole 1er Escuier de Mr le Duc d’Anguien devoit servir de second au Marquis de Dangeau, comme on a veu dans les Chansons precedentes.

 

 

 

Chanson                    1673                            [25]

Sur l'Air des Ennuyeux                                            

Sur les plaisanteries que Philippes de Coursillon Marquis de Dangeau s’attira pour avoir été en Angleterre a dessein de s’y battre contre Milord Peterborough sans l’executer.

 

Dangeau se voyant trop fronder,

Par les bruits venus d’Angleterre (1)

Assembla Turenne (2) et Condé. (2)

Pour former son Conseil de Guerre,

Mais le Roy (3) demanda pourquoy

Ne consulte t’il pas Louvois. (4)

 

(1)  C’est que tous les Anglois se moquerent de cette entreprise dont le detail se peut voir dans les Chansons precedentes.

(2)  Henry de la Tour d’Auvergne Vicomte de Turenne Marechal de France, et Louis de Bourbon Prince du Sang et de Condé les 2 plus Grands Capitaines de leur Siecle.

(3)  Louis XIV.

(4)  Michel-Francois le Tellier Marquis de Louvois Ministre et Secretaire d’Etat. Mais pour comprendre ce qu’il y a de fin a cecy, c’est que le Roy Louis XIV prenoit ses resolutions sur le fait de la Guerre avec ce Ministre, sans consulter Mr le Prince, ny M. de Turenne qui en scavoient bien plus que luy.

 

 

Autre                                                                         [26]

Sur le même Air

Sur le voyage en Angleterre, de Philippes de Coursillon Marquis de Dangeau etc dont il est parlé dans les Chansons precedentes, et sur Jean Comte d’Estrées Vice-Admiral de France son beaufrere qui commandoit l’Armée Navale de France contre les Hollandois, l’an 167...

 

Qui douteroit de ta valeur

Dangeau, te feroit grand outrage,

Tu nous a montré trop de coeur,

En faisant ton aprentissage;

Grand Vice-Amiral, taisez vous.

Il revient vainqueur comme vous.*

 

* L’armée navalle fit peu de chose de cette Campagne, aussi bien que le Marquis de Dangeau en Angleterre.

 

 

Sonnet              1673                                        [27]

Sur François de Harlay de Chanvallon Archevesque de Paris, Duc et Pair de France, Commandeur des Ordres du Roy, Docteur et Proviseur de Sorbonne, Abbé de Jumiege, de l’Accademie Françoise.

 

Un Prelat emporté par son ambition,

Suivant de ses Ayeux et l’esprit et la trace, (1)

Cherchoit quelque moyen d’eterniser son nom

Et comptoit par son nom tous les grands de sa race. (2)

 

Lorsque sans plus rêver, il prit un nouveau ton

Pour dire a ses amis, mais de fort bonne grace, (3)

La Pourpre de tout temps orna nôtre Maison,

Mes Peres de Themis ont souvent eu la place. (4)

 

(1)  ……

(2)  Il y a plusieurs gens de merite dans cette Maison, comme Nicolas de Harlay Sr de Sancy qui amena dix mil Suisses a ses depens au Roy Henry III en 1589, Achilles de Harlay 1er President du Parlement de Paris, Christophe President a Mortier dans le meme Parlement, homme tres scavant, Francois Archevesque de Rouen, Oncle de celui de Paris etc.

(3)  L’Archevesque de Paris etoit fort bien fait, de bonne mine, et fort gracieux.

(4)  C’est a dire qu’il y a eu des gens de la Maison de Harlay Illustre dans la Robe. Themis selon les Payens, etoit la Deesse de la Justice.

 

L’Eglise dans leurs mains a mis ses dignitez, (5)                                            [28]

Et jusqu’au plus haut point ils s’y sont elevez,

D’Archevesques sans moy le nombre fut de quatre. (6)

 

Mais quelqu’un repondit par la voix de Pasquin,

Si d’un Compte si juste il ne faut rien rabattre,

Vous êtes donc Monsieur l’Archevesque Harlayquin. (7)

 

(5)  C’est a dire qu’il y aussi des gens de la Maison de Harlay Illustres dans l’Eglise.

(6)  L’Auteur se trompe icy. Il y a eu dans la Maison de Harlay que deux Archevesques et un Evesque. Celui cy fut Achilles de Harlay Sancy nommé Evesque de Lavaur puis Evesque de St Malo l’an 1631. Les deux Archevesques sont François de Harlay Archevesque de Rouen et Abbé de St Victor mort en 1653 et François de Harlay son neveu Archevesque de Rouen apres son oncle et lors Archevesque de Paris. Il est aisé de juger de là que celui cy n’est pas le 5e Archevesque de sa Maison.

(7)  Ce jeu de mot quoiqu’assez mauvais n’est que pour dire que l’Archevesque de Paris est un vray Arlequin ou Comedien.

 

Epigramme                1673                            [29]

Sur le meme sujet que le Sonnet precedent dont Elle est la suitte.

 

D’un Sonnet satirique icy chacun murmure,

Un Prélat (1) y paroist de sa race entesté

Et justement repris de cette vanité

A receu d’Harlay Quint (2) le nom et la figure.

 

Eh quoy ne scait on pas que d’un sens fort rassis

Autrefois il s’orna de ce titre folastre

Lorsqu’etant a Rouen (3) pour venir a Paris (4)

Il dit qu’il n’avoit fait que changer son Teatre. (5)

 

(1)  L’Archevesque de Paris.

(2)  Voyez la fin du Sonnet precedent et le Commentaire art. 7.

(3)  C’est a dire lorsqu’il etoit Archevesque de Rouen.

(4)  Pour venir etre Archevesque de Paris.

(5)  On faisoit dire a ce Prelat lorsqu’il quitta l’Archevesché de Rouen pour celui de Paris, qu’il n’avoit fait que changer de Theatre, parce qu’effectivement il n’avoit pas changé de dignité, mais seulement de place.

 

 

Chanson                       1673                            [31]

Sur l’Air: lerelanlere

Sur Maximilien-Pierre-François de Bethune, Duc de Sully, Pair de France.

 

Le Chien de Monsieur de Sully

Est bien plus aimable que lui.

Disant cela, l’on ne dit gueres,

Lerela,

Lerelanlere;

Lerela,

Lerelanla.

 

Cette Chanson n’a pas besoing de Commentaire.

 

 

Chanson                       1673                            [33]

Sur l’Air: lerelanlere

Sur …… Nompar de Caumont Damoiselle de la Force.

 

La Force croit par son esprit (1)

Qu’on fasse a ses appas (2) credit;

Mais en amour on n’en fait gueres,

Lerela,

Lerelanlere;

Lerela,

Lerelanla.

 

(1)  Elle avoit beaucoup d’Esprit.

(2)  Elle etoit prodigieusement laide.

 

 

Chanson                       1673                            [35]

Sur l’Air: lerelanlere

Sur Alexis-Henry Chevalier de Chastillon, Capitaine des Gardes du Corps de Philippes de France Duc d’Orleans etc.

 

Le Chevalier de Chastillon

Est un fort agreable garcon, (1)

Jusqu’a son maître (2) il a seu plaire,

Lerela,

Lerelanlere;

Lerela,

Lerelanla.

 

De bonne foy essayés en, (3)

Et puis vous nous dirés comment

Il en use a son ordinaire. (4)

Lere etc.

 

(1)  Il etoit aussi beau, et aussi bien fait qu’homme de France.

(2)  Monsieur, Duc d’Orleans, par le moyen duquel il avoit fait sa fortune, le Chevalier de Chastillon etoit fort gueux, car il etoit le cadet d’une Maison, qui quoique pleine de grandeur, etoit pauvre, il plût a Monsieur, qui l’eleva dans sa Maison.

(3)  Cecy s’adresse a quelque femme, car ce Chevalier etoit au poil et a la plume.

(4)  C’est qu’il etoit fort vigoureux.

 

 

Chanson                    1673                            [37]

Sur l’Air: Buvons a nous quatre.

A Madelaine Wargnés de Montferville, femme de Bernard de la Guiche Comte de Saint-Geran.

 

Allons (1) a Complies

Coulange (2) aux Feuillans,

Ne sortez (3) point de Ceans

Vous êtes accomplie (4)

Belle Saint-Geran.

 

(1)  Madame de Saint-Geran êtoit en ce temps là fort devote et alloit tous les jours a Complies aux Feuillans de la rue St Honoré á Paris qui etoient auprés de chez Elle.

(2)  Cecy s’adresse a Philippes Emanuel de Coulanges maître des Requestes et l’auteur de cette Chanson.

(3)  C’est a dire ne sortés pas de chez vous.

(4)  On convient que voila un detestable jeu de mot, aussi n’a t’on mis cette Chanson dans le present recueil que pour faire voir que la Comtesse de St Geran qui a êté depuis fort coquette a êté une devote de profession, mais l’air de la Cour l’eut changée bien viste.

 

 

Chanson                    1673                            [39]

Sur l’Air de la Rochelle.

A Hubert de Montmort, femme de …. Jehannot de Bartillac qui etoit fort belle et qui passa une nuit a jouer, sur la Marêchale Duchesse de la Ferté-Senecterre.

 

Vôtre jeu fait beaucoup de bruit,

Vous y passez toute la nuit,

Dormez, dormez, comme les autres

Où si vous avez a donner

D’aussi belles nuits que les votres,

Laissez l’amour en ordonner.

 

Cette Chanson n’a pas besoin de Commentaire.

 

Parodie                                                                      [40]

De la Chanson precedente.

A ……. Habert de Montmort, femme de …. Jehannot de Bartilhac , Colonel d’un Regiment de Cavalerie: Sur l’Air de la Rochelle.

 

Votre amour fait icy grand bruit

Vous y passés toute la nuit.

Dormez, dormez comme les autres,

Ou bien si vous voulez donner

D’aussi laides nuits que les vôtres

Laissez le Jeu en ordonner.

 

Cette Chanson n’a pas besoin de Commentaire. Il suffit d’y ajouter qu’on disoit que Madame de Bartilhac etoit fort puante et avoit le C… fort grand, aussi etoit elle grande putain.

 

Epigramme                1673                            [41]

Sur une Tragedie appellée Iphigenie composée par Michel le Clerc de l’Accademie Françoise et un de ses amis nommé Coras.

 

Entre le Clerc et son amy Coras,

Tous deux auteurs rimans de Compagnie,

N’a pas longtems sourdirent grands debats

Sur le propos de son Iphigenie,

Coras lui dit, la piece est de mon cru,

Le Clerc repond, elle est mienne et non vôtre

Mais aussitôt que l’ouvrage a parû,

Plus n’ont voulu l’avoir fait l’un n’y l’autre.

 

Cette Epigramme n’a pas besoin de Commentaire.

 

 

Epigramme                1673                            [43]    

Sur quelques Tragedies composées par Claude Boyer de l’Academie Françoise, lesquelles n’ont pas reussi sur le Theatre.

 

Quand les pieces representées

De Boyer sont peu frequentées

Chagrin qu’il est d’y voir peu d’assistans

Voicy comme il tourne la chose,

Vendredy la pluye en est cause,

Et le Dimanche le beautems.

 

 

Cette Epigramme n’a pas besoin de Commentaire.

 

Chanson                    1673                            [45]

Sur l’Air de la Rochelle

Sur le choix Bizarre que Louis XIV Roy de France avoit fait du Sr Boileau Despreaux Poëte Satirique et du Sr Racine poete Tragique, pour ecrire son histoire en prose.

 

De quels Esprits a t’on fait choix

Pour louer le plus grand des Rois,

Louis est bien seur de sa gloire,

D’avoir parmy tant d’Ecrivains (1)

Ozé confier son histoire

En si dangereuses mains. (2)

 

(1)  Il est certain qu’il y avoit alors en France plusieurs Ecrivains plus capables d’Ecrire l’histoire du Roy, que ceux qu’il avoit choisi.

(2)  L’Auteur veut parler icy de Nicolas Boileau Sr des Preaux Poëte Satirique, et il fait entendre qu’il est fort dangereux de confier le soin de son histoire a un homme dont la Satire est le talent.

 

 

Chanson                    1673                            [47]

Sur l'Air: Des Ennuyeux

Faite a Bourdeaux et adressée a Mlle de Pontac sur ce qu’elle ne fut pas pricé a une feste que Cesar-Phoebus d’Albret Mareschal de France, Chtr des Ordres du Roy et Gouverneur de Guienne donna l’an 16… en cette ville a Milord Sunderland Ambassadeur d’Angleterre qui y passoit.

 

 

Pour empêcher l’Ambassadeur (1)

De pouvoir rien dire a son prince (2)

Qui lui fit naitre dans le coeur

Quelque dessein sur la Province, (3)

Iris (4), pouvoit-on faire mieux

Que de lui cacher vos beaux yeux.

 

(1)  Milord Sunderland Ambassadeur d’Angleterre en France.

(2)  Charles II Roy d’Angleterre.

(3)  Les Anglois ont toujours eu des pretentions sur la Guyenne depuis qu’Alienor Duchesse de Guyenne l’eit portée par mariage l’an 1152 a Henri Comte d’Anjou depuis Roy d’Angleterre. Il seroit trop long de dire icy comme quoi elle fut reunie a la Couronne sous Philippe Auguste en vertu de l’Arrest de la Cour des Pairs de France contre Jean Sansterre. Comme quoy St Louis la rendit aux Anglais l’an 1259. Les divers changemens qui y arriverent, jusques a ce que Philippe le Bel l’eut confisquée sur les Anglois, comme quoi elle leur fut encore rendue, et enfin comme ils en furent entierement chassés sous le Regne de Charles VII.

(4)  C’est a Mademoiselle de Pontac que l’auter parle sous le nom d’Iris.

 

On fit voir la vieille Montlaur, (5)                                                                  [48]

Et la Tour fut assez habile

Vous voyez, lui dit on, Milord

Ce qu’a de plus beau nôtre ville, (6)

Ah pouvoit on mieux s’acquitter

Du desseindel’en degouter.

 

En voyant les foibles appas,

Qu’a propos on lui fit paroitre;

Il jura qu’il ne voudroit pas

Que Bourdeaux revint à son maître

Ah pouvoit on mieux acquitter

Du dessein de l’en degoûter.

 

Milord êtes vous curieux

De nos belles et grandes choses.

Chés Pontac, on a de grands yeux

Beaucoup de Lys, beaucoup de roses

Et l’on trouve chés l’Estonac (7)

Beaucoup de C… et d’Estomach. (8)

 

(5)  C’est une femme de Bourdeaux vieille et laide dont il est difficile de pouvoir demesler le nom et les qualitez qui d’ailleurs sont de petite importance a l’histoire.

(6)  Bourdeaux.

(7)  Jean-Denis d’Aulede 1er President du Parlement de Bourdeaux et Seigneur de Lestonac.

(8)  Le 1er President etoit mangeur enorme, et sa femme a ce que l’auteur pretend avoit le C… grand. Il est bon d’en avoir toujours cette idée, car on y est moins trompé que si l’on en pensoit autrement.

 

 

Chanson                    1673                            [49]

Sur l’Air: Ô beaux Jardins.

Sur Marguerite-Gabrielle Chabot de Rohan, femme de …. Marquisde Coetquen, Gouverneur des ville et Citadelle de St Malo, laquelle ayant aimé longtemps Philippes Chevalier de Lorraine aimoit alorsHenry-Jules de Bourbon Duc d’Anguien Prince du sang etc.

Nota. Que cette Chanson est une Parodie d’une Chanson plus ancienne, faite autrefois sur le meme air, et dur Louise de Prie appellée Mademoiselle de Toucy, depuis femme de Philippe de la Motte-Houdancourt Mareschal de France, Duc de Cardonne etc. et Gouvernante des Enfans et petits Enfans de Louis XIV Roy de France et de la Reine Marie-Thereze d’Autriche sa femme, dont le fameux Louis de Bourbon Prince de Condé, Prince du sang, et lors Duc d’Anguien etoit amoureux. Voicy cette ancienne Chanson, dont la suivante est une Parodie.

 

Belle Toucy, ton Esprit dissimule,

Le noir chagrin qui cause ta langueur,

Dis-nous le secret de ton coeur,

Et si ton Prince a la force d’Hercule,

Comme il en a la gloire et la valeur.

 

C’est vainement que Coetquen dissimule,

Depuis longtemps on connoît son amour

Et l’on dit dans toute la Cour

Qu’il falloit bien un des Enfans d’Hercule (1)

 

(1)  Pour Hercule l’auteur entend Louis de Bourbon Prince de Condé, le plus grand Capitaine de son Siecle, et pere du Duc d’Anguien.

 

Pour remplacer un des Enfans d’Harcourt. (2)                                               [50]

 

(2)  Le Chevalier de Lorraine etoit fils de Henry de Lorraine Comte d’Harcourt, Chtr des Ordres, Grand Escuier de France, Gouverneur d’Anjou et aussi grand Capitaine heureux a la Guerre et fameux par un grand nombre de belles Actions.

 

 

Chanson                    1673                            [51]

Sur le Bransle de Metz.

Sur ……. Demoiselle de Villers.

 

Voulez vous scavoir l’histoire

De la grande (1) de Villiers

Bielk (2), la jette a l’envers,

Et lui prend sa grande histoire, (3)

Francheville (4) et le Boschet (5)

Ne l’en baisent qu’a regret..

 

Madame sa bonne mere (6)

N’avoit pas le goût si fin;

Champagne (7) lui sert au besoin,

Montigny (8) est l’ordinaire

Mais en perdant son argent

Adieu le beau Lieutenant.

 

(1)  Cette Demoiselle êtoit monstrueusement grande.

(2)  Le Comte de Bielk etoit l’Ambassadeur de Suede en France.

(3)  L’auteur veut dire par là le C…. de Mad.lle de Villiers qu’il supose avec fondement devoir etre fort grand.

(4)  Gentilhomme de Bretagne lors apellé l’Abé de Francheville, depuis Kebriac quand il quitta l’Etat Ecclesiastique.

(5)  Autre Gentilhomme de Bretagne qui lors etoit Chambellan de Mr Duc d’Orleans.

(6)  Mlle de Villiers avoit aussi sa mere apellée Madame de Villiers et grande putain.

(7)  C’est un Laquais de cette Dame.

(8)  Montigny etoit un Gentilhomme Breton, Capitaine au Regiment des Gardes Françoises, qu’on apelloit Montigny le greslé, parcequ’il etoit tout marqué de petite verole, et cela pour le disinguer d’un autre Montigny aussi Breton et Capitaine dans le meme Regiment au lieu de Montigny le grêlé, on disoit quelque fois, Montigny le laid, parcequ’effectivement il etoit affreux.

 

Chanson                    1673                            [53]

Sur l’Air: Frere Frapart.

Sur Madelene d’Angennes de la Louppe Femme de Henry de Senecterre, Duc de la Ferté, Pair, et Marêchal de France, Chtr des Ordres du Roy, Gouverneur des ville, Citadelle Evesché de Mets, Evesché de Verdun, Vie, et Moyenvie.

 

La Ferté qui n’a plus d’envie

D’etre noire comme un charbon,

Pour ce qui lui reste de vie,

Met du blanc et du Vermillon,

Et sur cette heureuse nouvelle,

Son pauvre Epoux qui crache le poûmon

Croit en effet que sa femme soit belle;

Mais sa beauté ne coûte qu’un teston.

 

Cette Chanson n’a pas besoin de Commentaire.

 

Sonnet                       1673                            [55]

Dans lequel l’Auteur fait parler de Marolles a ses Juges lorsque Champlaix Marquis de Courcelles Lieutenant d’Artillerie son mary l’accusoit d’adultere au Parlement de Paris, et qu’Elle etoit prisonniere a la Conciergerie du Paris pour ce Crime.

 

Pour un Crime d’amour dont je ne suis coupable,

Que pour avoir le coeur trop sensible et trop doux,

Dois je avoir un tiran sous le nom d’un Epoux,

Arbitres Souverains de mon sort deplorable.

 

Ce Barbare l’auteur des maux dont il m’acable,

Ose-t’il se servir de Themis, et de vous

Pour m’immoler bientost a ses chagrins jaloux,

Et me faire perir pour être trop aimable.

 

Ah consultez de grace et vos yeux et vos coeurs,

Ils vous inspireront d’etre mes protecteurs,

Tout ce que fait l’amour n’est-il pas legitime.

 

Et vous qui temperez la severe Themis

Pouriés vous vous resoudre a chatier un crime

Que la pluspart de vous voudroit avoir commis.

 

Ce Sonnet n’a pas besoin de Commentaire.

 

Chanson                    1673                            [57]

Sur l’Air….

 

La Valiere êtoit du commun, (1)

La Montespan, de la Noblesse, (2)

La Ludre etoit Chanoinesse, (3)

Toutes trois ne sont que pour un, (4)

C’est le plus grand des Potentats

Qui veut assembler les Etats. (5)

 

(1)  La Duchesse de la Valliere etoit petite fille d’un Tresorier de France a Tours apellé Mr de la Gasserie.

(2)  Madame de Montespan etoit de la Maison de Rochechouart tres Illustre.

(3)  Madame de Ludre etoit Chanoinesse de Poussé

(4)  Le Roy.

(5)  Les Etats en France sont composés du Clergé, de la Noblesse, et du Tiers-Etat.

  

Chanson                    1673                            [59]

Sur l'Air: Des Ennuyeux.

Sur la Prise de la ville des Treves, que Louis d’Alongny, Marquis de Rochefort, Capitaine des Gardes du Roy Louis XIV Lieutenant general des Armées de S. M.té et Gouverneur de Lorraine, assiegea le 30 Aoust 1673 ayant pour Marechaux de Camp le Sr de Fourilles Mestre de Camp general de la Cavallerie Legere et le Sr de Bissy, et que ce general prit au bout de 8 jours.

 

Rochefort, Fourille et Bissy

Ont pris Treves en trois semaines (1)

Ils ont aussi bien reussi

Que la Trousse (2) devant Mayenne,

Ces trois Illustres Generaux

Meritent d’etre Mareschaux.

 

(1)  Cette place ne dura pas trois semaines de tranchée ouverte; Mais 8 jours, a la verité Elle etoit si mechante qu’Elle eut deu moins durer si Elle eut êté attaquée par de plus habiles gens.

(2)  Philippes le Hardy Marquis de la Trousse Capitaine-Lieutenant des Gendarmes de Monseigneur le Dauphin Brigadier de Gendarmerie.

 

Chanson                    1673                            [61]

Sur l’Air: Amans aimez vos Chaînes.

Dans laquelle l’auteur fait parler Philippes-Emanuel de Coulanges, Me des Requestes sur toute sa Famille.

Nota. Que cette Chanson fut faite par ……de Guillerargues Secretaire du Cabinet du Roy Louis XIV lequel etoit a l’Abaye de Livry avec le Sr de Coulanges, et qu’Elle fut cause de la ruine du dernier, car Michel le Tellier Ministre et Secretaire d’Etat et depuis Chancelier de France, Oncle de Madame de Coulanges crût que son mary en êtoit l’auteur, parce qu’il etoit grand faiseur de Chansons. De maniere que ne lui ayant jamais pardonné, il s’opposa toujours a ce que le Sr de Coulanges eut une Intendance ou quelqu’autre Emply. Celuy cy fit une grosse depense dans l’esperance d’avancer, se ruina et fut oblige comme on verra dans les pieces suivantes de vendre sa Charge de Me des Requestes l’an 1679.

 

J’aime bien mon Beaufrere,

Le Comte de Sauzay, (1)

J’aime ma belle mere, (2)

Mon Beaupere du Gué. (3)

 

(1)  …Turpin Crissé Comte de Sauzay, Colonel d’un Regiment de Cavalerie, il avoit epousé ….de Coulanges soeur de Philippes-Emanuel de Coulanges.

(2)  ….Turpin femme de François du Gué lors Me des Requestes et Intendant à Lyon.

(3)  François du Gué, Me des requestes et Intendant a Lion, pere de Madame de Coulanges.

 

Mon cousin de la Trousse, (4)                                                                        [62]

Mon Frere de la Mousse, (5)

Mon Oncle le Tellier; (6)

Mais J’aime mieux Gautier. (7)

 

(4)  Philippe le Hardu, Marquis de la Trousse, Capitaine-Lieutenant des Gendarmes de Monseigneur le Dauphin Cousin Germain de Madame de Coulanges.

(5)  C’etoit un frere Batard de Madame de Coulanges qui etoit prestre.

(6)  Michel le Tellier Ministre et Secretaire d’Etat, Command.r des Ordres du Roy, qui avoit epousé Elizabeth Turpin soeur de Madame du Gué.

(7)  Marchand de Paris avec lequel Mr de Coulanges avoit diné dans une Maison auprés de Livry le jour que cette Chanson fut faite.

 

Chanson                    1673                            [63]

Sur l’Air: Buvons a nus quatre.

Sur le Pain Beni qui fut rendu a Livry Abbaye de l’Ordre de St Augustin prés Paris le jour de la my-aoust 1673.

Nota. Que cette Chanson n’est mise icy pour le merite du fait, mais a cause des Gens qui assisterent a cette feste, qui y sont designés. Elle a eté faite par Philipes-Emanuel de Coulanges Me des Requestes qui y etoit, et dont l’Oncle en etoit l’Abbé.

 

Allons a la Feste, (1)

La Feste a Livry,

Portons un coeur rejoui,

Que chacun s’apreste

Pour le Pain beny.

 

La chaleur est grande, (2)

Grande est la chaleur,

Cependant de très bon coeur

Portons nôtre offrande

Au pere Prieur. (3)

 

(1)  La Feste où se rend le Pain beny,

(2)  C’etoit en Esté, jour de St….. le ….

(3)  Le Pere Prieur de l’Abaye de Livry.

 

Au tour de l’Eglise, (4)                                                                                   [64]

Broches tourneront, (5)

Charettes arriveront,

Nappe sera mise

Moines (6) en riront.

 

Qui veut pains d’Epices,

Qui veut Macarons,

Aprochez petits garçons

Aprochez nourrices

En voici de bons. (7)

 

Desja les Trompettes,

Fifres et Clairons

Font marcher dans nos vallons,

Pelerines bienfaites,

Pelerins a Bourdons. (8)

 

(4)  De l’Eglise de Livry.

(5)  Il y avoit une espece de Foire a cette Feste, et il y avoit des Vivandiers qui faisoient rostir de la Viande.

(6)  Les Moines d’ordinaire ne haïssent pas l’odeur de la Viande.

(7)  C’etoit la Feste de la Foire qui attiroient [sic] ces vendeurs de pain d’Epices.

(8)  Des gens de l’un et de l’autre sexe qui venoient de loin en Pelerinage a Livry.

 

Dans cette assemblée                                                                          [65]

L’aimable Heudicourt (9)

Se fera faire la cour,

Et prendra d’emblée

Les coeurs d’alentour.

 

Sauzay la Comtesse, (10)

Par ses doux appas,

Touche qui n’y pense pas

Je vois grande presse

Poursuivre ses pas.

 

Mongeron (11) qui chante

Bien mieux du’un serin,

Va charmer le Pelerin,

Cette belle enchante

Tout le genre humain.

 

Mais je croy Coulanges, (12)

D’un air gracieux,

 

(9)  Bonne de Pons femme de Michel Sublet Marquis d’Heudicourt Grand Louvetier.

(10)   …..de Coulanges femme de ….Turpin-Crissé Comte de Sauzay Colonel d’un Regiment de Cavalerie.

(11)   …..Dam.lle de Montgeron.

(12)   ….. du Gué, femme de Philippe-Emanuel de Coulanges auteur de cette Chanson.

 

Qui brille dans ces Saints lieux, (13)                                                   [66]

Comme un petit ange,

Decendu [sic] des Cieux.

 

Les peuples de Grelles (14)

Et ceux de Clichy (15)

Se redisent a l’envy,

Mon Dieu qu’Elle est belle!

Le beau pain beny. (16)

 

Chaque oiseau qui vôle

Retourne a son nid

Pour amener son petit

Voir les Banderoles

Sur le pain beny.

 

L’Echo qui repete

Jusqu’au moindre cry,

Va porter jusqu’au Rincy

La belle Toilette

Sous le Pain beny.

 

(13) Elle etoit tres aimable de Corps et d’Esprit.

(14) Village prés Livry, où il y a une Abbaye de Filles de l’Ordre de St Benoist.

(15) Autre village prés Livry.

(16) A cause des beautés qui assisterent a cette Feste.

 

Charmante Musique (17)                                                                    [67]

Par ses soins divers

Repondoit dedans les airs

De divins Cantiques,

Et de doux Concerts.

 

Qu’est ce qui l’a donne

Dit un noir-vestu,

C’est Monsieur l’Abbé Testu, (18)

Tout l’air en raisonne,

Que ne l’entends tu.

 

Une femme brune,

Dit, le connoist-tu [sic],

Ce Monsieur l’Abbé Testu

A cette Tribune,

C’est ce nez pointu. (19)

 

Certaine Marquise, (20)

Dit un Garde Bois,

 

(17)   Il y avoit a cette Feste de la Musique venue de Paris.

(18)   Jacques Testu

(19)   Abbé de Belleval, Prieur de St Denis de la Chartre a Paris.

(20)   ……de Rabutin veuve de …..Marquis de Sevigné.

 

Qu’on voyoit autrefois, (21)                                                              [68]

Où s’est Elle mise

Depuis treize mois.

 

Un Moine s’avance,

Qui repond, helas!

Eh quoy, ne sçavez vous pas,

Qu’Elle est en Provence

Elle et ses appas.

 

Elle est enchantée

Auprés de Grignan, (22)

Et se plaît en la voyant

Tout comme Niquée (23)

Voyant son amant.

 

La Messe est finie,

Il faut s’en aller,

Porte balle a beau gronder,

Je n’ay point d’envie

Que de bien disner.

 

(21)  Elle etoit fille de la soeur de l’Abbaye, et passoit par fois les Etez dans cette Abbaye, et n’y êtoit pas alors.

(22)  Elle etoit alors a Grignan en Provence avec la Comtesse de Grignan sa fille.

(23)  Dans le Livre d’Amadis des Gaules, il y est parlé de la ….Niquée qui fut enchantée en voyant Fleurizée son amant.

 

Une Mareschale (24)                                                                          [69]

De tres grand renom,

Dit, avac devotion

Montons dans la Salle,

Le vin y est bon.

 

L’on y fit grand chere,

L’on y bût d’autant,

Tout le monde en fut content;

Bien loin de m’en taire,

Je le vais chantant.

 

(24)     Madelene de Guenegaud, femme de Cezar-Phoebus d’Albret, Marêchal de France Chtr des Ordres du Roy, Gouverneur de Guienne, laquelle aimoit fort le vin, et en buvoit comme un trou.

 

Chanson                    1673                            [71]

Sur l’Air….

A Françoise de Sevigné Comtesse de Grignan, sur la Prise de la ville d’Orange, au mois de Novembre 1673 par François de Mouteil-Adheymar Comte de Grignan, son mary, Lieutenant general en Provence.

 

Vos Guerriers êtans partis,

C’eut êté chose êtrange,

Que votre Epoux n’eut pas pris

Sur le régne de Louis

Orange, Orange, Orange.

 

Nota. Que le 30e May de cette Année 1673 la Ville de Mastrick se rendit au Roy Louis XIV qui l’assiegoit en personne.

 

Chanson                    1673                            [73]

Sur l’Air: Serons nous dans le silence.

Sur ….. Dlle d’Auffroy, laquelle etoit lors a Cologne, avec Elizabeth le Feron femme de Charles d’Albert dit d’Ailly Duc de Chaunes, Pair de France, Chevalier des Ordres du Roy, etc. lors Plenipotentiaire de sa Mté a Cologne pour y conclure la paix entre la France et l’Angleterre unies ensemble, et l’Empereur, l’Espagne, et les Estats Generaux des Provinces unies.

Nota. Que cette Chanson est une espece de Parodie.

 

On a veu prés la Princesse, (1)

Le Tiers-Etat (2), la Noblesse, (3)

Les Badauts (4) ont eu leur temps,

 

(1)  On appelloit Mad.lle d’Auffroy, la Princesse par plaisanterie.

(2)  Hugues Bethault Sr de Chemeau Bourgeois de Paris, qui êtoit aussi a Cologne avec les Plenipotentiares de France, et qui êtoit amoureux de Mlle d’Auffroy.

(3)  Philippes de Coursillon Marquis de Dangeau, Gouverneur de Touraine qui êtoit aussi a Cologne avec les Plenipotentiares de France, et aimoit aussi Mlle d’Auffroy.

(4)  Le Sr de Chemeau amoureux d’Auffroy.

 

Les Marquis (5) ont pris leur place,                                                   [74]

C’est le Clergé qui les en chasse, (6)

Et sans etre constans;

Les trois Etats en sont contents.

 

(5)  Le Marquis de Dangeau aussi amoureux de Mlle d’Auffroy.

(6)  Anne-Tristan de la Baume de Suze Abbé qui etoit aussi a Cologne, avec les Plenipotentiaires de France, devint a son tour amoureux de Mlle d’Auffroy et chassa les deux autres.

 

 

 

Chanson                    1673                            [75]

Sur l’Air: Ah qu’il fait beau dans ce bocage.

Sur ce que Louis Charles de Levis Duc de Ventadour, Pair de France etc. avoit donné la verole a Charlotte-Eleonore de la Mothe-Houdancourt, sa femme.

 

Grand Dieu, la nature est f…tue,

Et nous sommes tous empestez.

Pour nous sauver, il faut une recruë

De C….. qui ne soient pas gastez,

Sinon le Cu,

Quoiqu’il nous ruë,

Sinon le Cu

Sera souvent f…tu.

 

Cette Chanson n’a pas besoin de Commentaire.

 

 

Chanson                    1673                            [77]

Sur l’Air: de Maire.

Sur la mort d’Armand de Grammont, Comte de Guiche, Gouverneur en survivance d’Antoine Duc de Grammont, Pair et Marêchal de France, son pere, Gouverneur de Navarre, et Bearn, Lieutenant general des Armées du Roy Louis XIV arrivé en Allemagne le ….. de Decembre 1673.

 

Guiche n’est plus, et la Parque ennemie

Tranche le cours d’une si belle vie,

Maire.

Malgré le tems et l’envie

Son nom ne mourra jamais.

 

Cette Chanson n’a pas besoin de Commentaire.

Le Comte de Guiche a êté un des Seigneurs de la Cour le plus connu. L’amour qu’il eut pour Anne-Henriette d’Angleterre 1re femme de Philippe Duc d’Orleans, et celuy qu’il donna a cette Princesse, sont fameux, et causerent sont eloignement de la Cour, dont il passa la plus grande partie en Pologne, et autres pais Etrangers, où il chercha a se signaler a la guerre. La mort de cette Princesse le fit revenir en France, puis a la Cour, mais il lui en coûta la Charge de Colonel du Regiment des Gardes Françoises que possedoit son pere le Marêchal Duc de Grammont qu’il fut obligé de remettre au Roy [80] qui en gratiffia François d’Aubusson de la Feuillade, Duc de Roannés l’an 1671. Le Comte de Guiche êtoit parfaitement bien fait, avoit beaucoup d’esprit, de scavoir et de valeur; mais avec cela tant de vanité et de presomption qu’il en etoit impracticable. Il se signala fort par sa conduitte et sa valeur au passage du Rhin, dont  il est parlé plus haut.

 

 

Chanson                    1673                            [81]

Sur l’Air: Reveillez vous belle endormie.

Faite à Basville, Maison de Guillaume de Lamoignon, 1er President du Parlement de Paris.

 

Que basville me semble aimable

Quand ce Magistrat le plus grand,

Permet que bacchus à sa Table,

Soit notre premier President.

 

Chalucet, Heliot, la Ville

Y president à ses côtez,

Et les Arrêts par Arbouville,

Sont a plein verre executez.

 

Si Bourdaloue un peu severe,

Dit que c’est trop de volupté,

Escobar lui repond, mon pere,

On le permet pour la santé.

 

 

 

Chanson                    1673                            [83]

Sur l’Air…….

Sur Jean-Armand de Rotondis de Biscaras Evesque de Beziers, qui demeura court, en preschant à Montpellier, pendant l’Assemblée des Etats de Languedoc l’an 16….

 

 

Petit homme vain, (1)

Qui parlez sans fin,  (2)

Pour vous faire taire

L’unique secret,

A ce qu’on dit, est

De vous mettre en chaire.

 

(1)  L’Evesque de Beziers etoit glorieux.

(2)  Il êtoit parleur, mais homme d’esprit.

 

 

Chanson                    1673                            [85]

Sur l’Air: Lancelot Turpin.

Sur Paule Payen femme de Hugues de Lionne, Ministre et Secretaire d’Etat etc

 

La Lionne, dit on, de Molé, s’est éprise,

Le coeur rempli d’amour le C… de paillardise,

Va jusques dans son lit le trouver en chemise.

 

 

Chanson                    1673                            [87]

Sur Armand de Voyer, Marquis de Paulmy Colonel d’un Regiment de Cavalerie, et sur ….. de Mauroy sa femme.

 

La Chaste Paulmy et la Fole (1) Marquise,

Depuis plus de six mois ne se sont veus aux prises,

Mais le brave Mailly (2) la sert mieux a sa guise.

 

(1)  …. De Mauroy Marquise de Paulmy, etoit folle.

(2)  …. Marquise [sic?] de Mailly.

 

Chanson                    1673                            [89]

Sur l’Air de….

Sur Margueritte de Monchy de Montcavrel femme de ...... Marquis de Mailly.

 

Mailly veut faire la Coquette

Etant sur le bord du Tombeau, (1)

Elle est plus noir [sic] qu’un Corbeau,

Et veut qu’on lui conte fleurettes,

Venez Demons, accourez tous

Cet objet est digne de vous. (2)

 

(1)  Elle êtoit desja vieille.

(2)  Elle êtoit excessivement laide et noire.

 

 

Chanson                    1673                            [91]

Sur l’Air: Taisez vous tambours.

Sur Gaston Jean-Baptiste Duc de Roquelaure, Chevalier des Ordres du Roy, Lieutenant general des Armées de sa Mté, Gouverneur de Guyenne.

 

Rendés vos beautés parfaites,

Roquelaure a sur lui mille aunes de rubans,

Daignés entendre les fleurettes;

Il est le doyen des galans. (1)

Ecoutez ses discours (2) et son ramage,

Il va faire pour vous mille beaux personnages. (3)

 

(1)  Il êtoit dés lors fort vieux.

(2)  Il etoit grand parleur, et parloit gascon, et d’une maniere pezante, cela le rendoit ridicule.

(3)  La galanterie dans un vieillard est sujette a lui faire jouer bien de mauvais personnages, surtout quand il est ridicule par lui meme, comme êtoit le Duc de Roquelaure.

 

Chanson                    1673                            [93]

Sur l’Air: de la Duchesse.

Adressée a …..d’Harcourt Comtesse de Fiesque, sur ce qu’elle etoit en colere contre Jean-Louis-Marie de Fiesque son fils, de ce qu’il êtoit amoureux de Marie-Antoinette Servien Duchesse de Sully, parce que Louis d’Auger (*d’Oger) Seigneur de Cavoye en etoit aussi amoureux, et qu’estant amy du Comte de Fiesque, la Comtesse sa mere regardoit cette passion comme une perfidie de son fils a l’esgard de Cavoye.

Nota. Que le 1er couplet est sur un Chien de la Comtesse de Fiesque, appellé Tresbon, et sur une Chienne nommée Gribiche, cequi fait un jeu de mots our le second couplet, parceque tout le monde apelloit le Comte de Fiesque le petit bon, a cause qu’il êtoit le meilleur garçon du monde.

 

Tresbon, qui longtemps à nos yeux,

Avoit passé pour un Comte de Guiche, (1)

A baisé Gribiche,

 

(1)  Armand de Grammont Comte de Guiche, Lieutenant general des Armées du Roy, Colonel du Regiment des Gardes Françoises, Viceroy de Navarre et Bearn, en survivance d’Antoine Duc de Grammont, Pair et Marêchal de France son pere; ce Comte passoit pour n’etre pas un grand Champion en amour.

 

Qu’on ne peut pas mieux, (2)                                                             [94]

L’eussiez vous crû Madame la Comtesse,

Qu’il pût jamais servir une maitresse,

Mais Gribiche, est aimable,

Elle l’a pressé,

Tresbon de miserable,

Est maitre passé,

Une femme coquette, (3)

Quand Elle se met en teste

D’employer ses appas,

Que ne fait elle pas.

 

Suivez cette moralité,

Vous trouverés l’excuse legitime,

De l’enorme crime

De l’Enfant gasté, (4)

Le petit bon (5), celuy qu’on doit entendre

 

(2)  Le chien Tresbon avoit couvert a merveilles la Chienne Gribiche.

(3)  Quoique cela soit general, cela ne laisse pas de s’apliquer icy a la Duchesse de Sully, qui agaçoit depuis quelque tems le Comte de Fiesque.

(4)  Le Comte de Fiesque que l’auteur appelle l’Enfant gasté, parcequ’effectivement il l’etoit et qui malgré sa mere repondoit aux empressemens que la Duchesse de Sully temoignoit avoir pour luy.

(5)  Le Comte de Fiesque.

 

Comme Tresbon (6) s’est aussi laissé prendre,                                              [95]

Il ne voit point d’Obstacle,

D’un certain costé, (7)

Et l’amour sans miracle,

L’a souvent tenté,

Pourquoi cruelle mere,

Voulez vous être severe

A votre petit bon, (8)

Plus qu’a votre Tresbon. (9)

 

(6)  Le Chien Tresbon.

(7)  Du côté de la Duchesse de Sully.

(8)  Au Comte de Fiesque votre fils.

(9)  Vôtre Chien Tresbon.

 

 

Chanson                    1673                            [97]

Sur l'Air des Ennuyeux

A Pierre-Felix de la Croix de Chevrieres Comte de St Vallier Capitaine des Gardes de la Porte du Roy sur ce qu’il faisoit l’amour à Jeanne de Rouvroy fille d’honneur de la Reine, qu’il epousa depuis.

 

Si ton pere (1) avoit moins d’aigreur,

Pour le pretendu mariage,

Et que lorsqu’on offre ton coeur,

Ta maitresse en eut d’avantage, (2)

Ny cocu ny desherité, (3)

Le Seigneur t’auroit bien traité.

 

Mais epouse, ou n’epouse pas,

De la charge, il faut te défaire. (4)

 

(1)  Le pere du Comte de St Valier etoit un President du Parlement de Grenoble nommé le President de Chevrieres, lequel etoit fort opposé au mariage de son fils avec Madlle de Rouvroy.

(2)  L’auteur pretend que Madlle de Rouvroy faisoit trop d’avances au Comte de St Vallier.

(3)  Si le pere avoit eu moins d’aigreur pour ce mariage St Vallier n’auroit pas en a craindre d’etre desherité, et si sa maitresse avoit fait moins d’avances, il n’auroit pas eu a craindre d’etre cocu par la suitte.

(4)  La Charge de Capitaine des Gardes de la Porte.

 

Une femme avec tant d’appas,                                                           [98]

Donne au Logis assés d’affaire,

Renonce a la porte du Roy

Et te fais portier (5) de chez toy.

 

(5)  Pour empecher les amans de sa femme d’entrer chez luy, car Elle en aura sans doute.

 

Chanson                    167…                          [99]

Sur l’Air…….

Les Tresoriers de la Marine

Sont tous parens du Roy David.

Ils jouent tous bien de la Harpe

Sans qu’on leur ait jamais apris,

Les tresoriers, les Tresoriers de la Marine

Sont tous parens du Roy David.

 

Autre sur l’air….

 

Un Tresorier est necessaire,

Pour la gloire du Potentat,

Mais a quoy bon dans un Etat,

Un fichû Commissaire.

 

La Marine tombe en Enfance,

Que je vous plains pauvres Marins,

Puisque Gastines et Courtin,

Aspirent à l’Intendance.

 

Madrigal                    1674                            [101]

 

Sur un feu d’artifice fort mal entendu et fort mal executé que Jean Baptiste Lully Surintendant de la Musique du Roy fit faire devant la porte de sa Maison a Paris en reconnoissance de ce que sa Majesté avoit conquis pour la 2de fois la Franchecomté l’an 1674.

 

Excusés Messieurs (1) si Batiste (2)

Vous a fait un feu si lugubre, et si triste,

Et vous a mal servis pour vos demis Louis, (3)

Le procés des Chaussons (4) se poursuit (5), s’il s’acheve

Il vous en fera voir un autre en greve, (6)

Dont vous serez plus rejouis. (7)

 

(1)  Cecy s’adresse a la populace qui vit le feu.

(2)  Jean Baptiste Lully etc.

(3)  On donnoit un demy Louis d’Or par place pour voir le feu.

(4)  Chaussons Bourgeois de Paris fut brulé en greve pour Sodomie l’an 16….

(5)  C’est une plaisanterie, le procés ne se poursuivoit point, mais comme Lully etoit grand Sodomite, l’auteur trouve plaisant de le dire pour fonder la plaisanterie qui suit.

(6)  – (7) L’auteur veut dire que Lully sera bientost brûlé en greve comme l’un des Complices de Chausson, et que ce feu la rejouissance [sic] plus le public que celui qu’il donna pour la Prise de la Franchecomté.

 

 

Chanson                    1674                            [103]

Sur l’Air: la femme a Colin Tampon

Ou, Va-t’en voir s’ils viennent.

Sur Henry de Montmorency-Luxembourg, Duc de Piney, Pair de France, Capitaine des Gardes du Corps du Roy Louis XIV Lieutenant General de ses Armées. Faite l’an 1674 pendant que ce Duc servoit dans l’Armée de Flandres sous Louis de Bourbon Prince de Condé et du sang.

 

Le Gobin de Luxembourg, (1)

Ne fait point de doute

S’il trouve les Ennemis de les mettre en deroute; (2)

Mais son Bardache Tallar (3) craint qu’il ne les joute. (4)

 

(1)  Le Duc de Luxembourg etoit bossu.

(2)  Il etoit fort brave.

(3)  …..d’Hostun Comte de Tallard Colonel Lieutenant du Regiment Royal des Cravattes.

(4)  …..

Nota Que ce fut cette Campagne que le Prince de Condé commandoit l’Armée de France, batit le XI Juillet, l’Armée de Guillaume-Henry de Nassau Prince d’Orange, devant Senef, Village de Brabant. Cette Armée des troupes de l’Empereur Leopol-Ignace sous les Ordres du Comte de Souches, de celles de Charles II Roy d’Espagne, commandées par le Comte de Monterey Gouverneur general des pais bas Espagnols, et des Troupes [104] Hollandoises dont le Prince d’Orange êtoit General, etoit forte 60 m hommes. Cinq semaines aprés cette meme armée ayant assiegé Oudenarde, le Prince de Condé marcha pour secourir et en fit lever le Siege aux Ennemis dés qu’il parut.

 

Chanson                    1674                            [105]

Sur l’Air: Tout mortel doit icy paroître.

Sur …..de Madaillan Marquis de Montataire etc.

 

C’est icy l’hostel de misere,

On y vient gueres,

Que pour signer, (2)

On y voit souvent Montataire,

Et son Notaire,

Pour friponner,

Fuyons ce dangereux sejour;

C’est un vray coupe gorge,

Et l’on y egorge

La nuit et le long du jour.

 

Il n’y a, ny lit, ny Cuisine,

Jamais on ny dine,

Jamais on ny dort;

Tout le monde sans cesse y signe;

Son bien l’on resigne,

 

(1)  L’Hostel de Montataire.

(2)  Pour y signer des Contracts; c’est que le Marquis de Montataire empruntoit de l’argent, et avoit force procés.

Nota. Que le reste de la Chanson n’a pas besoin de Commentaire.

 

 

On en fait transport,                                                                           [106]

Qu’on est sage

De fuir ce menage;

C’est un brigandage,

Qui mene à la mort;

Il n’y a ny lit, ny cuisine,

Jamais on ny disne,

Jamais on ny dort.

 

Chanson                    1674                            [107]

Sur l’Air: l’on ne voit plus icy paroître.

Sur les partisans et financiers et principalement sur Louis Berrier Secretaire du Conseiller d’Etat du Roy.

 

L’on ne voit plus icy paroître,

Que Partisans, et Maltotiers,

Ah nous irons tous a Bicestre, (1)

Si l’on croit ce fichu Berrier. (2)

 

(1)  Chateau prés Paris appartenant a l’hospital general, où l’on enferme les pauvres mendiants.

(2)  Louis Berrier, Secretaire du Conseil d’Etat du Roy, fameux maltotier, qui donnoit tous les jours des avis pernicieux au Conseil pour avoir de l’Argent, et le tout a la charge du peuple.

Chanson                    1674                            [109]

Sur l’Air: Quand le peril est agreable.

Sur ….Colbert de Turgis, femme de Jossier Sr de la Jonchere Tresorier Provincial de l’Extraodinaire de la Guerre.

 

Si la Jonchere est fort en peine,

Savez vous la raison pourquoy,

Ce n’est pas le départ du Roy, (1)

Mais celuy de la Reine. (2)

 

(1)  Louis XIV.

(2)  C’est qu’Elle l’avoit pour amant.

 

 

Parodie                      1674                            [111]

D’une Chanson du Prologue d’Alceste; sur Suzanne le Hardy de la Trousse; appellée Madlle de Mery.

 

L’art d’accord avec la nature

Sert Mery depuis quarante ans,

Les plis de ses Manteaux rangés avec mesure,

Ses Cheveux/

                        Qui lui font perdre tant de moments.

Ses Habits

Ses bonnets de toute figure,

Tout n’est fait que pour les amants.

 

Cette Parodie n’a pas besoin de Commentaire.

 

Chanson                    1674                            [113]

Sur l’Air: l’Amour plaît malgré ses Chaînes.

A Pierre-Felix de la Croix-Chevrieres, Comte de St Vallier Capitaine des Gardes de la Porte du Roy Louis XIV lequel ayant êté longtems amoureux de Jeanne de Rouvroy a dessein de l’epouser, sembloit reculer pour ce mariage.

 

Saint Vallier, vous seriez sage,

D’abandonner la Rouvroy;

Puisque dans son mariage

Elle interresse le Roy. (1)

 

Marcillac (2) pour cette affaire,

Se tourmente tout a fait,

Pour lui seul c’est un mistere;

Elle est grosse (3) de son fait.

 

C’est un fort grand avantage

D’avoir un tel protecteur;

 

(1)  Le Roy Louis XIV vouloit que ce mariage se fist.

(2)  Francois de la Rochefoucault, Prince de Marcillac Grand Maitre de la Garderobe du Roy.

(3)  Cecy n’a pas besoin de Commentaire.

 

Quand vous serez en menage, (4)

Profitez de la faveur. (5)

 

Malgré sa grosse bedaine (6)

L’Enfant pouvant etre a lui

Cauvisson (7) auroit en peine

A vous donner tant d’appuy.

 

Vous seriez bien miserable

N’ayant pas fait le poupon,

Que cette Infante (8) adorable

L’eût fait avec Cauvisson. (9)

 

Il vaut mieux pour votre gloire,

Puisque tout est decouvert,

Qu’il ait au moins la machoire, (10)

Du Prince de Gorgevert. (11)

 

(4)  C’est a dire quand vous aurés epousé Madlle de Rouvroy.

(5)  Le Prince de Marcillac êtoit alors fort bien avec le Roy, et une espece de favory.

(6)  Le Chtr de Cauvisson Capitaine au Regiment des gardes Françoises, si gros, et si court, qu’on appelloit le goret.

(7)  Il êtoit aussi amoureux de Mlle de Rouvroy.

(8)  Mlle de Rouvroy etoit tres jolie.

(9)  Voyés l’article 6 et 7.

(10)   – (11) Pour l’intelligence de cecy, il faut sçavoir deux choses, la 1ere que le Marquis de Bussi Rabutin dans son histoire amoureuse de France en parlant du Prince de Marcillac, le [115] comparoit a Samson, qui défit les Philistines avec la machoire d’un asne, et disoit de ce Prince qui passoit alors pour avoir peu d’esprit, qu’il avoit avec la machoire d’un asne, qui êtoit la sienne, chassé tous les amans de Madame d’Olonne, comme d’autres Philistins. La 2de chose qu’il faut sçavoir, c’est que la medisance de la maison de la Rochefoucault êtoit qu’Elle descendoit d’un homme de peu, appellé Gorgevert, quoique les Genealogistes la fissent venir de la Maison de Lusignan, avec ces deux choses ce dernier couplet est aisé a comprendre.

 

Chanson                    1674                            [117]

Sur l'Air: Des Ennuyeux.

Sur le demeslé qui arriva l’an 1674 entre Henry de la Tour d’Auvergne, Vicomte de Turenne, Marêchal de France, Colonel general de la Cavalerie legere etc et François-Michel le Tellier Marquis de Louvois Secretaire d’Etat au Departement de la guerre en Survivance de Michel le Tellier son pere, et exerçant cette charge.

 

Le Vicomte (1) dit à Louvois,

Ceque toute la terre en pense;

Car il oza bien dire au Roy. (2)

Que de tous les maux de la France

Ce petit fils de Procureur, (3)

 

(1)  Mr de Turenne etant d’une Maison a qui le Roy pendant le Ministere du Cardinal Mazarin avoit donné rang de Prince, tenoit au dessous de lui d’etre appellé Mareschal. Jusques là qu’il n’en prenoit pas même le titre dans les Ordres et les Passeports qu’il donnoit comme general d’Armée il ne prenoit que celui de Vicomte de Turenne aussi les Officiers des Troupes et les Courtisans qui le respectoient tous, ne le nommoient que Mr de Turenne, et quand ils parloient de lui entr’eux, et en plaisantant ils ne l’appelloient que le Vicomte.

(2)  Louis XIV.

(3)  C’est parler poëtiquement, car son pere lors Ministre d’Etat et depuis Chancelier avoit êté Maistre des Requestes, avant cela Procureur du Roy au Chastelet de Paris, et auparavant, Con.er du Grand Conseil. Son grand pere avoit êté Con.er en la Cour des Aides de Paris, et ils venoient tous en droite ligne de Jean le Tellier Marchand Drapier a Paris l’an 1500, et Guillaume Epicier dans cette même ville, l’an 1582.

 

En êtoit l’autheur. (4)                                                                         [118]

 

Au Connestable insolent, (5)

Qui fait le petit Dieu sur terre,

Il lui dit effectivement, (6)

Qu’il n’etoit point homme de guerre,

Et qu’il feroit mieux le metier,

De Commissaire du quartier.

 

(4)  Il est certain que Mr de Louvois avoit empesché le Roy de faire la paix avantageuse que les Hollandois vinrent offrir a sa Majesté l’an 1672 prés d’Utrecht, afin que comme Ministre de la guerre, il conservat tant qu’Elle dureroit la superiorité qu’Elle lui donnoit dans le Conseil au dessus de Mr Colbert, qui avoit les Finances, et cela fut cause de la triple alliance faite entre les Hollandois, l’Empereur et l’Empire, et le Roy d’Espagne, ce qui mettoit les armes a la main a un grand nombre d’Ennemis contre la France.

(5)  On a veu plus haut en plusieurs Chansons sur le même air qu’on appelloit Mr de Louvois le Connestable, a cause de la grande authorité qu’il avoit en ce qui regardoit la guerre.

(6)  Mr de Turenne disoit frequemment ce mot.

Nota. Que ce demeslé arriva au commencement de l’an 1674 sur ce qe Mr de Turenne vouloit que les Depesches qu’il escrivoit au Roy lorsqu’il commandoit les Armées de Sa Mté allassent directement au Roy sans passerpar les mains de Mr [119] de Louvois; pour cet effet, il les envoyoit au Cardinal de Bouillon son neveu, qui les donnoit a Sa Mté elle même. Mr de Louvois a qui tous les Generaux des Armées jusques au Prince de Condé, adressoient leur depesches, fut fort aigry contre Mr de Turenne de cette distinction, il prit a tâche de le choquer en tout; Et les choses allerent si avant qu’ils eurent quelques parolles même en presence du Roy; c’est sur cela que la Chanson a êté faite. Mr de Turenne traita Mr de Louvois avec un grand mepris, et celui cy eut encore ordre de sa Mté de lui faire des excuses, Mr de Turenne eut de plus une entiere liberté d’agir a la teste des Armées; sans que Mr de Louvois s’en meslat. Mais ce grand homme ayant êté tué d’un coup de Canon pres Salsbach en Allemagne le 27 Juillet 1675 Mr de Louvois se vengea a loisir sur la Famille du deffunt, et lui a fait souffrir un grand nombre de persecutions, même contre le bien de l’Etat, et le service du Roy.

 

Chanson                    1674                            [121]

Sur l’Air: d’Alcide est vainqueur du trespas.

Sur Jean Baptiste Lully Surintendant de la Musique du Roy Louis XIV.

 

Baptiste est le Dieu du Bordel, Ce couplet n’a pas besoin de Commentaire

La Garce lui doit un autel,

Il tond tout jusqu’a la servante;

Que chacun chante,

Baptiste est le Dieu du Bordel,

La Garce lui doit un autel.

 

Baptiste (1) est jugé par Jeannot, (2)

Il va lui payer son Escot, (3)

Au milieu de la rue Tarante; (4)

Que chacun chante

Baptiste est jugé par Jeannot,

Il va lui payer son Ecot.

 

(1)  Jean Baptiste Lully etc.

(2)  Fameux Chirurgien de Paris.

(3)  C’est a dire il va suer la verolle.

(4)  Il faut dire la Rue Taranne et non la rue Tarante qui est dans le Fauxbourg St Germain où demeure Jeannot.

 

 

Chanson                    1674                            [123]

Sur l’Air: Alcide est vainqueur du trespas.

Sur Henry-Charles de Foix Duc de Randan Pair de France.

 

De Foix est le Roy du Bordel,

La Cornu (1) lui doit un Autel;

Il tond tout jusqu’a la servante,

La putain chante

De Foix est le Roy au Bordel,

La Cornu lui doit un autel.

 

De Foix assiste a ce repas,

Les frons (c…) ne le retiennent pas,

Il laisse Fienne (2) languissante,

Que la Fleix (3)/ Vieuxpont (4) Chante;

De Foix assiste a ce repas,

Les frons ne le retiennent pas.

 

(1)  Fameuse maquerelle de Paris.

(2)  …..de Fienne cydevant Fille d’honneur d’Anne Henriette d’Angleterre Duchesse d’Orleans, dont il etoit amoureux.

(3)  C’estoit la mere du Duc de Foix, appellée Comtesse de Fleix qui etoit fort devote.

(4)  Mlle de Vieuxpont etoit une vieille fille devote, qui demeuroit avec la Comtesse de Fleix, dont elle êtoit parente.

 

Chanson                    1674                            [125]

Sur l’Air: Alcide est vainqueur du trespas

Sur AlexisHenry de Chastillon Capitaine des Gardes du Corps de Philipes de France Duc d’Orleans, qu’on disoit devoir epouser ….Mangot veuve de…..d’Aubray Lieutenant Civil du Chastelet de Paris.

 

Le Chevalier de Chastillon, (1)

Epouse d’Aubray se dit on;

Par les soins de Tonnay-Charente (2)

Breauté (3) Chante;

Le Chevalier de Chastillon

Epouse d’Aubray se dit on.

 

(1)  On l’appelloit de Chastillon, car il n’estoit que cadet.

(2)  Marie Phelypeaux veuve de Jean-Claude de Rochechouart, Comte de Tonnay-Charente.

(3)  …….

 

Parodie                      1674                            [127]

De la 1re Scene du Ve Acte de l’Opera d’Alcide; Sur l’Air: Alcide est vainqueur du trespas.

Sur deux Medecins et un Chirurgien de Paris.

 

Quand Vezoul (1) fait saigner du bras,

Brayer (2) ne lui resiste pas,

La Fievre en devint moins ardente,

Et Morel (3) chante,

Quand Vezoul fait saigner du bras,

Brayer ne lui resiste pas.

 

(1)  Vezoul Medecin de Paris.

(2)  Brayer fameux Medecin de Paris.

(3)  Morel Chirurgien de Paris.

 

 

Chanson                    1674                            [129]

Sur l’Air: Aimons, aimons, tout nous y convie, l’on aime etc

Sur la révolte qui se fit à Rennes et autres lieux de Bretagne, l’an 1674 où le Roy Louis XIV envoya ses 2 Compagnies de Mousquetaires, et quelques autres Troupes.

 

Allons, allons, braves Mousquetaires,

Chez ces rebelles Bretons,

Taster si leurs vins sont bons,

Et leurs femmes sont legeres.

Nous boirons comme des troux,

Ferons des maris jaloux,

Voila toute notre guerre.

 

Cette Chanson n’a pas besoin de Commentaire.

 

Parodie                                                          [131]

D’une Chanson de la Scene V de l’Acte 1er de l’Opera d’Alceste qui commence par ces mots. Enfin graces au dépit. Sur Charles d’Albert d’Ailly Duc de Chaulnes, Pair de France, Chtr des Ordres du Roy, Gouverneur, et Amiral de Bretagne; lequel êtant à Rennes pendant la révolte que firent les peuples de cette ville, et autres de la Province, y temoigna peu de fermeté, et qui obligea le Roy sur ses Lettres, et sur les Conseils de Jean Batiste Colbert Ministre et Secretaire d’Etat et amy du Duc de Chaunes, d’y envoyer ses deux Compagnies de Mousquetaires et autres troupes l’an 1674 pour dissiper les revoltez et asseurer les peuples fidelles de la aussi bien que le Gouverneur.

 

Enfin graces a Fourbin (1) je goute la douceur,

De sentir sur mon front revenir la couleur, (2)

J’etois d’une pasleur que je ne scay qu’on publie (3)

Mais je merite qu’on l’oublie,

Et je suis revenu de ma grande frayeur.

 

(1)  …de Fourbin, Capit.e Lieut.t de la 1re Comp.ie des Mousquetaires du Roy, lequel etoit a la teste et commandoit ces 2 Compagnies en Bretagne.

(2)  L’auteur fait dans cette Parodie parler le Duc de Chaulnes qui pretend avoir eu peur, et n’avoir eté asseuré que par les Mousq.res du Roy.

(3)  Il etoit grand bruit a la Cour et en Bretagne du peu de fermeté que le Duc de Chaunes avoit temoigné en cette occasion.

 

Je suis de Chaunes enfin, et je n’ay plus de peur,                              [132]

J’ay seu m’encourager, et j’ay pris de l’audace,

J’ordonne l’echaffaut (4) avec tranquilité

Quel plaisir lorsque l’on menace,

Et qu’on se voit en seureté.

Dix hommes de la populace, (5)

M’ont souvent bien epouvanté.

 

(4)  Dés que les Mousquetaires du Roy furent arrivez en Bretagne, le Duc de Chaunes fit punir les coupables de la revolte, ce qu’il n’avoit osé entreprendre auparavant.

(5)  C’est a dire une petite troupe de peuple revolté.

 

Chanson                    1674                            [133]

Sur l’Air….

Sur les desseins que Guillaume-Henry de Nassau Prince d’Orange etc avoit l’an 1674 d’entrer en France a la teste des Armées des alliez contre la France, dans les pais bas.

 

Nous avons pleine vendage [sic],

Prince d’Orange,

Les efforts que tu fais pour surprendre nos bords

Te coûteront bien des remords,

Le Dieu qui preside a la guerre,

Joint pour nous son Cimeterre,

Aux Armes de Bacchus

Ah, fuyez, regagnez votre terre

Malheureux Buveurs de Biere

Où vous êtes perdus.

 

Il suffit pour l’explication de cette Chanson, que la vendange êtoit alors fort belle.

 

 

Chanson                    1674                            [135]

Sur l'air: Des Ennuyeux etc.

Sur la convocation de l’Arriereban, faite l’an 1674 ou l’auteur fait parler ironiquement un des Gentilshommes destinez a y servir.

 

Le destin de l’Arriereban,

Me force d’aller a la Guerre,

Malgré les solides sermens

De passer mes jours a ma terre,

Avec ma femme et mes enfans

Fort serviteur des Allemans. (1)

 

Nous serons peints fidelement

Dans la Gazette de Hollande, (2)

Montez sur de maigres jumens,

Vetus de grandes Houpelandes

Le Poulain derriere le Cu

Qui hennira tout eperdu

 

(1)  Ce fut en Allemagne que l’on envoya l’Arriereban sous les Ordres du Vicomte de Turenne qui y commandoit les armées du Roy.

(2)  La Gazette d’Holland décrit d’ordinaire ridiculement et plaisamment ce qui se passe chés les Ennemis de cet Etat et elle avoit belle matiere sur cette Conversation de l’Arriereban.

 

Si je peris dans les combats,                                                               [136]

Je veux qu’on grave sur ma tombe,

Cy gist qui mourut d’un helas!

En voyant crever une Bombe,

Qui n’eut affaire en son pais

Que pour l’honneur du pain beni. (3)

 

(3)  Cecy est un assés plaisant tableau de la vie ordinaire des Gentilshommes de Province et de la Peur qu’ils devoient avoir a la guerre où ils n’etoient pas accoutumées d’aller.

 

 

Chanson                    1674                            [137]

Sur l’Air: A la venuë de Noel.

Sur l’Arriereban de France, convoqué l’an 1674 et principalement sur celuy de la Province d’Anjou commandé par Louis-François de Servien Marquis de Sablé, Senêchal de cette Province qui fut taillé en pieces dans le village de ….

 

L’Arriereban est Commandé,

Nobles, il faut quitter vos Maisons,

Pour aller servir sous Condé, (1)

L’Ennemy des Nobles Escadrons.

 

Turenne (2) en est si rebuté,

 

(1)  Louis de Bourbon Prince de Condé etc. L’auteur se trompe en cet endroit. Car les Arrierebans allerent en Allemagne sous les Ordres du Vicomte de Turenne, le Prince de Condé étoit general des Armées du Roy en Flandres, et ce fut cette année 1674 que ce Prince ayant battu a Seneffe le 9 Aoust, une armée de 60000 hommes composée des troupes de l’Empereur du Roy d’Espagne et des Hollandois. Il fit six semaines aprés lever le siege d’Oudenarde a la même armée. Nota. Que la meme année le Roy prit en personne toute la Franchecomté pour la 2de fois.

(2)  Henry de la Tour d’Auvergne vicomte de Turenne Mareschal de France, Colonel general de la Cavalerie legere, Gouverneur de Limousin. Il etoit cette année General des armées du Roy en Allemagne, et gagna 3 Victoires, scavoir celle des Zinzim le 16 Juin, sur Charles de Lorraine et Caprara 3 semaines aprés celle de Muahausen sur le Duc de Bournonville general des troupes de l’Empereur, et de l’Empire, et enfin celle de Eurheim ou de St Francois le 4 Octobre contre le même.

 

Qu’il dit effectivement, (3)                                                     [138]

Je serois bien peu redouté

Si je vous gardois un moment. (4)

 

Retournez vous en en Anjou, (5)

Camper dessus votre paillier,

Campés par Escadrons vos choux

Où gardez mieux vôtre quartier.

 

Monsieur (7) faut ecouter raison,

Vous verrez si nous avons tort;

Chacun visitoit son Jambon (8)

Quand nous fumes attaqués d’abord.

 

(3)  Mr de Turenne disoit tres souvent ce mot.

(4)  Il se trouva embarassé des Arrierebans, et les renvoya promptement.

(5)  Ce Couplet et les suivans regardent la defaite de l’Arriereban d’Anjou.

(6)  Le Village de ….

(7)  Ce sont ceux qui composent l’arriereban d’Anjou qui parlent a Mr de Turenne.

(8)  L’auteur se trompe quand il represente les Gentilhommes d’Anjou faisans mal leur devoir, car ils se defendirent comme des Lions, et ils furent tous tuez ou pris.

 

Le Curé (9) nous a dit à tous,                                                 [139]

Buvez, mangez et seureté,

Le Scelerat but avec nous,

Plus de cent fois vôtre santé.

 

Vous qui n’etes plus dans l’Erreur

Vous en auriez fait tout autant,

Car on suit l’avis du Pasteur,

Quand il s’agit d’un campement.

 

(9)  Le Curé du village les trahit.

 

Parodie                      1674                            [141]

Du 1er recit de la Scene V de l’Acte 1 de l’Opera Alceste qui commence par ces Mots, Enfin graces au depit, dans laquelle l’auteur introduit un Gentilhomme campagnard revenant de l’Arriereban convoqué l’an 1674 et parlant à sa Femme.

 

Enfin graces à Crequi (1), me voici de retour, (2)

Je n’entens plus ici trompette, ny tambour,

Ma pauvre femme helas, que j’ay soufert de peine,

Car le Mareschal de Turenne, (3)

S’acharnoit tous les jours a nous faire enrager,

Nous ôtant les moyens de boire et de manger; (4)

Helas combien de fois j’ay couché sur la terre

Au retour de Biwac (5) j’etois tout morfondu.

 

(1)  François Sire de Crequy Marêchal de France, Commandant l’Arriereban.

(2)  C’est que ce Marêchal avoit congedié l’Arriereban.

(3)  Henry de la Tour d’Auvergne vicomte de Turenne, Marêchal de France etc qui commandoit les Armées du Roy en Allemagne.

(4)  Un pauvre Gentilhomme Campagnard qui est a son aise dans sa Maison de Province d’ou il n’a pas sorti doit etre bien embarassé pour subsister à l’armée.

(5)  On appelle Biwach lorsque les troupes veillent la nuit et couchent en Bataille, ce qui arriva aux Gentilhommes de l’Arriereban, car on les mena prés des Ennemis, et Mr de Turenne qui leur faisoit teste etoit plus foible qu’eux. C’est ce qui avoit fait convoquer et assembler l’arriereban d’une partie du Royaume, ce qui ne s’etoit veu depuis longtemps.

 

Si l’on me remene a la Guerre,                                                                        [142]

Morbleu je veux être pendu;

Quel plaisir quand d’un Cimeterre

Un Gentilhomme est pourfendu.

 

Chanson                    1674                            [143]

Sur l’Air: Quand l’Opera tant vanté parla Grilles.

Faite par un Officier de Gendarmerie, sur la fin de l’an 1674 que ce Corps ayant servi en Flandres sous Louis de Bourbon Prince de Condé fut detaché sur la fin de la Campagne pour aller joindre l’Armée que Henry de la Tour d’Auvergne Vicomte de Turenne commandoit en Allamagne, où il fut fort avant dans l’hyver.

 

Quand dans l’hiver,

Nôtre Gendarmerie,

N’a point de couvert, (1)

Que l’Officier est sans dessert (2)

Un chacun de concert,

Murmure et crie,

Quoi passer l’hiver en Allemagne,

Que n’ai-je l’argent que coûte mon employ

 

(1)  La Gendarmerie etoit mal en équipage parce qu’elle avoit servy tout l’Eté en Flandres sous Louis de Bourbon Prince de Condé, ainsi les Tentes manquoient aux Officiers.

(2)  Sans fruit, on en a rarement a l’Armée dans l’arriereban.

 

On ne me verroit plus quitter le Roy (3)                                            [144]

Et le mois d’Aoust borneroit ma Campagne. (4)

 

(3)  Louis XIV.

(4)  Ce Prince faisoit les Campagnes fort courtes, et etoit toujours de retour au mois d’Aoust. Il aimoit ses plaisirs et l’amour qu’il avoit alors pour François-Athenaise de Rochechouart de Mortemart, Marquise de Montespan, de laquelle il ne pouvoit etre longtems eloigné, le rapelloit bien souvent plutost qu’il n’etoit necessaire pour sa gloire.

 

 

Chanson                    1674                            [145]

Sur l’Air: Ce que cause la guerre en France.

A Francois-Barthelemy de Grammont Abbé de Calers, Docteur en Theologie de la Faculté de Paris, Agent general du Clergé de France.

 

Si du Roy la bonté suprême,

Me faisoit Ministre d’Etat, (1)

Je n’aime pas assez l’Eglise,

Pour ne te pas faire Prelat. (2)

 

(1)  L’auteur de cette Chanson parle. C’etoit Guilleragues Secretaire du Cabinet du Roy.

(2)  C’est a dire Evesque. C’est que Guilleragues ne jugeoit pas l’Abbé de Grammont digne de l’estre. Cette pensée est plaisante.

 

 

Madrigal                    1674                            [147]

A Marie-Madelene-Agnés de Gontaut de Biran.

 

Vous êtes belle, et vôtre soeur est belle, (1)

Entre vous deux tout choix seroit bien doux,

L’amour, dit on, êtoit blond, comme vous (2)

Mais il aimoit une Brune comme Elle. (3)

 

(1)  Louise de Gontaut sa soeur Cadette.

(2)  L’aisnée appellée Madelene de Biron.

(3)  La Cadette appellée Madelene de Gontaut.

 

 

Chanson                    1674                            [149]

Sur l’Air des Branles de Metz.

Sur Marie Bautru veuve de Charles Marquis de Rambures etc.

 

La Belle et Chaste (1) Rambures,

N’habite plus son logis,

Elle s’en va chez Maugis. (2)

Apprendre sa bonne aventure,

Elle veut scavoir si Revel (3)

Aime quelqu’autre creature,

Elle veut scavoir si Revel

Luy sera toujours cruel.

 

(1)  Cecy est dit par contreverité, car Madame de Rambures n’etoit ny belle ny chaste.

(2)  C’est une devineresse.

(3)  ……de Broglio Comte de Revel Colonel du Regiment des Cuirassiers du Roy, que Madame de Rambures aimoit.

 

Parodie                      1674                            [151]

Du 1er Recit de la Ve Scene du 1er Acte de l’Opera d’Alceste. Sur Marie-Françoise de Brancas femme d’Alphonse-Henry-Charles de Lorraine, Prince d’Harcourt Dame du Palais de la Reine Marie Thereze d’Autriche.

 

Enfin graces à mes soins, je ressens à longs traits

Le Plaisir de me voir des Dames du Palais, (1)

J’ay quitté pour un temps et mouches et frisures, (2)

Et mon visage sans peinture, (3)

Se montroit tous les jours de couvent en couvent,

Mais puisque tout est fait, je vais prendre un amant

Et pour me consoler de Louvois (4) qui me laisse

S’il prend la du Fresnoy (5), je prendray Seignelay.

 

(1)  La Princesse d’Harcourt avoit demandé longtems d’être Dame du Palais de la Reine avant que d’en être venue a bout.

(2)  Elle avoit fait la dévote pour parvenir a son but, et effacer les impressions que sa Coquetterie avoit données de sa conduitte.

(3)  C’est qu’Elle s’etoit fardée.

(4)  On a veu plus haut que François-Michel le Tellier Marquis de Louvois, Secretaire d’Etat, avoit êté amoureux d’Elle.

(5)  Mr de Louvois êtoit amoureux alors de la femme d’un de ses Commis apellé du Fresnoy, femme de rien, mais belle comme le jour, avec beaucoup de douceur et peu d’Esprit. Il la fit depuis par son credit Dame du Lit de la Reine Marie-Thereze d’Autriche, et cette Charge fut crée exprés pour Elle.

(6)  Jean-Baptiset Colbert Marquis de Seignelay, receu en survivant de la Charge de Secretaire d’Etat, de Jean Baptiste Colbert son pere.

 

Rudement la devote (7) presse                                                                       [152]

Le coeur de ce jeune Berger, (8)

Et quittant vespres et grand messe

Elle fait tout pour l’engager.            ou, Au cours, va le chercher

 

(7)  La Princesse d’Harcourt.

(8)  Mr de Seignelay.

 

Parodie                      1674                                        [153]

Du 1er Recit de la Scene V de l’Acte 1er de l’Opera d’Alceste qui commence par ces mots, Enfin graces au dépit, dans lequel l’auteur fait parler Jean Baptiste Colbert Marquis de Seignelay qui êtoit amoureux de …..de la Motte-Theobon, une des filles d’honneur de la Reine Marie-Thereze d’Autriche. Sur ce qu’elle lui preferoit Henry-Jules de Bourbon Duc d’Anguien Prince du sang etc auquel il fut forcé de ceder.

 

 

Enfin graces au depit, je goute la douceur

De sentir le repos de retour dans mon coeur,

J’etois a preferer au Prince qui vous aime, (1)

Quoique sa grandeur soit extreme

Que rien ne soit egal au soin dont il vous sert;

Louis le Roy des Flots (2), et mon pere est Colbert. (3)

 

(1)  Le Duc d’Anguien.

(2)  Comme Secretaire d’Etat, en survivance de Jean-Baptiste Colbert son pere, dont il exerçoit alors la charge. Il avoit la Marine dans son department.  Voila pourquoi l’auteur le nomme le Roy des Flots.

(3)  Jean Baptiste Colbert Ministre et Secretaire d’Etat, Controlleur general des Finances, Surintendant des Bastimens, Arts et Manufactures, et Maisons Royalles de France. On peut juger aisement si le Marquis de Seignelay n’avoit pas raison de vanter l’Etat de son pere, pour se donner du relief.

 

 

J’ay sceu me consoler d’un amour qui m’outrage,                              [154]

J’en vois croître l’ardeur avec tranquilité.

Qu’aisement le depit degage

Des fers d’une ingrate beauté,

Et qu’aprés un long esclavage,

Il est doux d’etre en liberté.

 

Parodie                      1674                            [155]

Du 1er Recit de la Scene Ve du 1er Acte de l’Opera d’Alceste qui commence par ces mots Enfin graces au dépit, a …. Gigaut de Bellefons femme de Pierre Marquis de Villars, laquelle passoit avec son mari pour aller a Turin, où il êtoit Ambassadeur de France l’an 16…

 

Enfin vous nous quittez, et j’en meurs de douleur,

Pourquoi Dieu vous fit-il femme d’Ambassadeur,

Vous quittez aujourdhuy vôtre chere patrie.

Vous meniez une aimable vie,

Vous l’allez exposer aux plus affreux Rochers, (1)

Et mettre au desespoir vos amis les plus chers,

La belle Saint Geran (2) l’exemple de son âge, (3)

Avec qui vous passiez vos jours si doucement (4)

 

(1)  Les Montagnes des Alpes qu’il faut passer pour aller à Turin.

(2)  Madelene de Wargnés de Montferville, femme de Bernard de la Guiche Comte de St Geran.

(3)  Elle etoit fort belle et fort aimable et jusques alors Elle avoit passé pour fort sage.

(4)  Madame la Comtesse de St Geran etoit parente de la Marquise de Villars, et etoit presque toujours avec Elle.

 

Qu’aisement une femme sage,                                                             [156]

Renonce a tout contentement,

Et s’embarque en un grand voyage,

Par la force du sacrement.

 

Parodie                      1674                            [157]

De la Scene Ve de l’Acte 1er de l’Opera d’Alceste, faite par Philipes-Emanuel de Coulanges Me des Requestes; sur un vieux lit qui etoit dans sa Famille.

 

Enfin je vous revois vieux lit de Damas vert,

Les Rideaux sont d’Esté et vos pentes d’hiver; (1)

Je vous revois vieux lit si cheri de mes peres,

Où jadis toutes mes grandes meres,,

Lorsque Dieu leur donnoit d’heureux accouchemens,

Sur leur fecondité reçevoient compliments, (2)

Hélas que vous avez une taille écrasée, (3)

On ne vous connoît plus ni grace, ni façon,

Autant de modes que d’années, (4)

Aujourd’huy le Tapissier Bon, (5)

 

(1)  Il est certain que voila un tableau bien naturel d’un vieux lit, dont  les rideaux sont toujours de Daas, ou de gros de Tours, et les pentes de velours, ou d’ouvrage soit de broderie ou de Tapisserie.

(2)  L’Usage est a Paris que les accouchées lorsqu’elles sont relevées reçoivent Compagnie 2 ou 3 jours sur leur lit de parade, et dans leur plus bel appartement.

(3)  Lorsque cette Chanson fut faite, on commençoit a rehausser les lits qui jusques là etoient bas et ecrasez.

(4)  Comme ce lit etoit vieux et qu’on vouloit le faire paroistre, on le recommodoit souvent, et presque tous les ans.

(5)  Fameux Tapissier de Paris.

 

 

A si bien fait par ses journées,                                                                        [158]

Qu’un lit tient toute une Maison. (6)

 

(6)  Les vieux lits etoient fort larges, et celui cy par consequent c’est qu’autrefois les maris et les femmes couchoient tousjours ensemble.

 

 

Parodie                      1674                            [159]

De la même Scene du même Acte du même Opera. Adressée a Philipes-Emanuel de Coulanges Me des Requestes et auteur de la precedente, auquel Elle sert de reponse et dans laquelle l’auteur fait parler le vieux lit qui repond à Mr de Coulanges.

 

Depuis assez longtems, je ne vous ay point veu,

Vous n’etiez pas fort grand et vous n’etes pas creu, (1)

Sur mon dur matelas plus de boure, que de laine,

Vôtre mere (2) accoucha sns peine,

Elle vous mit au jour sans souffrir de douleur,

Et poussa seulement quelques cris par honneur;

Les Devinz consultez cette même journée

Predirent que le fils de Jeanne d’Ormesson, (3)

Verroit sa fortune bornée,

Par quelque mauvaise Chanson. (4)

Que ce seroit la destinée

De ce pauvre petit garçon.

 

(1)  Mr de Coulanges êtoit fort petit.

(2)  Elle s’appelloit Jeanne d’Ormesson.

(3)  C’est Mr de Coulanges.

(4)  Mr de Coulanges avoit epousé la Niece de Michel le Tellier [160] Ministre et Secretaire d’Etat. Il êtoit Me des requestes. François du Gué son beaupere etoit Intendant de Justice à Lion, et en Dauphiné. Il demandoit a etre dechargé de l’une de ces Intendances, et l’une des 2 devoit naturellement tomber a Mr de Coulanges son Gendre; mais celui cy plus superficiel qu’essentiel, et d’ailleurs passant sa vie a faire des Chansons, chose indigne d’un Magistrat, êtoit plus connu par ce talent, que par sa dignité. Cequi fut cause qu’il ne trouva aucune protection dans sa Famille pour estre avancé dans les emplois de sa profession, et fut a la fin obligé de vendre sa Charge de Me des requestes, apres s’etre ruiné par la depense qu’il fit pour paroître, et meriter d’etre Intendant.

 

Parodie                      1674                            [161]

De la même Scene, du même Acte du meme Opera, dans laquelle Phiippes-Emanuel de Coulanges Me des Requestes, replique à l’auteur de la precedente.

 

Quand je me divertis, dequoi se mesle t’on,

De vouloir plaisanter un couplet de Chanson, (1)

Ne puis-je sans trouver un goguenard Critique;

Rire aux depens d’un lit antique, (2)

Pourquoi vouloir donner des yeux a ce vieux lit,

Pour voir si je suis grand, ou si je suis petit; (3)

Critique si le lit ou couchoient les grand’meres

Avoit eu de leur tems la faculté de voir,

Peut être eut il veu forces affaires,

Contre le nuptial devoir

Un Lit sert a bien des Misteres,

Qu’il ne faut pas toujours scavoir.

 

(1)  Mr de Coulanges reproche la Chanson precedente a celui qui l’avoit faite.

(2)  Voyés la Parodie qui precede la precedente.

(3)  Voyés le Commentaire de la Parodie precedente.

 

Parodie                      1674                            [163]

Du 1er Recit de la Scene Ve de l’Acte 1er de l’Opera d’Alceste, qui commence par ces mots. Enfin graces au depit. Sur ….le Feron Lieutenant Criminel du 2d Châtelet de Paris Juge fort severe.

 

Enfin mes Creanciers me vont pousser à bout

C’est pour ce coup qu’il faut leur abandonner tout,

Ils sont tous acharnez a me vouloir confondre,

Et je ne scais que leur repondre,

Au grand nombre d’Exploits que j’ay d’Eux tous les jours,

Je n’ay plus de raison, je manque de detours;

J’ay beau les arrester et les prier d’attendre,

Ce sont des Pharons qu’on ne peut attendrir.

Le Feron faites-les tous pendre,

Vous me ferés un grand plaisir.

 

L’auteur fait icy parler quelqu’homme, mal en ses affaires.

 

Parodie                      1674                            [165]

De la Scene Ve de l’Acte 1er de l’Opera d’Alceste. Sur …..

 

Enfin, graces à Jeannot (1), je goute la douceur

De sentir de mon V…. la premiere vigueur;

J’etois a preferer, quoique Marcilly (2) dit

A tous nos Bougres d’Italie.

Des C…. comme des Culs, j’etois grand dompteur,

Un vray Dieu du Bordel, des Putains la terreur,

J’ay sceu me consoler d’un Chancre qui m’outrage;

J’attends sa guerison avec tranquilité,

Qu’aysement le Gayac (3) degage

Du mal que javois merité,

Et que sans entrer dans la Cage, (4)

Il est doux d’etre en seureté.

Il n’est pas seur toujours de croire l’apparence (5)

Alors qu’un V…. est entiché,

 

(1)  Fameux Chirurgien de Paris qui guerissoit les maux veneriens.

(2)  ….. Marquis de Marcilly, Lieutenant general des Armées du Roy, et grand Sodomite. C’est comme tel qu’il est cité icy.

(3)  Remede pour les maux veneriens.

(4)  C’est a dire sans suer, car le Chancre est dit on le Cousin Germain de la verole.

(5)  Ces 6 vers cy sont une reponse au 1er couplet.

 

Il n’est pas si fort detaché                                                                              [166]

De la verole que l’on pense,

Le virus (6) demeure caché

Oh, la belle convalescence.

 

Quand on est sans esperance, (7)

Il faut suer tout de bon;

Mais Jeannot jure en conscience

Que mon mal est sans consequence,

Je me sens frais comme un gardon,

Quand on est sans esperance,

Il faut suer tout de bon.

 

(6)  C’est a dire le venin.

(7)  Ces 7 vers sont la replique.

 

Parodie                      1674                            [167]

Du 1er Couplet de la 1re Scene du Ve Acte de l’Opera d’Alceste qui commence par ces mots.

Alcide est vainqueur du trepas.

Sur ….de Gué femme de Philippes de Coulanges, et sur Jacques Test Abbé etc.

 

Testu est vainqueur de Brancas, (1)

La Trousse (2) ny resiste pas;

De lui seul Coulange est contente,

Son mary chante; (3)

Testu est vainqueur de Brancas

La Trousse ny resiste pas.

 

(1)  La 1re  et plus singuliere chose qu’il y ait a remarquer dans ce Couplet c’est qu’il a êté fait par M de Coulanges sur sa femme, et le sujet en est que Charles Comte de Brancas Chtr d’honneur de la feue Reine mere Anne d’Autriche avoit êté a ceque prtend l’auteur, amoureux de Made de Coulanges et que l’abbé Testu prestre lui coupoit l’herbe sous le pied. Voila pourquoi l’auteur dit que Testu est le vainqueur de Brancas.

(2)  Philippes le Hardy Marquis de la Trousse Capitaine Lieutenant des Gendarmes de Mnseigneur le Dauphin, autre amant de Madame de Coulanges et fort aimé.

(3)  Philippes-Emanuel de Coulanges Me des requestes, mary de Madame de Coulanges, et l’auteur de cette Chanson.

 

Parodie                      1674                            [169]

Du 1er Couplet de la 1re Scene du Ve Acte de l’Opera d’Alceste qui commence par ces mots: Alcide est vainqueur du trespas.

Sur ….. Barat

 

Barat est le Dieu du Bordel,

La Garce lui dresse un Autel. Bis

Il f….. tout jusqu’a la Servante,

Que chacun chante,

Barat est etc.

 

Chanson                    1674                            [171]

Sur l'air: Des Ennuyeux

Sur François Comte de Montbron, Marêchal des Camps et Armées du Roy, Colonel-Lieutenant de son Regiment d’Infanterie.

 

Promettre tout, ne rien tenir, (1)

De ses faits discourir sans cesse, (2)

Des Innocens piller le bien (3)

Et Bourgeois vanter sa noblesse, (4)

Etre fourbe, et menteur parfait,

C’est de Montbron le vray portrait.

 

(1)  Cela est aisé a comprendre.

(2)  Il ny a jamais eu un plus grand babillard et un homme si remply de son merite que Mr de Montbron, aussi se cite t’il a tout propos.

(3)  Les Officiers du Regiment qu’il commandoit se plaignoient de sa Grivellerie, outre cela il est certain que jamais homme n’a emprunté avec tant de facilité, et n’a rendu avec tant de peine.

(4)  Il n’etoit de la Maison de Montbron que du côté gauche, car il descendoit en droite ligne de Charles de Montbrond Bastard et Lieutenant de la Garde Suisse du Roy François 1er. Cependant Mr le Comte de Montbron parloit toujours de sa naissance avec une vanité qu’on n’auroit pas pardonnée a un homme qui auroit dit vray.

 

Chanson                    1674                            [173]

Sur l’Air: Il a batu son petit Frere.

Sur …… Sr des Roches, Capitaine des Gardes de Louis de Bourbon Prince de Condé, 1er Prince du sang etc Chevalier des Ordres du Roy, Grand Me de France, Gouverneur de Bourgogne etc.

 

L’on connoit en chaque Province

Des Roches qui sert un grand Prince

On scait le courage qu’il a (1)

Il ne craint Canons ny Bombardes,

Un jour le Diable le fera

Le Capitaine de ses Gardes. (2)

 

(1)  C’etoit un des braves hommes du monde, et honneste homme, mais ivrogne, debauché, violent, Blasphemateur.

(2)  A cause de ses defauts.

 

Chanson                    1674                            [175]

Sur l’Air de l’Entrée des Matelots dans la 7e Scene du 1er Acte de l’Opera d’Alcestre [sic].

Faite par le Sr de la Fons Gentilhomme ordinaire de la Maison du Roy; adressée au Sr Feuillet Prestre Chanoine de St Cloud prés Paris, lequel preschant le Caresme l’an 1674 dans l’Eglise de St Louis en l’Isle Ne De designa la Fons en parlant contre les debauchés.

 

Quoi tu dis que je ne vaux rien,

Que je vis comme un chien,

Ne le scay-je pas bien.

Le matin tu fais la farce,

Le reste du jour tu boy,

Et la nuit prés de ta garce

Tu te tiens Coy,

Dis moy donc Jean sucre qui est tu toy?

 

La Recrimination du Sr de la Fons en cette Chanson n’est pas fondée, car le Sr Feuillet ne se pouvoit attaquer du côté des moeurs; a la verité il etoit Predicateur tres violent et souvent tres indiscret, et l’homme du monde le plus remply de vanité.

 

 

Chanson                    1674                            [177]

Sur l’Air de la Rochelle.

A Catherine-Henriette de Grammont femme de Louis Grimaldi Prince Souverain de Monaco, Duc de Valentinois Pair de France, sur l’Incendie arrivé l’an 16… dans la Maison de Philippes de France Duc d’Orleans, a St Cloud prés Paris.

 

Quand on a dit Saint Cloud bruslé

Princesse, nous avons tremblé,

La peur reveille la tendresse,

Si vous devez brusler un jour

Croyez moy, charmante Princesse

Laissez en l’honneur a l’amour.

 

Cette Chanson n’a pas besoin de Commentaire.

 

Chanson                    1674                            [179]

Sur l’Air de la derniere moitié de:

Laissez paistre vos bestes.

Sur Madelene d’Angennes de la Loupe Mareschale Duchesse de la Ferté.

 

Entre Mignon (1), Basque (2), et Baron (3),

Le Beaufrere (4) et le vieux barbon, (5)

Villarceaux (6), et le petit bon, (7)

On dit que Senneterre,

Partage la nuit et le jour,

Car mieux qu’un V… de verre

Ces amants font l’amour.

 

(1)  Danseur de l’Opera.

(2)  Danseur de l’Opera.

(3)  Comedien.

(4)  …….

(5)  …….

(6)  …….

(7)  … Comte de Fiesque.

 

 

Autre                                                 [180]

Sur le même Air, et

Sur la mesme personne que la precedente.

 

On dit que Baron (1) a gasté

Le grand chemin (2) de la Ferté

Qui fut jadis si frequenté,

La pauvrette en enrage

Qu’il faille attendant guerison,

Qu’elle soit sans ouvrage

Seulette en sa Maison.

 

(1)  Comedien.

(2)  C’est a dire le C…

 

Chanson                    1674                            [181]

Sur l'air: Des Ennuyeux

Sur l’Evacuation de Zutphen, Nimegue, Deventer, le Fort de Sken, Wesel, Rees, Emerick, et plusieurs autres villes prises sur les Etats generaux des Provinces Unies, que Bernardin Gigault, marquis de Bellefont, Marechal de France fit par ordre du Roy de France Louis XIV au mois d’Avril 1674.

 

Hollandois vôtre cas va bien*,

Louis (1) n’est plus inexorable,

En reprenant ce qu’il vous tient,/ S’il abandonne votre bien,

Rendez graces au Conestable. (2)

Un compliment a l’Admiral (3)

Tous deux ne vous servent pas mal. (4)

 

*Il faut voir cydevant une Chanson sur le même air, qui commence par ces mots. Hollandois vôtre cas va mal. Celuy cy est comme la reponse.

 

(1)  Louis XIV Roy de France.

(2)  Francois-Michel le Tellier, Marquis de Louvois, Secretaire d’Etat au Departement de la Guerre. Voyez cy devant la Chanson qui commence par Hollandois votre cas va mal.

(3)  Jean Baptiste Colbert, Ministre et Secretaire d’Etat, qui avoit la Marine dans son Department. Voyez la même Chanson.

(4)  L’Auteur de la Chanson est persuadé que sans les mauvais Conseils de Mr Colbert, et de Mr de Louvois, le Roy n’eut pas eté obligé devacuer ces places.

 

L’un emporte tout notre argent, (5)                                                    [182]

L’autre empesche qu’il revienne, (6)

Sont-ce deux Bourgeois d’Amsterdam, (7)

Sont-ce deux Ministres de Vienne, (8)

Messieurs vous serez bien surpris

Ce sont deux Bourgeois de Paris.

 

(5)  Mr de Louvois faisoit sortir l’Argent du Royaume tant par celui que consommoit les Armées qui servoient au dehors que par les pensions excessives qu’il falloit donner aux Princes Estrangers et a leurs Minsitres pour qu’ils persistassent dans l’alliance de la France, où tout au moins qu’ils demeurassent neutres.

(6)  Mr Colbert pour faire valoir les Manufactures du Royaume dont il avoit la conduitte faisoit tort au Commerce. Ce qui est la seule chose qui aporte de l’argent dans un Etat.

(7)  Principalle ville de Hollande a qui la guerre êtoit declarée dés le 7 avril 1672.

(8)  Sejour de l’Empereur Leopold-Ignace qui avoit declaré la guerre a la France comme allié des Hollandois dés l’an 1672.

(9)  Mr Colbert etoit fils de …. Colbert Sr de Vendieres, simple payeur des Rentes de l’Hostel de Ville de Paris, et Mr de Louvois venoit en droite ligne de Jean le Tellier Marchant Drapier a Paris, l’an 1500 et de Guillaume le Tellier Epicier 1582.

 

Chanson                    1674                            [183]

Sur le mesme Air.

Ce Couplet explique plus particulierement le dernier Couplet de la precedente.

 

Louvois (1) fait sortir notre Argent,

Colbert (2) empesche qu’il n’en vienne,

Si l’un êtoit né d’Amsterdam,

L’autre de Madrid, ou de Vienne

Que pourroit on faire de pis

En faveur de nos Ennemis.

 

(1)  Il avoit soin des Depenses de la guerre, comme Secretaire d’Etat en ce Departement, et Elles etoient excessives.

(2)  Il estoit Controlleur general des finances, et l’auteur veut dire que par les Impots qu’il mettoit sur le peuple, il le ruinoit au point qu’il ne pourroit plus fournir aux Depenses du Commerce dont il avoit le soin, et que l’auteur pretend qu’il gouvernoit mal.

 

Chanson                                                        [184]

Sur le mesme Air.

Sur Jean Baptiste Colbert, et Francois-Michel le Tellier Marquis de Louvois, Ministres et Secretaires d’Etat.

 

Le Connestable (1), et l’Amiral, (2)

Sont tous deux faits comme de cire,

Le premier est un gros brutal;

Le second est encore pire,

Tous deux sont fleaux des humains,

Pauvres François que je vous plains.

 

(1)  Mr de Louvois.

(2)  Mr Colbert. Voyez les Chansons faites en 1672 sur Eux et sur le meme air.

 

Parodie                      1674                            [185]

D’une Chanson de la VIIe Scene du 1er Acte de l’Opera d’Alceste qui commence par ces mots.

Jeune [sic] coeurs laissés vous prendre.

Sur la 2de prise de Bezançon et de la Franchecomté par le Roy Louis XIV pendant les Mois d’Avril et de May. 1674.

 

Bezançon, laissez vous prendre,

Vous nous faites fort attendre. (1)

Nous perdons d’heureux moments,

En cherchant à vous surprendre,

Si vous tardés plus longtems,

Adieu tous nos Courtisans.

 

(1)  Besançon fut investy le 25 avril, la tranchée ouverte le 6 May et la Capitulation le 15 dudit mois.

(2)  C’est que les Courtisans s’ennuyoient a la guerre.

 

Chanson                    1674                            [187]

Sur l’Air: Guillot est mon amy etc.

Sur Henry-Jules de Bourbon, Duc d’Anguien, Prince du sang, Chtr des Ordres du Roy.

 

Le fameux Duc d’Anguien, vainquit à Cerisolles, (1)

L’autre a Lens, et Rocroy, les troupes Espagnolles, (2)

Et maintenant, voicy qui me desole

Il est porté par un petit drole, (3)

Qui ne scait que donner parolle. (4)

 

(1)  L’an 1544 le 14 Avril Francois de Bourbon Duc d’Anguien Commandant l’Armée Françoise en Italie, gagna la Batailles [sic] de Serisolles, contre les Imperiaux Commandés par D. Alphonse d’Avalos, Marquis de Pescaire. Ce Prince n’etoit agé que de 22 ans.

(2)  Louis de Bourbon Prince de Condé pere de Henry Jules Duc d’Anguien, etant encore lui meme Duc d’Anguien, parceque le Prince de Condé son pere vivoit, gagna les Batailles de Lens et de Rocroy, celle cy le 19 May 1643 n’etant agé que de 24 ans. Contre l’Armée d’Espagne commandée par Don Francisco de Melo qui assiegeoit Rocroy, dont il fit lever le Siege, Celle de Lens le 20 d’avril 1648 contre l’archiduc Leopold Gouverneur general des pais bas, pour hilippe IV Roy d’Espagne. Il etoit alors Prince de Condé.

(3)  L’auteur parle de Henry-Jules de Bourbon Duc d’Anguien fils de Louis qui etoit petit et de peu de Mine.

(4)  C’est que le Duc d’Anguien servoit de general dans l’Armée que le Roy Louis XIV commandoit en personne en Franche-Comté, où il n’avoit d’autre Fonction que de donner le mot aprés l’avoir receu du Roy, comme font les Generaux le soir quand on donne l’Ordre.

 

Chanson                    1675                            [189]

Sur l’Air: Aymons, tout nous y convie.

Sur le Pere François de la Chaise Jesuitte que le Roy Louis XIV fit son Confesseur l’an 1675.

 

Chantons, Chantons, faisons bonne chere,

Notre Monarque Vainqueur

A pris pour son Confesseur

La Chaise pere severe,

Il promet que dans un an,

Il rendra la Montespan (1)

Compagne de la Valiere. (2)

 

(1)  Françoise-Athenaise de Rochechouart de Mortemart Marquise de Montespan, Maitresse du Roy.

(2)  Jeanne de la Baume-le Blanc Duchesse de la Valiere Maitresse du Roy avant Madame de Montespan, s’etoit fait Carmelite.

 

 

Vers Irreguliers                      1675                            [191]

À Henry de la Tour-d’Auvergne, Vicomte de Turenne, Marêchal de France, Colonel general de sa Cavalerie Legere, Gouverneur de Limousin etc.

 

Toy, dont les moindres faits sont dignes de memoire,

Turenne, qui reviens plus chargé de Lauriers, (1)

Qu’on n’en donna jamais aux plus fameux Guerriers.

            Dans la Fable, ny dans l’histoire, (2)

            Dieu, que diroient les Allemands,

S’ils te voyoient chercher par des vers indecens;

Un azile contre ta gloire,

Dans la foule des Courtisans, (3)

 

(1)  Le Vicomtre de Turenne avoit Commandé l’an 1674 l’Armée Françoise en Allemagne avec grand succés ayant gagné trois Batailles dans cette seule Campagne; la 1re a Zintzem le 16 Juin contre le Duc Charles de Lorraine, et aprés contre les memes troupes Imperiales et Lorraines fortifiées de quelques troupes que le Prince de Bournonville General de l’Empereur avoit envoyees et campées prés de Dembourg sur le Veker. La 3e le 4e Octobre au village d’Ensheim en Alsace, où le Vicomte de Turenne battit l’Armée confederée commandée par le Duc de Bournonville. Outre cela l’Electeur de Brandebourg ayant joint avec ses troupes celles des Confederés, esperoit se repandre, et prendre des quartiers d’hyver dans les Eveschés de Mets, Tou et Verdun, et attaquer la Champagne; mais le Vicomte de Turenne les en empescha par sa conduitte, et ruina leurs desseins, quoiqu’inferieur en nombre.

(2)  Tout le monde scait quel etoit le merite du vicomte de Turenne a la guerre.

(3)  C’etoit une chose etonnante que de voir le Vicomte de Turenne a la Cour, ou avec des Femmes. Ce grand homme y etoit timide et embarassé, et malgré toute sa gloire, il y paroissoit comme un miserable.

 

Pour moy je suis tenté de dire,                                                                 [192]

Moy (4), qui t’ay veu le sabre en main,

Plus fier que le Dieu Mars faire trembler l’Empire, (5)

Est-ce là ce heros que tout l’Esté j’admire,

Timide embarassé quand il voit Saint-Germain, (6)

Ou faut il que l’hyver dans le siecle où nous sommes

Les Grands Heros soient faits comme les autres hommes,

Que si de tes exploits la Cour fait peu de cas,

Comme (a la honte de la France)

On le peut presumer voyant ton indigence, (7)

            Je pardonne a ton embarras

L’Etat plus d’une fois auroit changé de face,

S’il n’eut êté sauvé par ta teste et ton bras,

Et l’on ne voit sur toy, recompense n’y grace

            Tandis qu’on entasse

Sur Colbert (8) et Louvois (9) qui ne le sauvent pas.

 

(4)  Aparemment l’auteur est un Officier de guerre qui avoit servi sous le Vicomte de Turenne.

(5)  Il faudroit un Volume pour escrire le nombre des Actions du [sic] Vie de Turenne. On a veu au 1r Article de ce Commentaire ce qu’il fit contre l’Empire l’an 1674.

(6)  La Cour etoit alors a St Germain en Laye.

(7)  Mr de Turenne n’avoit acquis que de la gloire a la guerre (soit dit a la honte de la France) car il n’avoit presque point de bien.

(8)  Jean Baptiste Colbert Ministre et Secretaire d’Etat, Controlleur general des Finances etc.

(9)  Francois-Michel le Tellier Marquis de Louvois, Ministre et Secretaire d’Etat etc.

(10) L’auteur ne veut simplement dire que ces 2 Minsitres ne sauvoient pas le Royaume comme Mr de Turenne; Mais il entend qu’ils le ruinoient, Mr Colbert par les Impots qu’il mettoit sur le peuple, pour soutenir les frais de la guerre, et Mr de Louvois par l’Argent qu’il consommoit pour la faire.

 

Stances Irregulieres                1675                            [193]

Intitulées,

Le Testament du Baron de Lisola.

Nota. Que le Baron de Lisola êtoit originaire de Franche-Comté, et de basse naissance. Car on le disoit fils d’un Meusnier. Il fut inviolablement attaché a la Maison d’Autriche qu’il servit en plusieurs Negociations, et pour laquelle il escrivit plusieurs livres contre la France, comme le Bouclier d’Etat, et de Justice etc. Il fut recompensé d’une charge de Conseiller dans le Conseil Aulique de l’Empereur Leopold-Ignace; Et mourut au mois de Janvier 1675.

 

Tout moribond et sain d’entendement,

Je veux (1) avant mourir faire mon Testament.

Et pour en commencer la derniere Ordonnance,

J’abandonne mon coeur a la triple alliance. (2)

Aussi bien Elle en manque et tombe par defaillance. (3)

 

(1)  Ce Testament est pourtant fait aprés sa mort. On en ignore l’Auteur.

(2)  L’Empereur Leopold-Ignace, Charles IId Roy d’Espagne et les Etats Generaux des Provinces-Unies etoient lors liguées contre le Roy de France Louis XIV. Lisola etoit entierement devoué a cette triple alliance comme sujet, et serviteur de la Maison d’Autriche.

(3)  Malgré ces 3 formidables puissances unies contre la France, le Roy Louis XIV ne laissoit pas de remporter de grandes Victoires contre Elles, comme on a pû voir depuis l’an 1672. Car cette année là il avoit conquis une partie des Provinces Unies. En 1673 il avoit pris Mastrik et Treves, et en 1674 il avoit pris toute la Franche-Comté. Louis Prince de Condé avoit gagné le Combat de Seneff contre les troupes de ces 3 puissances assemblées en un Corps d’Armée, et leur avoit fait ensuitte lever le Siege d’Audenarde. Et la Vict de Turenne de son costé gagna en Allemagne les Combats de Ziurzuin, d’Ensheim, ou de St François, et de Mulhauzen, ainsi la France etoit victorieuse partout contre cette triple Alliance qu’Elle ruinoit par ses prosperitez.

 

Et pour reconnoître l’honneur,                                                           [194]

Que m’a fait en m’aimant mon Prince et mon Seigneur (4)

Je legue ma plume fidelle, (5)

Pour remplumer un peu l’Aigle de l’Empereur, (6)

Qui depuis si longtemps ne bat plus que d’une Aisle. (7)

 

Item je legue et j’ay cedé

Mes Ongles au Lion d’Espagne (8)

A qui le Prince de Condé (9)

Les rogna de si prés la derniere Campagne. (10)

 

Mon Corps aux Etats Generaux, (11)

Est destiné sitot qu’il n’aura plus de vie

Pour en faire une Anatomie

Et decouvrir par là d’où viennent tous leurs maux. (12)

 

(4)  L’Empereur Leopold-Ignace.

(5)  Le Baron de Lisola serviteur zelé de la Maison d’Autriche avoit composé forces libelles en sa faveur contre la France.

(6)  Les Armes de l’Empereur sont unaigle eployé de sable en champ d’or.

(7)  A cause des prosperités de la France. C’est un jeu de mot tres mauvais.

(8)  C’est a dire l’Espagne dont les Armes ont entr’autres Ecussons un Lion, qui sont les Armes du Royaume de Leon. Le Lion a toujours eté le simbole de l’Espagne, non seulement a cause du Lion de Leon, mais de plusieurs autres Lions qu’Elle porte dans ses Armoiries.

(9)  Louis de Bourbon Prince de Condé, 1er Prince du sang de France etc.

(10)  A cause du combat de Seneff gagné au mois d’Aoust 1674 contre les Armées de l’Empire, d’Espagne, et des Etats Generaux des Provinces Unies par le Prince de Condé Generalissime des Armées de France, et ensuitte de la levée du Siege d’Audenarde que ces 3 Armées avoient assiegé, et qu’elles abandonnerent dés qu’elle sceurent que ce Prince marchoit pour le secourir.

(11)  Les Etats Generaux des Provinces Unies.

(12)  L’Auteur pretend que le Baron de Lisola êtoit celui qui avoit engagé les Etats Generaux dans cette guerre par ses Negociations. Il y avoit contribué, mais c’est tout. Mais bien d’autres motifs leur avoient attiré ce fleau de Dieu, et il feroit long de les deduire icy.

 

Je legue aux Electeurs Partisans de l’Empire (13)                               [195]

Mes habits, tant vieux que nouveaux,

Pour leur refaire des Drapeaux,

Car ils en ont perdu plus qu’on ne scauroit dire. (14)

 

De peur qu’il ne soit morfondu,

Je donne mes Cheveux au vieux Duc de Lorraine, (15)

Que le Vicomte de Turenne, (16)

A si vilainement tondu. (17)

 

Je nomme wan Benning (18) executeur fidelle,

De ma derniere volonté,

Et je lui legue ma Cervelle

Afin de subvenir a sa necessité. (19)

 

(13) Les Electeurs de Brandebourg, Palatin de Treves et de Mayence.

(14) Au Combat de Seneff, les François prirent 107 Drapeaux ou Etendards, Et en Allemagne, le Vicomte de Turenne en prit aussi beaucoup sur les vaincus.

(15) Charles III Duc de Lorraine.

(16) Henry de la Tour-d’Auvergne, Vicomte de Turenne, Marechal de France etc.

(17) A cause des Victoires que le Vicomte de Turenne avoit remportées l’an 1674 a la teste de l’Armée de France, contre celle de l’Empire commandée par le Duc de Lorraine. Voyez l’Article 3 de ce Commentaire.

(18) Sujet des Etats Generaux des Provinces unies, fameux et habile Negociateur.

(19) Wan Benning etoit celui qui avoit le plus contribué a la triple Alliance qui fut faite dés l’an 1668 entre le Roy d’Angleterre, celuy de Suede, et les Etats Generaux pour la deffense des païs bas Espagnols, où le Roy de France etoit entré et avoit pris plusieurs villes, l’an 1667 et la Franchecomté en 1668. Cette triple Alliance obligea la France a faire un traité de paix avec l’Espagne qui fut signé à Aix la Chapelle, le 2 May 1668 et a rendre la Franchecomté, le Traité de garantie fut fait par les 3 puissances cy dessus et reunis le 7 May suivant au Roy d’Espagne, et van Benning 1er mobile de cette triple Aliance et qui s’apelloit Josué en fut si insolent qu’il se fit peindre en veritable Josué arrestant le cours du Soleil, parceque le Roy de France Louis XIV avoit un soleil pour Devise. Cette triple Alliance fut la principalle cause de la guerre que le Roy declara aux Etats Generaux en 1672 et comme van Benning qui etoit le heros, se trouva victorieuse prtout. L’auteur veut que Lisola lui donne sa Cervelle pour secourir la sienne qui manqué en cette occasion.

 

A l’heur de la mort sans haine et sans colere,                                                 [196]

Même a ses Ennemis tout Chrestien doit bien faire,

Ainsi je veux donner au Prince de Condé, (20)

Mes Mulles de satin brodé;

Car soit que le zephir ou que la bize soufle

Ce heros toujours prest fait la guerre en Pantoufles. (21)

 

Quand tu devrois t’en offenser,

Pauvre Allemagne, toy qui pleure

Aujourd’huy les mechantes heures,

Que Turenne (22) t’a fait passer.

 

 

(20)   Louis de Bourbon Prince de Condé etc.

(21)   Ce Prince etoit fort gouteux, et ne pouvoit presque se chausser, loing de souffrir des bottes.

(22)   Henry de la Tour d’Auvergne Vicomte de Turenne, Marechal de France etc.

 

Je ne scaurois me dispenser                                                                            [197]

De leguer ma montre sonnante

Pour etre mise dans sa tente,

Et marquer que ce Chef scait bien prendre son tems.

Qu’il scait bien menager sa gloire,

Que l’heure qu’il choisit pour employer ses gens

Est toujours a coup seur l’heure de la Victoire.

 

A Louis (23) qu’on entend tonner

Dans tous les lieux de ce grand monde

Helas! que scaurois-je donner

Que l’admiration profonde

Que meritent tous ses hauts faits; (24)

Mais si ce grand Roy veut que je repose en paix,

Qu’il l’a donne a toute la terre,

Qui ne peut soutenir son Courroux dans la Guerre.

 

(23)   Louis XIV Roy de France.

(24)   A cause du Grand nombre de places que ce Roy avoit assiegées et prises en personne, et des victoires que ses Generaux avoient remportées.

 

 

Chanson                    1675                            [199]

Sur l’Air: Qu’il est doux aimable Silvie.

Sur …de l’Anglée Marêchal des Logis, general des Armées du Roy Louis XIV.

 

Des yeux bruns, un teint de Jaunisse,

Soutenu d’un rouge emprunté.

Parler gras, et d’un ton affecté,

Avoir de l’air d’un vray jocrisse,

Ah, Ah, Ah voila sans malice

De l’Anglée la beauté.

 

Cette Chanson n’a pas besoin de Commentaire.

Nota. Que l’Anglée etoit un simple Bourgeois fils d’un maltotier qui par le jeu, la depense, en tout, un goût exquis sur toutes choses, de l’honneur et de la probité, assés d’Esprit, beaucoup d’imprudence, et une grande assiduité a la Cour, s’etoit donné plus de relief et d’amis que n’auroit fait un homme de qualité a qui il auroit manqué quelqu’une de toutes ces choses.

 

Chanson                    1675                            [201]

Sur l’Air: Qu’il est doux aimable bergere.

Sur ….. Colbert du Teron.

 

Un pas lent, un coeur trop sensible,

Un oeil doux, l’autre effarouche,

Un dos long, avec un air penché,

Compose un Teron visible;

Ah, Ah, Ah seroit-il possible

Qu’un coeur en fut touché.

 

Cette Chanson n’a pas besoin de Commentaire.

 

Chanson                    1675                            [203]

Sur l’Air: Qu’il est doux aimable bergere.

Sur Jean Baptiste de Cassagnet, Marquis de Tilladet etc.

 

L’air content, assés magnifique,

Point d’Esprit, et nulle valeur,

Contrefaire en tout le grand Seigneur,

C’est de quoi Tilladet se pique,

Ah, Ah, Il faut être lubrique,

Pour lui donner son coeur.

 

Cette Chanson n’a pas besoin de Commentaire.

 

Chanson                    1675                            [205]

Sur l’Air de …..

Faite par …..de Perigny, fille, femme de Chambre de la Reine Marie-Thereze d’Autriche; sur …..le Tonnelier Sr de Breteuil Lecteur de la Chambre du Roy Louis XIV et sur Louis Marquis d’Estrades, Gouverneur des ville, Forteresse et dependances de Dunkerque, et Maire perpetuel de Bordeaux en survivance de Godefroy Comte d’Estrades, Marechal de France etc son pere.

 

Je prends mon habit de deuil,

Et suis malade,

Quand je vois entrer Breteuil

Avec Estrades,

Avec Estrades.

 

Ils etoient tous deux fort ennuyeux.

Nota. Mr le Comte Marsan entrant un jour chez Mad.lle de Perrigny où etoient le Marquis de l’Estrade, et le Baron de Breteuil ils lui quitterent bientost la place, l’un et l’autre, et Mr de Marsan lui demandant un moment aprés pourquoy elle etoit en deuil, et d’où lui venoit l’air malade qu’elle avoit, Elle fit ce Couplet de Chanson.

Ils couchoient tous trois avec Elle.

 

Chanson                    1675                            [207]

Sur l’Air: Vive l’amour.

Sur ……dem.lle de Perigny, cy devant femme de Chambre de la Reine Marie-Thereze d’Autriche qui la chassa a cause de ses déréglemens.

 

Vous êtes garce fort maligne,

Garce de coeur,

Garce d’honneur,

Garce de mine,

Garce a la Cour tant averée,

Que vous en êtes honteusement chassée,

Et vous vous vantez partout que vos appas

M’ont reduit au trépas.

 

Parodie                      1675                            [209]

De la VIIe Scene du IIIe Acte de l’Opera de Thezé, dans laquelle l’autheur fait parler Louis de Beauvais Baron de Gentilly, Me d’Hostel du Roy Louis XIV lequel etoit amoureux de …..Pinon Bourgeoise du quartier de St Antoine a Paris, et qu’il vouloit epouser.

Nota. Que l’Auteur fait repondre au Beauvais par un choeur de Bourgeois de son quartier, et que cette Parodie fut faite un jour qu’il donnoit un bal a cette Demoiselle et qu’il avoit une Rhingrave et des Canons magnifiques.

 

                                                Beauvais

Sortez Pinon, sortez du quartier Saint Antoine

Voyez la Cour (1), sans vous troubler,

Hatez vous d’y venir, c’est Beauvais qui vous mene,

Que Chaumel (2), que Bugnon (3) deux faces de Chanoines

Prennent soin de me ressembler.

                                                Choeur

Sortons du quartier saint Antoine.

 

(1)  Beauvais, en proposant a Mlle Pinon de venir a la Cour, où il etoit toujours, lui propose de l’epouser, ce que a famille de la Dam.lle ne vouloit pas, aussi epousa t’elle depuis Michel Vialart Sr de Herse Conseiller au Parlement de Paris.

(2)  Deux Bourgeois de ce

(3)  Quartier qui faisoient les gens du bel air.

 

Beauvais                                                          [210]

Venez petits Bourgeois, venez,

Avancés petits miserables,

Soyés en ce jour etonnez,

Voyez les beaux Canons que je me suis donnez

Tachez d’en avoir de semblables.

                                                Choeur

Voyons les beaux Canons que Beauvais s’est donné

Taschons d’en avoir de semblables.

                                                Beauvais

Ma Rhingrave triomphe, elle est inimitable,

Elle n’a pas un ply que je n’ay façonné,

Le Montforan (4) le plus aimable,

Auroit peine a former un habit comparable

A celui dont je suis orné.

Voyés les beaux Canons que je me suis donné,

Tachez d’en avoir de semblables.

                                                Choeur

Voyons les beaux Canons que Beauvais s’est donné

Tachons d’en avoir de semblables.

 

(4)  Francois Brunet Sr de Montforan Conseiller au Parlement de Mets, et depuis a celui de Paris, puis President de la Chambre des Comptes, Bourgeois, qui faisoit l’homme du bel air.

 

 

Parodie                      1675                            [211]

De la VIIIe Scene du 1er Acte de l’Opera de Thezé, dans laquelle l’Auteur fait parler …..de Nyert 1er Valet de Chambre du Roy, Gouverneur de Limoges, et Bailly du Bailliage d’Amont en Franchecomté etc avec Charlotte Vandanghel, dont il etoit amoureux, et qu’il epousa depuis.

Nota. Que cette Fille etoit Hollandoise et avoit beaucoup de vertu. Ce qui fait que l’auteur l’a fait parler icy sous le nom de Lucrece.

 

                 Nyert

Cessés pour ce Merval (1) de répandre des larmes,

Commencés aprés tant d’allarmes,

A gouter un destin plus doux.

Puisque je vois mon bien augmenter par les armes. (2)

J’y veux joindre de nouveux charmes,

En les partageant avec vous.

                                    Lucrece

Avec moy, vous Seigneur

 

(1)  Merval etoit un autre amant de Mad.lle Vandanghel, et par consequent rival de Niert.

(2)  Le Roy Louis XIV aprés la Conqueste de la Franchecomté qu’il avoit faite en 1574 avoit donné a Niert le Bailliage d’Amont en cette Province. Voilà pourquoy son bien êtoit augmenté par les armes.

 

Nyert                                                                          [212]

                        Que votre trouble cesse,

C’est peut être un peu tard vouloir plaire a vos yeux, (3)

Si je n’ay pas l’eclat de la belle jeunesse,

            Je suis Bailly*, belle Lucrece,

            Et Bailly amoureux.

Faites race a mon âge en faveur de ma gloire,

Voyez le prix du rang qui vous est destiné

De richesse et d’honneur je suis environné, (4)

Sur Aminthe et Philis (5), vous aurez la victoire.

                                    L.

A l’exemple de Sabliere, (6)

Vos soins ont prevenu mes voeux dans votre coeur,

Je vous dois estimer, Seigeur, je vous rever.

                                    N.

Vous parlez d’estimer quand je parle d’amour.

                                    L.

Mais votre foy, Seigneur, a des Brosses (8) est promise.

 

*Voyez l’article 2 de ce Commentaire.

 

(3)  Il n’etoit desja plus jeune, et ce qui le faisoit paroitre plus vieux c’est qu’il avoit les Cheveux gris, et cela de fort bone heure.

(4)  Il êtoit fort riche, et outre le Bailliage d’amant en Franchcomté, il avoit le Gouvernement de la ville de Limoges.

(5)  Ce sont apparemment quelques femmes que Nyert avoit aimées, et a qui il ne deplaisoit pas, dont l’auteur ignore, ou veut cacher le nom.

(6)  Antoine de Rambouillet Seigeur de la Sabliere.

(7)  C’est que La Sabliere avoit eté amoureux d’Elle et s’etoit enrichy dans les affaires du Roy. Nyert de son côté avoit eu des bienfaits de Sa Majesté qui l’avoient mis a son aise. Elle avoit aimé la Sabliere. Elle aimoit alors Nyert, et tous deux avoient prevenu ses voeux en accommodant leurs affaires parcequ’Elle vouloit qu’ils eussent du bien.

(8)  …..Chouart Dam.lle des Brosses dont  Nyert avoit eté fort amoureux.

 

N.                                                        [213]

Je scay qu’alors qu’on la meprise

On s’expose aux fureurs d’un jaloux President, (9)

            Ma Cervelle n’est point soumise,

            A son facheux raisonnement,

            La Choard (10), la Favorise,

            Et Chateaufort son parent. (11)

Mais j’ay fait elever un Cousin (12) dans Bayonne,

            Qui payera de sa personne,

Je veux qu’en epousant des Brosses au lieu de moy,

            Il degage ma foy.

                                    L.

Mais si malgré vos soins des Brosses ambitieuse,

Ne s’attache qu’au rang que vous me presentez.

                                    N.

            Que vous êtes ingenieuse

            A former des difficultez!

Que la mere (13) en fureur j’arme, menace, tonne,

            Vous tâterés de ma personne,

Quand il m’en coûteroit mon Bailliage, et le jour,

Un Baillif qui se sent animé par l’amour,

Ne doit jamais trouver de peril qui l’etonne.

 

(9)  Nicolas Potier Seigneur de Novian 1er President du Parlement de Paris, qui cherissoit Mlle des Brosses qu’on croyoit sa fille parcequ’il avoit eté amoureux de Madame des Brosses sa mere, et que cette fille lui ressembloit beaucoup.

(10)       Madame des Brosses-Chouart mere de Mademoiselle des Brosses.

(11)     Pierre Fremin Sieur de Chasteaufort auditeur des Comptes a Paris, homme d’Esprit et de belles Lettres et grand yvrogne.

(12)       …….

(13)       …….

 

Chanson                    1675                            [215]

A Francois-Emanuel de Bonne de Crequy d’Agout, de Vesc, de Montlaur, et de Montauban, Comte de Sault, fils ainé de François, Duc de Lesdiguieres, Pair de France etc, sur ce qu’il êtoit amoureux de Madelene Simon fille d’u Entrepreneur.

 

On dit icy (1) que vos Exploits

Passent d’une commune voix,

Ceux de Cezar et d’Alexandre,

Que vous avez acquis d’honneur!

Et qu’il est hardy d’entreprendre

La fille d’un Entrepreneur!

 

L’Espagnol (2) fuit devant vos yeux

Vous revenez tout glorieux

De votre voyage de Flandres,

Et comment n’auroit-il point peur

D’un heros qui peut entreprendre

La fille d’un Entrepreneur.

 

(1)  Paris.

(2)  Le Duc de Sault servoit lors de Marechal de Camp a la guerre avec beaucoup de valeur et de distinction.

 

Chanson                    1675                            [217]

Sur l’air: lere la, lerelanlere/

Sur Marguerite-Paule de Gondy, femme de François de Bonne, de Crequy, d’Agout, de Vesc, de Montaur, et de Montauban, lors appelé le Duc de Sault.

 

La jeune Duchesse de Sault

Avoit desja (1) fait le grand saut (2)

Avec l’Escuyer de sa mere; (3)

Lere la, lerelanlere,

Lere la, lere lan la.

 

Si le bon Duc scavoit le fait,

Il seroit fort mal satisfait

D’etre cocu comme son pere,

Lere la, lerelanlere,

Lere la, lere lan la.

 

(1)  C’est a dire, avant que d’etre mariée, car Elle n’avoit épousé le Duc de Sault que le …

(2)  …….

(3)  C’est une medisance. Car quoique la Duchesse de Rets Françoise de Gondy sa mere eut êté grande putain sa fille n’a jamais donné aucun soubçon a son mary. Elle êtoit seulement folle, mais Elle l’etoit outrée.

 

Chanson                    1675                            [219]

Sur l’Air: Quand Florimond les coudes sur la Table.

Sur….Marquis de Breauté , lequel s’etant retiré a l’Institut de Paris, maison des Peres de l’Oratoire, s’y ennuya et sortit et mena une vie dereglée telle qu’il l’avoit menée avant que d’y entrer.

 

Quand Breauté sortit de l’Oratoire

Il a pretendu

Que n’etant plus a L’Institut,

Il pouvoit chanter, manger, rire et boire,

C’en est fait le mal est sans remede,

L’amour et Bacchus enchantent ses desirs;

Dans ses transports il ne scait que choisir,

Ou de Venus, ou bien de Ganimede*.

 

* C’est a dire de l’amour des femmes ou de celuy des garçons.

 

Chanson                    1675                            [221]

Sur l’Air: de Maia

Sur Paule Payen Veuve de Hugues de Lionne Ministre et Secretaire d’Etat etc

 

La Lionne avoit l’Eté dernier, envie,

Dans un Couvent, d’aller passer sa vie;

            Mais,

Breteuil* la trop bien servie,

Pour s’en eloigner jamais.

 

*…….le Tonnelier Baron de Breteuil Lecteur du Roy.

 

Chanson                    1675                            [223]

Surl’Air: l’amour plaît malgré ses chaînes

Sur Urbain-François-Louis le Febvre de Caumartin Sr de Boissy, Conseiller au Parlement de Paris, lequel êtoit amoureux de …..de Roucy, femme de ….. Marquis de Lamet, qui lui prefera Alexis-Henry Chtr de Chastillon Capitaine des Gardes du Corps de Philippes de France Duc d’Orleans.

 

Pendant que Boissy se moque,

De Courtin et Barillon, (1)

Lamet le trait dapoque

Elle baise Chastillon.

 

En perdant cette Conqueste

Il fait bien le genereux

Mais nous sçavons qu’en cachette

Il s’arrache les cheveux.

 

Son coeur dans cette contrainte

 

(1)  Honoré Courtin Conseiller d’Etat et Paul de Barillon Me des Requestes qui faisoient les galans auprés de Madame de Lamet, laqu’Elle se moquoit d’Eux, aussi bien que Mr de Boissy.

 

Souffre un tourment sans egal,                                                            [224]

Et dans la semaine Sainte, (2)

Pesche plus qu’au Carnaval.

 

Pour l’amour et pour la gloire,

C’est se faire un grand effort,

Que de ceder la victoire,

Quand on se sent le plus fort. (3)

 

Pauvre Boissy, dans la ville

Cherche viste un prompt secours,

Vange toy sur la Civile, (4)

Une laide aime toujours. (5)

 

Pour Lamet soyés fidelles (6)

Pour Lamet soyez constans,

Vous ne serez aimés d’Elle

M’y plus tard, ny plus longtems.

 

(2)  C’est qu’il mangeoit de la viande, et que cette Chanson a êté faite dans la Semaine Sainte de cette année.

(3)  Boissy etoit plus vigoureux que Chastillon.

(4)  …..Mangot veuve de ….d’Aubray Lieutenant Civil du Chastelet de Paris, on l’appelloit par plaisanterie la Civille.

(5)  Elle etoit fort laide et fort noire, mais Elle avoit beaucoup d’Esprit. Elleetoit fort des amies de Madame de Lamet.

(6)  Cecy s’adresse a tous les amans de Madame de Lamet, qui etoient en grand nombre.

 

Chanson                    1675                            [225]

Sur l’Air: vôtre Epoux est de glace.

Sur Urbain-François-Louis le Fevre de Caumartin, Sr de Boissy, Conseiller au Parlement de Paris, qui gaigna la Chaudepisse avec une fille de Joye qu’on apelloit la Duchesse.

 

De la fausse Duchesse

Jamais Boissy

Ne mit qu’entre deux fesses

Son pauvre V….

Et cependant chaudepisse il y prit.

 

Chanson                    1675                            [227]

Sur l’Air: reveillez vous belle endormie.

Sur …..de la Mothe-Theobon, fille d’honneur de la Reine Marie-Thereze d’Autriche.

 

Theobon dans le Ministere

Aura bientost un grand credit

Puisque desja du Secretaire (1)

Elle a dit on, branslé le lit.

 

(1)  Jean Baptiste Colbert Marquis de Seignelay Secretaire d’Etat.

 

 

Chanson                    1675                            [228]

Sur l’Air des Ennuyeurs.

Sur Jean-Baptiste Colbert Marquis de Seignelay Secretaire d’Etat.

 

Est-ce conte, Est-ce verité,

Que de Seignelay les prouësses

Perigny (1), est sans vanité

Dans le nombre de ses maitresses

Theobon (2) le baise a son tour

Malgré la Princesse d’Harcourt. (3)

 

(1)  ……de Perigny fille, femme de Chambre de la Reine.

(2)  ……de Theobon fille d’honneur de la Reine.

(3)  Marie-Françoise de Brancas femme d’Alphonse-Henry-Charles de Lorraine Prince d’Harcourt.

 

Chanson                    167..                            [229]

Sur l'Air: Des Ennuyeux

Sur ….le Fevre de Caumartin apellée Mad.lle de Mormant.

 

Jamais à l’âge de quinze ans,

A t’on fait voir autant d’adresse,

Que nous en a montré Mormant

Se retirant chez une Abbesse,

Pouvoit-elle avecque sa soeur

Croire en seureté son honneur.

 

Autant d’esprit, autant d’appas,

Autant de jeunesse , et de charmes,

Avec sa soeur ne pouvoit pas

Demeurer sans beaucoup d’alarmes,

Car souvent l’exemple d’autruy

Nous induit a pecher aussy.

 

Autre             167…                                      [230]

Sur l’Air: Mon Chapeau de paille.

Sur la même personne que la precedente.

 

J’ay résolu de baiser tout à l’here

La charmante Mormant,

Car j’ay bien peur que la pauvre meure,

Si ce n’est promptement.

Eh, je diray, si le clergé murmure

Eh j’ay la tonsure moy

Eh j’ay la tonsure.

 

Chanson                    167…                          [231]

Sur l’Air…….

Dont le 1er Couplet est sur Madelaine d’Angennes-de la Loupe, femme de Henry de Senecterre Duc de la Ferté, Pair et Marechal de France etc. Le 2d sur Catherine-Henriette d’Angennes de la Loupe, sa soeur, femme de Louis de la Trimouille Comte d’Olonne, et le 3e sur Anne de l’Enclos vulgairement Ninon.

 

Aimable la Ferté

Aimable la Ferté,

Qui vous voit un moment est pour jamais charmé.

Moy qui suis Florentin (1), j’ay changé de côté. (2)

 

J’ay l’esprit abbatu,

J’ay l’esprit abbatu,

De voir tant de beauté avec tant de vertu (3)

D’Olonne en demandant, serai-je point battu.

 

(1)  Cette Chanson est faite par Jean-Baptiste Lully Florentin Sur-Intendant de la Musique du Roy.

(2)  C’est que Lully êtoit grand Sodomite; et il veut dire icy que les charmes de la Marechale Duchesse de la Ferté etoient si grands qu’ils lui faisoient oublier le Cul pour le C….

(3)  Cela est ironique, car la Comtesse d’Olonne etoit grande putain.

 

Adorable Ninon,                                                                                 [232]

Adorable Ninon,

Vous avez trop d’Esprit (4) pour vouloir dire non,

Le plaisir de pécher vaut mieux que le pardon.

 

(4)  Personne n’a jamais eu plus d’esprit que Madem.lle de Lenclos.

 

 

Chanson                    1675                            [233]

Sur l’Air: lere lan lere.

Sur le mariage de Henry de Senecterre Marquis de la Ferté; fait le 18 Mars 1675 avec Marie-Isabelle-Gabrielle-Angelique de la Mothe-Houdancourt.

 

Pauvre Marquis de la Ferté

Vous voila aussi bien coeffé (1)

Que le Marechal votre pere, (3)

Lere la,

Lerelanlere,

Lere la,

Lerelanla.

 

Ce petit Chaffouin de Marsan (3)

A tâté de votre maman (4)

Et cocu il vous a sceu faire (5)

Lere etc.

 

(1)  C’est a dire aussi bien cocu.

(2)  Henry de Seneterre Duc de la Ferté, Pair et Marechal de France, Chtr des Ordres du Roy, dont Madeleine d’Angennes etoit grande putain.

(3)  Charles de Lorraine Comte de Marsan.

(4)  Madelaine d’Angenees Marechale Duchesse de la Ferté, que le Comte de Marsan avoit foutuë comme bien d’autres.

(5)  Le Comte de Marsan avoit aussi couché, a ce que pretend l’auteur avec la Marquise de la Ferté.

 

La Marck (6) a receu pour present,                                                    [234]

Dix mil Ecus d’argent comptant,

Et Thury (7) cent francs pour salaire;

Lere etc.

 

La mere (8) a donné pour present, (9)

Ses bouteilles de restingent, (10)

Les Clefs des portes de derriere. (11)

Lere etc.

 

(6)  L’auteur pretend que Louise de Prie, veuve de Philippe de la Mothe-Houdancourt Marechal de France etc et Gouvernante des Enfans de France avoit donné dix mil Ecus a Henry-Robert Eschallard Comte de la Marck, Colonel du Regiment de Picardie, lors amant de la Marechale Duchesse de la Ferté, pour qu’il la fit consentir a ce mariage; cela n’est pas vraisemblable. Car le mariage etoit fort sortable, et cette Marechale n’estoit pas d’humeur a examiner de bien prées la vertu de sa Bru.

(7)  Cecy est assés plaisant. Mouis d’Harcourt-Beuvron, Marquis de Thury, etoit ami de la Marechale Duchesse de la Ferté, et de plus couchoit avec sa Demoiselle Suivante, appellée Fabert, ainsy il etoit toujours a l’hostel de Seneterre, il etoit fort avare, assés meprisé, et de plus ne couchoit qu’avec la Soubrette. C’est pouquoy l’auteur qui veut que Thury se soit aussi meslé de la Negociation de ce mariage, ne lui fait donner que 100 francs, par la Marechale de la Motte, quand il fait donner 10000 Ecus au Comte de la Marck amant de la Marêchalle.

(8)  La Marêchalle Duchesse de la Ferté.

(9)  L’Usage a Paris et a la Cour, est que les pere et mere et proches parens des mariés leur font des presens a leurs noces.

(10)   L’auter pretend que le present de la Marechale Duchesse de la Ferté fit a sal belle fille, fut des Bouteilles de Restringent dont elle se servoit pour se retrecir le C… qu’Elle avoit fort large, et dont sa belle fille devoit aussi avoir besoin, si Elle n’estoit pas pucelle, comme le pretend l’auteur.

(11)   C’est a dire la maniere de se bien faire f…tre en cu, que la Marêchale Duchesse de la Ferté mettoit quelquefois en pratique pour goûter du tout.

 

On n’a jamais veu dans Paris,                                                             [235]

Tant de Galans en manteaux gris, (12)

Que dans l’hostel de Senecterre. (13)

Lere etc.

 

(12)                 – (13) La Marechale Duchesse de la Fertéetoit grande putain et grande pipeuse au jeu. Ainsi tout lui etoit bon pourveu qu’on jouast. Car Elle donnoit aussi a jouer, ou qu’on fit l’amour. Tout estoit bienvenu dans l’hostel de Senecterre a ces conditions. Aussi les Bourgeois que l’auteur apelle des Galans a manteau gris y etoient receus comme les gens de qualité et les Fripons, comme les honnestes gens.

 

Chanson                    1675                            [237]

Sur l’Air: ah qu’il fait beau dans ce Bocage.

Sur l’Abbaye de Notre Dame de la Maison-Dieu de la Trappe de l’Etroite observance de Citeaux, et sur Armand-Jean le Bouthillier de Rancé Abé Regulier de ce Monsatere et sur la vie austere que lui et ses Religieux y menent.

 

Je suis revenu de la Trape

Cette maudite Trappe-a-fou, (1)

Et si jamais le Diable my ratrappe,

Je veux qu’on me casse le cou,

Ce maudit trou

N’est qu’une trappe,

Ce maudit trou

N’est qu’une Trappe-a-fou.

 

Crois moy mon frere (2)

Quitte ta haire,

 

(1)  L’auteur ne pense pas comme les Religieux de la Trappe, puisqu’il appelle cette Maison une Trappe-a-fou. Cette plaisanterie est bien basse.

(2)  Ce couplet cy s’adresse a un Religieux de cette Abbaye.

 

Ton cidre doux,                                                                                   [238]

Ton pain d’Orge et tes choux.

N’ecoute plus toutes les chimeres (3)

De ton Abbé, ny de tes freres,

Ils ont fait ce que nous faisons,

Quitte le froc et puis buvons.

 

(3)  L’auteur continue a se moquer de l’austerité Religieuse de cette Maison.

 

Nota que cette Abbaye si fameuse dans ce siecle par la reforme qui s’y est introduite, fut fondée l’an 1140 dans le Perche, par Rotrou Comte de cette Province, et dediée l’an 1214 a la Ste Vierge. Armand-Jean le Bouthillier appellé dans le monde l’Abbé de Rancé et 1er Aumônier de Gaston-Jean-Baptiste de France Duc d’Orleans en etoit Abbé Commendataire depuis plus de 25 ans, lorsqu’il y mit la Reforme par un Traité fait a sa priere, entre l’abbé de Barberie de l’Etroite observance de Citeaux, et les Religieux de la Trappe, le 7 Aoust 1662 et Omologué au Parlement de Paris le 16 Fevrier 1663. L’Abbé de Rancé s’etoit mis dans la devotion depuis quelques années et la Tradition porte que ce qui contribue le plus a lui faire quitter le monde, fut la mort de Marie de Bretagne Duchesse de Montbazon la plus belle femme de son tems, de la qu’elle il etoit passionnement amoureux. Quoiqu’il en soit, Il choisit pour sa retraite son Abbaye de la Trappe, où il avoit fait mettre la reforme, ayant obtenu un Brevet du Roy Louis XIV le 10 May 1663 pour tenir cette Abbaye en regle. Il prit lui même l’habit de l’Etroite observance de Citeaux le 13e Juin en suivant dans le Monastere de Notre Dame de Perseigne, le 26 Juin 1664 aprés avoir receu ses Expeditions de Rome pour tenir la Trappe en regle. Il fit profession dans la même Abbaye de Perseigne entre les mains de Dom Michel Guiton Commissaire du vicaire General de Citeaux. Le dernier du même mois Il fit prendre possession par Procureur de son Abbaye de la Trappe en qualité d’Abbé regulier. Il receut la benediction Abbatialle le 3 Juillet en suivant par les mains de Patrice Plunquet Evesque d’Arda en Hibernie dans l’Abbaye de St Martin de Scez de l’Ordre de St Benoist de la Congregation de St Maur, et Il se rendit a la Trappe le 14 du meme mois, où par son Eloquence qui est grande, et [239] par son exemple il persuada ses Religieux a pratiquer la vie austere, qui s’y mena depuis ce temps là, on n’y mange que du pain d’Orge et des Legumes preparées par les Religieux mêmes, on n’y boit que du Cidre et de l’Eau. On y travaille des mains trois heures chaque jour. On y garde un perpetuel silence. Enfin, il faudroit faire un volume pour expliquer le detail de touts les austeritez qui s’y pratiquent. Et il vaut mieux envoyer le lecteur qui en voudra être eclairci, a un petit Livre, appellé Description de l’Abbaye de la Trappe, lequel a êté fait la dessus.

 

Parodie                      1675                            [241]

D’une Chanson du Prologue de l’Opera d’Alceste, sur Jacques Testu Abbé de Belleval etc.

 

On ne voit plus icy (1) paroître

Que des Courtisans trop parfaits, (2)

Ah! rends nous notre maigre Prestre, (3)

Nous serons bien plus satisfaits.

 

(1)  a Paris et a la Cour.

(2)  Les gens de guerre etoient a l’armée, ainsi la Cour etoit depeuplée de gens aimables et propres a la galanterie. L’Auteur appelle Courtisans trop parfaits les gens vieux et sages qui etoient restez.

(3)  L’Abbé Testu qui etoit maigre, et dont le caractere inquiet le portoit a aller partout et a se mesler de tout. Il avoit beaucoup d’esprit, mais il etoit fort importun, aussi ne briguoit il guerres que chés les femmes où il etoit toujours malgré le Sacerdoce dont il etoit revestu.

 

 

Chanson                    1675                            [243]

Sur l’Air des Ennuyeurs.

Sur les amans de Marie-Anne de Mancini, femme de Godefroy-Maurice de la Tour d’Auvergne, Souverain Duc de Bouillon etc lorsque le Duc son mary l’eut fait enfermer dans un couvent l’an 1675 pour ses galanteries.

 

Dans cet etat si perilleux,

Tout leur fait peur, et les étonne,

Pour prendre un Conseil vigoureux,

Ils ont êté trouver d’Olonne*,

Et depuis marchent ce dit on

Avec Poignard et Mousqueton.

 

*N…….de la Trimouille Comte d’Olonne. Cela est dit ironiquement, car outre que le Comte d’Olonne n’avoit jamais passé pour un grand Soldat, c’est que ……..d’Angennes de la Loupe sa femme etoit une des grandes putains du monde et qu’il ne faisoit en rire content de s’estre seulement separé d’avec Elle de corps et de bien.

 

 

Chanson                    1675                            [245]

Sur le chant Or nous dites Marie.

Sur Madelaine de la Loupe-d’Angennes femme de Henry de Senecterre, Duc de la Ferté, Pair, et Marechal de France, Chtr des rdres du Roy, etc laquelle se consola aisement de la mort de Henry-Robert Eschallard Comte de la Mark son amant, tiré a la Bataille de Treves le 12 Juillet 1675.

 

Or nous dites Duchesse (1)

Lorsque la Marck (2) fut mort

Vit on vôtre tendresse,

Faire un dernier effort.

 

Je n’etois entestée,

 

(1)  Cette Chanson s’adresse a la Marechalle Duchesse de la Ferté.

(2)  Henry-Robert Eschallard Comte de la Marck. Il etoit Colonel du Regiment de Picardie, et servoit de Marêchal de Camp dans l’Armée que commandoit Francois Sire de Crequy Marechal de France sur la Mozelle, lorsque ce General voulant secourir Treves que les troupes confederées commandées par Charles Duc de Lorraine et Georges Duc de Lunebourg et autres fut defait a platte couture proche Cousarbrick. Les troupes Ennemies vinrent au devant de lui et lui livrerent la Bataille, qu’il perdit et ou le Comte de la Marck fut tué sur la place.

 

Que du petit Coigneux, (3)                                                                 [246]

J’en croyois être aimée,

Landais (4) m’offroit ses voeux.

 

(3)  Charles le Coigneux Conseiller au Grand Conseil.

(4)  Estienne Landais Tresorier general de l’Artillerie de France. La Marechale Duchesse de la Ferté ne meprisoit pas ces sortes de gens.

 

 

Chanson                    1675                            [247]

Sur l’Air de …..

Sur le départ de Marguerite de Lorraine Duchesse de Cadaval qui s’en alloit en Portugal consommer son mariage avec Dom Nunno Alvarés Pereyra de Mello de Cadaval Grand de Portugal qu’elle avoit epousé en France par Procureur le 25 Juillet 1675.

 

La Princesse (1) de Cadaval,

Est preste a monter a cheval,

Pour aller perdre au bord du tage, (2)

Son pucelage, son pucelage.

 

Gourdon (3) moins impatiemment,

Y procede plus meurement,

Parcequ’elle et son pucelage

Sont de meme âge, sont de même age.

 

(1)  Marguerite de Lorraine desja mariée par Procureur au Duc de Cadaval.

(2)  Lisbonne ville Capitale du Royaume de Portugal est située sur le bord du Fleuve du Tage.

(3)  Madame de Gourdon etoit une Ecossoise vieille fille, autrefois Dame d’Atour de Madame Duchesse d’Orleans, et amie de Louis de Lorraine Comte d’Armagnac etc et de Catherine de Neuville-Villeroy, sa femme, pere et mere de la Duchesse de Cadaval.

 

Louison (4) ne sentez vous pas bien,                                                                         [248]

Quand la Princesse (5) perd le sien,

Que vous devés tout comme un autre

Perdre le vôtre, perdre le vôtre.

 

Marianne (6) dira bientost

Qu’elle n’a le sien qu’en depost

Et pour le garder davantage

Qu’elle est trop sage, Qu’elle etc.

 

Sa soeur (7) temoigne a sa pasteur

Qu’Elle est lasse de cette fleur

Et qui doute qu’Elle ne veuille

Que l’on l’a cueille, Que l’on etc.

 

L’on ne scauroit en verité,

Dire si la virginité,

Qui brille aux yeux de la Chesnaye, (8)

Est fausse ou vraye etc.

 

(4)  Femme de Chambre de la Duchesse de Cadaval.

(5)  La Duchesse de Cadaval.

(6)  Femme de Chambre de la Comtesse d’Armagnac.

(7)  Autre femme de Chambre.

(8)  Demoiselle suivante de la Comtesse d’Armagnac.

 

Les beaux yeux noirs et languissans,                                                               [249]

Dont Charlotte (9) voit les passans

Font bien voir que la jeune prude,

En porte un rude, En etc.

 

Qui voudroit r’avoir ce Tresor,

A fin de le reperdre encor,

C’est la Princesse belle et bonne,

De l’Isle bonne (10), De etc.

 

La vertu ne permettant pas

Qu’Elle ait part a ces doux ebats,

Elle reduit tous ses negoces

Avoir des noces, a voir etc.

 

Derriere un Chevet quelquefois

Voir un pucelage aux abois,

Et l’assister a l’agonie.

C’est sa manie, c’est etc.

 

Notre tante (11) qui songe au bien

 

(9)  Femme de Chambre de la Comtesse d’Armagnac.

(10)   Anne de Lorraine femme de Francois-Marie de Lorraine Prince de Lilebonne.

(11)   Marie-Marguerite de Cossé, femme de Francois de Neuville Duc de Villeroy etc frere de la Comtesse d’Armagnac.

 

Que lui fit la perte du sien,                                                                 [250]

A ce doux souvenir s’echape

Et rit sous cappe, et rit etc.

 

D’Huxelles emuë a ce discours

De pucelages et d’amours,

N’en pouvant plus, demande viste

De l’Eau beniste, de l’Eau beniste.

 

Chanson                    1675                            [251]

Sur l’Air: Gueris toy si tu peux.

Sur le Combat d’Altenheim, donné le 1er Aoust 1675 entre l’Armée de France commandée par Guy de Durfort Comte de Lorge, Lieutenant general des Armées du Roy, Commandant l’Armée, et celle de l’Empereur et de l’Empire Commandée par le Comte de Montecuculi.

 

Dans ces derniers temps cy, (1)

Notre fortune est mince, (2)

L’Ennemi nous pince, (3)

Nos Chefs ont failly, (4)

 

(1)  Cette Chanson a êté faite dans l’Armée Françoise qui servoit en Allemagne l’an 1675 et aprés la mort de Henry de la Tour d’Auvergne Vicomte de Turenne Marechal de France etc qui la commandoit, et qui fut tué d’un coup Canon prés Solsback au delà du Rhin, comme il se preparoit a y attaquer les Imperiaux s’etant posté a Wilstat pour cela.

(2)  Parceque le General etant mort sans avoir fait part de son projet a pas un des Officiers de son armée, les Generaux s’y trouveroient tres embarassés, et n’eurent autre party que celuy de repasser le Rhin.

(3)  Sitost que les Ennemis eurent apris la mort du Vicomte de Turenne, le 27 Juillet jour de son decés par un Dragon François deserteur, et ensuitte la retraite de son Armée, ils marcherent a Elle et la joignirent au bout du Pont qu’Elle avoit fait construire sur le Rhin a Altenheim, comme Elle se preparoit a repasser ce Fleuve.

(4)  Les Generaux Francois aprés la mort du Vicomte de Turenne resolus de repasser le Rhin covinrent que …..de Bautru Marquis de Vaubrun, Lieutenant general marcheroit a la teste de la 2de Ligne de l’Armée, la nuit du 31 Juillet au 1er Aoust et iroit se mettre en Bataille a la teste du Pont, et que le Comte de Lorge Lieutenant general de jour, et par consequent commandant, feroit l’arrieregarde avec la 1re Ligne, et soutiendroit l’effort des Ennemis qui la suivoient. Le Marquis de Vaubrun homme faux dans tous ses raisonnemens, s’imagina que les Ennemis au lieu de suivre l’armée, iroient passer le Rhin a Strasbourg, et viendroient par deça l’attaquer a son passage; pour prevenir ce dessein imaginaire, il passa le Pont contre la resolution du Conseil de Guerre, et sans en donner avis au Comte de Lorge. Celui cy qui se retiroit les Ennemis sur les bras, fut bien surpris de ne point trouver la 2de Ligne a la teste du Pont et d’y aprendre la marche que lui avoit fait faire le Marquis de Vaubrun, les Ennemis l’attaquerent dans ce moment, il se deffendit avec courage, le Marquis de Vaubrun de son coté entendant les 1ers coups de pistolet repassa le Pont a toutes jambes avec la 2de Ligne, et sur les reproches bien fondés que lui fit le Comte de Lorgne de sa desobeissance capable de perdre l’Etat, il se fit tuer de douleur. Tout cela n’empescha pas que les François n’eussent la victoire dans ce Combat, et que les Imperiaux n’y perdissent 4000 hommes; cette faute du Marquis de Vaubrun fut la cause du Reglement que fit le Roy Louis XIV que lorsqu’il n’y auroit point de General en chef, le plus ancien des Lieutenans Generaux commanderoit, et en cas d’absence de ceux cy, le plus ancien Marêchal de Camp.

 

Contre Montecuculli, (5)

Il falloit Monsieur le Prince. (6)

 

(5)  Generalissime de l’armée Imperiale.

(6)  Louis de Bourbon Prince de Condé etc.

Nota. Qu’on envoya ce Prince peu apres commander cette armée, et qu’il fit lever en Aoust le Siege de Haguenau, en Septembre celui de Saverne que les Imperiaux avoient assiegé, ayant passé le Rhin a Strasbourg.

 

Stances Irregulieres                                        [253]

Intitulées,

Testament du Duc de Lorraine.

 

Nota, Que c’est le Duc Charles III du nom, mort d’une Fievre maligne, a Birkenfeld en Allemagne le 17 Septembre 1675 agé de 75 ans. L’auteur le fait parler en ces vers.

 

Sain d’Esprit, et de Jugement,

Et voisin de ma derniere heure;

Je donne a l’Empereur (1) par ce mien Testament

Le bon soir (2) avant que je meure.

 

Je delaisse a ma veuve (3) un fond de bons desirs, (4)

Dont il sera fait Inventaire,

Pour sa demeure un Monastere, (5)

Le Celibat pour ses menus plaisirs, (6)

La pauvreté pour son Douaire.

 

(1)  L’Empereur Leopold-Ignace.

(2)  C’est que ce Duc n’avoit plus rien ayant êté depossedé de ses Etats par la France.

(3)  La Comtesse d’Aspremont qui pretendoit avoir eté epousé par le Duc de Lorraine, ceque ce Prince nioit.

(4)  Elle etoit fort coquette.

(5)  C’est qu’Elle n’avoit autre party a prendre que de se retirer dans un Couvent, puisqu’Elle portoit le nom de Duchesse de Lorraine.

(6)  Qui pouvoit Elle epouser se disant veuve de ce Prince mort sans la reconnoitre pour sa femme, Elle se remaria pourtant.

(7)  Elle n’avoit point de bien, et il ne lui en laissoit point.

 

 

Je donne a Vaudemont (8) un peu d’affliction,                                   [254]

Et de regret de ma personne,

Avec ma benediction

Pour Madame de l’Islebonne. (9)

 

Je laisse a mon neveu (10) mon nom,

Seul bien qui m’est resté de toute la Lorraine, (11)

Si ce Prince ne peut le porter, qu’il le traisne,

La France le trouvera bon. (12)

 

(8)  Charles Henry legitiméde Lorraine, fils de ce Duc, et de Beatrix de Cusance Comtesse de Cantecroix. Le Duc de Lorraine avoit epousé cette Comtesse, puis avoit fait casser ce mariage par un arrest de la Rote a Rome, bien qu’il en eut eu Charles-Henry de Lorraine Prince de Vaudemont, duquel il vien d’etre parlé et Anne-Elizabeth legitimée de Lorraine Princesse de l’Islebonne mentionnée dans l’article suivant, cette Comtesse mariée dans la bonne foy, avoit pris le Titre de Duchesse de Lorraine et avoit vescu plusieurs années avec le Duc reconnue par lui. Mais comme il etoit fort leger, il l’avoit abandonnée et fait casser le mariage, nonobstant cela, il l’eut reprise en consideration de son merite, et de celui des Enfans qu’il en avoit eus, si Elle ne fut point morte. Elle a toujours soutenu son mariage legitime. Malgré l’Arrest de la Rotte, mais le detail de ce procés seroit trop long. Il vaut mieux laisser a juger au lecteur si les Enfans qui en sont issus sont legitimes ou non.

(9)  Anne-Elisabeth legitimée de Lorraine, soeur du Prince de Vaudemont mentionné cy dessus, et femme de Francois-Marie de Lorraine Prince de Lislebonne.

(10)   On a desja dit que ce Duc n’avoit plus rien ayant eté depossedé de ses Etats par la France.

(11)   Charles-Leopold dit Charles IV Duc de Lorraine Nebeu de Charles III et son heritier au Duché de Lorraine.

(12)   Charles IV n’ayant que le nom du Duc de Lorraine. Il importoit peu a la France qu’il en portât le nom, puisqu’Elle en possedoit le revenu.

 

 

Pour acquitter ma conscience,                                                             [255]

Wn maître liberal je me sens obligé,

De remplir de mes gens la servile esperance,

Et je leur donne leur congé,

Qu’ils prendront pour leur recompense. (13)

 

Je nomme tous mes Creanciers, (14)

Executeurs Testamentaires

Et consens de bon coeur que mes frais funeraires

Se fassent aux depens de leurs propres deniers. (15)

 

Qu’on me fasse des funerailles,

Dignes d’un Prince de mon nom,

Et qu’on embaume mes Entrailles

Avec de la poudre a Canon. (16)

 

Que mon Enterrement solemnel et celebre,

Fasse bruit en tous les quartiers,

 

(13)   On a desja dit que ce Duc n’avoit plus rien a donner.

(14)   Ce Duc avoit emprunté de l’argent considerablement pour vivre depuis qu’il etoit depossedé de la Lorraine,

(15)   et même devant sa conduitte irreguliere et dereglée pendant toute sa vie l’y ayant obligé, ainsi il mouroit insolvable, et n’avoit pas de quoy se faire enterrer.

(16)   Ce Prince etoit fort brave soldat, et assés bon Capitaine, et il avoit passé toute sa vie a la guerre.

 

Et que le plus menteur de tous le Gazetiers, (17)                               [256]

Fasse mon Oraison Funebre.

 

Que durant l’espace d’un jour,

On m’expose dans une tente,

Et que l’Epitaphe suivante

Se lise en mon honneur sur la peau d’un Tambour.

 

Epitaphe

 

Cy gist un pauvre Duc sans terre, (18)

Qui fut jusques a ses derniers jours

Peu fidele dans ses amours, (19)

Et moins fidele dans ses Guerres. (20)

 

(17) Le Gazetier de Hollande. Ce Duc lorsqu’il mourut etoit dans les interrets des Princes ligués contre la France, et commandoit sous les Ordres de l’Empereur un Corps de troupes de l’Empire. Ainsi c’estoit au Gazetier des Hollandois aussi ligués contre la France a le preconiser.

(18) Charles IIIe Duc de Lorraine depossedé de ses Etats par la France.

(19) Il avoit epousé 3 femmes. La 1re Nicole de Lorraine sa cousine germaine et heritiere du Duché de Lorraine, etant fille d’Henry Duc de Lorraine son Oncle, dont il n’eut point d’Enfans. La 2de Beatrix de Cusance Comtesse de Cantecroix. Lisés l’article 8 de ce Commentaire, vous en verrés les Enfans. La 3e Marie d’Aspremont de Nanteuil, lisés les articles 3, 4, 6 et 7 de ce Commentaire. Il avoit voulu encore epouser Marie-Anne Puget/Pagert fille de l’Apoticaire de Marg.te de Lorraine Duchesse d’Orleans sa soeur. Et il avoit eu un nombre presqu’infiny de Maitresses.

(20) Il faudroit faire l’histoire de sa vie pour dire de combien de partis il a changé, tantôt pour la France, et tantôt pour la Maison d’Autriche, qui le fit meme arrester et conduire prisonnier en Espagne, pour son peu de fidelité. Ce Prince etoit l’homme du monde le plus leger.

 

Il donna librement sa foy,                                                       [257]

Tour a tour a chaque Couronne, (21)

Et se fit une etroite Loy

De ne la garder a personne. (22)

 

Trompeur même en son Testament

De sa femme, il fit une Nonne, (23)

Et ne donna rien que du vent

A Madame de Lislebonne. (24)

 

Il entreprit tout au hazard (25)

Se fit tout blanc de son Epée (26)

Il fut brave comme Cezar (27)

Et malheureux comme Pompée. (28)

 

(21)   Lisés l’article precedent.

(22)   Lisés l’article 20 de ce Commentaire.

(23)   Lisés les Articles 3, 4, 5, 6 et 7 de ce Commentaire.

(24)   Anne-Elizabeth de Lorraine Princesse de Lislebonne. Lisés l’article 9 de ce Commentaire.

(25)   Il etoit leger et etourdy, et tous les evenemens de sa vie aussi bien que ses malhers ne sont fondez que sur son manque de conduitte.

(26)   Sa valeur etoit son seul merite.

(27)   Lisés l’article 16 de ce Commentaire.

 

Il se vit toujours maltraité,                                                                  [258]

Par sa faute, et par son Caprice,

On le déterra par Justice, (29)

On l’enterra par pauvreté. (30)

 

(28)   Il avoit manqué a tous les Traitez qu’il avoit fait avec la France, ainsy Elle l’a toujours depossedé avec justice.

(29)   Puisqu’il n’avoit plus rien.

 

Rondeau                    1675                                        [259]

Sur le livre des Metamorphoses d’Ovide en Rondeaux, par Isaac de Benserade, de l’Accademie Françoise.

Nota. Qu’il fit ce Livre par le Commandement du Roy Louis XIV au moyen duquel Sa Mté croyoit que Monseigneur le Dauphin son fils apprendroit plus facilement les Metamorphoses.

 

A la Fontaine (1) où se puise cette Eau,

Qui fait rimer et Racine (2) et Boileau, (3)

Je ne bois point, ou bien je ne bois gueres,

Dans un besoin si j’en avois affaire,

J’en boirois moins, que ne fait un moineau.

 

Je tireray pourtant de mon Cerveau,

Plus aisement s’il le faut un Rondeau

Que je n’avale un verre d’eau bien claire

            A la Fontaine.

 

(1)  La Fontaine d’Hippocrene en Beotie, ou les anviens poëtes disoient que lorsqu’on en avoit beu, on devenoit Poëte. Ils disoient que Cadmus qui selon eux avoit aporté l’Alphabet de Phenicie en Beotie, ayant trouvé cette Fontaine leur avoit donné occasion de dire que c’estoit la Fontaine des Muses, et que le Cheval Pegaze l’avoit fait sortir d’un coup de pied.

(2)  Jean Racine de l’Accademie Francoise excellent Poete tragique.

(3)  Nicolas Boileau Sr des Preaux Excellent Poete satirique.

 

De ces Rondeaux un Livre tout nouveau, (4)                                      [260]

A bien des gens n’a pas eu l’art de plaire;

Mais quant a moy je le trouve fort beau,

Papier, dorure, Images, Caracteres,

Hormis les vers qu’il falloit laisser faire

            A la Fontaine. (5)

 

(4)  Ce sont les Metamorphoses d’Ovide en Rondeaux.

(5)  Jean de la Fontaine Excellent Poëte, connu par ces Fables et ses Contes. Comme il faisoit parfaitement bien des Rondeaux dans le goût du siecle passé, l’auteur dit icy qu’il s’en seroit mieux acquitté que Benserade, et qu’il falloit lui donner cet ouvrage a faire.

 

Rondeau                    1675                            [261]

Sur le même sujet que le precedent.

 

Je ne scaurois qu’admirer simplement

Non pas louer de tes vers (1), dignement,

Le noble tour et l’heureuse cascade

Pour ceque n’ay Ode, Sonnet, Balade,

Ou chant Royal a mon Commandement.

 

Si me faut-il hazarder en rimant,

Vaille, que vaille, un pauvre compliment

Car m’excuser sur un, Je suis malade

            Je ne scaurois.

 

Quoy! ces Rondeaux font la nique a Clement, (2)

Que ne le puis-je aller dire hautement,

De mon pied même a la grande Bourgade. (3)

 

(1)  Les Metamorphoses d’Ovide, mises en Rondeaux par Isaac de Benserade. C’est a lui que ce Rondeau cy est adressé.

(2)  Clement Marot fameux Poëte du siecle passé, natif de Cahors, qui fut valet de Chambre du Roy Francois 1er et qui mourut a Turin l’an 1544. Il excelloit a faire des Rondeaux.

(3)  Paris, apparemment l’auteur etoit en Province.

 

Point n’en doutez Monsieur de Benserade,                                        [262]

Mais trop scavez que malheureusement

            Je ne scaurois.

 

Rondeau                    1675                            [263]

A ….de …… femme de Nicolas de Bauquemare Sr d’Ons-en-Bray, President de la 2de Chambre des Requestes du Palais du Parlement de Paris, par Roger de Rabutin Comte de Bussy, Lieutenant general des Armees du Roy, cydevant Mestre de Camp general de la Cavalerie Legere, et Lieutenant general pour sa Mté au Gouvernement de Nivernois.

 

De vous aimer, j’ay quasi le dessein,

Pour m’embarquer vous me donnez la main,

Mon amour propre, et votre doux langage (1)

Me font attendre un assés doux voyage,

Je ne scay quoi m’en fait craindre la fin.

 

Vous avez l’air, quand je serois en train,

De me laisser a moitié du chemin

Et d’aimer seul, cela me decourage

            De vous aimer.

 

De mil amans ayant fait le destin, (2)

 

(1)  Elle parloit avec facilité, et souvent trop. Mais peu sensement comme font d’ordinaire les femmes.

(2)  Il y a plus de galanterie icy que de verité; car Elle ne fut jamais n’y belle n’y agreable. Elle peut avoir eu quelques Amans, mais pour mille qui se prend toujours pour un grand nombre, cela ne peut être.

 

La Medisance avoir son noir venin,                                                    [264]

A vôtre honneur n’a fait aucun outrage,

Trop on le scait, vous n’etes que trop sage,

Apres cela ce seroit être vain

De vous aimer.

 

Rondeau                    1675                            [265]

A Roger de Rabutin Comte de Bussi etc Auteur du precedent, auquel celui cy sert de reponse; par ….. de ….. femme de Nicolas de Bauquemare Sr d’Ons-en-Bray etc.

 

Je n’en suis plus a repondre un peut être,

Quand vous voulez scavoir s’il pouroit être

Qu’on eut pour vous quelque bon sentiment,

Ouy, votre esprit me plaît infiniment, (1)

Et m’avoir plû, c’est un vrai coup de maître.

 

Pour nôtre sexe on vous voit un peu traitre,

Moy même avant que de vous bien connoitre,

De cet avis j’etis, presentement

            Je n’en suis plus.

 

Vous pouvez donc faire partout paroitre

Une amitié que je veux reconnoitre,

A frais communs reglons l’engagement,

 

(1)  Bussy-Rabutin avoit beaucoup d’Esprit, et escrivoit bien temoing l’histoire amoureuse de France qui causa sa disgrace et plusieurs autres Ouvrages qu’on a veu de lui en vers et en prose. Au demeurant c’êtoit un fat qui ny la Cour ny la guerre n’ont jamais pû oster le goût de la mechante Compagnie, n’y l’air de la Province.

(2)  Il avoit eu force maîtresses et ne s’etoit pas piqué de beaucoup de fidelité a leur esgard.

 

Soyez amy, ne soyez point amant,                                                    [266]

Car si l’amour en vous venoit a naître,

            Je n’en suis plus.

 

Rondeau                    1675                            [267]

A ….de ……..femme de Nicolas de Bauquemare Sr d’Ons-en-Bray, President de la 2de Chambre des Requestes du Palais au Parlement de Paris.

 

Je ne scay pas comment vous pouvés faire,

Mais tout en vous a le secret de plaire, (1)

Vos yeux brillans, votre air, votre enjoument,

Vous perdez même a l’ombre joliment, (2)

C’est un plaisir de vous voir en colere.

 

On ne vit pas comme vous d’ordinaire,

Je suis charmé de votre Caracterre

Cela part-il d’un homme indifferent?

            Je ne scay pas.

 

Mais depuis peu je deviens solitaire,

Tous mes regards ont un air de mistere

Quand je vous vois, je rougis a l’instant,

Je ris, je pleure en un même moment,

Est ce l’amour? Peut être, mais qu’en croire?

            Je ne scay pas.

 

(1)  Apparemment l’auteur l’a trouvoit aimable.

(2)  Elle etoit grande et noble joueuse et donnoit a jouer chés Elle.

 

Rondeau                    1675                            [269]

A Roger de Rabutin Comte de Bussi etc. Sur ….de…..femme de Nicolas de Bauquemare Sr d’Ons-en-Bray President etc.

 

Il n’est pas sûr de voir Iris (1) souvent,

Si vous craignez d’etre un jour son amant

Elle a des yeux (2) dont l’ordinaire usage,

Est d’arrester le coeur le plus volage,

Et d’attendrir le plus indifferent.

 

Vous vous flatez a la voir badinant, (3)

Qu’Elle ne peut attacher fortement

Deffiez vous de tout ce badinage,

            Il nest pas seur.

 

Vous voulés être un amy seulement,

Vous changerez bientost de sentiment,

Avec Iris plus avant on s’engage,

Amis, amans, chacun y fait naufrage, (4)

Evitez donc ce Commerce charmant,

            Il n’est pas seur.

 

(1)  C’est la Presidente d’Ons en Bray.

(2)  Elle avoit d’assés beaux yeux.

(3)  Elle etoit vive et plaisante pour ceux qui n’avoient pas grande delicatesse. D’autres l’auroient trouvée fade et platte.

(4)  C’est a dire, Elle n’accorde de faveurs a personne, en langage amoureux, cela s’appelle faire naufrage.

 

Rondeau                    1675                            [271]

A Marie de Rabutin de Bussy Chanoinesse de Remiremont, laquelle avoit fait le precedent, et auquel celui cy sert de reponse.

 

Tout seul fut il ce tant joly Rondeau,

Il vaudroit mieux que l’Ovide nouveau, (1)

C’est beaucoup dire on s’en doit satisfaire;

Car les Rondeaux a qui je le prefere

Contenteroient et Marot (2), et Brodeau. (3)

 

On voit encor un ouvrage plus beau,

Qu’a fait Bussy (4), non pas de son Cerveau

Aussi croit on qu’il ne fut a le faire

            Tout seul.

 

(1)  Les Metamorphoses d’Ovide mises en Rondeaux par Isaac de Benserade de l’Accademie Françoise qui venoient de paroitre au jour.

(2)  Clement Marot, Poete François, fameux par ses Rondeaux et ses autres Ouvrages. Il etoit natif de Cahors, fut valet de Chambre du Roy François 1er et mourut a Thurin l’an 1544.

(3)  Victor Bordeau Poëte François du siecle passé. Il fut Secretaire et valet de Chambre du Roy François 1er et de la Reyne de Navarre soeur de ce Monarque. Il etoit natif de Tours, et mourut l’an 1540.

(4)  Roger de Rabutin Comte de Bussy etc. L’ouvrage dont l’auteur veut parler, est la fille Chanoinesse de Remirement, qui avoit fait le Rondeau precedent.

 

Il fait Iris, de mon coeur le flambeau,                                                  [272]

Quand je l’a vis, je l’aimay, mais tout beau,

En dire plus l’a mettroit en colere,

Quoi! diroit-Elle, esperez-vous me plaire

Si vous m’aimez, aimez, beau Jouvençeau

            Tout seul.

 

Rondeau                    1675                            [273]

Adressé comme le precedent, a Marie de Rabutin de Bussy, Chanoinesse de Remiremont, au sujet de celui qu’elle avoit fait.

 

Tous les jours un galant Rondeau,

Sort de ton amoureux Cerveau,

Avec tout aussi peu de peine

Qu’on pourroit de notre fontaine

Tirer tous les jours un sceau d’Eau.

 

Iris, ce miracle nouveau

Est de tous les coeurs le panneau

Elle en met du moins a la Chaîne

            Tous les jours un,

 

Mais le destin n’en est pas beau,

Et gare pour le Jouvenceau,

On m’a dit que cette inhumaine

A pour les amans tant de haine

Qu’Elle en met dans le tombeau,

Tous les jours un.

 

Ce Rondeau cy n’a pas besoin de Commentaire.

 

Chanson                    1675                            [275]

Sur l’Air des Ennuyeurs.

Sur Honoré de Courtin, et Paul de Barillon Conseiller d’Etat, lesquels ayant eté envoyés a Cologne au mois de May 1673, en qualité de Plenipotentiaires pour la Paix generale avec Charles d’Albert d’Ailly Duc de Chaulnes Pair de France, etc en furent rapellés au mois de Mars 1674 par Louis XIV Roy de France qui les y avoit envoyez aprés avoir accepté la mediation de Suede parceuqe l’Empereur Leopol-Ignace fit arrester dans vette ville le 14 Fevrier de la même année, le Prince Guillaume de Furstemberg Plenipotentiaire de l’Electeur de Cologne qui etoit dans les interrests de la France. Mrs Courtin et Barillon croyoient retourner en la même qualité a Nimegue l’an 1675 lorsque le Roy eut accepté la mediation d’Angleterre et cette ville, pour y traiter une 2de fois la paix generale; Mais sa Majesté envoya François-Marie de l’Hospital Duc de Vitry, Charles Colbert Marquis de Croissy, Conseiller d’Etat, et Antoine de Mesmes Comte d’Avaux, Me des Requestes, pour ses Plenipotentiaires.

Nota. Que le Duc de Vitry s’etant trouvé malade, ne pût aller a Nimegue. Le Roy lui substitua Godefroy d’Estrades Marechal de France, Chtr de ses Ordres, qui y arriva le 28 Juin 1676.

 

Amy, renonçons pour jamais

A nôtre petite rapiere, (1)

Nous avons pour faire la paix

 

(1)  Mrs Courtin et Barillon ayant pris l’epée pour aller a Cologne, ne l’avoient pas quittée depuis qu’ils en etoient revenus, croyans qu’ils retourneroient a Nimegue.

 

La mine et l’humeur trop guerriere, (2)                                               [276]

Notre malheur est sans pareil,

Il faut retourner au Conseil. (3)

 

(2)  Ils frequentoient bien plus les gens de la Cour, et de la guerre, que leurs Confreres les gens de Robe.

(3)  C’est le Conseil d’Etat du Roy.

 

Chanson                    1675                            [277]

Sur l’Air: Il a battu son petit Frere.

A Henry-Alexis Chtr de Chastillon, Capitaine des Gardes du Corps de Philippe fils de France, Duc d’Orleans etc sur cequ’il n’exigea aucune raison de Philippe Chtr de Lorraine favory de ce Prince, lequel insulta un soir dans la ruë de Richelieu…..de Rocque Sr de Varangeville, Secretaire des Commandemens du Duc d’Orleans qui etoit dans le party du Chtr de Chastillon contre le Chtr de Lorraine, car celui cy etoit aussi en faveur pour lors auprés de son A.R. et etoit en etat de traverser son concurrent s’il avoit eu de l’esprit et de la resolution.

 

Quand on frotte Varangeville, (1)

Chastillon, vous êtes immobile,

Ma foy, c’est être trop prudent,

Ce procedé vous deshonore,

 

(1)  Le Chtr de Lorraine ne frotta point Varangeville, comme le dit l’auteur, mais comme celui cy se retiroit le soir chés lui, et qu’il passoit avec le Sr de Rocheplate Lieutenant des Gardes du Duc d’Orleans du long de la rue de Richelieu, et qu’il etoit vis a vis la porte du Palais Royal, le Chtr de Lorraine en sortit bien accompagné, l’insulta de paroles et le menaça de coups de baton. Cette insulte revolta tous les Domestiques du Duc d’Orleans, en telle sorte que ce Prince fut obligé de l’esloigner de lui, et il se retira dans son Abaye de St Benoist sur Loire, d’où il revint a la verité peu de tems aprés.

(2)  La tranquilité du Chtr de Chastillon au sujet de cet insulte dont il etoit l’unique cause lui fit grand tort dans l’esprit de tout le monde.

 

Vous l’avez porté si souvent (3)                                                        [278]

Que ne le portiez vous encore. (4)

 

Quoiqu’on te puisse dire en face,/ Quoique le Lorrain dise ou fasse

S’il ne passe point la menace, (5)

La vengeance est hors de saison,

Il ne te veut pas faire outrage

Sans en avoir tiré raison,

Il en a souffert davantage. (6)

 

(3)  Le Chtr de Chastillon etoit fort beau et fort bien fait, et avoit eté grand Bardache, et l’auteur pretend que Varangeville l’avoit employé comme tel. Ce qui est de certain, c’est que c’etoit lui qui l’avoit produit au Duc d’Orleans qui aimoit les beaux garçons pour fait de Sodomie.

(4)  C’est a dire que ne le souteniez vous? Jeu de mots.

(5)  Le Chtr de Lorraine avoit souvent tenu des discours devant le Chtr de Chastillon qui le regardoient, et qu’il n’avoit pas fait semblant d’entendre, par foiblesse.

(6)  Plaisanterie sur ce que le Chtr de Chastillon avoit êté Bardache.

 

Vers Irreguliers                      1675                            [279]

Intitulés

A mon heros le Comte de Grammont, Philbert Comte de Grammont

 

On peut aimer toute sa vie

Et si l’ame a l’amour n’est point trop asservie

Le plus severe jugement,

Ne scauroit condamner un si doux sentiment.

 

D’abord c’est une pure estime

Qu’insensiblement on anime,

Avec un peu plus de chaleur,

Nous disons mille biens d’un objet qui nous touche;

Et le charme secret qui nous gagne le coeur

Nous met incessamment son merite a la bouche.

 

Cette estime est bientost une tendre amitié,

Cette amitié devient une amoureuse peine,

C’est un tourment qui plaît, c’est un bien qui nous gesne,

Et qui veut comme un mal exciter la pitié;

Jamais tel sentiment ne fut une foiblesse;

Mais un air trop galland sied mal sur le retour.

De tous ceux que j’ai veu toucher a la vieillesse

Un Comte de Grammont peut seul faire l’amour.

 

Ce n’est point pour lui destinées,                                                                   [280]

Que vous avez reglé les temps,

Son Automne est un vrai Printemps, (1)

Et son air fait honte aux années

Toujours errant et jamais etranger, (2)

De coeur en coeur il poursuit quelque belle

Agreable et jamais fidelle, (3)

Il mourra plutost que changer.

 

Puisse-t’il chaque Esté pour le bien de la France

Regler nos Marêchaux (4) sur l’Ordre d’un combat

Et si bientost on ne se bat, (5)

Raporter a l’amour une autre experience.

 

(1)  C’est qu’a l’age de plus de 60 ans qu’il avoit alors, il estoit aussi vif, et aussi gay qu’il eut jamais êté.

(2)  Il avoit assés voyagé, et il alloit souvent en Angleterre a cause des parens que y avoit Isabelle Hamilton sa femme qui etoit Ecossoise. Son esprit plein de traits, etoit le même partout.

(3)  Le Comte de Grammont avoit l’esprit du monde le plus aimable, mais comment auroit il êté fidelle, puisqu’il etoit trop leger pour être amoureux un jour. Il etoit galant a sa maniere, c’est a dire qu’il disoit des Gentillesses aux femmes.

(4)  Le Comte de Grammont alloit a la guerre avec le Roy lorsque sa Majesté y alloit et quelquefois le Roy ni etant point, il prenoit la poste pour se trouver a des Combats lorsqu’on croyoit qu’il y en auroit, avec tout cela il avoit mauvaise reputation du côté de la valeur.

(5)  Il êtoit fort peu a l’Armée dans ces sortes de voyages, a pas un desquels il n’y a jamais eu d’actions, ainsi il etoit bientost de retour a la Cour.

 

Courtray, Mardick, Arras, et dix sieges fameux,                                            [281]

Par mille, et mille funerailles,

Vingt rencontre et sept Batailles

Doivent contenter nos Neveux. (6)

Mais le goût des plaisirs l’emporte sur la gloire. (7)

Comte nous nous devons l’usage de nos jours,

On a peu d’interrest a servir la memoire,

Puisque c’est pour autruy qu’elle dure toujours.

 

Que sert a nos heros (8) de la rendre immortelle,

Si l’on est mort en soy, lorsque l’on vit en Elle?

L’avenir te regarde pour le moins autant qu’eux.

Mais pour cet avenir fameux,

Il te doit couter une vie

Si grande et si pleine d’envie,

Que celui qui jadis vit tout sous le soleil (9)

Ne vit jamais rien de pareil.

 

(6)  Il avoit suivi Louis de Bourbon Prince de Condé etc en sa jeunesse, et avoit veu une grande partie des grandes actions de ce Prince avant qu’il eut pris le party des espagnols contre la France. Mais comme on a desja dit plus haut article 4 il n’en avoit pas meilleure reputation sur sa valeur.

(7)  Il aimoit les plaisirs, et point durant la guerre, a laquelle il ne s’etoit jamais attaché.

(8)  Le Comte de Grammont heros de cet ouvrage.

(9)  Salomon.

 

Le grand sage avec ses Proverbes, (10)                                                           [282]

Avec sa connoissance d’herbes, (11)

ET le reste de ses talens

Sans bien comme tu vis (12), n’eut pas vescu deux ans.

 

Il eut jusqu’a huit cens Maitresses, (13)

Il n’en eut jamais tant que toy,

Il vit de l’Orient les plus grandes richesses (14)

Mais il pilla sa Reyne (15), et tu donnes en Roy.

 

Il est vray qu’il a l’avantage

D’etre appellé toujours le sage. (16)

 

Lorsqu’un Prescheur a son sermon

Veut faire entendre Salomon,

Mais on dort a ces paraboles;

 

(10)   Les Proverbes de Salomon.

(11)   Salomon avoit selon l’Ecriture le Don de connoitre parfaitement la vertu de toutes les simples, outre le don de sagesse.

(12)   Le Comte de Grammont avoit fort peu ou point de bien, puisqu’il ne jouissoit que de quelques pensions du Roy pour lui et pour sa femme.

(13)   L’Ecriture Sainte dans le Livre des Rois, dit que Salomon, de l’amour de la sagesse passa dans l’amour des femmes, dont il eut jusu’a 900 qui portoient toutes le nom de Reines outre 300 Concubines.

(14)   L’auteur veut parler de la Reine de Saba qui vint voir Salomon avant sa chute, et lui aporta un present de 120 talens d’or qui font prés de huit millions de livres des perles et des Parfums.

(15)   Salomon receut les presents de cette Reine.

(16)   Salomon avoit receu de Dieu le don de la sagesse, pourquoi il fut apellé le sage.

 

Et chacun rejoüi de tes moindres paroles;                                           [283]

Redit aprés Saint Evremont (17)

Il n’est qu’un Comte de Grammont.

 

Scavans qui presidez au templede memoire,

Qui faites un metier de dispenser la gloire, (18)

Et rendez sagement a nôtre vanité

Une fausse immortalité,

Amenez vos grands personnages,

Rendre au mien leurs humbles hommeages,

Et ne vous fâchez point de voir tous nos heros

Confondus par ces quatre mots.

 

Jamais il ne fut une vie

Plus admirée et moins suivie. (19)

 

(17)   Auteur de ces vers.

(18)   Les auteurs donnent de la gloire a qui il leur plaît.

(19)   C’est la verité.

 

Chanson                    167…                          [285]

Sur l’Air de la Rochelle.

Sur le demeslé arrivé l’an 167.. entre N…. de Clermont Comte de Tonnerre et N…. de Requien, lesquels etoient tous deux amoureux de ….. de Ligny, et se seroient battus pour Elle, si ce dernier n’avoit molly, lorsqu’il fut attaqué par le 1er dans les rues de Paris.

 

Le Suisse (1) d’un air arrogant

Refusoit la porte aux parens, (2)

Ronsworms (3) se mit en colere

Disant, son Altesse (4) est ceans

 

(1)  Le Suisse de ….. Landgrave de Furstemberg Evesque et Prince de Strasbourg qui etoit alors a Paris, et chez qui logeoit Requien son neveu.

(2)  L’Evesque de Strasbourg effarouché de l’affaire que son Neveu venoit d’avoir avec le Comte de Tonnerre retenoit celui là chez lui, et ne voulant pas que personne lui vint porter quelques paroles de la part de celui cy avoit donné ordre a son suisse de ne laisser entrer que des gens de connoissance. Le Suisse executoit trop rigoureusement cet Ordre et refusoit la porte a des parens de Mlle de Ligny que cet Evesque aimoit et vouloit faire epouser a Requien ou a quelqu’autre de ses Neveux.

(3)  Il faut dire Rostworms, c’etoit un Gentilhomme Allemand fort bien fait, et qu’on appeloit meme le bel Allemand, qui demeuroit chés l’Evesque de Strasbourg non sans soubçon de Sodomie malgré le froid d’Allemagne. Car il etoit le favory de cet Evesque.

(4)  L’Evesque et Prince de Strasbourg qui etoit chés lui et qu’on demandoit a voir.

 

Mais, Monsieur il craint le Tonnerre (5)                                            [286]

Cela sent bien son Allemand. (6)

 

(5)  Le Suisse repond que l’Evesque craint le Tonnerre, c’est a dire le Comte de Tonnerre.

(6)  L’Auteur dit de lui meme qu’il faut etre Allemand pour craindre le Comte de Tonnerre, comme faisoient l’Evesque de Strasbourg et Requien son neveu parceque ce n’etoit pas un vaillant Champion.

 

 

Chanson                    1676                            [287]

Sur l’Air: Alcide est vainqueur du trepas.

Sur ce que les Lanternes mises la nuit dans les rues de Paris pendant l’hyver, depuis le 1er Octobre jusqu’au 20e May, eclairoient et duroient moins que par le passé.

 

Non sunt amplius lanternae (1)

La nuit on est aveugle né

La nuit on est aveugle né

Desormais bien fou qui se fie

A la Reynie (2)

A la Reynie,

Non sunt amplius lanternae,

La nuit on est aveugle né,

La nuit on est aveugle né.

 

(1)  C’est a dire en tres méchant latin, il ny a plus de Lanternes.

(2)  Gabriel-Nicolas de la Reynie Me des Requestes et Lieutenant general de Police a Paris.

 

Chanson                    1676                            [289]

Sur l’Air: du Pain beny de Livry.

Sur le mariage de René-François de la Vieuville Chtr d’honneur de la Reine-Marie-Thereze d’Autriche en survivance de Charles, Duc de la Vieuville etc son pere, Gouverneur de Poitou, aussi en survivance du Duc son pere et Mestre de Camp du Regiment de Navarre, celebré le 12 Janvier 1676 avec Anne-Lucie de la Mothe-Houdancourt, fille d’honneur de la même Reine.

 

Un grand Bal (1) s’appreste

Pour le premier jour,

On y parlera d’amour

Cette belle feste,

Charmera la Cour.

 

La Mothe (2) et ses charmes,

En font l’ornement,

Chacun dira que l’amant (3)

 

(1)  Il y eut un grand Bal a cette Noce.

(2)  Le Marié.

(3)  La Mariée.

 

Doit rendre les armes,                                                                         [290]

A tant d’agrément, (4)

 

Le grand mariage,

Trop heureux epoux,

Vous aurez un sort bien doux,

Le beau pucelage

Qu’on gardoit pour vous.

 

Pucelage, a d’autres

Je m’y connois bien,

Par ma foy, Il n’en est rien, (5)

Elle aura le vôtre

Comme vous le sien.

 

On oüit l’hymenée,

Dire avec douleur

Notre fille, quel malheur

Est depucelée,

Sans mal ny douleur. (6)

 

(4)  Mlle de la Motte etoit fort belle, mais alors ses charmes commençoient a passer, et Elle n’etoit plus jeune.

(5)  Elle avoit êté toute sa vie tres coquette.

(6)  L’auteur (De Coulange) doute qu’Elle eut son pucelage, et il n’etoit pas le seul.

 

Parodie                      1676                            [291]

De la 1re Chanson du VIIe Acte de l’Opera d’Alceste, qui commence par ces mots, Malgré tant d’Orage, sur Françoise de Sevigné, femme de François Adheymar de Monteil Comte de Grignan, Lieutenant general pour le Roy en Provence; laquelle on revenoit à Paris pendant l’hyver de 1676.

 

Malgré tant de Neiges, (1)

Nous faisons cortege,

A la belle Iris, (2)

Qui revient à Paris,

Mon Dieu qu’Elle est belle? (3)

Et qu’Elle a d’appas!

Est-ce une mortelle?

Je ne le crois pas;

Voicy la querelle,

Du bon Saint Thomas, (4)

Il faut que j’y touche,

Vrayment c’est sa bouche,

 

(1)  C’etoit en hyver.

(2)  C’est la Comtesse de Grignan.

(3)  Elle etoit belle, aimable et tres spirituelle.

(4)  St Thomas ne vouloit pas croire que Jesus Christ fut resuscité, et Notre Seigneur lui fit mettre la main dans ses playes.

 

Et son teint de Lys;                                                                            [292]

Malgré tant de Neiges

Nous faisons cortege

A la belle Iris,

Qui revient a Paris.

 

Chanson                    1676                            [293]

Sur l’Air: du Duc de Beaufort.

Sur Henry-Louis d’Alongny Marquis de Rochefort, Marechal de France, Capitaine des Gardes du Corps du Roy, Gouverneur de Lorraine, lorsqu’il passa le Rhin au commencement de l’an 1676 pour aller a la teste d’une armée secourir Philisbourg que les Imperiaux tenoient bloquée, qu’ils assiegerent au mois de Juin suivant, et prirent le mois de Sept ensuitte.

 

Rochefort à son chagrin (1)

Ne donne point de bornes,,

Tandis qu’il passe le Rhin,

On plante a ce Jobelin (2)

Des Cornes, des Cornes, des Cornes.

 

(1)  Mr le Marechal de Rochefort etoit fort chagrin, et de mauvaise humeur.

(2)  Michel-François le Tellier Marquis de Louvois Ministre et Secretaire d’Etat etoit amoureux de Madeleine de Laval Marechale de Rochefort.

Nota. Que le Marechal de Rochefort, soit par sa faute ou par l’habileté des Ennemis, ne pût secourir Philisbourg.

Parodie                      1676                            [295]

D’une Chanson de la Scene Ve de l’Acte Ive de l’Opera d’Atys. Sur le Sr Quinaut Auditeur de la Chambre des Comptes de Paris qui faisoit les vers des Opera que Jean-Baptiste Luly Sur-Intendant de la Musique du Roy Louis XIV mettoit en Musique.

Nota Que cette Parodie est une Critique de la Chanson Parodiée, qui commence par le même vers qu’Elle.

 

La beauté la plus severe,

N’est pas un couplet fort bon,

L’auteur (1) commence a deplaire

Avec son tendre Jargon, (2)

Ah que la rime lui coute

Il va partout la chercher

L’Eau qui tombe goute a goute (3)

Est un vers a retrancher

 

(1)  Philippes Quinaut Auditeur de la Chambre des Comptes a Paris de l’Accademie Françoise, qui avoit fait l’Opera d’Atys.

(2)  Ses vers etoient fades et mols, mais il s’est veu par la suitte que c’etoient les meilleurs et les plus aisez a mettre en musique pour les Opera. Et ceux de Quinaut sont ceux qui ont le mieux reussi.

(3)  Vers de la Chanson Parodiée.

 

Morbleu, que l’aze le f…te,                                                                            [296]

Avec son plus dur rocher. (4)

 

(4)  Demy vers de la Chanson parodiée qui fait ainsi. L’Eau qui tombe goute a goute/Perce le plus dur Rocher.

 

Parodie                      1676                            [297]

Du IId Couplet du Choeur qui est dans la Ive Scene du IId Acte de l’Opera d’Atys, et qui commence par ces mots. Que devant vous tout s’abaisse et tout tremble etc.

Sur Philippe Quinaut de l’Accademie Françoise Auditeur de la Chambre des Comptes de Paris, lequel avoit inventé le sujet et composé les vers de cet Opera.

 

Devant tes vers (1) tout gemit et tout tremble. (2)

Pauvre Quinaut j’en suis au desespoir,

Dis moy donc, pourquoy mettre ensemble,

Ton ignorance avec notre scavoir,

Que l’aze f…te

Qui les ecoute,

Tous tes desseins,

Sont pour des Tabarins.

 

(1)  Les Vers que Quinaut faisoit pour les Opera. Lisés l’Article deux du Commentaire de la Chanson precedente,

(2)  C’est que les uns selon l’auteur en gemissoient, et les autres en avoient horreur.

 

Chanson                    1676                            [299]

Sur l'Air des Ennuyeux

Sur …..de Roucy femme du Marquis de Lamet.

Nota Que le 2d Couplet est sur l’Abbé Aubry que Madame de Lamet avoit accusé d’avoir fait le 1er.

 

Oui je le publierai toujours,

Lamet (1), vous n’avez point de Cornes,

Ce n’est pas que dans ses amours,

Votre Epouse (2) garde des bornes;

Mais l’on ne peut être cocu

D’un C… qu’on n’a jamais f…tu. (3)

 

Elle n’est pas de la façon

D’un Abbé qui vaut mieux qu’un Carme,

Cette medisante Chanson,

Dont Lamet fait tant de vacarme,

Ce n’est pas qu’il ne vacque a tout;

Mais il escrit moins qu’il ne f…

 

(1)  Cette Chanson s’adresse au Marquis de Lamet.

(2)  …. De Roucy Marquise de Lamet.

(3)  … On disoit que le Marquis de Lamet n’avoit jamais couché avec sa femme.

 

Chanson                    1676                            [301]

Sur l’Air: du Duc de Beaufort.

Sur ….Favier du Boulay, femme de Denis Talon Avocat general du Parlement de Paris.

 

Talon a plus d’un amant,

Qui toujours la regardent,

Chacun souffre son tourment,

Et fort difficilement,

La gardent, la gardent, la gardent.

 

Cette Chanson n’a pas besoin de Commentaire.

 

Chanson                    1676                            [303]

Sur l’Air: la femme a Colin Tampon.

Sur …du Boulay-Favier, femme de Denis Talon Avocat general du Parlement de Paris

 

La femme à Denis Talon

Jeusne le Caresme,

Son Chien, son Chat et son C…

N’en font pas de même,

La femme a Denis Talon

Jeusne le Caresme.

 

Cette Chanson n’a pas besoin de Commentaire.

 

Chanson                    1676                            [305]

Sur l’Air: Essaye un peu de l’Inconstance.

Sur Marie de Bautru veuve de Charles de Rambures.

 

Si tu contente la Rambures,

Si tu contente la Rambures,

Tu peux aprés cela porter partout tes pas.

Car sa nature,

Car sa nature

Ne se peut emplir que d’un Mast,

Car sa nature

Car sa nature,

Ne se peut emplir que d’un Mast.

 

Cette Chanson n’a pas besoin de Commentaire.

 

Chanson                    1676                            [307]

Sur l’Air: Alcide est vainqueur du trepas.

Sur ….de Madaillan Comte de Montataire.

 

Montataire est dans la prison,

Lassé, est hors de la Maison

Glatigny, quitte sa parente

Que Silly chante,

Montataire est dans la prison

Lassé est hors de la Maison.

 

Chanson                    1676                            [309]

Sur l’Air du Concert ridicule.

Sur plusieurs femmes de Paris qui toutes aimoient Alexis-Henry de Chastillon Capitaine des Gardes du Corps de Philipes de France, Duc d’Orleans.

 

Dechirés vos Cornettes,

Perigny (1), Ranes (2), et Broon, (3)

J’ay veu la verte Aubrette, (4)

A La Chevrette, (5)

Pendue a la Brayette,

De Chastillon.

 

(1)  ….de Perigny. Son pere President en la 4e Chambre des Enquestes du Parlement de Paris, avoit êté Precepteur de Louis Dauphin de France.

(2)  Charlotte de Bautru femme de Nicolas d’Argouges Marquis de Rannes Colonel general des Dragons.

(3)  …. Berryer femme de René François de Broon 1er Escuier de Charlotte-Elizabeth de Baviere Duchesse d’Orleans.

(4)  ….. Mangot veuve de …..d’Aubray, Lieutenant Civil du Chastelet de Paris, on l’appelloit la verte Aubrette parce qu’elle etoit fort vive et avoit le teint verdastre.

(5)  Maison de Campagne prés Paris, du côté de Montmorency.

 

Chanson                    1676                            [311]

Sur l’Air de la Rochelle.

Sur l’amour que ….de Mailly Marquis de Nesle Colonel du Regiment d’Infanterie de Louis de Bourbon, Prince du sang et de Condé, avoit pour …. Nompar de Caumont de la Force.

 

Contre les Mailly (1) de tout tems

L’amour s’est montré grand Tyran,

Jamais Phedre (2) et toute sa race,

N’ont receu des traits si maudits,

 

(1)  Ceux de la Maison de Mailly.

(2)  Phedre fille de Minos Roy de Crete, et femme de Thesée, qui par punition des Dieux fut, a ceque disent les Poetes, amoureuse d’Hypolite fils de son mary, et de la Reine des Amazones, et qui ne l’ayant pû gagner par prieres, l’accuza a Thezée d’avoir voulu attenter a son honneur, ce qui obligea son pere, qui la crut a le banir et a demander a Neptune vengeance contre son fils. Ce Dieu fit sortir un montre de la mer sur le rivage, le long duquel fuyoit Hypolite; Ce que l’ayant epouvanté les chevaux du Chariot sur lequel il etoit monté, ils le traînerent aprés l’avoir renversé par terre et le tuerent miserablement. Phedre se tua dés qu’Elle eut appris cet accident dont Elle etoit l’unique cause, apres avoir confessé sa faute a son mary.

 

Le pere (3) epousa la Becasse, (4)                                                      [312]

Et la Force (5) a charmé le fils. (6)

 

(3)  …..Marquis de Mailly pere.

(4)  Il avoit epousé N….de Mouchy de Montcavrel qui etoit fort laide et qu’on apelloit la Becasse, parce qu’Elle avoit le nez fort long et fort menu.

(5)  Mlle de la Force etoit encore aussi laide que la Becasse Mailly.

 

Chanson                    1676                            [313]

Sur l’Air de la Rochelle.

Sur Louis-Francois de Servien Marquis de Sablé Senechal d’Anjou.

 

L’on a connu dedans tes yeux

Que tu êtois fort amoureux,

Depuis deux jours d’une Brunette*,

Que tu l’a suivois en tous lieux

Expedié moy cette poulette,

Et me l’a brusque de ton mieux.

 

*….. Berryer femme de ….. Marquis de Broon 1er Essuyer de Charlotte-Elizabeth de Baviere femme de Philippes de France Duc d’Orleans frere unique du Roy Louis XIV.

 

Chanson                    1676                            [315]

Sur l’air: On ne vit point.

Sur les Benedictins Reformez de la Congregation de St Maur en France.

 

Entre nous les Benedictins

Passent pour des francs libertins, (1)

Loin de mediter les matins,

Sur Saint Paul, et ses Epitres,

Les Fripons raclent des parchemins (2)

Pour faire a leur gré les Titres.

 

(1)  C’est a dire, impies, gens sans foy etc.

(2)  Ces Peres ont toujours passé pour des Faussaires, alterans les Titres pour trouver leur interest, et en faisant de faux et par ce moyen envahissent le bien d’autruy en le gardant frauduleusement.

 

 

Chanson                    1676                            [317]

Sur l’Air: Rochers vous êtes sourds.

Sur quelques Ordres de Moines.

 

Mes peres (1) qu’il fait chaud sous le manteau d’Helie, (2)

C’est un pesant fardeau, ne l’avoués vous pas?

Un Manteau de Crepon, un froc de tafetas,

Vous donneroient un frais qui vous rendroit la vie.

 

Mes Peres (3) qu’il fait froid sous le manteau d’Helie,

Vous êtes tous transis, ne l’avouez vous pas,

Des Souliers de prudent (4), avecque de gros bas,

Vous donneroient un chaud qui vous rendroit la vie.

 

Baissez (5) vos Cotillons pour vous servir de bottes,

Faut il montrer son cul dedans un grand chemin;

Mes Peres croyés moy, cet objet est vilain,

Un brave Recollet, doit affronter les Crottes.

 

(1)  Ce Couplet s’adresse aux Carmes Dechaussés.

(2)  Les Carmes croyent sans fondement que le Prophete Helie les a institués sur le Mont Carmel. Car ils n’ont commencé a paroitre, que le 12e Siecle. Les Carmes Dechaussés, sont une Congregation de cet Ordre faite par Ste Thereze 400 and apres.

(3)  Ce Couplet s’adresse aussi aux Carmes dechaussez.

(4)  Cordonnier fameux pour les gros souliers a Paris.

(5)  Ce Couplet s’adresse a des Recolets que l’auteur avoit trouvé dans un chemin troussans trop haut leurs Robbes.

 

Peres de Nazareth (6) pour emplir vos Bezaces,                                [318]

Vous êtes obligez a faire bien des pas,

J’en demeure d’accord, mais chaussés vous plus bas,

Et ne vous piquez point d’aller sur des Echasses. (7)

 

Mes Peres (8) croyés moy, les saints Anachorettes

Songeoient a prier Dieu, ne couroient point les Champs.

Ils couroient encore moins la Foire saint Laurent,

Et n’importunoient point pour avoir des Burettes.

 

Puisque l’on vous permet chez vous des bas de laine, (9)

Et que l’on vous permet de les porter dehors,

Feüillans n’avez vous pas le Diable dans le Corps,

D’aimer mieux les pieds nuds courir la pretantaine.

 

Quand vous voulez pisser mettés vous hors de veüe, (10)

Et tant que vous pourrez, pissés incognito,

Cet avis, est pour vous Prestres en Domino,

Qui pissés en plein jour au milieu d’une ruë.

 

(6)  Les Peres du tiers Ordre de St François, ou Freres de la Penitence, vulgairement dit Picquepus parcequ’ils ont eu leur 1re Maison dans le village de Picquepusse prés Paris. Ils ont aussi dans cette ville prés la porte du Temple, le Couvent dit de Nazareth.

(7)  C’est qu’ils ont des Sandales de Bois fort hautes.

(8)  Ces memes Peres Nazareth qu’estoient a Paris dans la Foire St Laurent pour avoir des Burettes.

(9)  Ce Couplet s’adresse aux Feuillans qui n’osent sortir de leur Maison que nuds pieds, et qui ont des bas de Laine chez Eux.

(10) Ce Couplet a eté fait sur des Prestres de parroisse que l’auteur trouva pissans dans la ruë ayant leur Camail, ou Domino sur la teste.

 

Vers                        1676                            [319]

A Pelagie Chabot de Rohan, femme d’Alexandre-Guillaume de Melun, Prince d’Epinoy Chtr des Ordres du Roy.

Nota. Que l’Auteur de ces vers les a fait au nom d’un Imprimeur chés qui la Princesse d’Espinay alloit voir imprimer, et quand Elle arriva, il n’y avoit plus qu’a les tirer. Ceque l’Imprimeur fit et en donna plusieurs Exemplaires a Elle et a ceux qui l’avoient suivie.

 

Quiconque aspire à la gloire

D’eterniser sa memoire,

Doit cherir l’art industrieux, (1)

Qui malgré le temps et l’envie

Donne une nouvelle vie,

Aux heros que la Parque a mis au rang des Dieux,

C’est mon art (2), Illustre Princesse,

Qui chaque jour represente a vos yeux

Les hauts faits de l’ancienne grece,

Et les exploits de vos Ayeux, (3)

C’est lui qui fera voir a la race future

Non sans êtonnement la fidele peinture

 

(1)  L’Imprimerie.

(2)  L’Imprimerie.

(3)  La Princesse d’Epinoy etoit de la Maison de Chabot du côté de son pere, et de la Maison de Rohan du costé de sa mere. Tout le monde scait les grands hommes qu’il y a eu dans ces 2 Maisons.

 

D’une heroine de vingt ans, (4)                                                                       [320]

Qui joint aux atraits Ecclatans, (5)

Et aux graces de la jeunesse, (6)

Le doux charme de la sagesse. (7)

Qui scait sans s’abaisser decendre des grandeurs, (8)

Qui charme tous les yeux (9) qui gaigne tous les coeurs, (10)

Mais quel est le genie assés plein de lumieres,

Assés chery d’Apollon

Pour animer les Caracteres

Que je consacre son illustre nom.

 

(4)  Elle etoit née le 3 Juillet 1651. Ainsi n’en deplaise a la galanterie de l’auteur, Elle avoit alors 25 ans.

(5)  Elle etoit jeune puisqu’Elle n’avoit que 25 ans.

(6)  Elle avoit le teint beau, vif, la taille belle, du reste Elle etoit fort laide, et cependant assez agreable.

(7)  Elle avoit beaucoup d’esprit, mais Elle êtoit trop vive.

(8)  Elle êtoit bonne amie familiere et sans son excessive vivacité elle auroit êté de bonne Compagnie. D’ailleurs quoique glorieuse a l’excés Elle etoit d’un abord doux et facile.

(9)  Fiction poetique.

(10)   Elle avoit assés d’amis, et les servoit bien.

 

 

Chanson                    1676                            [321]

Sur l’Air: Quand le peril est agreable.

Sur Jean-Baptiste Lully, Sur-Intendant de la Musique du Roy.

 

Baptiste (1) est fils d’une Meusniere, (2)

Personne n’en scauroit douter,

Il chevauche comme un Meusnier (3)

Toujours sur le derriere.

 

(1)  Lully du temps de sa Jeunesse qu’il etoit simple violon et auparavant valet de pied de Anne-Marie-Louise Dlle d’Orleans petite fille de France, s’apelloit Baptiste.

(2)  Lully estoit Florentin et fils d’un Meusnier a ce qu’on disoit où cela est inventé par l’auteur pour dire son mot.

(3)  Les Meusniers vont a Paris sur la croupe de leurs mulets et Lully en usoit ainsy dans ses plaisirs.

 

 

Autre                         1676                            [322]

Sur le même Air.

Et sur le même personnage.

 

Un jour l’amour dit à sa mere,

Pourquoi suis-je vestu, (1)

Si Baptiste (2) me voit tout nu,

C’est fait de mon derriere. (3)

 

Venus dit qu’est-ce que tu penses,

Quand meme tu serois vestu,

Si Baptiste l’a resolu,

Il faudra que tu danses. (4)

 

(1)  Les Poëtes peignent l’amour tout nu.

(2)  Lully; voyés l’article precedent.

(3)  Il êtoit grand Sodomite.

(4)  C’est a dire qu’il s’en servira.

 

Chanson                  1676                            [323]

Sur l’Air: Quand le peril est agreable.

Sur Marguerite-Angelique de Montmorancy femme de Christian-Louis Duc de Meckelbourg.

 

La Mecklembourg dit à la Fosse. (1)

Mon cher Enfant, ne craignez rien. (2)

Qui peut le plus, peut bien le moins,

J’ay guery de la grosse. (3)

 

(1)  Un de ses Gentilshommes qui couchoit avec Elle.

(2)  Il avoit la petite verole.

(3)  Elle avoit eté fort debauchée quand Elle etoit plus jeune. Elle avoit eu la verolle a ceque pretend l’auteur.

 

Chanson                    1676                            [325]

Sur l’Air: Quand le peril est agreable.

Sur ….Beular Sr du Broussin.

 

Le Broussin souffre qu’on occupe

Sa table, son lit et son feu, (1)

Pourveu qu’on jouë chez lui beaujeu,

Et qu’il ait une duppe. (2)

 

Une de nos vieilles Boug….(3)

Donne de l’Argent a Pontac (4)

Le Broussin voyant ce miquemac

Dit, j’en ay dans les fesses.

 

(1)  Il aimoit fort la bonne chere et la faisoit chez luy, sa femme le faisoit cocu, et il recevoit bonne Compagnie chés lui, voila pourquoy l’auteur dit qu’on occupoit sa table, son lit et son feu.

(2)  Le Broussin donnoit a jouer et etoit connu grand pipeur.

(3)  C’est …..Bouin, femme dudit Broussin.

(4)  ……de Pontac.

 

 

Chanson                    1676                            [327]

Sur l’Air: que l’amour a d’attraits.

Sur Philippes de France Duc d’Orleans, frere unique du Roy Louis XIV.

 

Que Monsieur a d’amour,

Quand il voit Faure, (1)

Danser a la suitte de Flore; (2)

Que Monsieur a d’amour,

Quand il voit Faure,

Danser avec Pecour. (3)

 

(1)  Faure Danseur de l’Opera qui plaisoit a Monsieur.

(2)  Entrée du Prologue de l’Opera d’Atis.

(3)  Pecour, autre Danseur de l’Opera que Monsieur trouvoit aussi a son gré.

 

 

Chanson                    1676                            [329]

Sur l’Air: Reveillez vous belle endormie.

 

Sur Louis Reich de Penautier Receveur du Clergé de France, et Tresorier de la Bourse des Etats de Languedoc, aprés qu’il eut êté absous par Arrest du Parlement de Paris du… de l’accusation formée contre lui par Marie Vosser veuve de Pierre Hannivel Sr de St Laurens Receveur du Clergé de France qui le poursuivoit comme empoisonneur de son mary.

 

 

Si Penautier dans son affaire               Il étoit l’amant de la Marquise de Brinvilliers

N’a rencontré que des amis, (1)

C’est qu’il a bien sceu se defaire,

De ce qu’il avoit d’Ennemis. (2)

 

Pour ne point paroitre coupable

S’il est prodigue de son bien (3)

 

(1)  Penautier fut parfaitement bien servy dans cette affaire et tout lui fut favorable.

(2)  L’auteur veut dire par là qu’il avoit empoissonné les gens qui lui pouvoient nuire.

(3)  Il est certain que Penautier depensa beaucoup pour sa deffense.

 

 

C’est qu’il a bien veu que sa Table,                                                    [330]

Ne lui coûteroit jamais rien. (4)

 

Il demeure malgré l’envie

L’Etoille de tous ses amis,

La Brinvilliers n’est plus en vie; (5)

Mais Bonzi (6) lui garde un Commis. (7)

 

D’avoir dit tout ce que je pense,

Il me revient quelque remors

Trop parler est une imprudence,

Quand le venin n’est pas dehors. (8)

 

(4)  Comme il etoit accusé d’avoir empoisonné, on croyoit que peu de gens s’aviseroient d’aller manger chez luy.

(5)  Marie-Marguerite d’Aubray, femme d’Antoine Gobelin Marquis de Brinvilliers decapitée en Greve par Arrest du Parlement de Paris le …. Pour avoir empoisonné son pere et ses 2 freres, sa soeur, et beaucoup d’autres personnes.

(6)  Pierre de Bonzi Cardinal Archevesque de Narbonne amy particulier de Penautier.

(7)  Belguise Commis de Penautier, luy fit Banqueroute parcequ’il avoit detourné les deniers de sa Caisse, et comme il disparut tout d’un coup, les Ennemis de Penautier disoient que ce Commis s’en etoit fuy pour être complice de son crime, et que le Cardinal de Bonzi lui avoit donné retraite.

(8)  ………

 

 

Chanson                    1676                            [331]

Sur l’Air: du Duc de Beaufort.

Sur…de Bautru femme de ….d’Argouges Marquis de Ranes Colonel general des Dragons

 

Lorsque le beau Chevalier, (1)

F…. la Ranes en Cornettes,

Scavez vous ce que fait Fié, (2)

Elle attend sur l’Escalier,

Les miettes, les miettes, les miettes.

 

(1)  Henry-Alexis Chtr de Chastillon Capitaine des Gardes de Philippes de France, Duc d’Orleans.

(2)  Dlle de Fié, parent de la Marquise de Ranes qui demeuroit chez Elle, et trouvoit comme Elle le Chtr de Chastillon de son gré.

 

  

Chanson                    1676                            [333]

Sur l’Air: Où estes vous allés mes belles amourettes.

Sur…. Mangot veuve de …..d’Aubray, Lieutenant-Civil du Chastelet de Paris, laquelle êtoit fort laide, et cepenadant avoit plusieurs amans.

 

Gens de Cour, qui ne scavez pas

Ce qu’ont fait dans la ville, (1)

Mille vertus, et mille appas, (2)

Font au Marais (3), bien du fracas,

Et les divins appas de la bonne Civille (4)

Reduisent mille amans au trepas.

 

Le Chevalier de Chastillon (5)

En perdra sa fortune.

 

(1)  La Ville de Paris.

(2)  Cecy est dit ironiquement, car Madame d’Aubray y etoit fort coquette et fort laide, aussi tous les amans qu’Elle avoit lui faisoient l’amour a dessein de l’epouser, car Elle etoit fort riche et n’avoit point d’Enfans.

(3)  Madame d’Aubray logeoit a Paris dans le quartier du marais.

(4)  On a desja dit dans l’argument que feu Mr d’Aubray son mary etoit Lieutenant Civil du Chastelet de Paris, et comme avant que d’estre Veuve on l’appelloit la Lieutenante Civile, on l’a designoit partout sous ce nom de maniere qu’Elle etoit aussi connue par le nom de la Civille que par celuy de Madame d’Aubray.

(5)  Henry-Alexis de Chastillon Capitaine des Gardes du Corps de Philippes de France frere unique du Roy Duc d’Orleans.

 

Il ne veut plus baiser qu’en C…                                                         [334]

Monsieur (6), ne le trouve pas bon, (7)

Il dit que cet amour trop souvent l’importune,

Qu’il se trouvoit bien mieux de la de Bron. (8)

 

Bourdeille (9) a ce qu’il dit partout,

Est seur de son affaire,

Il en viendra bien a bout,

Il dit qu’il est bien a son gout,

Qu’il est riche et bienfait, qu’il a fort l’art de plaire,

Que tout ce qu’on lui montre il le f….. (10)

 

Breauté (11) dedans ses malheurs, (12)

Regagne l’Oratoire (13)

 

(6)  Philippes de France Duc d’Orleans.

(7)  Monsieur aimoit le Chtr de Chastillon et l’avoit fait Capitaine de ses Gardes, il etoit beau, jeune et bienfait, et passoit tant de temps avec Madame d’Aubray qu’il y eut bien voulu epouser, que Monsieur ne le trouvoit pas sous sa main quand il en avoit affaire.

(8)  ……. Berrier femme de René-François Marquis de Broon, 1er Escuier de Charlotte-Elizabeth de Bavieres Duchesse d’Orleans, de laquelle le Chtr de Chastillon avoit êté amoureux et comme il l’avoit êté mediocrement, il etoit alors plus assidu auprés de Monsieur que depuis qu’il s’etoit attaché a Madame d’Aubray.

(9)  ….de Bourdeille qui vouloit aussi epouser Madame d’Aubray.

(10)   Il etoit de Vilaine inclination.

(11)   Marquis de Breauté.

(12)   Madame d’Aubray qu’il eut aussi bien voulu epouser, le traitoit mal.

(13)   Il s’etoit jetté dans la devotion et s’etoit retiré a l’institution des peres de l’Oratoire, la devotion luy avoit depuis passé et il etoit revenu dans le monde aussi gaillard qu’auparavant, l’auteur dit icy que les rigueurs de Madame d’Aubray l’obligerent a se retirer une seconde fois, chés les peres de l’Oratoire a St Magloire.

 

 

Accablé de ses douleurs,                                                         [335]

Il devient maigre a faire peur, (14)

Et racontant partout sa lamentable histoire,

Attendoit le plus rebelle coeur. (15)

 

Le Coudray (16), malgré sa vertu (17)

En feu pour la cruelle, (18)

Dans un peril impreveu,

Se jetta dans l’Eau tout vestu (19)

Mais le feu ny l’Eau n’ont pû toucher la belle. (20)

Ses amis disent qu’il est fou… (21)

 

Ce vieux Marceau fait Flores

De dans cette caballe,

 

(14)   Cela est ironique parcequ’il etoit fort gras.

(15)   Cela est aussi ironique parceque bien loing de faire pitié on se moquoit de lui partout, de cequ’il croyoit pouvoir plaire n’etant ny jeune ny beau, ny bienfait, ny galant.

(16)   …..de Geniers Sr du Coudray.

(17)   Il etoit des plus ennuyeux, et n’avoit que de la sagesse pour tout merite, l’auteur qui scait le peu de cas que les femmes en font, ne parle icy de cette vertu que pour s’en moquer.

(18)   Madame d’Aubray cruelle a Mr du Coudray.

(19)   ……..

(20)   ……..

(21)   …….

 

En regardant tant d’Atraits,                                                                [336]

Il boit le poison a long traits,

Il est plus amoureux que de la Marêchalle

Et mieux traité qu’il ne fut jamais.

 

 

Chanson                    1676                            [337]

Sur l’Air: Quel coeur sauvage.

Sur le Pere….Bourdaloue Jesuitte fameux Predicateur.

 

Bourdaloue fronde,

Contre tout le monde,

Bourdaloue fronde

Contre l’Opera;

On dit qu’un jour en chaire, il s’ecria

Poussé d’une charité sans seconde,

Qu’est-ce qu’un concert dans l’autre monde;

Qu’est-ce qu’un concert dans ce païs-lá.

 

Cette Chanson n’a pas besoin de commentaire; le mauvais jeu de mots qui raille sur celui de concert, se fait assés sentir.

 

 

Chanson                    1676                            [339]

 

Sur l’Air des Triolets.

 

Sur ce que Henry de Montmorency-Luxembourg, Duc de Piney, Pair et Marêchal de France, Capitaine des Gardes du Corps du Roy Louis XIV general de son Armée en Allemagne, ecrivoit à la Cour les plus belles depesches du monde, et laissa néantmoins prendre Philisbourg par Charles Duc de Lorraine General de l’Armée Imperiale, sans en tenter le secours.

 

Monsieur le Duc de Luxembourg,

Vous escrivez tout comme Roses, (1)

Vous donnés a tout un beau tour,

Monsieur le Duc de Luxembourg,

Mais pour secourir Philisbourg,

Rose et vous c’est la meme chose,

Monsieur le Duc de Luxembourg,

Vous ecrivés tout comme Rose.

 

Monsieur le Duc de Luxembourg

Est bien content de sa Campagne

 

(1)  Secretaire du Cabinet du Roy, qui ecrit fort bien: il est de l’Accademie Françoise.

 

Il a secouru Philisbourg, (2)

Monsieur le Duc de Luxembourg,

Il a secouru Philisbourg,

Et battu toute l’Allemagne,

Monsieur le Duc de Luxembourg

Est bien content de sa Campagne.

 

(2)  C’est par ironie, car il ne le secourut pas.

 

Chanson                  1676                            [341]

Sur l’Air: Quand le peril est agreable.

Chanson Allegorique sur Henry de Montmorency-Luxembourg, Duc de Piney, Pair et Marechal de France, Capitaine des Gardes du Corps du Roy Louis XIV. General de son Armée d’Allemagne l’an 1676.

 

Sur le Rhin parut une beste (1)

Qui menaçoit d’un grand fracas,

Elle avoit bien cent mille bras, (2)

Mais Elle êtoit sans teste. (3)

 

(1)  L’Auteur compare l’Armée de France a une beste qui causoit du fracas du Costé du Rhin, où elle etoit effectivement.

(2)  L’Armée etoit de 50000 hommes, ce qui fait cent mil bras.

(3)  L’Auteur entend par lá le Duc de Luxembourg General de l’Armée, lequel n’ayant ps la teste assés bonne pour la conduire, laissa prendre Philisbourg a sa veue comme on a veu plus haut.

 

 

Autre                                                             [342]

Sur l’Air: Reveillés vous belle endormie.

Sur la même personne que la precedente.

Sur la Prise de Philisbourg par l’armée Imperialle Commandée par Charles Duc de Lorraine, le 17 Septembre 1676 aprés 3 mois de siege et une vigoureuse deffense par le Sr du Fay qui en etoit Gouverneur pour le Roy de France Louis XIV.

 

Reveillés vous belle endormie,

Reveillés vous car il est jour,

Scahez [sic] que l’Armée Ennemie, (1)

Nous vient de prendre Philisbourg.

 

Louis (2) fait sa plainte a la gloire,

D’avoir souffert un pareil tour;

Mais Elle dit que la victoire

Est brouillée avec Luxembourg. (3)

 

(1)  L’Armée de l’Empereur commandée par le Duc Chares de Lorraine.

(2)  Louis XIV du nom, dit le Grand, Roy de France.

(3)  Henry de Montmorency-Luxembourg Duc de Piney, Pair et Marechal de France, Capitaine des Gardes du Corps du Roy, general de l’armée Françoise en Allemagne l’an 1676.

 

Il écrit en vers et en prose, (4)                                                                        [343]

Il excelle a parler damour; (5)

Mais il est moins guerrier que Rose, (6)

Quand il faut sauver Philisbourg.

 

Il croit avoir un grand merite

Et qu’on l’admire en l’univers; (7)

Mais chacun dit que sa conduitte,

Comme sa taille, est de travers.

 

Si c’êtoit ce grand Capitaine

De la Nation des Germains (8)

Il auroit dans ces vastes plaines

Cueilli des Palmes a pleines mains.

 

Si la triste Armée d’Allemagne

Eût eu ce fameux General

 

(4)  Il a beaucoup d’Esprit et ecrit fort bien.

(5)  Il est fort galand et a eu beaucoup de bonnes fortunes quoiqu’il soit laid et bossu; mais cela est dit on reparé par de grande parties chose ordinaire aux bossus.

(6)  Secretaire du Cabinet du Roy, cecy revient a ce qui est dit dans la Chanson precedente. Mais cela est outré. Cat le Duc de Luxembourg a une valeur digne du nom qu’il porte. C’est tout dire.

(7)  Cecy est encore outré.

(8)  Frederic de Schomberg Allemand de Nation Comte de Mertola et du St Empire, Grand de Portugal, Marechal de France.

 

Il eut vaincu comme en Espagne, (9)                                                              [344]

A Mastrick (10), et en Portugal. (11)

 

Du Sarmate au More on l’admire

Partout on cede a sa vertu,

Et comme Cezar, il peut dire,

Je suis venu, j’ai veu, vaincu.

 

(9)  Le Roy Louis XIV envoya l’an 166.. le Comte de Schomberg qui n’etoit pas encore Marechal de france; en Portugal pour y commander les troupes de ce Royaume et le deffendre contre les Espagnols qui l’attaquoient. Ils l’eussent sans doute conquis sans la valeur et la capacité du Comte de Schomberg qui gagna trois Batailles contre Eux et sauva absolument ce Royaume que la France secouroit de troupes et d’Argent. Le Roy de Portugal Alphone VI le recompensa du Comté de Mertola et de 40000# de pension qui lui ont êté payées jusqu’a sa mort en quelque pais qu’il ait êté.

(10)   Le Marêchal de Schomberg Commandant l’armée de France, en Flandres l’an 1676 fit lever le siege de Mastrik le 27 Aoust a Guillaume-Henry de Nassau Prince d’Orange qui l’avoit investi le 8 Juillet.

(11)   Ce sont les Victoires du Marêchal de Schomberg en Portugal, desquelles il vient d’etre parlé.

Nota. Que le 31 Juillet de la même année 1676 le Marechal d’Humieres prit Aire et le fort de Linck le 9 Aoust.

 

Chanson                    1676                            [345]

Sur l’Air de la Rochelle.

Sur Henry de Montmorency-Luxembourg Duc de Piney, Pair et Marechal de France, Capitaine des Gardes du Corps du Roy Louis XIV. Lequel ayant ete nommé par sa Mté pour commander celle de ses Armées qui devoit servir en Allemagne, en fit part a Louis de Bourbon Prince de Condé, 1er Prince du sang, a qui il a l’honneur d’apartenir, ce Prince aprés lui en avoir temoigné sa joye, lui dit que cet honneur si agreable depuis le mois de Janvier jusqu’a celui d’Avril devenoit bien onereux, depuis le Mois de May jusques a la Toussaint que l’Armée qu’on Commandoit êtoit en Campagne.

 

Depuis Janvier jusqu’en Avril,

Sans redouter aucun peril,

Luxembourg affamé de gloire,

Forme de genereux desseins

Dont ce heros perd la Memoire

Depuis May jusqu’a la Toussaints.

 

Les Chansons suivantes feront voir que celle cy êtoit fondée.

[346] Nota. Que cette même année 1676 le Roy prit Condé d’Assaut le 26 Avril. Le 12 May suivant Bouchain se rendit a Philippe Duc d’Orleans qui l’assiegeoit pendant que le Roy avec son armée le couvroit contre celle des confederez, commandée par le Prince d’Orange.

 

Chanson                    1676                            [347]

Sur le meme air que la precedente.

Sur Henry de Montmorency Luxembourg, Duc de Piney, Pair et Marechal de France, Capitaine des Gardes du Corps du Roy Louis XIV et General de son Armée en Allemagne l’an 1676 lequel ne s’etant pas assés hâté pour secourir Philisbourg, comme il a êté dit dans les Chansons precedentes, donna le tems a Charles Duc de Lorraine qui l’assiegeoit dés le mois de Juin, de fortifier son Camp de Palissades si fortes que le Duc de Luxembourg ne pût le forcer, ou du moins allegua cette raison pour se justifier de n’avoir pas fait lever ce siege.

 

Monsieur le Duc de Luxembourg,

Devoit secourir Philisbourg,

C’etoit pour lui chose certaine (1)

Mais quand il voulut batailler

Un Bois (2), survenu dans la plaine

Le contraignoit de renguaîner.

 

Monsieur le Duc de Luxembourg,

Alloit secourir Philisbourg;

 

(1)  Il avoit fait esperer a la Cour, qu’il secoureroit la place.

(2)  Ce sont les Palissades mises devant le camp des Ennemis, et le Bois dont il est parlé dans l’Article 3 du Commentaire de la Chanson precedente.

 

Il courroit a perte d’haleine,                                                                            [348]

Mais comme il fut prêt a donner,

Un grand Bois survint dans la plaine

Qui l’empescha de deguaîner.

 

Monsieur le Duc de Luxembourg,

Que deviendra donc Philisbourg,

Vous qui marchiés dessus les glaces,

Pour aller piller l’Hollandois,

Pour le secours de cette place

N’oseriés vous passer les Bois.

 

Sa gloire ne fut point le but

De son pact avec Belzebut;

Mais il est bien plus vraysemblable

Que ce fut l’argent ou l’amour,

Car pourquoy se donner au Diable

Pour laisser prendre Philisbourg.

 

Chanson                    1676                            [349]

Sur l'air: Des Ennuyeux.

 

Le Major general Trassy,

Qui mit notre Armée en Bataille,

Croyoit le Bois plus eclairci,

Mais il ne croyoit/n’y voyoit rien qui vaille,

Car le Clairvoyant de Choiseul, (2)

Le vit epaissir a veue d’oeil.

 

(1)  Henry Bonneau Sr de Trassy Capitaine au Regiment des Gardes Françoises du Roy, et Major general de l’Armée que Commandoit le Duc de Luxembourg.

(2)  Claude Comte de Choiseuil Lieutenant general des armées du Roy. Il a la veue Coute [sic], mis le Roy Louis XIV disoit de lui avec raison qu’il voyoit aussi de plus prés qu’un autre, car jamais homme n’a eu plus de valeur, d’honneur et de probité.

 

Chanson                    1676                            [351]

Sur l’Air des Trembleurs de l’Opera d’Isis.

Sur Henry de Montmorency-Luxembourg Duc de Piney, Pair et Marêchal de France Capitaine des Gardes du Corps du Roy Louis XIV.

 

Luxembourg couvert de gloire,

Veut egaler la memoire,

Des heros que la victoire

En mille lieux couronna.

Son merite m’est notoire,

Mais pour en faire une histoire

Que l’on puisse aisement croire

Je n’en diray que cela,

Il est vaillant,

Fourbe et mechant

Et si quelqu’un dit autrement

Il ment, il ment, il ment,

Il ment.

 

Cette Chanson n’a pas besoin de Commentaire.

 

Chanson                                                        [353]

Sur l'air: Des Ennuyeux

Sur ceque Henry de Montmorency-Luxembourg, Duc de Piney, Pair et Marechal de France, Capitaine des Gardes du Corps du Roy Louis XIV et General de son Armée en Allemagne l’an 1676 marcha au secours de la forte place de Philisbourg assiegé par Charles Duc de Lorraine dés le mois de Juin sans en faire lever le siege, ny même attaquer les assiegeans dans leurs lignes; Cequi auroit peut être sauvé la Place qui fut obligée de se rendre au mois de Septembre aprés que le Sr du Fay Gouverneur l’eut deffende 3 mois.

 

Le Marêchal de Luxembourg

Nonobstant la triple alliance, (1)

Vouloit secourir Philisbourg,

Place de grande consequence, (2)

Mais un Bois qu’il ne voyoit pas (3)

Le fit revenir sur ses pas.

 

Vous écrivez fort vaillament (4)

Vous ne combattez pas de même.

 

(1)  L’Empereur, le Roy d’Espagne et les Etats Generaux des Provinces Unies alliées contre la France.

(2)  Non seulement par ses Fortifications, mais aussi par sa situation sur le Rhin. Cequi donnoit aux Ennemis une Entrée en Alsace.

(3)  Cette place est au milieu des Bois, et Mr de Luxembourg qui ne le scavoit pas, ou qui ignoroit que les Assiegeans s’etoient servis de cet avantage pour fortifier leur circonvallation fut hors d’Etat de les attaquer dans leurs retranchemens.

(4)  Mr de Luxembourg est un des hommes du monde qui a le plus d’Esprit et qui ecrit le mieux.

 

Un Bois venu dans un moment,                                                          [354]

Vous a fait une peine extrême.

Les Allemans tout comme nous,

Ne font pas un grand cas de vous.

 

Revenez aimables guerriers

Puisque le peril vous étonne,

Mars vous refuse ses Lauriers;

Venez cueillir ceux qu’Amour donne,

Que vous nous paroissés charmans

De vouloir vivre bien longtems.

 

Rejetton de Montmorency,

Renvoyez nous nôtre jeunesse,

Chacun auroit bien mieux icy

Escrimé prés de sa Maitresse,

Et sans doute il y auroit eu

Beaucoup plus de sang repandu.

 

Chanson                    1676                            [355]

Sur l’Air: Quand le peril est agreable.

Sur Louis de Bourbon Prince de Condé 1er Prince du sang, Grand Me de France, Chtr des Ordres du Roy, Gouverneur de Bourgogne etc lequel êtoit retiré pendant la Guerre, dans sa Maison de Chantilly.

 

Lorsque le Dieu Mars en personne,

S’apreste a donner des Combats, (1)

Si Condé ne s’y trouve pas

La feste n’est pas bonne.

 

Au destin l’on chante cent pouilles,

Et tout le monde en est surpris,

Lorsque l’on voit dans Chantilly

Condé grater ses Cou….

 

Ne scauroit on trouver personne

Sur qui nous puissions faire fonds,

Eh! Que Diable fait Bellefonds (2)

 

(1)  La France êtoit alors en guerre.

(2)  Bernardin de Gigault Marquis de Bellefonds Marechal de France.

 

Dans le païs des Pommes. (3)                                                             [356]

 

Faut il que Bellonne nous forge

Quelque Turenne (4) tout nouveau,

N’est il rien hors de son tombeau (5)

Qu’est devenu de Lorge. (6)

 

(3)  Il etoit alors exilé dans ses terres en basse Normandie pour avoir resisté aux Ordres de la Cour, qui lui ordonnoient d’evacuer l’an 1674 les Places conquises en Hollande en 1672. Cequ’il fit plus tard qu’il ne lui etoit prescrit, cequi fit manquer les projets du Roy Louis XIV pour la Campagne de 1674.

(4)  Henry de la Tour d’Auvergne Vicomte de Turenne, tué d’un coup de Canon en Allemagne en 1675. Lisez les pieces de cette année.

(5)  Il n’y avoit aucun General en France capable de remplacer le Vicomte de Turenne.

(6)  Guy de Durfort Comte de Lorge Marechal de France Capitaine des gardes du Corps du Roy etc lequel ne servit pas l’an 1676. On lui trouvoit du genie pour la guerre lorsqu’il etoit Lieutenant general. Cela ne subsista pas lorsqu’il eut eté fait Marechal de France l’an 1675.

 

 

Chanson                    1676                            [357]

Sur l’Air de Joconde.

Sur Joseph de Pons Baron de Montclar, Lieutenant general des Armées du Roy, Mestre de Camp general de la Cavalerie legere, Commandant en Alsace, et Grand Baillif de Haguenau.

 

On a fait Montclar General,

Comme autrefois dans Rome*,

Cezar fit Consul son Cheval,

Moins Cheval que cet homme,

Il servoit a cet Empereur

Dans des jours d’importance;

Mais Montclar est un vieux rêveur

Inutile a la France.

 

*L’histoire Romaine raporte que l’Empereur Neron ayant êté Eleu Consul par le Senat qui lui avoit donné le choix d’un Collegue au Consulat, il choisit un Cheval qu’il aimoit pour être Consul avec lui. Il est aisé de voir ceque l’auteur pense du Comte de Montclar par cette comparaison.

 

Chanson                    1676                            [359]

Sur l'air: Des Ennuyeux.

A …..de la Trimouille femme de ….de la Trimouille de Royan son Cousin.

 

Puisqu’a son tour chacun chez vous

Pousse jusqu’au bout l’avanture

Avant toutes choses entre nous,

Je veux debuter par conclure

Et que mon tour aprés cela

Revienne quand il lui plaira.

 

Je laisseray passer l’epoux

Tous les galans et vos beaux freres*,

Le party n’est il pas bien doux

Vous ferez bien mieux vos affaires,

Me contentant d’entrer en rang

A tout le moins une fois l’an.

 

*Le Comte d’Oloane et ses autres freres qu’on disoit estre amoureux d’Elle.

 

Chanson                    1676                            [361]

Sur l'air: Des Ennuyeux.

A Louis de Harcourt Marquis de Thury, qui quittoit la Cour pour aller vacquer a ses Affaires.

 

Thury vous quittez donc la Cour,

Pour vous jetter dans le Negoce,

Ce n’est pas celuy de l’Amour

Mais celuy d’Espagne ou d’Ecosse

Dieu vous retienne a Saint Malo, (1)

Et liberet nos a Malo. (2)

 

C’est pour nous un tres grand bonheur

Que l’avarice vous emmene,

Et que le Roy pour Gouverneur

Ait chassé Roquelaure (3) de Guyenne,

Cela fait dire incessamment,

Plus de Gascon, plus de Normand.

 

(1)  Le Marquis de Thury etoit fort avare et cherchoit toutes sortes de moyens pour amasser de l’argent, l’auteur pretend qu’il alloit pour placer de l’argent a St Malo avec des Marchands afin qu’il lui voulut un gros interest dans le Commerce.

(2)  Cela veut dire en cet endroit, Dieu en vous faisant demeurer [362] longtems a St Malo, nous delivre par votre absence d’un homme qui ne vaut rien. C’est un homme de la Cour qui parle.

(3)  Gaston Jean Baptiste Duc de Roquelaure a qui le Roy venoit de donner le Gouvernement de Guyenne. Ce Duc etoit tres Ennuyeux et bon a rien.

 

 

Chanson                    1677                            [363]

Sur l’Air: Jay foison de dettes, de procés.

Au Roy Louis XIV sur les Opera dont il régaloit son peuple, et principalement sur celui d’Isis, qui fut joué a St Germain en Laye au commencement de l’an 1677.

 

 

Puissant Roy qui donnez chaque jour,

Des plaisirs nouveaux a vôtre Cour,

Si le Ciel qui toujours vous assiste, (1)

Vouloit regler les choses comme il faut,

Il faudroit en conservant Baptiste, (2)

Qu’il prit le soin de nous oster Quinaut. (3)

 

(1)  Jamais Prince n’a êté si heureux que ce Roy l’avoit êté jusqu’alors.

(2)  Jean Baptiste Lully Florentin, Surintendant de la Musique du Roy, et le plus grand Musicien de son siecle. Il avoit composé l’Opera d’Isis.

(3)  Philippe Quinault Auditeur de la Chambre des Comptes de Paris de l’Accademie, lequel avoit fait les vers de l’Opera d’Isis. L’Auteur les trouve mauvais, comme tout le monde fit en ce tems lá. Cependant cet opera a reussi par la suitte et il s’est trouvé que Quinaut tout mediocre Poëte qu’il etoit, etoit seul capable de faire des Opera.

 

Chanson                    1677                            [365]

Sur l’Air: J’ay foison de debtes etc.

A Madelaine de Laval de Bois-Dauphin veuve de Henry-Louis d’Alongny, Marquis de Rochefort, Marechal de France.

 

Croyez moy Philis (1) consolez vous,

C’est assez regretter un Epoux, (2)

Vos appas vous demandent justice;

Remettez-les de grace en liberté, (3)

Si jamais vous leur êtes propice,

Je vous promets toute felicité (4)

 

(1)  C’est la Marechale de Rochefort que l’auteur apelle Philis.

(2)  Elle regretta fort le Marechal de Rochefort mort de maladie a Nancy le ….. 1676. Car il etoit Gouverneur de Lorraine, aussi bien que Capitaine des Gardes du Corps du roy. Cette vive douleur de la Marêchale parût d’autant plus surprenante que dés le vivant de son mary, elle etoit en commerce amoureux avec Francois Michel le Tellier, Marquis de Louvois Ministre et Secretaire d’Etat son Cousin, car Anne de Souvré Marquise de Louvois et la Marechale de Rochefort etoient Cousines Germaines.

(3)  Elle etoit assez aimable, et l’auteur veut parler icy des habits de deuil qui cachoient une partie de ses appas.

(4)  Parceque le Marquis de Louvois etoit amoureux d’Elle, et que c’est un grand bonheur d’avoir un Ministre aussi accredité pour amant.

 

Chanson                    1677                            [367]

Sur l’Air: Puissant Roy qui donnés chaque jour

Ou: J’ay foison de debtes et de procés.

Sur Marie-Anne Mancini femme de Godefroi Maurice de la Tour Duc de Bouillon, d’Albret et de Chateau-Thierry, Pair et Chambellan de France etc Gouverneur d’Auvergne.

 

J’ay foison de Debtes sans procés, (1)

J’ay fievre quartaine dans l’excés, (2)

J’ay d’amans nombreuse Kyrielle, (3)

Mes deux beaux freres (4) en ont fort grand depit.

Mon mary me connoist infidele,

Mais quand je f…. je ne songe qu’au V…

 

(1)  Madame de Bouillon toujours perdoit souvent et ne payoit jamais. Cela s’apelle des dettes sans procés.

(2)  Elle avoit la fievre quarte l’hyver de l’an 1677.

(3)  Elle avoit aussi beaucoup d’amans.

(4)  Les deux beaux freres de Madame de Bouillon, etoient Frederic-Maurice de la Tour d’Auvergne Comte d’Auvergne Colonel general de la Cavalerie de France, Gouverneur de Limousin et Emmanuel-Theodose de la Tour Cardinal de Bouillon grand Aumonier de France.

 

 

Chanson                    1677                            [369]

Sur l’Air: J’ay foison de Dettes et de procés.

Sur ….. Martinet Bourgeois de Paris, Aumônier de Charlotte-Elizabeth de Bavieres femme de Philippe de France Duc d’Orleans etc.la Palatine, written by l’Abbé de Beauregard

 

Martinet autrefois grand vaurien, (1)

A present est fort homme de bien,

On le voit tous les jours en priere,

Jamais abbé ne fit mieux son devoir,

Car il dit Matines a la Galere, (2)

Et chante Vespres au petit pere noir. (3)

 

(1)  C’etoit un Debauché.

(2)  – (3) C’etoient deux Cabarets de Paris que l’abbé Martinet frequentoit souvent, dont l’auteur le raille.

 

 

Chanson                    1677                            [370]

Sur le meme Air que la precedente.

Faite par l’Abbé Martinet, sur qui est la precedente, contre ….. de Beauregard cydevant Secretaire de feu Cezar Duc de Vendosme etc qui en etoit l’auteur.

 

 

Beauregard qui m’apelle un vaurien,

Est un homme devot et Chrestien,

C’est ainsy qu’il partage sa vie

Le long du jour Bachus fait son employ,

Et le soir a la grande Ecurie

Il va convertir les Pages du Roy.*

 

*Beauregard etoit grand Sodomite.

 

 

Chanson                    1677                            [371]

Sur le même air que la precedente, et sur la meme personne.

 

Beauregard crotté, salle et mouillé

Dit partout qu’il fait son Jubilé*;

Je soutiens qu’il ne le scauroit faire,

Que quoiqu’il soit septuagenaire

Il ne scait ny le Pater, ny l’Ave.

 

*Le Grand Jubilé arriva cette année 1677.

 

Chanson                    1677                            [373]

Sur l’Air: d’un precheur insigne.

Sur …. Huraut Marquis de Belebat.

 

Tournimourlifbouffle,

Pour raisonner pantoufle,

Tournimourlifbouffle,

Est un illustre fat.

Ce gros Bandoufle

Est un Maroufle,

Qui toujours soufle

Un gros pied plat,

Sans le nommer, c’est Bel-Ebat.

 

Cette Chanson est assés signifficative pour n’avoir pas besoin de Commentaire.

 

Sonnet                       1677                            [375]

Sur la Tragedie de Phedre et Hypolite, composé par le Sr Racine l’an 167…

 

Nota. Que dans ce Sonnet, l’auteur veut tourner cette admirable Tragedie, en quoy il montre son mechant goût, mais il n’est pas possible de le commenter, car pour cet effet il faudroit expliquer scene par scene toute cette Tragedie.

 

 

Dans un fauteuil doré Phedre tremblante et blême,

Dit des vers ou d’abord personne n’entend rien.

Sa Nourrice lui fait un sermon fort Chrêtien,

Contre l’affreux dessein d’atenter sur soy même.

 

Hypolite la hait presqu’autant qu’Elle l’aime,

Rien ne trouble son air et son chaste maintien,

La nourrice l’accuse, elle s’en punit bien,

Thesée a pour son fils une rigueur extreme.

 

Une grosse Aricie* au teint rouge aux crains blonds,

N’est là que pour montrer deux enormes testons,

Que malgré sa froideur Hypolite idolatre.

 

* le Rolle d’Aricie etoit representé par une Comedienne appellée la Dennebaut, petite grasse, blonde, et pleine de rouge.

 

Il meurt enfin traîné par ses Coursiers ingrats,                                               [376]

Et Phedre aprés avoir pris de la mort aux rats,

Vient en se confessant mourir sur le Theatre.

 

Sonnet                                               1677                [377]

Sur les memes rimes que le precedent.

Sur Philippes de Mancini Duc de Nevers, Chtr des Ordres du Roy, Gouverneur des Enclaves de St Pierre le Moustier, qui etoit auteur du precedent sonnet, dont celui cy n’est qu’une Parodie.

 

Dans un Palais doré Damon (1), jaloux (2) et bleme, (3)

Fait des vers, où jamais personne n’entend rien, (4)

Il n’est ni courtisan (5), ny guerrier (6), ni Chrestien, (7)

Et souvent pour rimer se derobe a lui meme. (8)

 

(1)  Le Duc de Nevers sous le nom de Damon qui demeuroit dans une portion de l’hostel du Cardinal Mazarin son Oncle qu’il lui avoit laissée par Testament, et dont les appartemens etoient fort peints et fort dorez.

(2)  Il etoit fort jaloux de Diane de Damas de Thiange sa femme.

(3)  Il etoit naturellement pasle.

(4)  Il aimoit a faire des vers et suivoit en cela le genie d’Italie dont il etoit originaire car il les faisoit si empoulez que pour l’ordinaire ils tenoient fort d’un galimatias.

(5)  Il alloit peu a la Cour et la haïssoit.

(6)   Il n’alloit jamais a l’Armée, et s’etoit meme demis autrefois de la Charge de Capitaine Lieutenant de la 1re Compagnie des Mousquettaires du Roy, haïssant la guerre, aussi n’etoit il pas en reputation d’homme courageux ny vaillant.

(7)  Il passoit pour n’avoir point de Religion.

(8)  Lisez l’Article 4 de ce Commentaire.

 

 

La Muse par malheur le hait plus qu’il ne l’aime, (9)

Il a d’un franc Poëte et l’air et le maintien, (10)

Il veut juger de tout et n’en juge pas bien, (11)

Il a pour le Phebus une tendresse extreme. (12)

 

Une soeur vagabonde (13) aux crins plus noirs que blonds, (14)

Va partout l’Univers etaler deux tetons,

Dont malgré son pais (15), Damon est Idolatre. (16)

 

Il se tue a rimer pour des Lecteurs ingrats. (17)

L’Eneide a son gré est de la mort aux rats, (18)

Et selon lui Pradon (19) est le Dieu du Teatre.

 

(9)  Les vers qu’il faisoit etoient forcez.

(10)  Il avoit l’air bas, plat, crasseux et negligé et cela par sa faute, car il etoit beau et  bienfait.

(11)     Il faisoit le bel esprit et le bon critique mais peu de gens convenoient qu’il le fut.

(12)     On appelle Phebus le galimatias; lisez l’article 4 de ce Commentaire.

(13)    Hortense Mancini sa soeur femme de Charles de la Porte Mazarini Duc de la Metteraye, Pair de France etc qui s’etant sauvée de la Maison de son mary dés l’an 1667 couroit toute l’Europe.

(14)    La Duchesse de Mazarini etoit brune.

(15)    L’Italie où l’on est d’ordinaire Sodomite.

(16)    On medisoit de l’amitié qui etoit entre le Duc de Nevers et la Duchesse de Mazarini sa soeur, et on y soubçonnoit de l’inceste.

(17)    Peu de gens aimoient les vers du Duc de Nevers. Lisez sur cela le 4e article de ce Commentaire.

(18)    L’Eneide de Virgile poëme admirable qui en a fait nommer l’auteur le Prince des Poëtes Latins et que le Duc de Nevers ne trouvoit pas a son goust.

(19)    Pradon, Normand et Poëte Tragique des plus mauvais.

 

Chanson                    1677                            [379]

Sur l’air: Des Marais vray quartier de la rejouissance, ou de

Non je ne suis pas le seul à Médire.

Nota Que cette Chanson ne parlant que d’une histoire ancienne ne devoit pas être icy, cependant comme Elle est historique et moderne, on a crû qu’Elle ne deplairoit pas au lecteur, D’ailleurs elle n’a pas besoin de Commentaire.

 

Jadis Constance Princesse tres Chrestienne,

Des Hongrois Souveraine

Aprés avoir Enfanté

N’eut qu’un enfant morné,

Dans son affliction,

Elle voua ce triste rejetton,

Et prit un saint pour Patron,

Le poupon dans la biere,

Aprés fervente priere

Remua,

Et Silvestre Pape le baptisa;

Il eut nom,

Leon;

Et fit exploits tres beaux

Dans le pais de Caux,

De lui decend [sic] la race entiere

Des Mont Chevreuils et Villarceaux.

 

Conte             1677                            [381]

Intitulé le Florentin.

Nota Que ce Conte est fait contre Jean Baptiste Lully Florentin Surintendant de la Musique de la Chambre du Roy lequel avoit fait faire un Opera pr Jean de l Fontaine, avec promesse de le mettre en Musique, de le faire representer a Paris, et d’en partager le profit avec lui. Quand cet Opera fut fait, Lully ne voulut plus le mettre en Musique. Ainsi le travail de la Fontaine fut perdu. Ce dernier s’en vange par ce Conte, y recite cette histoire et insulte a Lully sous le nom de Florentin.

 

Le Florentin

Montre à la fin

Ce qu’il scait faire,

Il ressemble a ces Loups qu’on nourrit et fait bien

Car un Loup doit toujours garder son Caractere

            Comme un Mouton garde le sien.

J’en êtois averti (1), l’on me dit prenez garde,

Quiconque s’associe avec lui se hazarde

Vous ne connoissez pas encore le Florentin.

            C’est un Paillard (2), c’est un malin

                        Qui tout dévore, (3)

 

(1)  La Fontaine pouvoit facilement etre averty que Lully etoit un fourbe, la chose etoit assez publique.

(2)  Il auroit pû dire Sodomite.

(3)  Lully etoit avare et fort âpre au gain.

 

Happe tout, serre tout, il a triple gosier,

Le Roy même auroit peine a le rassasier,

Donnez lui, fourez lui, il vous demande encore,

Malgré tous mes amis, il me fit travailler, (4)

            Le Paillard s’en vint reveiller

Un Enfant des neuf soeurs (5), enfant a barbe grise,

            Qui ne devoit en nule guise

Estre duppe, il le fut et le sera toujours,

Je me sens né pour être en bute aux mechans tours,

Vienne encor un trompeur, je ne tarderai gueres (6)

Celui cy (7) me dit, veux tu faire,

Presto, presto, quelque Opera;

Mais bon! Ta muse repondra

Du succés par devant Notaire.

Voicy comment il vous faudra

Partager le gain de l’affaire;

Nous en ferons deux lots, l’argent et les chansons,

L’argent pour moy, pour toy les sons, (8)

Tu l’entendras chanter, je prendrai les testons;

 

(4)  Les amis de la Fontaine ne vouloient pas qu’il travaillast pour Lully dont ils connoissoient la fourberie.

(5)  La Fontaine etoit desja vieux et un Poëte en langage poetique s’appelle un Enfant des Neuf Soeurs, c’est a dire des Muses.

(6)  Il n’y a jamais eu homme plus simple et plus aisé a attraper que la Fontaine.

(7)  Lully.

(8)  C’est a dire rien, le son de la Musique n’est autre chose.

 

 

Volontiers je paye en gambades, (9)                                                      [383]

J’ay huit ou dix trivelinades,

Que je scay sur mon doigt, cela joint a l’honneur,

De travailler pour moy, te voila grand Seigneur.

Peut être n’est ce pas tout a fait la harangue;

Mais s’il n’eut ces mots sur la langue,

Il les eut dans le coeur, il me persuada

A droit, a gauche, il demanda. (10)

Du doux, du tendre, et semblables sornetes,

Mots usez, (11) Jargon d’amourettes

Confit au miel (12), bref il m’en quinauda, (13)

Je n’epargnai, ny soin ny peine

Pour venir a son but et pour le contenter,

Mes amis devoient m’assister,

J’eusse en cas de besoin disposé de leurs veineux,

Des amis disoit le Glouton (14)

En a t’on,

Ces gens te tromperont en osteront le bon;

 

(9)  Lully etoit fort plaisant et fort avare.

(10) Lully ne se contentoit pas de faire la Musique de ses Opera; il conduisoit le Poete et lui exploit ce qu’il vouloit, puis corrigeoit et changeoit.

(11) -

(12)  Pour que la Musique d’un Opera soit bonne il ny faut point de vers forts, ny elevés, il les faut coulans, doux, et tendres, et meme mols et plats, cela est aisé avoir par tous ceux qui ont reussy.

(13)  Pour l’intelligence de cecy, il faut scavoir que celui dont Lully s’est presque toujours servy pour faire les vers et traiter le sujet de ses Opera etoit Philippe Quinaut Auditeur des Comptes a Paris et de l’Accademie Françoise. Ce Poete a asseurement mieux reussi que personne dans ces sortes d’ouvrages quoique tres mediocre Poete, de maniere que la Fontaine joue icy sur le mot de Quinaut le poete et sur un autre terme de Quinaut tiré du 19e Chap. De 2e Livre de rabelais où il est dit que Panurge fit Quinaut un Anglois. Faire Quinaut dans Rabelais veut dire attraper, et la Fontaine veut dire icy que Lully l’attrapa comme il avoit attrapé jusqu’alors le Poete Quinaut, lequel se plaignoit aussi que Lully l’avoit trompé.

(14)  Lully.

 

Mettront du mauvais en la place,                                                          [384]

Tel est l’esprit du Florentin.

Soubçonneux, tremblant incertain,

Jamais assez seur de son gain, (15)

Quoique l’on dise et que l’on fasse,

Je lui rendis en vain sa parole cent fois

Le drosle avoit juré de m’amuser six mois.

Il fut trompé de deux (16); mes amis de leur grace

Me les ont epargné l’envoyant ou je croy

Qu’il va bien sans eux et sans moy, (17)

Voila l’histoire en gros du detail de ses suittes,

Qui valoient bien d’etre deduites.

Mais j’en aurois pour tout un an,

Et je ressemblerois a l’homme de Florence (18)

Homme long a conter s’il en fut dans la France, (19)

Chacun voudroit qu’il fut dans le sein d’Abraham, (20)

Son Architecte (21), et son Libraire, (22)

 

(15)   On a desja dit qu’il etoit fort avare, et qu’il regardoit de fort prés a ses interrests.

(16)   C’est qu’il ne l’amusa que 4 mois.

(17)   C’est a dire se faire f…. car Lully Sodomite outré ne se contentoit pas d’etre agent en telle maniere, il etoit patient toutes les fois qu’on vouloit.

(18)   -

(19)   Lully qui etoit né a Florence et qui etoit grand conteur, il narroit en perfection, et avec un agrement infiny, ainsi la longueur de ses narrations plaisoit infiniment, bien loin d’ennuyer.

(20)   C’est a dire qu’il fut mort et sauvé, car les Chrestiens parlant allegoriquement des sauvés disent qu’ils reposeront dans le sein d’Abraham.

(21)   Un Architecte a qui il avoit fait batir des Maisons dans Paris et qui se plaignoit du payement ou bien Vigarani Italien et Machiniste du Roy pour les Balets qui faisoit aussi les Decorations des Opera, et qui etoit souvent brouillé avec Lully pour raison d’interest.

(22)   Christophe Ballard Imprimeur et Libraire a Paris qui imprimoit les Opera de Lully.

 

Et son Voisin (23) et son Compere, (24)                                                        [385]

Et son beaufrere, (25)

Sa  femme (26), ses Enfans (27), et toutle genre humain, (28)

Petits et grands  dans leurs prieres

Disent le soir et le matin

Seigneur, par vos bontez pour nous si singulieres

Delivrez nous du Florentin.

 

(23)     C’est a dire ses voisins.

(24)     Cela ne vaut rien dire.

(25)     ……….

(26)     Madeleine Lambert.

(27)     Lully en avoit 5 scavoir 3 garçons et deux filles, tous aussi grands vauriens que lui.

(28)     Lully etoit un franc scelerat, qui au genie de la Musique prés, qu’il avoit au dessus de tout et qui a jamais êté n’etoit bon qu’en debauche; ainsi il n’avoit point d’amis et n’en meritoit pas.

 

Chanson                    1677                            [387]

Sur l’Air: Je ne me soucie plus de rien.

Sur Michel le Pelletier Conseiller au Parlement de Paris, et Intendant en Flandres qu’on disoit etre amoureux de Pelagie Chabot de Rohan, femme de Guillaume-Alexandre de Melun Prince d’Espinoy, Chtr des Ordres du Roy.

 

Sur le bord de l’Escaut bourbeux, (1)

Sur le bord de l’Escaut bourbeux,

Peletier toujours amoureux, (2)

Fait redire sans cesse

Aux grenouillieres (3) de ces lieux

Le nom de sa Princesse.

 

(1)  Riviere fameuse de Flandres.

(2)  C’est qu’il avoit eu plusieurs passions.

(3)  Par raport à la boue de cette Riviere et au Chateau d’Antrin appartenant au Prince d’Espinoy et où il demeuroit alors avec sa femme.

 

Parodie                      1677                            [389]

De Quelques vers de la 3e Scene du 1er Acte de l’Opera d’Atys, qui commence ainsi: Peut on être insensible aux plus charmans appas etc. Dans laquelle Parodie, l’auteur fait parler Louis-Joseph Adhemar-de Monteil-de Grignan, Abé de St Georges sur Loire, Agent general du Clergé de France, lorsqu’il êtoit sur le point de souffrir l’Operation qu’on lui fit le Jeudy St de l’an 1677 pour une Fistule qu’il avoit au fondement.

 

Peut on être insensible

A tant de maux, helas

Non, vous ne m’aprocherez pas*,

Je deffens le rasoir autant qu’il m’est possible,

Son trenchant m’est assez connu

Pour scavoir que mon Cul

Y seroit trop sensible.

 

*L’auteur fait icy crier l’Abbé de Grignan a l’aproche du Chirurgien qui vient le rasoir et le bistoury a la main pour lui faire l’operation.

 

Chanson                    1677                            [391]

Sur l’Air des Trembleurs de l’Opera d’Isis.

Sur Henry de Montmorency Luxebourg, Duc de Piney Pair et Marêchal de France Capitaine des Gardes du Corps du Roy.

 

Luxembourg croit que sa gloire,

Doit effacer la Memoire,

Des heros que la Victoire

En mille lieux signala,

Son merite m’est notoire,

Et sans faire son histoire

Je scay ce que j’en dois croire,

Et je n’en dis que cela la la la la,

Il est Vaillant/Bossu, fourbe et mechant,

Et si quelqu’un dit autrement

Il ment, ment, ment ment ment ment,

Ment, ment.

 

Ce fut lui qui investit Valenciennes le 1er Mars de cette année 1677 que le Roy Louis XIV prit d’assaut le 17 du même mois. Sa Majesté étant allé en suitte assieger Cambray dont la Ville se rendit le 5e.

 

 

Autre                         1677                            [392]

Sur l’Air de Mais.

Sur la même personne que la precedente, laquelle ayant marché avec un gros detachement de son armée jusque sur le Canal qui va de Bruxelles a Malines, attaqua une Redoute appellée les Troistrous qui garde une des Ecluses de ce Canal une lieue et demie au dessous de cette 1re ville. Cette attaque fut mal conduitte et le Duc de Luxembourg fut obligé de se retirer sans prendre les Troistrous, bien qu’ils ne fussent defendus que par un Lieutenant et quelques soldats.

 

Montmorency sur les terres d’Espagne,

A reussi tout comme en Allemagne

Mais

Pour la prochaine Campagne

Il forme de grands projets,

                                    &

Grand Marêchal soyez au Roy fidele,

Par mil exploits montrez lui vôtre zele

Mais

Pour les Troistrous de Bruxelles

Ne les attaquez jamais.

 

Autre                         1677                            [393]

Sur l’Air de la Princesse d’Angeterre.

Sur le meme sujet que la precedente.

 

Pouvoir manquer une Ecluse,

Ainsi qu’a fait Luxembourg

C’est etre la même Buse

Qu’il étoit à Philisbourg.

 

Chanson                    1677                            [395]

Sur l’Air des Trembleurs d’Isis.

 

Sur Charles-Belgique-Hollande de la Trimouille Duc de Touars, Pair de France, 1er Gentilhomme de la Chambre du Roy

 

Ah que le nez me chatouille

Disoit le bon la Trimouille,

Quel plaisir quand il me mouille

Et quand il me fait cela,

J’aime le jus de la Couille

Et souvent je m’en barbouille

Quand on me le fiche la la la la la.

Un nez bandant

Est bien charmant

Et quiconque dit autrement

Ment, ment, ment, ment, ment.

 

Par cette Chanson on peut sans commentaire juger des inclinations de ce bon Seigneur qui est fort bien fait avec la meilleure mine du monde et un laid visage, mais d’ailleurs sans aucun esprit.

 

Chanson                    1677                            [397]

Sur l’Air: Quand le peril est agreable.

Sur….de Roucy femme de ….. Marquis de Lamet qui etoit accouchée d’un enfant que son mary desavouoit.

 

Aura ton toujours dans la bouche

De Lamet la couche a present, (1)

Lorsque l’on a fait un Enfant,

Il faut bien qu’on accouche.

 

Est-ce une si grande merveille

Que de voir accoucher Lamet?

Eh quoy croyoit on que d’Albret (2)

La f…tit par l’Oreille.

 

C’est en vous moquant Civile (3)

La Pelle qui rit du Fourgon

Quand vous baisates Chastillon (4)

Fustes vous (5) plus habile.

 

(1)  Lisés l’Argument.

(2)  Charles d’Albret Mareschal des Camps et Armées du Roy qui etoit amoureux de Madame de Lamet et qu’on ne doutoit pas qu’il ne fut pere de l’Enfant dont elle venoit d’accoucher.

(3)  …..Mangot veuve de …..d’Aubray Lieutenant Civil du Chastelet de Paris. On l’appelle par plaisanterie la Civille.

(4)  Henry-Alexis de Chastillon Capitaine des Gardes du Corps de Monsieur.

(5)  L’auteur pretend que le Chtr de Chastillon avoit fait un Enfant a Madame d’Aubray.

 

Chanson                    1677                            [399]

Sur l’Air des Feuillantines.

Sur Charles-Amaneu d’Albret.

 

On a veu Monsieur d’Albret

Au chevet,

De la Bergere Lamet, (1)

Lui jurer a la Poulotte; (2)

De ne plus lever la Cotte.

 

(1)  .…de Roucy femme de…..Marquis de Lamet dont il etoit amoureux.

(2)   … Mallier Dlle du Houssay que sa mere appelloit, et que tout le monde connoissoit sous ce nom. On disoit que Mr d’Albret en avoit êté amoureux et bien traité et que la Marquise de Lamet en avoit eté jalouse.

 

 

Chanson                    1677                            [401]

Sur l’Air: J’ay foison de detes, de procés.

Dans laquelle l’auteur fait parler les Putains de Paris l’an 1677 pendant le Jubilé Universel et aprés le départ du Roy pour l’Armée.

 

Les plaisirs ne sont plus de saison,

Le Roy n’est plus icy, ny sa maison, (1)

Un chacun nous fuit et nous laisse;

Le jubilé nous ôte le Bourgeois, (2)

Sans le Clergé qui chevauche sans cesse.

Notre commerce seroit aux abois.

 

Renonçons au commerce galant,

Rien n’est aujourd’huy si nonchalant,

Nous n’avons qu’a fermer nos boutiques,

Car pour jamais l’amour est exilé,

Le moyen de faire des pratiques

Quand on ne voit que guerre et Jubilé.

 

(1)  Le Roy etoit party pour l’Armée, et par consequent les Officiers et les troupes de sa Maison qui font la grande pratique des Putains de Paris.

(2)  C’est que les Bourgeois etoient en devotion pendant le Jubilé.

 

 

Parodie                      1677                            [403]

D’une Chanson du Prologue de l’Opera d’Isis qui commence par ces mots C’est le Dieu des Eaux qui va paroître.

Sur …. Huraut Marquis de Belebat.

 

C’est le Roy des Sots qui va paroître,

Nous allons penser (1) notre maitre,

Fuyez loing d’icy Roussins terribles,

Repetés ses doux hannissemens,

Dans ses amours qu’il soit paisible

Qu’il ait toutes les juments.

 

(1)  Au lieu de deux tritons qui dans l’Opera d’Isis annoncent la venüe de Neptune; l’auteur introduit icy aux Palleferniers qui sur le meme air annoncent la venüe de Belebat qu’il compare dans toute la Chanson a un gros Roussin aussi en avoit il bien la mine.

 

 

Chanson                    1677                            [405]

Sur l’Air des Trembleurs de l’Opera d’Isis.

Sur Louis de Crevant de Humieres Mareschal de France, Capitaine des 100 Gentilshommes de la Maison du Roy, Gouverneur de la Province de Flandres, des Ville et Citadelle de Lille, ville et Chateau de Compiegne, Commandant un Corps d’Armée en Flandres sur le bords du Canal de Bruges.

Nota, Que le Marescal de Humieres ayant jetté un Pont sur le Canal le fit passer a un Detachement de son Armée sous les Ordres du Marquis de Joyeuse, Lieutenant general et du Marquis d’Albret Mareschal de Camp qui brulerent une grande partie du pais de Waes et du vieux bourg de Gand qui avoit refusé de contribuer.

 

Ça du vin que l’on m’en donne (1)

De la Grosse Bourguignonne, (2)

Sa soif que l’on m’assaisonne

Ah l’agreable repas.

Humieres nous abandonne. (3)

 

(1)  C’est un Officier de Mr le Mareschal d’Humieres qui parle êtant a table.

(2)  C’est une Chanson qui etoit fort a la mode cette année là parmy les troupes, et qui commence par ces mots, La grosse Bourguignonne en partant de Paris.

(3)  Cette Chanson fut faite la veille que cette Armée fut separée.

 

C’est une bonne personne                                                                  [406]

Il dort mieux (4) qu’il ne raisonne,

Ne le connoissez vous pas,

Maumont (5) avec son air chagrin,

Reformera demain matin

Son train, son train, son train

Son train.

 

(4)  Le Marechal d’Humieres dort toujours dés le moment qu’il est sans action, et il a peu d’esprit.

(5)  Capitaine au Regiment des Gardes Françoises et faisant la Charge de Major general dans cette armée.

Nota. Que la meme année 1677 le Marêchal d’Humieres prit St Guillain le ….. Decembre.

 

 

Chanson                    1677                            [407]

Sur l’Air des Trembleurs de l’Opera d’Isis.

Sur Guillaume-Henry de Nassau Prince d’Orange, Capitaine general et heriditaire des Provinces Unies, Gouverneur et Stathouder perpetuel et hereditaire de Hollande, Zelande, Utrecht, Gueldres, Zuiphen, Westfrise, Owerissel, et pais de Dreute, Commandant l’armée confederée contre la France l’an 1677 lequel ayant investy Charleroy le 6 aoust de la meme année enleva le Siege 8 jours aprés a l’aproche de l’armée Françoise commandée par Henry de Montmorancy Luxembourg Duc de Piney, Pair et Marechal de France, et pour se depiquer insulta ensuitte en passant la petite ville de Binche appartenante a la France, dans laquelle il n’y avoit de Garnison qu’un Capitaine et 50 hommes. Cette Ville etant sans fortifications et presque toute ouverte.

 

Le fameux Prince d’Orange,

Deux mois avant la vendange

Sans consulter son bon ange

Sur Charleroy se rua,

Un chacun dit qu’il se vange*

 

*Il avoit desja levé le siege de Charleroy au mois de Decembre 1672 et cette meme année 1677 il avoit perdu la Bataille de Cassel, contre Philippes fils de France Duc d’Orleans frere du Roy Louis XIV general de l’Armée Françoise. Ce Prince assiegeoit la ville de St Omer qu’il prit pendant que le Roy son frere fit les sieges de Valenciennes et de Cambray. Le Prince d’Orange au bruit de ses Entreprises partit avec les seules troupes Hollandoises et vint jusques a Cassel pour faire lever le Siege de St Omer; mais le Duc d’Orleans ayant laissé les tranchées garnies, marcha au devant du Prince d’Orange, le combatit le 11 Avril, le batit a platte couture et revint au Siege de la place, qui se rendit le 20 du même mois.

Qu’il merite nos louanges,                                                                  [408]

Mais par un malheur etrange

Il prit Binch, et s’en tint la la la la la

Evenement

Rare et charmant

Et quiconque dit autrement

Ment, ment, ment, ment,

Ment, ment, ment, ment.

 

Chanson                    1677                            [409]

Sur l’Air: Pon, patapon.

Sur le même sujet que la precedente.

 

Sus François que l’on se range

Voicy le Prince d’Orange;

Pon patapon, patapatapon,

Monté sur son Palefroy

Qui vient prendre Charleroy;

Vous verrez comme il se vange; (1)

Pon patapon tarare pon pon.

 

Alors l’Ennemy renguaine (2)

Et dit d’une voix hautaine

Pon etc.

Nous ne levons pas le pic,

Nous allons prendre Mastrick (3)

Ce Trou (4) n’en vaut pas la peine

Pon etc.

 

(1)  Lisés le Commentaire de la Chanson precedente.

(2)  C’est a dire leva le siege et se retira.

(3)  C’est une plaisanterie sur ce que l’année precedente le même Prince d’Orange ayant aussi assiegé Mastrik au mois de Juillet, il en avoit levé le siege le 27 Aoust suivant a l’aproche de l’armée Françoise commandée par Frederic Comte de Schomberg Marechal de France etc.

(4)  Charleroy.

 

Montal (5) a cette semonce                                                                [410]

Prend son capel et l’enfonce;

Pon patapon etc.

Amis (6) passés les marais, (7)

Aprochés un peu plus prés, (8)

Vous entendrez ma reponse;

Pon etc.

 

Nous ferons des Canonnades,

Avec maintes petarades;

Pon etc

Neubourg et Wolfembutel, (9)

Munster, Osnabruck et Kell,

Vont monter a l’Escalade;

Pon etc.

 

(5)  Charles de Montsaunin Comte de Montal Lieut general des Armées du roy, Gouverneur de Charleroy.

(6)  C’est aux assiegans que l’auteur fait parler le Comte de Montal.

(7)  Les Assiegans êtoient ecore peu avancés lors qu’ils leverent le Siege et n’avoient pas passés des marais qui sont auprés de cette place.

(8)  C’est a dire vous verrés comme je vous recevray, lorsque vous serés plus prés de la place que je deffens.

(9)  Il y avoit dans l’Armée des Assiegans des trouppes de ces 5 nations parmy celles des Cercles de l’Empire.

 

 

Chanson                    1677                            [411]

Sur l’Air……

Sur François Sire de Crequy, Marechal de France, Gouverneur de Lorraine, Command.t l’Armée Françoise en Allemagne l’an 1677.

 

Tu viens, Crequy, de sauver la Champagne, (1)

Ah que d’encens te doivent les buveurs, (2)

Malgré l’effort de toute l’Allemagne, (3)

Tu viens Crequy de sauver la Champagne,

Ah que d’encens te doivent les Buveurs;

Peut on voir de plus belle (4) Campagne,

Tu viens Crequy de sauver la Champagne

Ah que d’encens te doivent les Buveurs.

 

(1)  L’armée Imperiale commandée par Charles Duc de Lorraine ayant passé le Rhin a ….. vint a la faveur de la ville de Luxembourg où les Espagnols avoient des Magazins jusques a Mauzon sur la Meuse, mais le Marechal de Crequy la suivant de prés quoiqu’inferieur en nombre, se posta de maniere qu’Elle n’osa passer cette Riviere pour entrer en Champagne.

(2)  A cause des bons vins qui croissent en cette Province.

(3)  L’Armée Imperiale etoit tres nombreuse.

(4)  Cette Campagne ne fut seulement pas belle par les Projets des Imperiaux que le Marechal de Crequy fit avorter, mais parceque leur ayant fait repasser le Rhin, il tourna tout d’un coup du costé de Fribourg en Brisgau qu’il assiegea, et prit le 17 Novembre ayant aussi passé le Rhin et battu une partie de la Cavalerie Ennemie au Combat de Kokberg le 7 Octobre.

 

 

Parodie                      1677                            [413]

 

Du 1er Couplet de la Scene 1re du IV Acte de l’Opera d’Alceste. Sur Jean Comte d’Estrées Vice-Amiral de France, qui alla deux fois a Tabago en Amerique l’an 1677 avec une Flotte considerable, et malgré celle des Etats Generaux des Provinces Unies qui deffendoit ce pais et le fort qu’ils y avoient, le prit et le rasa.

 

Estrées est vainqueur des Etats

Ruiter (1) ne lui resiste pas,

Nôtre Flotte en est triomphante,

Que Martel (2) chante;

Estrées est vainqueur des Etats

Ruyter ne lui resiste pas.

 

(1)  Fameux General de mer des Etats Generaux des Provinces Unies; mais l’auteur de la Chanson s’est trompé en cet endroit, car Ruyter fut tué sur la Mediterranée vers la Sicile, dés le mois d’Avril 1676 par un coup de Canon tiré de la Flotte de France que commandoit le Sr du Quesne Lieutenant general des Armées Navalles de France qui defit les Flottes Espagnole et Hollandoise.

(2)  Lieutenant general des Armées Navales de France.

 

Chanson                    1677                            [415]

Sur l’Air: Quand le peril est agreable.

Sur …..de…..Sr de la Cardonniere Lieutenant general des Armées du Roy, Mestre de Camp general de la Cavalerie.

 

Ce qui me chagrine à la guerre,

Ce ne sont point les Intendants,

Le chaud, le froid, le mauvais temps;

Mais c’est la Cardonniere.

 

Un Officier en canonniere,

Disoit a Dieu de tout son coeur

Helas, delivrez moy Seigneur

Du vieux la Cardonniere.

 

Il suffit pour l’explication de cette Chanson de dire que Mr de la Cardonniere etoit fort inquiet et tourmentoit fort la Cavalerie qu’il commandoit cette Campagne.

 

Epigramme                1677                            [417]

Dans laquelle l’Auteur fait parler François-Michel le Tellier Marquis de Louvois, Secretaire d’Etat etc a Michel le Tellier son pere lors qu’il fut fait Chancelier de France le 29 Octobre 1677.

 

Je vous devois beaucoup (1), mais graces à Louis (2)

J’ay bien payé mes debtes,

Vous m’avez fait ce que je suis,

Et je vous fais ce que vous êtes. (3)

 

(1)  C’est qu’outre la naissance que Mr le Tellier avoit donné au Marquis de Louvois son fils, il lui avoit amassé des biens immenses, l’avoit marié a Anne de Souvré heritiere de cette Maison puissamment riche et d’une naissance fort au dessus de la sienne et lui avoit avoir la survivance de la charge de Secretaire d’Etat au Departement de la Guerre, ce qui avoit fait la fortune immense et la faveur eclatante, dans laquelle il etoit auprés du Roy, d’ailleurs M. le Tellier l’aidoit de ses Conseils qui etoient d’autant meilleurs que M. de Louvois violent, emporté, feroce, et trop entreprenant, et que son pere etoit doux, moderé et trop delié.

(2)  Le Roy Louis XIV.

(3)  L’Auteur pretend que Mr de Louvois avoit fort contribué a faire son pere Chancelier, et cela etoit vray. Mais son habileté, son esprit, et la longueur de ses services y avoient encore plus contribué que tout le reste. C’etoit un choix tres juste, et on ne pouvoit elever un autre a cette dignité sans lui faire tort.

 

Epigramme                                                    [419]

Adressé aux Espagnols et aux Hollandois; Sur le Siege de St Ghislain, assiegé le 1er Decembre 1677 par l’Armée de France que Commandoit Louis de Crevant de Humieres, Marêchal de France, Gouverneur general de Flandres etc et qui se rendit le 10 du meme mois.

 

Espagnols, Hollandois, courez à Saint Ghislain

Malgré les Elemens*; Humieres le va prendre,

Et l’on tient pour seur que demain

La place au plutard se doit rendre,

Depechez et venez au moins

Voir achever une victoire,

Qui surprend tellement qu’on n’en voudra rien croire

Si vous n’en êtes les temoins.

 

*Il faisoit une Geslée epouvantable pendant ce Siege.

 

Chanson                    1677                            [421]

Sur l’Air: Laissez paitre vos bestes.

Adressée aux Espagnols et Hollandois par un Officier de l’Armée Françoise, lorsque leurs Troupes vinrent jusqu’auprés de Mons pour secourir la ville de St Ghuislain, que Louis de Crevant de Humieres Marechal de France etc assiegeoit, et qui se rendit le 10 Decembre 1677.

 

Venez à l’ordinaire

Pour rebrousser dessus vos pas; (1)

Venez a l’ordinaire

Nous ne vous craignons pas,

Venez voir prendre Saint Ghislain,

Cette affaire tire a la fin;

Nous en serons maitres demain,

Pardonnez, je m’abuse

Je voy traiter le Gouverneur (2)

 

(1)  Ce n’etoit pas la seule fois que les Ennemis avoient veu prendre aux François des places a leur veue dans cette guerre, lorsqu’ils venoient les secourir. Condé et Bouchain furent ainsi pris l’an 1676. Valenciennes l’an 1677 St Omer la même année aprés avoir gagné sur Eux la Bataille de Cassel le 11 Avril.

(2)  Il s’appelloit Hernandez. Il etoit fils d’un Espagnol et d’une Flamande. Ce que les Flamans appellent Geniste. Ce pauvre homme etoit malheureux dans les Gouvernemens qu’il avoit, car il etoit Gouverneur des ville et Citadelle de …. lorsque le Marquis de la Bretesche Colonel general d’un Regiment de Dragons, s’en saisit par surprise l’an 167…

 

 

C’est sa derniere ruse                                                                          [422]

Pour sauver son honneur.

 

Cezar vint, vit, et fut vainqueur,

Venez voir et tremblez de peur

Vous le faites fort bien, Seigneur, (3)

Oh que vous êtes sage

Et digne du Gouvernement

L’homme qui fuit l’Orage

L’evite asseurement.

 

(3)  Ce Couplet s’adresse au Duc de Villahermosa Gouverneur general des pais bas Espagnols qui ne passoit pas pour un grand Champion.

 

 

Chanson                    1677                            [423]

Sur l’Air de Lancelot Turpin

A Madame la Marquise d’Uxelles en passant a Calons sur Saone en 1677.

 

Qu’il est honteux pour vous que Châlons me méprise,

Moy, vôtre Serviteur Madame la Marquise,

Moy, que partout pais l’on estime et l’on prise,

Qu’il est honteux pour vous que Chalons me meprise,

J’ay beau dire mon nom rien ne me favorise,

Point de coups de Canon, point de Cloche a l’Eglise.

Qu’il est honteux etc.

 

Quoi! point d’Arc elevé qui le public instruise,

Que du Roy Louis le gros, je descend quoi qu’on dise;

Qu’il est honteux etc.

 

Quoi! pas un Magistrat a barbe noire, ou grise

Qui me vienne aborder par une harangue exquise;

Qu’il est honteux etc.

 

Qu’il est honteux pour moy, emportés ma valise,

Mon Escuyer Charlot marchons vers Pierre en Seize;

Qu’il est honteux, etc.

 

Mais je quitte le Port, le bon Dieu me conduise,                                [424]

J’espere être a Lion mieux receu que Moyse;

Qu’il est honteux pour vous que Chalons me méprise.

 

Autre

Sur l’Air de Joconde.

 

Par vous j’ay receu ce matin

Magnifique Marquise,

Longue harangue, grands brocs de vin

Et Confiture exquise,

Charmé de tant d’honnesteté,

Sans aucune hiperbolle

Liberalement j’ay jetté

Bien prés d’une Pistolle.

 

Ma femme d’un autre costé

Voyant les Confitures,

En a loué l’antiquité,

Qui les rend des plus dures,

Et qui fait croire avec raison

Qu’Elles êtoient nouvelles

Aux nopces de la Beaufremont

Et du Baron d’Huxelles.

 

Enfin mon merite est connu,                                                               [425]

Je finis tout reproche

Châlons croyoit que la vertu

N’alloit point par le coche;

Mais il m’a rendu tout l’honneur

Qu’on peut rendre sur terre

Qui fait trembler un harangueur

Est un foudre de guerre.

 

Autre

Sur l’Air: Amy voicy comme je passe ma vie

 

Vous me devés Marquise trois bordures

Deux pour des mignatures

Et l’autre pour un portrait

Tres rare et fort bien fait,

De la Reine Stuart,

Outre cela, vous me devez la part

De Robe mise au hazard

Robe faite a la Chine,

Dont vôtre aimable voisine

Fort longtemps

Separera Marquise a vos despens;

Somme totale en un mot vous me devez

Sept Ecus bien comptés                                                                        [426]

C’est pour faire aller ma cuisine

Plus d’un jour si vous me payez.

 

 

Autre

Sur la même personne

Sur l’Air: Il faut profiter du bonheur de nos Armes.

 

Quand on veut goûter

Du repos dans la vie,

Il faut contenter,

Creancier qui crie,

Car la tirannie

Le fait revolter,

Il faut esviter

La Conciergerie;

Quand on veut gouter

Du repos dans la vie.

 

Tout le Port Royal

Est dans cette maxime,

C’est un tribunal

Tres digne d’estime

Parvint au sublime

Qui suit ce Canal                                                                                 [427]

Qui le traite mal,

Est moins qu’un minime;

Tout le Port Royal

Est dans cette maxime.

 

 

Triolet                       1677                            [429]

Sur la Marquise d’Huxelles.

 

Je finis par ce Triolet,

Marquise toutes procedures,

Je suis au bout de mon rolet,

Je finis par ce Triolet,

Vôtre procedé n’est pas net,

Mais vous n’aurez plus de bordures,

Je finis par ce Triolet

Marquise toutes procedures.

 

Chanson

Sur la même personne

Sur l’Air: Qu’ils sont doux bouteille ma mie

 

Marquise, mon Dieu qui me tarde,

De vous voir, d’etre auprés de vous,

Pour chanter le Château, les ragouts,

De votre bon amy la Garde,

Mais, mais cet amy vous regarde,

D’un oeil un peu trop doux.

 

Autre             1677                            [430]

Sur l'air: Des Ennuyeux.

 

Vôtre retraite hier au soir,

Marquise ne fut point troublée,

Elle nous mit au desespoir;

Notre troupe en fut accablée,

Cela joint a l’ombre pervers

N’empecha d’honnorer vos vers.

 

Belin ne voyoit dans son jeu

Que des Cartes des plus étranges,

Les Matadors paroissoient peu,

Ils n’abandonnoient pas Coulanges,

Qui les jouant comme a tastons,

Gagna quatre mille jettons.

 

La sage Effiat ne perdit rien,

Mais Elle etoit fort desolée,

Elle auroit donné de son bien

Pour vous voir dans notre assemblée,

Et pour moy, je pestois tout bas.

 

L’aimable et charmante Belin

Nous fit un souper admirable

Sur une nappe de fin lin                                                                      [431]

Parut un rost incomparable,

Mais votre absence en verité

Nous avoit mis sur le costé.

 

Frontenac fit tout comme vous,

Avec sa divine outrelaise,

Elle ne voulut point de nous,

Pour vivre chez Elle a son aise;

Le seul Abbé de Montmoreau

Honnora le petit troupeau.

 

 

Logemens de 1677 ou environ                       [433]

Madame.

A la Princesse rue Betizy.

Plus de bonheur que de science.

Mademoiselle.

A l’Esperance, rue Dauphine.

Mad.e de Guise.

A l’Estrille, ou a l’Image St Mathieu rue.

Courtault vilain,

Toujours pesche qui en prend un.

Mad.e de G.

A l’Enseigne du gros Bourdon rue des Presires.

Hony soit, qui mal y pense.

Mad.lle d’Elbeuf.

Au Caducée, rue St Thomas du Louvre.

Qui trop embrasse mal estraint.

Mad.e de Nemours.

Au Suisse, rue de Condé.

Rira bien qui rira le dernier.

Mad.e la Princesse d’Harcourt.                                   [434]

A l’hypocrite. Rue de l’Egout.

Mad.e de Soubize,

Au Roy priant. Rue du temps perdu.

Tel cuide avoir des oeufs au feu qui n’a que des Ecailles.

A la Bonnefoy ou rue Betizy.

Plus de bruit que de besogne.

Mad.e de Mekelbourg.

Au Trebuchet, rue de la Monnoye.

Point d’argent, point de suisse. Ou

Aux Balances rue de la Huchette.

Mad.e de Monaco.

A la Solle, rue Percée.

Mad.e de Bouillon.

A la Linotte, rue du Moulinet.

Mad.e de Brissac

A l’Enseigne de la Couleuvre a la Pissotte

Son venin est dangereux

Ou

Au Marais rue des Francs Bourgeois.

La Mar.ale de Rochefort.                                              [435]

A la Cascade.

La Mar.ale d’Humieres.

A la Girouette rue des Quatre vents.

La Mar.ale de la Ferté.

A l’Esperance rue du Sepulchre.

Tout vient a point, qui veut attendre.

La Comtesse d’Estrées.

A l’Envie rue des Juifs.

La Duchesse d’Espernon.

A la Vertu, rue du St Esprit.

Il vault mieux tard que jamais.

Mad.e d’Espernon-Rouillac

A la teste blanche, rue du Four.

A beau prier qui n’a coeur de bien faire.

La Comtesse de Guiche

A la Prudence, rue Princesse.

Un  peché caché est a demy pardonné ou

Au Bouteille, rue Royalle.

La Comtesse de Fiesque.                                                          [436]

A la Fontaine de Jouvence rue Jean pain

Molet.

L’Age n’est que pour les Chevaux.

Mad.e de Maré.

A l’oubly, rue d’Enguyen.

Mad.le de Grancey.

A l’Ange, rue d’Orleans.

La Fortune et l’amour egallent toutes choses.

Ou

Au Squelette, rue de Lorraine.

La Marq.se de la Ferté.

Au Hanneton rue des Marmousets.

La Marq.se de Paumy.

Au riche Laboureur, rue de Touraine.

Tant vaut l’homme, tant vaut sa terre.

Mad.e de la Baume

Aux Osselets rue de l’Arbresec

Qui frape du Couteau perira de la guesne.

Mad.e d’Assigny.                                                                       [437]

A l’hermine rue des Cinq Diamans.

La pureté de l’un est le brillant de l’autre.

Ou

A l’Anguille cour du Palais.

Fines gens se meslent de ses affaires.

Mad.e de Flamarins Mlle le Tellier.

A la Pomme-Poire, rue de Poitou,

Point de feu sans fumée.

Mad.e de Bron.

Au Cul de sac, rue des deux portes.

Tous chemins vont à Rome.

Mad.lle de Crenan.

Au Chesne verd rue Hautefeuille.

Il ne faut pas aller au bois qui a peur des feuilles.

Mad.e de Cauours.

Au Corail, rue de Savoye.

Nul n’est prophete en son pais.

Mad.e d’Hauterive.

Au port de Salut rue St Paul.

Chacun soit content de son bien                                                         [438]

Qui n’a suffisance, n’a rien.

Madame de la Vauguion

Au Roy d’Ethiopie rue Fromenteau.

Point de feu sans fumée.

Mad.e de Vibray.

A Notre Dame des vertus, rue Ste Croix.

Plutost mourir que changer.

Mad.e de la Valiere.

Au bon repos, rue de Paradis.

Aprés la playe le beau tems.

Mad.e de Clerembault.

A la Cloche, rue de la Sourdiere.

Il n’y a pire sourd que qui ne veut pas entendre.

Mad.e du Ludre.

Au Chimere rue S. Louis.

Mad.e de Rambures.

Au Mont de Pieté ou la folie, rue de l’Arbre sec,

Ou au Bahutier rue de la Ferronnerie,

Plus de bruit que de besogne.

Madame de Rannes                                                       [439]

A la Hotte, rue du Plastre.

Mesd.es d’Alluy et de Bordeaux.

A l’Union, dans l’Isle Maquerelle.

Mad.le Theobon

Au Paon.

Mad.e de Lyonne

A la ville de Gennes, rue des Tournelles, ou

Rue des mauvais garçons.

On n’a pire traitement que des siens.

Mad.e d’Olonne.

Au Cupidon, ou au bienvenu, rue de Braque.

A tous venans beau jeu.

Mad.e de Montmorency.

A la Jument, rue de la vieille monnoye.

A Cheval donné ne faut regarder a la bouche.

Ou

Aux Allerions, rue Princesse.

A grand Seigneur peu de parolles.

Mad.e de Monglas.                                                        [440]

Au Chateau Trompette rue du puy qui parle.

Trop parler nuit, trop grater cuit.

Ou

A la fortune, rue de Poitou,

A bon Chat bon rat.

Mad.e de Valence.

Au Ciclope, rue Quinquempoix.

Il n’est festin que d’avaricieux.

Mad.e de St Martin.

Dite la Grondeuse.

A l’Enseigne des filous, rue Plastriere.

Tel bat les Buissons, qui ne deniche pas les Oiseaux, ou

A la Croix de Malte, rue de Bretagne.

Chacun porte sa Croix.

Mad.e de Gouville.

A la Croix d’or, rue Serpente.

A Vieille mulle frein doré.

Mad.e de Furstemberg auparav.t

Mlle de Ligny.

Au mal assis rue Clopin.

Ainsy va, qui mieux ne peut.                                                              [441]

Mad.e de Courcelles.

Au Soleil rue de Tournon.

Je ne m’arreste point et tourne comme lui.

Mad.e de Vivonne

Au point du jour, rue de Clery.

Il sera dangereux de me voir a midy.

Mad.e de Stuart

A la Renommée, dans la place Royale.

Bon sang, ne peut mentir.

Mad.e du Fresnoy.

Au Paon, rue Montorgueil.

Il n’y a point de gloire sans sottise.

Mad.e de Carava.

Au Tambour, rue St Julien le pauvre.

Ce qui vient de la Flute s’en retourne au Tambour.

Mad.e de Fienne.

Au Cheval blanc, rue de la Mortellerie.

Femme qui pette n’est pas morte.

Mad.le de Fienne                                                           [442]

A la Croix de Lorrine, sur le Pont au change.

Changement de Corbillon, fait apetit de pain beny.

Mad.e de Pizieux, et Mad.lle de Bregy.

A la pasle Rose, Vieille rue du temple.

Il n’y a si belle rose, qui ne devienne gratecul.

Mad.e de Cominge.

Au Vermillon rue du Plessis.

Bon droit a besoin d’aide.

Mad.lle du Rivau.

Au Lion eschapé, rue du Chasteau/Champ gaillard.

Contre fortune bon coeur.

Mad.e de Mailly.

Aux Langues fourées, rue de l’Esperon.

Dolce picante.

Mad.e de Castelmoron.

A la ville de beaumont, rue du grand chantier.

Tout par amour, et rien par force.

Mad.e la Presid.te le Bailleul                                                  [443]

Au Heron rue Serpente.

Garre le Bec.

Mad.e de Bretonvilliers.

A la grosse Andouille, rue de l’Archevesché,

Dieu donne l’habit suivant le froid.

Ou au bon Pasteur rue Tirecharpe.

Ou a la Croix d’Or.

Chacun porte sa Croix.

Mad.e Talon.

A la ville de Bellegarde, rue Clocheperce.

Qui a bon voisin a bon matin.

Mad.le de Scudery.

A la femme dans teste, rue des petites Maisons.

Gens qui de tout se meslent de rien ne viennent a bout.

Mad.e de Luzancy.

A la Renommée, rue de l’Université.

Au plus offrant et dernier encherisseur.

Mad.e Cornuel.

Aux Allumettes, rue de la Parcheminée.

Le Foureau n’est pas assez fort pour la lame.

Mad.e d’Aubray.                                                                        [444]

Aux Envieux, rue Traversine

Entre deux Selles le Cul a terre.

Md.e Menardeau.

A la Plume sans fin, rue des bons enfans.

Jamais bon Cheval ne devint rosse.

Mad.e de la Guette la vieille

Au Mulet d’Auvergne, rue de la Monnoye

Qui bon l’achete, bon le boit.

Mad.e de la Guette la Jeune.

A l’Epine fleurie, rue des Rosiers.

Il n’y a point de Roses, sans Epines.

Mad.e d’Ausambray.

Au Mont Parnasse rue de Bussy.

Qui a bon voisin a bon matin.

Mad.e de Guedreville.

A la belle de nuit, rue des quinze vints

La nuit tous chats sont gris.

Mad.e Jouan.

Aux Paillettes, rue des quatre vents.

Tout cequi reluit n’est pas or.                                                            [445]

Mad.e Coeffier.

A la Saucisse, rue poupée.

Petit Mercier, petit panier.

Mad.e le Maistre de Ferriere.

Au verd balet, rue du Coq.

Qui terre a, guerre a.

Mad.e de Lancé

A la Prudence, rue du hazard,

Qui poule mange, chapon lui vient.

Mad.e Poulaillon

A la Lune, rue des Mathurins

Qui m’aime, me suive.

Mad.e le Camus-Melusson.

A la Foy couronnée, rue St Joseph.

Pour bien servir et loyal être.

De serviteur on devient maître.

Mad.e de Guibeville.

A l’abondance, rue de Richelieu.

Qui a de l’argent a des Pirouettes.

Mad.e de Croimare.                                                      [446]

A Nostre-Dame de bon secours, rue de la Charité.

Qui n’est bon que pour soy n’est bon a rien.

Mad.e de Villeroy.

A Notre-Dame des Vertus, rue Ste Croix.

Plustost mourir que de changer.

Mad.e de Thoré.

A la ville de Barcelonne, rue St Pol.

Il vaut mieux se marier que de brusler.

Mad.e Ferrari.

Au Ciseau d’Or rue des mauvaises paroles.

Bienheureux qui s’en echape.

Mad.e Roussereau.

Au Compas, rue des deux Balances.

Qui va piane, va sane.

Mad.e de la Tremblaye.

A la Tourterelle, rue de la Colombe

On ne juge pas du vin sans y taster.

Mad.e Chaillou                                                              [447]

A la delaissée, rue d’Amour.

A Dieu bon temps.

Mad.e le Tenneur

A l’Assurance, rue Simon le franc.

Bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée.

Mad.e de Mornas.

Aux Etats, rue Poupée.

Je crains l’air.

Mad.e …….

Au Taureau, rue Courtauvilain.

Mes plaisirs, font ma voix.

Mrs……..

Au grand Cerf, rue jean pain molet.

Ceinture dorée vaut mieux que bonne Renommée.

Mad.e la Comtesse de Carouge

A la grande Image, rue Betisy.

Un chien regarde bien un Evesque.

N…..

A la Becasse rue de l’hospital.

Un bon chien ne trouve pas un bon os.

Mad.e de Francieres.

Aux biens venus, rue perdue.

Monnoye fait tout.

                   __________________________

Mr le Chtr de Lorraine

A l’Escu d’Orleans, rue de la Harpe.

Mr de Marsan.

A la Quille, rue des Marionettes.

De petit eguillon, point on bien grande asnesse.

Mr de Soubise.

Au mal coiffé, rue Jean Beausire.

Il n’est pire sourd que celui qui ne veut entendre.

Le Duc de Villeroy.

Au Rat mort, dans la halle.

Le Duc Mazarin.

A la Seringue, prés les petites Maisons.

Le Duc de Richelieu

Au visionnaire, proche la Barriere des Sergens.

Le Duc de Gesvres                                                                     [449]

Au Bufle, rue de la Pelletrie.

Mr de Noyon.

A l’Image St Magloire, rue trousse nonain.

Qui se loue soy même à Couronne de merde.

Le Marquis d’Effiat.

A l’avarice, rue des bandis.

Cavoye.

A l’Important, a la place aux Veaux.

Le Comte de Vienne, fils du Duc de la Vieuville.

A souflet, rue neuve St Gilles.

M. Amelot.

Au Livre fermé, prés la Foire.

Toujours n’atrape ton pas ce a quoy l’on vise.

Gourville.

A la Potence, rue des Larrons.

Dieu au presté, Diable au rendre.

              _______________________

 

Chanson                    1678                            [451]

Sur l’Air: Un bon berger dans un coing

A …..de …… femme de ….d’Alluret, Comte de Miossens et Huguenote

 

Aimez vous Charenton. (1)

Tout de bon;

Aimez-vous Charenton,

Ah croyez moy, Comtesse,

Quittez, Beze, et Calvin, (2)

Et allez a Confesse,

Au bon Abbé Goblin. (3)

 

(1)  Tout le monde scait qu’il y avoit un temple des Huguenots a Charenton a une lieue de Paris.

(2)  Jean Calvin heresiarque Auteur de la Secte des Huguenots.

(3)  …… Goblin Prestre Docteur de Sorbonne fameux Directeur a Paris.

 

Autre                                                             [452]

Sur le même air.

Au nom de la Comtesse de Miossens et servant de reponse a la precedente.

 

Ouy, j’aime Charenton

Tout de bon;

Ouy j’aime Charenton.

Qui n’en feroit de même,

L’on y vit sans façon

Sans jeusne, ny Caresme,

Et sans Confession.

 

Cette Chanson n’a pas besoin de Commentaire, puisque tout le monde sçait que dans la Religion pretendue Reformée, il n’y a ny Confession, ny jeusne, ny abstinence d’obigation.

 

 Autre sur la même Comtesse et le même Air.

 

Dans un vieux parchemin

Ce matin,

Dans un vieux parchemin,

J’ay leu que Mathurine

Turine de Cumont

Pouvoit être Cousine

D’Elizabeth de Pons.

 

Chanson                    1678                            [453]

Sur l’Air: Amans aimés vos Chaines.

A Bonne de Pons femme de Michel Sublet Marquis d’Heudicourt Grand Louvetier de France.

 

N’estes vous pas un astre

De la Maison de Pons,

De celle de Lanclastre, (1),

Toulouze (2), et d’Arragon. (3)

J’en viens en droite ligne, (4)

Ne suis-je pas tres digne,

D’en porter l’Ecusson,

Et d’en avoir le nom.

 

Farasie de Guienne, (5)

Elizabeth de Foix, (6)

Pouvoient bien être Reines

En epousant des Rois. (7)

 

(1)-(4) L’autheur se moque en cette Chanson des Chimeres de la Maison de Pons qui se dit descendue des Maisons de Lanclastre, de Toulouze et d’Arragaon, ce qui est une pure fausseté. On est d’autant plus blâmable dans la Maison de Pons d’avoir recours a ces chimeres qu’etant une des meilleures et des plus anciennes du Royaume, Elle n’a pas besoin d’aucun secours etranger pour se faire valoir.

(5)-(7) Autre Chimere de la Maison de Pons où l’on pretend que cette Farasie de Guienne, et cette Elizabeth de Foix ont preferé des gens de cette Maison des Rois qu’Elles auroient pû epouser. Il est meme douteux qu’Elles ayent jamais eté l’une et l’autre.

 

Mais dés qu’onn’est point maître,                                                                 [454]

On se fait honneur d’etre,

Dedans nôtre Maison,

Toujours sire de Pons. (8)

 

L’on pouroit sans Machine

S’il en êtoit besoin

Pousser mon origine,

Encore un peu plus loin

Car jusqu’au grand Pompée. (9)

 

(8). La terre de Pons en Xaintonge est une Sirerie, de maniere que les Seigneurs de cette Terre s’apellent Sires de Pons, comme qui diroit Marquis, Comte etc. Il y a d’autres Terres en France qui ont ce Titre. Il y a de plus un Dictum de la Maison de Pons qui dit: Puisque Roy je ne puis être/ Sire de Pons je veux être. C’est la dessus que plaisante l’autheur en cet endroit.

(9). L’auteur raille icy sur les Chimeres de la Maison de Cossé a propos de celle de la Maison de Pons, et surtout sur Marie de Cossé veuve de Charles de la Porte Duc de la Meilleraye Pair et Marechal de France etc laquelle etoit plus entestée que personne de la Maison sur l’Estrange chimere dont elle est infatuée. La Maison de Cossé est originaire du Maine ou leur fief existe encor qui est une grosse parroisse appellée Cossé.  Ils etoient au service des Ducs d’Anjou et du Maine leurs souverains qu’ils suivirent a la Conqueste du Roy de Naples. La Branche ainée y perit et la Cadette qui etoit restée en Anjou où ils etoient Seigneurs d’une petite Terre appellée Beaulieu dans la Senechaussé de Baugé a fondé la Branche des Ducs de Brissac. Malgré tout cela Francois de Cossé 2d Duc de Brissac s’avisa de vouloir venir des Cossa de Naples, bien qu’ils fussent differents en Armoiries. Et non content de cette Chimere il y en ajoute une autre, qui etoit de venir de Cocceius Nerva Empereur Romain mort l’an 98 et enfin de Jules Cesar. Il laissa cette fantaisie a ses Enfans dont la plus entestée etoit la Marechale Duchesse de la Meillereye. On conte d’Elle qu’un jour etant a la Comedie on y representa la Mort de Pompée de l’Illustre Pierre Corneille, et que comme elle y pleuroit amerement, quelqu’un lui demanda pourquoi Elle versoit tant de Larmes: A quoy Elle repondit, je pense bien, c’estoit mon oncle, parceque Pompée etoit gendre de Jules Cesar. Il est aisé apres ce Conte de scavoir ce que l’auteur a voulu dire en cet endroit.

 

Avec ma lignée                                                                                    [455]

J’irois en verité

Sans mon humilité. (10)

 

(10). Cecy est dit par ironie.

 

Satyre                        1678                            [457]

Contre Nicolas Boileau des Preaux, Poëte si fameux par ses Satyres, ses Epitres et autres Ouvrages.

 

Amy de la justice et de la verité,

Alcandre (1) dont l’Esprit est rempli de clarté.

Admiré des scavans critiqué des Critiques

Qui puise tes discours des Salines attiques; (2)

Il est temps de montrer d’un Rimeur insolent (3)

Le merite imposteur et le petit talent,

Ce Chantre sans vigueur, sans art et sans genie,

Que des accords (4) qu’il note ignore l’harmonie

N’est qu’un melancolique; un farouche hibou

Qui pour voir la lumiere oza quier son trou,

Qui faux imitateur d’Horace, et de Lucile, (5)

 

(1)  On a pû demesler qui est cet Alcandre a qui l’auteur adresse cette Satyre.

(2)  Athenes etoit le lieu de l’antiquité où il y avoit le plus d’esprits, et comme dés ce tems là meme pour dire une chose pleine d’esprit on disoit une chose saée, ou bien où il y a du sel on disoit, et on a dit encore depuis pour exagerer qu’il y avoit du Sel Antique ou du sel d’Athenes. Ce terme Sel Attqiue s’est toujours conservé depuis pour dire de l’esprit. Il est aisé aprés cela de demesler ce que l’auteur veut dire par avoir puisé dans les Salines attiques.

(3)  L’Auteur apelle Despreaux insolent parcequ’il a nommé beaucoup de gens dans ses Satyres et ses Epitres, desquels il medit.

(4)  C’est a dire des Vers qu’il compose.

(5)  Il est certain que des Preaux a imité et meme pris beaucoup de chose d’Horace, de Juvenal, de Lucile et autres anciens Poëtes Latins.

 

 

 

 

Chanson                    1678                            [467]

Sur l’Air: Orleans Baugency.

Sur les Filles d’honneur d’Anne-Marie-Louise d’Orleans petite fille de France Princesse Souveraine de Dombes, Duchesse de Montpensier et de St Fargeau, Comtesse d’Eu, 1re Paire de France.

 

Chastillon (1), Castillon, (2)

Breval (3), Cambout (4), Milandon, (5)

Carognes (6), Carognes.

 

(1)  …..de Chastillon, Elle n’etoit plus alors Fille d’honneur de Mad.lle car Elle avoit epousé l’an 167… ….d’Angennes Marquis de Poigny.

(2)  ….de Castillon, elle n’etoit plus alors Fille d’honneur de Mad.lle car Elle avoit epousé l’an 167… … Comte de Lannoy de Dameocourt Gouverneur du Comté d’Eu.

(3)  ……..de Harlay de Breval.

(4)  …….du Cambout.

(5)  ……de Milandon.

(6)  C’est une fausseté, ou mechante ironie, car Elles ont eté toutes 5 tres sages.

 

 

Chanson                    1678                            [469]

Sur l’Air: Rochers vous êtes sourds

A Bonne de Pons, femme de Michel Sublet Marquis d’Heudicourt Grand Louvetier de France.

 

Madame d’heudicourt que vous êtes aimable,

Pourquoi n’estes pas la maîtresse du Roy,

J’aurois asseurement un tres fertile employ,

Je serois opulent, loin d’etre un miserable.

 

Cette Chanson n’a pas besoin de Commentaire.

 

Chanson                    1678                                  [471]

Sur l’Air: Tu viens Crequy de sauver la Champagne.

Dans laquelle l’auteur fait parler deux Dames sortant d’une Eglise qu’Elles trouvoient deserte, par l’absence des gens d’Espée qui êtoient à la guerre de l’an 1678.

 

Où sont ces Gens, où sont ces chiens d’hommes,

Ces noirs Manteaux (1) me font mourir d’ennuy.

Voyez un peu, ma chere, où nous en sommes.

Où sont ces gens, où sont donc ces chiens d’hommes,

Ah que la Messe est cruelle (2) aujourd’huy.

 

(1)  Les gens de Robe qu’on voyoit seuls depuis l’absence des gens d’Espée.

(2)  C’est un terme que les femmes employent volontiers pour dire fatiguant, ennuyeux etc.

 

 

Autre                                                             [472]

Servant de reponse à la precedente, et sur le même Air.

 

Du grand Rolet (1), et du fameux la Salle (2)

Vous n’oseriez jamais parler ainsi,

Vos Courtisans prés d’Eux sont gens de Balle, (3)

Du grand Rollet et du fameux la Salle

Vous n’oseriez jamais parler ainsi.

 

(1)  ….. Rolet ancien Maitre des Requestes, faisant l’homme du bel air.

(2)  Antoine Monet Sr de la Salle Maitre des Requestes faisant aussi l’homme du bel Air.

(3)  Cela est ironique.

 

Autre             1678                            [473]

Servant de replique à la precedente et sur le même Air.

 

Tous leurs grands airs, leur façon, leur carrure (1)

Pour gens instruits ont de foibles appas,

Ils ont souvent en galante aventure

Fait paroitre des defauts de nature

Ils sont beaux chiens, mais ils ne mordent pas. (2)

 

(1)  L’auteur parle de Mrs Rolet, et de salle, dont il est plus amplement parlé dans la Chanson precedente et son Commentaire.

(2)  C’est a dire quoiqu’ils fissent les gens a bonne fortune ils reussissoient mal en galanterie.

 

Autre                                                             [474]

Sur l’Air des Triolets.

Sur Antoine Monet Sr de la Salle Me des Requestes.

 

C’est un tigre affamé de Coeurs (1)

Que ce beau Monsieur de la Salle (2)

On se plaint fort de ses rigueurs.

C’est un Tigre affamé de coeurs,

Maintes Dames en sont aux pleurs

Elles ont le visage pasle,

C’est un Tigre affamé de coeurs.

 

(1)-(2) Mr de la Salle etoit assés beau et bienfait, et croyoit toutes les femmes amoureuses de lui, aussi etoit ce unfat, sur lequel cette Chanson ironique est faite pour se moquer de luy.

 

Chanson                                                        [475]

Sur le même Air des Triolets. Servant de reponse a la precedente; dans laquelle l’auteur fait parler le Sr de la Salle.

 

Vous n’y pensez pas belle Iris (1)

De croire mon coeur insensible,

De vos appas il est epris,

Vous n’y pensez pas belle Iris

Si sans respect je vous le dis,

C’est que vôtre ame est inflexible (2)

Vous n’y pensez pas belle Iris

De croire mon coeur insensible.

 

(1)-(2) On ne scait qui est cette rigoureuse Iris, et il importe peu de le scavoir, puisque ce ne peut etre qu’une plate bourgeoise, car quelle autre auroit voulu avoir commerce avec un fat aussi Bourgeois, et un Bourgeois aussi fat que Mr de la Salle.

 

 

Chanson                    1678                            [477]

Sur l’Air, de Mr de Beaufort.

Sur ….Favier du Boulay femme de Denis Talon Avocat general du Parlement

 

Talon à plus d’un amant

Qui toujours la regardent,

Chacun souffre son tourment,

Et fort difficilement

La gardent, la gardent, la gardent.

 

Cette Chanson n’a pas besoin de Commentaire.

 

Chanson                    1678                            [479]

Sur l’Air de Joconde.

Sur …..de Roucy, femme de …. Comte de Lamet, laquelle consentit dit on a l’assassinat que son mary commit l’an 1678 dans sa maison, de Charles-Amanieu d’Albret Marechal des Camps et Armées du Roy eyc lequel avoit quitté furtivement l’armée de Frederic de Schomberg Marechal de France, où il servoit pour la venir voir.

 

De faire cocu son mary

N’est pas chose nouvelle,

Temoin l’histoire de Paris

Et d’Helene la belle,

Mais de jouer un mauvais tour*

A son amant fidele

Iris, dans l’Empire d’amour

C’est être criminelle.

 

*On pretend que le Comte de Lamet obligea sa femme de donner rendez vous a M. d’Albret dans sa Maison de ….prés Soissons, et que celui cy y etant venu la nuit il le fit assassiner par ses gens. Ce qui est de certain, c’est qu’effectivement il fut tué par les valets du Comte dans cette Maison, et qu’il y eut pour cela un grand Proces Criminel contre ce Comte qui fut en prison et qui toutefois se justifia devant les juges.

 

Chanson                    1678                            [481]

Sur l’Air: la femme a Jean Tabouret.

Ou, Va t’en voir s’ils viennent.

Sur le Combat donné à l’Abbaye de Saint Denis prés Mons en Haynaut le 14 Aoust 1678 entre l’Armée Françoise commandée par Henry de Montmorency Luxembourg, Duc de Piney, Pair et Marêchal de France etc et l’Armée des Alliez contre la France Commandée par Guillaume-Henry de Nassau Prince d’Orange etc.

 

Luxembourg disnant en paix,

Avec sa Phalange

Trouva dit on fort mauvais

Et le cas êtrange

D’avoir a son entremets,

Le Prince d’Orange.

 

Pour entendre cette Chanson, il faut scavoir que le Duc de Luxembourg avec son armée bloquoit Mons du Costé de l’Abaye de St Denis que le Comte de Montal Lieutenant general des armées du Roy de France, et Gouverneur de Charleroy bloquoit la meme ville du côté de St Simphorien le Prince d’Orange qui sceut qu’entre l’armée de France et l’abbaye de St Denis où etoit le quartier du Duc de Luxembourg, il y avoit une ravine si considerable qu’il etoit impossible que le gros de l’armée pût secourir le quartier general marcha avec la sienne qui [482] n’etoit qu’a 2 lieues de là et attaqua l’Abbaye de St Denis qui etoit gardée par quelques Bataillons du Regiment des Gardes de Feuquieres et par le Regiment de Dragons de Fiemarcon. Le Duc de Luxembourg qui se croyoit en repos dans son quartier d’autant plus qu’il avoit eu nouvelles le matin que la paix entre la France et les Etats Generaux des Provinces-Unies avoit êté signée a Nimegue le 10 Aoust, aprit comme il disnoit que les Ennemis marchoient a lui. L’attaque et la deffense furent vigoureuses, tant a la droite de l’armée de France où etoit St Denis, que du costé de la gauche où etoit le Village et le Chateau nommé Castiau. Chacun des deux partis s’attribua la Victoire, et l’on tua bien du monde de part et d’autre, mais l’Abbaye de St Denis ne fut pas forcée et les François brulerent Castiau et tout ce que leurs Ennemis avoient de troupes dedans. Il est vray que le Duc de Luxembourg se retira dans le retranchement du Comte de Montal, de l’autre costé de la Riviere de Aisne.

 

Nota que cette même année 1678 le Roy avoit pris Gand le 9 Mars, et Ipre le 25.

 

 

Epigramme                1678                            [485]

Sur le Portrait que Henry Pussort Conseiller du Roy en son Conseil d’Etat, et en son Conseil Royal des Finances fit faire l’an 1678 à sa maison de Paris rue St Honoré.

 

Ce dehors fastueux surprend avec raison, (1)

Mais le dedans n’a rien de beau n’y de comode. (2)

Celuy qui compila le Code (3)

N’auroit il point basti cette maison.

 

(1)  Ce Portrait etoit magnifique et ne pouvoit convenir qu’a une fort grande Maison.

(2)  Sa Maison etoit vieille et fort petite, et M. Pussort n’y avoit rien fait ajouter..

(3)  M. Pussort avoit plus travailloit [sic] que personne au Code qui fut registré en 1667.

(4)  L’auteur pretend que le Code et la Maison de M. Pussort se ressembloient en ce que le titre du Code qui etoit des Ordonnances nouvelles du Roy Louis XIV pour la reformation de la justice etoient fort specieux, comme le Portrait de M. Pusson et que les nouvelles Ordonnances qui devoient reprimer les abus de la justice n’y remedioient point, et par consequent aboutissoient a rien, comme le beau Portrait de Mr Pussort aboutissoit a sa Maison qui etoit petite et vilaine.

 

 

Chanson                    1678                            [487]

Sur l'air: Des Ennuyeux.

Faite par Gaspard Fieubet Conseiller d’Etat Chan.er de la Reine Marie-Thereze d’Autriche; Sur ……de …… femme de …… Gargant Conseiller honoraire au Parlement de Metz, de laquelle il etoit amoureux et avec qui il etoit a la Campagne, et sur quelques Dames qui etoient de la meme Compagnie.

 

Ah que nous sommes bien icy, (1)

Que nous y faisons bonne chere;

Nous n’y prenons point de soucy

Toujours au jeu, jamais d’affaire,

Sans vanité peu d’ennuyeux

Et surletout d’assez beaux yeux.

 

En voulez vous remplis de feux?

En voila les plus beaux du monde,

En voulez vous de doux et bleus,

Cajolez a brune et la blonde

N’estes vous pas contens encor

Tenez voila deux Matador. (2)

 

(1)  La Maison de Campagne où ils etoient.

(2)  Cartes du jeu d’Ombre et Matador en Espagnol veut dire, Qui tue.

 

Autre                                                             [488]

Sur le même Air

Servant de reponse a la precedente.

 

Quand vous les nommez Matador, (1)

Vous vous trompez a vôtre compte

Mon cher Fieubet (2), vous avez tort,

Ce seroient bien plustost deux pontes (3)

Regardez si je suis menteur,

Ils en ont toute la couleur.

 

(1)  Voyez l’Article 2 du Commentaire de la Chanson precedente.

(2)  Ce Couplet s’adress à M. Fieubet autheiur de la Chanson precedente.

(3)  ………

 

 

Epitre                        1678                            [489]

De Philippe Mancini Duc de Nevers, Chtr des Ordres du Roy, a …… Bourdelot Abé Docteur en Medecine, et Medecin Ordinaire de Louis de Bourbon Prince de Condé.

 

Quoy mes vers, Bourdelot, sans graces, sans beautez,

Vivent dans ta memoire, et sont par toy citez? (1)

Du profond de l’oubly tirant leur destinée,

Tu redonnes le jour a ma Muse êtonnée

Qui te preste la main? Quel Dieu te fait agir

Et t’inspire mes vers pour me faire rougir,

Moy qui sur le Parnasse aprentis temeraire,

Ay fait parler ma muse une langue etrangere, (2)

Et qui n’ay dans mes vers echapez au hazard,

Que l’audace pour regle, et bon goût pour art? (3)

Pour orner le François de nouvelles parures

Je hazarde en mes vers d’insolentes figures,

Qui par le choix des mots et l’adresse du tour

Eblouissent l’Esprit de l’Eclat d’un faux jour. (4)

 

(1)  L’Abé Bourdelot avoit loué et cité des vers du Duc de Nevers. Car il en avoit fait souvent avant ceux cy.

(2)  Le Duc de Nevers etoit Italien, ainsy lorsq’il faisoit des vers François c’etoit pour lui parler une langue etrangere.

(3)  L’audace etoit sa regle, et il n’en avoit gueres d’autre, vice Ord.re aux Poetes Italiens. Quant au bon gout pour art, ce Duc se trompoit, il n’en avoit point.

(4)  Cela etoit plus vray qu’il ne croyoit. Ses pensées paroissoient d’abord brillantes, mais Elles etoient presque toutes fausses.

 

Que ne puis-je a present dans l’ardeur qui m’anime                           [490]

Donner de la Fayette, au travers du sublime. (5)

Où puisant dans Meré tous les charmes divers, (6)

Des plus beaux agrément [sic], façonner tous mes vers,

Alors je donnerois par des traits connoissables

A la posterité les tallents admirables. (7)

L’eclat de ton esprit seroit mon seul garant,

Pour desiller les yeux du vulgaire ignorant

Toy qu’on a remarqué dans le siecle où nous sommes,

Partant de beaux endroits homme au dessus des hommes,

Qui des travers du monde evitant le poison,

Te fais faire a toy meme un Dieu de ta raison (9)

Tu ris de la fortune et des tours de sa roue

Quand du sort de nos jours l’inconstante de joüe

Tu scais qu’on n’a du Ciel des regards carressans, (10)

Que pour en ressentir des regrets plus cuisans

Les Astres trop cruels dans leur course changeante

Nous font voir du bonheur l’incertitude errante.

 

(5)  Longin Philosophe Grec a composé un excellent traité du sublime dont Nicolas Boileau Sr Despreaux a donné une admirable traduction a la fin de ses autres Ouvrages.

(6)  Le Chtr de Meré homme de beaucoup d’esprit, grand Critque qui a fait imprimer des conversations de Philippes de Clerambault Marechal de France, et de luy. Il y a aussi des Lettres de ce Chevalier, et quelques autres ouvrages de sa façon imprimés.

(7)  L’Abbé Burdelot avoit beaucoup de scavoir et beaucoup d’esprit.

(8)  Il voyoit tres bonne Compagnie, cela n’empechoit pas qu’il ne fut fou a l’exces.

(9)  Soit reflexion ou plutost fantaisie l’Abbé Bourdelot vivoit a Paris en Philosophe detaché de toute ambition.

(10)   L’Auteur veut dire que plus la fortune nous a elevés, plus nous sommes sensibles aux malheurs qu’elle nous cause d’ordinaire par la suitte.

 

On voit dans l’univers tant d’abus etablis                                                      [491]

Se fonder en coutume au lieu d’etre abolis,

Le sang des grands Seigneurs meslé dans la roture (11)

Faire en naissant danger aux Bourgeois de nature,

Rome a veû radoter au trosne des Caezars,

L’Eglise dans les mains d’imbeciles vieillards (12)

Donnera a des neveux le Saint Siege au pillage (13)

Et de ses Fiefs sacrez demembrer l’apanage (14):

Mais louons d’Innocent la sainte austerité (15)

Que l’Eglise est superbe en son humilité.

 

(11)   Il est difficile de demesler si l’auteur a eu icy en veue quelqu’un en particulier. Car les mesalliances etoient alors si communes en France qu’il n’est pas aisé de demesler qui il veut designer.

(12)   Des Papes, comme Clement IX Clement X et autres qui ne pouvoient a cause de leur vieillesse travailler eux mesmes aux affaires de l’Eglise, Rome sejour des Papes l’etoit autrefois des Cezars, ou Empereurs Romains.

(13)   Presque tous les Papes foibles ou par leur vieillesse ou par leur esprit ont donné les affaires a gouverner, ou a leurs Neveux, ou faute d’en avoir, agens qu’ils adoptoient pour neveux, en leur donnant leur nom et en les faisant Cardinaux, s’ils ne l’etoient pas; ce Cardinal Choisy portoit toujours le nom de la famille du Pape, et s’appelloit le Cardinal Nebeu ou le Cardinal Patron, et s’etoit a lui qu’on s’adressoit pour toutes les affaires.

(14)   Il n’est pas sans exemple que les Cardinaux Neveux ayent demembré des Fiefs de l’Eglise pour leur interest particulier ou celuy de leur famille. Ce n’est pas icy le lieu d’en raporter des Exemples.

(15)   Le Pape Innocent XI qui regnoit alors, ayant êté levé au Pontificat le 21 Septembre de l’an 1676. Ce Pape etoit fort pieux et fort austere a lui même.

 

 

Il oste a l’univers l’effroyable scandale,                                                         [492]

L’hidre du Nepotisme (16) a Rome si fatale; (17)

Il veut du Jansenisme etouffer le poison, (18)

Et les saintes erreurs qui troublent la raison; (19)

Admirons ses vertus dans un temps que le monde

En vices éclatans, plus que jamais abonde.

 

Un Ministre fameux (20) pour soutenir son nom

 

(16)   Lisés l’Article 13 de ce Commentaire. Ce Pape dés qu’il fut eleu, loin de faire un Cardinal Patron sur lequel il pût se reposer du soin des affaires de l’Eglise qui est ce qu’on appelle le Nepotisme. Il fit une Bulle pour l’abroger.

(17)   Lisés l’article 14 de ce Commentaire.

(18)   Tout le monde scait quels desordres causa en France la pretendue heresie du Jansenisme l’an 1664 et depuis, cela seroit trop long a raporter icy. Le Pape Innocent XI qui en connoissoit l’illusion ou qui selon d’autres et principalement les Jesuites etoit Janseniste, travailla dés qu’il fut Pape a appaiser les contestations sur cette matiere.

(19)   C’est apparemment encore le Jansenisme, car la querelle sur ce Dogme etoit absolument contraire au bon sens.

(20)   Jules Mazarin Cardinal et 1er Ministre en France, lequel voulant marier Hortense Mancini sa Niece et qu’il fit son heritiere a quelque Seigneur qui pût par son merite et son esprit soutenir les dignitez et les biens Immenses qu’il avoit amassés dans le Royaume choisit Armand-Charles de la Porte Duc de la Meilleraye, Pair, Marechal et Grand Maître de l’Artillerie de France etc. Celui cy epousa le 28 Fevrier 1661 Hortense Mancini, et quitta le nom et les armes de la Porte pour prendre le nom et les armes de Mazarin. Il joignit par ce mariage toutes les dignités et tous les biens de son pere a ceux du Cardinal Mazarin ce qui le rendit le plus riche particulier qui eut êté jusqu’alors en France, car il se trouva en meme tems Duc de Mazarin, de la Meilleray, toutes deux Pairies de France, Seigneur du Duché de Mayenne, Comté de Ferrette, Tauves, Belfort, Marle, et la Fere, Baron d’Alircq, Marquis de Montcornet, Prince de Chateau Portienetc. Il etoit outre cela Grand Maitre de l’Artillerie, Lieutenant general en Bretagne sous la Reine Mere Anne d’Autriche et depuis Gouverneur de cette Province aussi Gouverneur d’Alsace, et Gouverneur particulier de Brisac, la Fere, Vitré, du Port Louis, de Nantes, de Vincennes. Il eut aussi a la mort du Cardinal dix millions d’argent comptant en espece a ce qu’on pretend, sans compter les Pierreries et les meubles. Il se trouva aprés le mariage que le Cardinal avoit fait sur la fin de sa vie qu’il avoit eté trahy et qu’un Italien appellé Ondeei et Evesque de Frejus avoit porté ce Cardinal a choisir cet heritier preferablement a tous les autres Seigneurs de la Cour pour de l’argent qu’il promit a cet Evesque, et qu’il ne lui paya point, disant que c’etoit Simonie de donner de l’argent pour un mariage qui etoit un Sacrement. Il se trouva aussi que ce nouveau Duc de Mazarin etoit fou, et qu’il vendit toutes ses dignités piece a piece, et mangea tout son Argent comptant, en telle sorte qu’il ne lui rsesta que ce qui etoit substitué et dont il ne pouvoit pas se defaire. Il faudroit un Volume pour ecrire toutes ses Extravagances causées la plus part par un esprit de devotion dereglée. Il y en a quelques uns dans ce Recueil.

 

Va pour neveu postiche adopter un Orgon, (21)                                            [493]

Qui de ses grands Tresors, pieuse frenesie

Des tartuffes du temps nourrit l’hypocrisie (22)

Et craignant plus l’Enfer, qu’il n’a le ciel pour but

Va l’argent a la main trafiquer son salut. (23)

 

(21)   Orgon est un des principaux personnages de la Comedie de l’Imposteur ou du Tartuffe de Moliere. Ledit Orgon se laissa tromper par Tartufe comme le Duc de Mazarini par les Fripons qui le ruinerent sous pretexte de la Devotion.

(22)   L’auteur continue son Allegorie sur la Comedie de l’Imposteur et comme il a nommé le Duc de Mazarini Orgon, il nomme ceux qui le friponent sous pretexte de pieté des Tartuffes dont ce Duc entretenoit effectivement l’hypocrisie.

(23)   Le Duc de Mazarini croyoit a la persuasion des hypocrites qui l’environnoient que l’argent qu’il leur donnoit le conduiroit au Ciel en lui faisant avoir remission de ses pechez.

 

S’il recevoit d’en haut des notions plus claires,                                              [494]

Il iroit a la Trape (24) imiter les Macaires, (25)

Car dans le monde on fait des efforts impuissants

Pour détacher l’esprit du Commerce des sens;

C’est trop n’en parlons plus, entrons em Diogene (26)

Dans le neant pompeux de la grandeur humaine

Qu’on ait veu dans nos jours apuyé par les Loix

Un Cromwel (17) deranger un long ordre des Roys (28)

Qu’une Reyne (29) ait pû faire exemte de tous crimes

De deux freres vivant deux maris legitimes (30)

Une autre (31) par son fils (32) voit signer aujourd’huy

 

(24)   L’Abbaye de Notre Dame de la Maison Dieu de la Trape Diovese de Sées de l’Ordre de Citeaux reformée par Armand-Jean Bourhillier qui en etoit abbé et où l’on vivoit dans une grande austerité, il en est parlé plus au long dans l’argument d’unechanson 1675.

(25)   St Macaire etoit un Solitaire d’Egipte qui vivoit dans un Monastere de la Montagne de Seetis. Il fut disciple de St Antoine hermite, et mourut agé de 90 ans dans le IVe Siecle.

(26)   Diogene Philosophe Cynique natif de Sinope. Il est consideré comme le Prince des Philosophes Cyniques a la Secte desquels il s’attacha a Athenes où il se retira. Tout le monde scait comme il preferoit le repos d’esprit aux richesses a tel point qu’il n’avoit qu’un Tonneau pour maison. On scait aussi avec qu’elle liberté il censuroit tout et parloit des Rois aux Rois mêmes.

(27)   Olivier Cromwel Anglois et Protecteur de la Republique Angloise aprés la mort funeste du Roy Charles 1er.

(28)   On scait comme quoi Cromwel s’etant jetté dans le party des Anglois rebelles a leur Roy Charles 1er devint enfin le Chef de ce party, et comme quoi ayant arresté ce Prince il lui fit trancher la teste par arrest du Parlement le … Fevrier 1649 aprés quoi Cromwel fut declaré Protecteur des Royaumes d’Angleterre d’Ecosse, et Irlande qu’il maintint en Republique pendant toute sa vie.

(29)   Elisabeth-Marie-Fraçoise Reine de Portugal.

(30)   C’est que cette Princesse epousa l’an 1666 Alphonse-Henry Roy de Portugal dont les mauvaises qualités et l’incapacité l’ayant fait interdire du Gouvernement de son etat, peu aprés son mariage fut declaré nul en 1668 et lui meme fut arresté a Lisbonne et conduit l’année d’aprés prisonnier dans l’Isle de Terzere où il mourut; Don Pedro son frere fut declaré Regent du Royaume et en prit possession lorsque ce Roy fut arresté. Il epousa depuis la meme Reine sa belle soeur et en eut une fille du vivant d’Alphonse Henry. Voila ce que l’auteur appelle avec raison faire des deux freres vivans deux maris legitimes.

(31)   L’auteur veut parler

(32)   en cet endroit de Marie-Anne d’Autriche.

 

L’Arrest denaturé qui l’eloigne de lui, (39)                                                     [495]

De quel oeil de Caton ta divine prudence

Des caprices du sort perce l’extravagance;

Defiant son pouvoir tu ris de son courroux,

Et tu mets les mortels a l’abry de ses coups, (34)

La nature a tes yeux se montre toute nue,

T’apprend de ses secrets la science inconnue; (35)

Decouvre a ton esprit ses Enigmes divins,

Et scait faire a ton art obeir les destins,

Ta main scait renouer d’une vie ebranlée

Dans les doits de Clothon la trame defilée (36)

Et de l’ame aux abois ranimant les ressorts

 

(33)   Voyez les Articles 31 et 32. Veuve de Philippes IV Roy d’Espagne et mere de Charles II Roy lors regnant. Cette Princesse depuis la mort du Roy son mary avoit toujours gouverné l’Espagne pendant la minorité du Roy son fils, mais ce Prince qui avoit prés de 17 ans, soit qu’il se fut lassé d’etre sous la tutelle d’une femme, soit par foiblesse et a la persuasion des ennemis de la Reine sa mere, consentit a son eloignement, et donna le maniement des affaires l’an 1677 a Don Juan d’Autriche son frere naturel.

(34)   Ce 2 endroits sont des louanges que l’auteur donne a l’Abé Bourdelot sur ses talens de Medecin.

(35)   C’etoit sa profession a l’ignorance de laquelle il joignoit une extreme folie. On peut juger de laquelle confiance des malades pouvoient avoir en luy.

(36)   Clothon ou Clotho êtoit selon les Payens une des trois Parques et les deux autres s’apelloient la Chesis et Atropos. C’estoient les Déesses fatales qui ordonnoient irrevocablement des aventures de tous ceux qui vivoient au monde. Elles gouvernoient particulierement le fil c’est a dire le cours de la vie humaine; de sorte qu’Atropos la plus jeune tenoit la quenouille et tiroit le fil, la Chesis la 2de plus agée le tournoit dans le fuseau et Clotho la plus vieille des trois le coupoit, d’où s’ensuivoit la mort, de maniere que l’auteur dit icy a l’Abbé Bourdelot que par son scavoir il tire les gens d’entre les bras de la mort.

 

Des bords de l’Acheron tu rapels les morts, (37)

Ton esprit, ton bon gout, ta science profonde

Triomphent des erreurs qui regnent dans le monde,

Dans tes doctes écrits (38), on voit les traits perçants

Que ta main scait porter sur les vices du temps;

Chacun craint que ta plume en critique fertile

Ne repande sur lui ton eloquente bille,

Pour moy qui ris du sort que mes vers trouveront,

Je baiseray les mains qui les déchireront,

Aussi bien dans le monde hors deux auteurs celebres

Le reste est englouty dans l’horreur des tenebres.

Ces Illustres du temps, Racine (39) et Despreaux, (40)

Sont du Mont Helicon des Fermiers Generaux (41)

Pour mettre des Impots sur l’Ordre d’Hipocrene, (42)

 

(37)   L’Acheron selon les Payens etoit un des Fleuves d’Enfer qu’ils croyoient que les  morts devoient passer pour y arriver apres leur trepas, de sorte que l’auteur dit icy la meme chose a l’Abé Bourdelot que dans le precedent article.

(38)   Quelques Poesies satiriques de l’Abbé Bourdelot.

(39)   Jean Racine Excellent poete tragique de l’Accademie Françoise.

(40)   Nicolas Boileau Sr Despreaux Excellent poete Satirique.

(41)   Le Mont Helicon etoit selon les payens une Montagne prés celle du Mont Parnasse consacrée a Appollon et aux Muses. Il y avoit selon eux une Ecole fondée par Persée sur le Mont Helicon pour exercer la Jeunesse aux Sciences et surtout a la Poesie, de maniere que l’auteur veut dire icy que Racine et Despreaux estoient alors tellement a la mode qu’on ne pouvoit passer pour bel esprit sans leur attache.

(42)   Fontaine tant vanté par les poetes. Elle etoit en Beotie appellée par eux la Fontaine des muses et Pegaze selon les Payens, l’avoit fait sortir d’un coup de pied. Ils disoient aussi que lorsqu’on avoit beu de ses eaux on devenoit poëte.

 

Phoebus (43) leur donne a bail son liquide Domaine, (44)                             [497]

Tout passe par leurs mains (45), les precieux tresors

Ne coulent que pour eux des Castalides bords; (46)

On a veu dans leurs vers leur extreme richesse, (47)

Leur plume degorgeoit des liqueurs du Permesse, (48)

A present de la Rime abandonnant les loix,

Ils veulent que Phoebus reprenne tous ses droits,

Et sortant tout d’un coup de l’Ordre poëtique,

Ils entrent Etrangers dans le monde historique; (49)

Louis par ses hauts faits qu’ils sont prets de traiter, (50)

 

(43)   Phoebus est le meme qu’Apollon, Dieu des vers et des sciences.

(44)   C’est a dire qu’Apollon donne a Racine et a Despreaux le pouvoir de bien faire des vers et d’en juger.

(45)   Ils etoient grands Critiques des Ouvrages d’autruy qu’ils approuvoient rarement, et leur sentiment etoit d’un grand poids.

(46)   Castalie etoit une fontaine de Phocide dediée par les Payens a Appollon et aux Muses qu’on appelloit pour cette raison Castalides.

(47)   Ils etoient Excellens poetes l’un et l’autre.

(48)   Permesse etoit un Fleuve de Beotie qui coule du Mont Helicon et dont l’Eau selon les payens et les anciens poetes inspiroit le genie de la Poesie. Il etoit par cette raison consacré a Apollon et aux Muses.

(49)   Le Roy Louis XIV voulant faire ecrire son histoire de son vivant et sur ses memoires avoit choisi Racine et Despreaux pour la faire sous ses Ordres.

(50)   Il parut d’abord extraordinaire qu’il eut choisi deux poëtes pour ce travail historique. Cependant il etoit certain qu’ils ecrivoient en prose aussi bien qu’en vers. Quoiqu’il en soit l’auteur a raison de dire qu’ils etoient Etrangers dans l’histoire, puisqu’on n’avoit jamais veu de leurs ouvrages dans ce genre.

 

Eblouit tout le monde a force d’eclater,                                              [498]

Qui peindra les beaux traits de sa gloire immortelle,

Le pinceau trembleroit entre les mains d’Appelle, (51)

Quel bonheur d’etre nez au siecle de Louis;

Admirons, Bourdelot ses Exploits inouis,

Que nous pouvons tous voir que nous pouvons ecrire

Et plaignons l’avenir qui ne peut que les lire.

 

(51)   Apelles natif de l’Isle de Co, appellé le Prince des Peintres. Cecy est une allegorie.

 

 

Parodie                      1678                            [499]

De la Fable du 1er Livre, de celles du Sr de la Fontaine, sur Françoise-Marguerite de Sevigné, femme de François Adhemar de Monteil, Comte de Grignan, Lieutenant general en Provence.

 

La Cigale (1) ayant baisé

Tout l’Esté,

Se trouva bien attrapée

Quand Langeron (2) l’eut quittée;

N’ayant pas un pauvre amant

Pour soulager son tourment;

Elle alla crier famine

Chez la Grignan (3) sa voisine,

La priant de lui prester

Un Grignan (4) pour subsister

 

(1)  La Cigale êtoit une putain de Messine que le Marquis de Langeron Capitaine de Vaisseau avoit amené de ce pais lá lorsque les François abandonnerent le

(2)  Sicile au Mois de Mars 1678. Langeron l’avoit toujours entretenue à Marseille où il l’avoit amenée et n’en etant plus amoureux il l’y avoit laissée et s’en etoit venu a la Cour.

(3)  La Comtesse de Grignan qui etoit alors en Provence.

(4)  C’est a dire quelqu’un de la Famille des Grignan. Car ils etoient 4 freres, scavoir François Comte de Grignan, Lieutenant general en Provence, Jean Baptiste Coadjuteur d’Arles, dont François son Oncle etoit Archevesque….. appelé le Chtr de Grignan Brigadier de Cavalerie, et Louis-Joseph Abé et Agent general du Clergé de France. Or la medisance vouloit que ces 3 derniers freres fussent amoureux de leur belle soeur.

 

 

Jusqu’a la saison nouvelle                                                       [500]

Je vous le rendray lui dit elle,

Avant qu’il soit quatre mois

Sans l’avoir mis aux abois;

La Grignan n’est pas preteuse, (5)

C’est là son moindre défaut,

Lequel est-ce qu’il vous faut,

Dit-elle, a cette emprunteuse?

Le Chevalier seulement, (6)

Le Chevalier reprit elle.

Cela ne se peut la belle

J’en ay besoin maintenant. (7)

 

(5)  C’est a dire ne preste pas volontiers ses amans.

(6)  Le Chevalier de Grignan etoit mal sain et fort gouteux.

(7)  Le Chevalier de Grignan etoit alors celui de toute la Famille le plus empressé auprés de sa belle soeur.

 

Chanson                    1679                            [501]

Sur l’Air de la Rochelle.

Sur differentes personnes

Le President de Novion, (1)

 

S’est mis dans la devotion;

 

Il s’est reduit dans sa famille

 

Et n’a que de chaste[s] amours,

 

Il baise ses brus (2), et sa fille. (3)

 

C’est le pere Loth (4) de nos jours.

 

 

Terrat (5) se dit de qualité

Il s’en est devant moy vanté

Oubliant quel etoit son pere (6)

S’il roule en carrosse a present

C’est qu’il a tant grimpé derriere

Qu’il est enfin sauté dedans.

 

(1)  Nicolas Potier, Sr de Novion, 1er President au Parlement de Paris.

(2)  Ses brus etoient, ….Malon de Bercy veuve de ….. Potier Sr de Novion Me des Requestes. Et Brossamin femme de …..Potier Comte de Novion, d’autres disent la femme de Mr Tubeuf.

(3)  Marguerite Potier, mariée à Charles Tubeuf, fils du President de la Ch. des Comptes, Veuve en 1680.

(4)  Il est dit dans la Geneze que Loth coucha avec ses deux filles, c’est pourquoi l’auteur lui compare le 1er President.

(5)  Gaston-Jean-Baptiste Terrat, Secretaire des Commandemens de Philippes de France Duc d’Orleans.

(6)  Son pere avoit fait fortune par les Finances et êtoit Tresorier de la Maison de feu Gaston de France Duc d’Orleans.

(7)  L’auteur pretend que le pere de Terrat avoit êté laquais, c’est ce qu’il veut dire par ces 2 derniers vers.

 

Contre les Maillis (8) de tout temps,                                                 [502]

L’amour s’est montré grand tyran

Jamais Phedre et toute sa race, (9)

N’en receut des coups plus maudits,

Le pere (10) epousa la Becasse, (11)

Et la force (12) a charmé le fils. (13)

 

Que la Ferté (14) ne m’aime pas,

Qu’il soit traitre comme Judas,

Qu’il s’en yvre comme Silene,

Qu’il baise derriere ou devant, (15)

Qu’il soit fils d’un grand Capitaine, (16)

Tout cela m’est indifferent.

 

(8)  L’Auteur ne veut parler icy que de ….. Marquis de Mailly et de ….de Mailly son fils Marquis de Nesle, et Colonel Lieutt du Regiment d’Infanterie de Louis de Bourbon Prince de Condé.

(9)  Phedre fille de Peinos et femme de Thesée, laquelle selon les payens devint par la haine de la Deesse Venus amoureuse d’Hypolite son beaufils. Il faudroit un Volume pour dire toute cette Fable et la persecution de cette Deesse sur Elle et sur toute sa famille, le lecteur est renvoyé a la Fable des anciens, et au 15e Livre des Metamorphoses d’Ovide.

(10)   …… Marquis de Mailly.

(11)   Marquise de Mouchy de Monteavrel Marquise de Mailly appellée la Becasse, parcequ’elle avoit le nez fort long. Elle etoit avec cela toute des plus laides.

(12)   ……de Caumont Dlle de la Force fille excessivement laide et desagreable avoit charmé

(13)   le Marquis de Nesle, au point qu’il etoit alors brouillé avec son pere et sa mere parcequ’il la vouloit epouser et contre leur deffense il entretenoit commerce avec Elle.

(14)   Henry de Senneterre Duc de la Ferté Pair de France, fort debauché.

(15)   Cela est aisé a entendre.

(16)   Henry de Senneterre Duc de la Ferté Pair et Marechal de France Chtr des Ordres du Roy, son pere.

 

Le vaillant Comte de Tallard, (17)                                                      [503]

Pour ne se pas mettre au hazard

Manque au rendez vous qu’on lui donne; (18)

Cette sagesse me surprend

Car jamais sa maman mignonne (19)

Ne s’avisa d’en faire autant. (20)

 

Que la petite la Ferté (21)

Ne soit bonne qu’a culbuter,

Qu’Elle soit grosse, courte et ronde,

Et qu’a l’aage de cinquante ans

Elle cherche a charmer le monde

Tout cela m’est indifferent.

 

(17)   …..d’Hostun Comte de Tallard, Lieutenant general en Dauphiné qui ne passoit pas pour brave.

(18)   L’an 1678 il fit appeller en duel etant a l’Armée, Frederic-Maurice de la Tour d’Auvergne, Comte d’Auvergne Colonel general de la Cavalerie legere de France, et Lieutenant general des Armées du Roy; celui cy accepta la parolle que lui fit porter Tallard, bien qu’il fut Brigadier de Cavalerie dans la meme Armée, et par consequent son subalterne, mais il ne lui voulut point donner de rendezvous fixe, et il lui fit dire seulement qu’il visiteroit a l’Ordre les Gardes du camp tout seul avec son Page, et qu’il n’avoit qu’a se trouver sur son chemin. Tallard a ce que l’on publia ne s’y trouva pas. Et les amis du Comte d’Auvergne publierent que le Comte d’Auvergne l’ayant rencontré le meme jour chez le general le malmena fort et lui dit que quand on lui donoit des rendez vous il falloit s’y trouver; le Roy fit mettre Tallard un an a la Bastille.

(19)   ……..de Bonne.

(20)   C’est qu’Elle etoit grande putain et ne manquoit jamais au rendez vous que lui donnoient ses amans.

(21)   Marie-Isabelle-Gabrielle-Angelique de la Motte-Houdancourt, femme de Henry de Seneterre Duc de la Ferté. Elle etoit fort coquette et bossue, et non ronde.

 

 

Chanson                    1679                            [505]

Sur l’Air: lerelanlere

Sur Emanuel-Theodose de la Tour d’Auvergne Cardinal de Bouillon, Grand Aumosnier de France.

 

Le bon Cardinal de Bouillon,

Est bavar, menteur et fripon,

Et f… la femme* de son frere,

Lere la, Lerelan lere,

Lere la, lerelanla.

 

*Marie-Anne Mancini femme de Godefroy-Maurice de la Tour Duc de Bouillon d’Albret, et Chateauthierry, Pair et Grand Chambellan de France frere aîné du Cardinal.

 

Chanson                    1679                            [507]

Sur l’Air: Conditor atme fiderum.

Sur …..d’Aguesseau femme de ….du Housset, Chancelier de Philippe de France… Duc d’Orleans.

 

Monsieur êtant mal satisfait,

De la puanteur qu’il sentoit,

Dit a la Chaneliere Housset,

Prenez garde a vôtre gousset.

 

La Chanceliere lui repond,

Mon gousset ne sent pas trop bon,

Si vous aviés senti mon fron

Il sent bien d’une autre façon.

 

Cette Chanson n’a pas besoin de Commentaire.

 

Chanson                    1679                            [509]

Sur l’Air des Mayeux.

A …..de Bezançon veuve de ….le Brun Me des Requestes et President au Grand Conseil.

 

Ah Presidente

Que vous êtes fringante; (1)

Ah Presidente

Il faut chercher quelqu’un

Qui vous contente,

Et qui greffe ce qui plante (2)

Qui vous contente

Bien mieux que le deffunt. (3)

 

(1)  Elle etoit fort vive.

(2)  – (3) C’est a dire quelqu’un qui lui fasse des Enfans, car Elle n’en avoit point eu du President le Brun son mary qui passoit pour estre peu vigoureux.

 

Chanson                    1679                            [511]

Sur l’Air: Comme un vray Coq de bagage.

Sur …..du Plessis-Bezançon veuve de ……le Brun Me des Requestes, President au Grand Conseil.

 

Elle est certes des mieux faites,

Peut on la voir sans amour,

La Princesse des Courbettes, (1)

Elle a chassé de sa Cour

A ce qu’on dit toutes les mazettes, (2)

Comme ayant le cu trop lourd.

 

(1)  C’est la Presidente le Brun qu’on appelloit ainsi par plaisanterie.

(2)  C’est a dire des gens qui lui faisoient l’amour et qui etoient des gens de peu.

 

Chanson                    1679                            [513]

Sur l’Air de la Rochelle.

Sur Nicolas-Edouar Olier Con.er au Grand Conseil.

 

Le Grand Monarque des culs lourds, (1)

Pour obtenir quelque secours,

De la Princesse des courbettes; (2)

Prés d’Elle ronfle tous les jours, (3)

Prés d’Elle incessamment il pette

Ainsy se passoit leurs amours.

 

(1)  C’est Mr Olier qu’on appelle ainsy avec raison, car il est fort epais et a le cu fort gros.

(2)  C’est la Presidente le Brun que l’auteur appelle ainsy.

(3)  Mr Olier etoit amoureux de la Presidente le Brun, et la voyoit souvent; il ronfloit pr consequent souvet auprés d’Elle, car dés qu’il etoit assis il dormoit et ronfloit.

 

 

Chanson                    1679                            [515]

Sur l’Air: Ah ma chere maitresse

Dans laquelle l’auteur fait parler ….. femme de Martin Gendron, Argentier de la grande Escurie.

 

 

Souvent la Fons (1) me baise

Dans ma grand chaise;

Souvent la Fons me baise

En badinant;

Gendron (2) qui me croit niaise

Donne dedans;

Souvent la Fons me baise

Dans ma grand chaise,

Souvent la Fons me baise

En badinant.

 

(1)  …..de la Fons fameux yvrogne.

(2)  Martin Gendron.

 

Chanson                    1679                            [517]

Sur l’Air: Marais vray quartier de rejouissance ou

Non je ne suis pas le seul a medire.

Dans laquelle sont les noms de toutes les Terres que possedoit Cezar Phoebus d’Albret Marechal de France, Chtr des Ordres du Roy etc.

 

Arnos, Escoubes, Pargados, Espechede,

Bedeilles, Castagnade,

Gerderesse, Riouperoux,

Miossans, Campistroux,

Saint Jean, Poudge audirac,

Le Pourcin, Maubec, Sandos, et Clarac,

Barlest, Angos, Coubayac,

La Nusse, la Longuerre,

La Tabaille, Sedesterre,

Pomaroux,

Lanecaube, Bielnabe, Mohoux,

Monassies, Debat, Hauterive, Meillon,

Mauvesin, Castillon,

Uzan, Mazerolles, Balzere,

Artigami, Tournay, Livron.

 

Cette Chanson n’a pas besoin de Commentaire.

 

Chanson                    1679                            [519]

Sur l’Air de la Duchesse

Sur Marie de Fourcy femme d’Olivier le Febvre d’Ormession que l’autheur fait parler.

 

Je ne m’appelle point Rohan,

Je ne suis point de la Maison de Cleves,

L’Electeur de Treves

N’est point mon parent,

Je ne suis point de la Maison d’Autriche

Mais bien Fourcy (1), d’une famille riche

Mon grandpere eut grand cure, (2)

Sous Henry le Grand, (3)

D’amasser des rognures,

Pour faire des gands, (4)

 

(1)  Cette Famille quelque prevenuë que Madame d’Ormesson fut a son avantage, vient de Jean de Fourcy natif de Peronne ou des Environs, qui par son esprit trouva le moyen d’entrer dans la Maison de Mr le Marquis d’Humieres Gouverneur de Picardie. Il etoit dans une si extreme pauvreté qu’il est raporté dans l’histoire de Mr de Thou page 346 que Mr de Humieres parlant de lui a cet historien, lui disoit que le plus malotru de ses valets de chien avoit un meilleur manteau que lui lorsqu’il entra a son service. Cependant il trouva bientost le moyen de devenir riche. Car le Roy Henry III ayant abandonné la Picardie a Me d’Humieres avec plein pouvoir d’y lever ce qu’il voudroit, cette Commission fut donnée a Fourcy par son Me. Il y fit si bien ses affaires que dans peu il y amassa 200000# qui furent le fondement des Grands biens qu’il eut depuis. Il achepta une charge de Secretaire du Roy qui annoblit sa posterité. Il entra dans plusieurs Traités et devint enfin si riche qu’il acheta la charge de Surintendant des Bastimens du Roy Henry IV et la Terre de Chessy proche LagnyenBrie qu’il bastit superbement. Marie de Fourcy dont il est parlé dans cette Chanson etoit sa petite fille.

(2)  La Charge de Surintendant des Bastimens.

(3)  Henry IV dit le Grand.

(4)  Henry IV allant de Monecaux voir la belle Maison de Chessy que Jean de Fourcy Surintendant de ses Bastimens avoit fait bastir, chanta dans une Chanson lors en vogue, où il y avoit Et de la rognure j’en ay fait des gands. C’est que l’auteur de celle cy a voulu dire en cet endroit.

 

 

J’ay raison d’être fiere, (5)                                                                 [520]

Quoiqu’en veuille dire Humieres, (6)

Et par cette raison

Je meprise Ormesson. (7)

 

(5)  C’etoit la femme du monde la plus glorieuse.

(6)  Voyez l’article 1er.

(7)  Elle meprisoit fort la famille des le Febvre d’Ormesson ou Elle etoit entrée, quoiqu’elle fut aussi bonne que la sienne, et que Mr d’Ormesson fut d’une probité, et d’un merite si singulier, qu’il avoit perdu sa fortune pour avoir eté trop juste dans le procés de Mr Fouquet dont il avoit eté raporteur, et que Mr Colbert vouloit faire perir.

 

Chanson                    1679                            [521]

Sur le même air que la precedente.

Dans laquelle l’auteur fait parler Marie de Fourcy femme d’Olivier le Febvre-d’Ormesson, Dévote, altiere, aigre, opiniatre etc.

 

Je suis dévote, feste ou non,

J’entens sermon, Vespres, et Grand’Messe.

Cognoist ma foiblesse

Qui cognoit mon nom*,

Mes actions preschent la modestie,

Dans ma maison regne l’oeconomie,

Je tiens sous mon Empire

Epoux, valets, Enfans

Qui m’ose me contredire

Passe mal son temps,

Dans mes moeurs rien ne cloche

Je suis femme sans reproche

Qui peut d’un air hautain

Censurer son prochain.

 

*Lisez l’Article 1 de la Chanson precedente, et vous verrez ce que c’est que la Famille de Fourcy dont etoit Madame d’Ormesson et qu’elle croyoit si merveilleuse.

 

Parodie                      1679                            [523]

Du 1er Recit de la Ve Scene du 1er Acte de l’Opera d’Alcestre [sic] faite par Philippes-Emanuel de Coulanges Me des Requestes; sur ce qu’on lui avoit refusé l’Intendance de Dauphiné que Francois du Gué Conseiller d’Etat son beaupere avoit conjointement avec celle de Lyon, et qu’il avoit voulu lui remettre.

 

Enfin graces au depit, je goute la douceur

De sentir le repos de retour dans mon coeur,

J’aurois pû comme un autre avoir une Intendance;

Mais j’aurois fait grosse depense,

Je me serois tué pour bien servir le Roy,

Et je suis dans Paris sans affaire chez moy;

J’ay sceu me consoler d’un refus qui m’outrage,

Regarder l’avenir avec tranquilité,

Qu’isement un homme bien sage

Renonce a toute vanité

Et qu’au lieu d’un tel esclavage

Il est doux d’etre en liberté.

 

Cette Parodie n’a pas besoin de Commentaire.

 

Chanson                    1679                            [525]

Sur l’Air: Or nous dites Marie.

En forme de Dialogue par demandes et par reponses, sur Philippes-Emanuel de Coulanges lorsqu’il se defit de sa charge de Me des requestes, tant a cause du mechant etat de ses Affaires que parcequ’il avoit perdu l’esperance d’avoir une Intendance bien qu’il fut mari de …..du Gué niece d’Elisabeth Turpin femme de Michel le Tellier Chancelier de France.

Nota que cette Chanson fut faite a Basville par Mr de Coulanges lui meme et quelques personnes qui y etoient allé voir Chrestien de Lamoignon Avocat general du Parlement de Paris, a qui cette Maison appartenoit.

 

Or nous dites Coulanges

Magistrat sans pareil, (1)

Par quel dessein etrange

Quittez vous le Conseil. (2)

 

Lisez, lisez l’histoire, (3)

Vous verrez qu’avant nous,

Les heros las de gloire,

Alloient planter des choux.

 

Le bel exemple a suivre

 

(1)  Cecy est ironique, car Coulanges etoit fort mal habile.

(2)  Le Conseil du Roy où il etoit Me des Requestes.

(3)  C’est a dire toutes les histoires anciennes et modernes, dont on verra des exemples dans les couplets suivants.

 

Que Diocletien, (4)                                                                             [526]

Est ce ainsi qu’il faut vivre

Il n’etoit pas Chrestien,

 

Charles Quint (5) qu’on admire

Même en ce Siecle cy,

Se démit de l’Empire

Pour vivre sans soucy. (6)

 

Ouy, mais dans sa retraite

Scavez vous cequ’il fit

Chagrin dans sa chambrette

Souvent s’en repentit, (7)

 

(4)  Diocletien Empereur Romain fameux pour es persecutions qu’il fit aux Chretiens se demit de l’Empire sans la ville de Nicomedie le 1er jour d’Avril 304 et se retira a Salone ville de Dalmatie où il mourut l’an 316. Maximien son Collegue en fit autant le meme jour a Milan, et il ny avoit point encore eu d’exemple que les Empereurs eussent fait une semblable abdication.

(5)  Charles V dit Communement Charles Quint Empereur et Roy d’Espagne etc se demit de tous ses Etats le 25  Octobre 1555 a Bruxelles entre les mains de Philippes son fils excepté l’Empire qui demeura a Ferdinand 1er son frere puiné eleu Roy des Romains a Cologne dés le 5 Janvier 1531 avec l’Autriche et les pais hereditaires d’Allemagne.

(6)  Charles Quint aprés cette abdication se retira en Estramadure en Espagne dans le Couvent de St Just de l’Ordre des Hieronimites, où il mourut agé de 58 ans 7 mois le 21 Sept 1558.

(7)  Quelques auteurs pretendent que Charles Quint se repentit dans sa solitude d’avoir quitté l’Empire et le Roy Philippe II so fils le croyoit.

 

La savante Christine, (8)                                                                     [527]

Ne s’en repentit pas,

Et de cette heroïne

Je veux suivre les pas.

 

Mais Azzolin (9) dans Rome,

Sceut charmer ses ennuys,

Elle eut sans ce bravehomme

Passé de tristes nuits.

 

Du feu Roy de Pologne, (10)

Monsieur, que dites vous

Il vêcut sans vergogne

Tranquille parmy nous, (11)

 

L’on scait son inconstance

 

(8)  Christine Reine de Suede fille de Gustave Adolphe surnommé le Grand abdica sa Couronne en faveur de son Cousin Charles-Gustave l’an 1654 et quitta la Religion Lutherienne pour la Catholique. Elle mourut a Rome où elle s’etoit retirée, l’an 1688 et où Elle s’adonnoit fort aux sciences.

(9)  Le Cardinal ….. Azzolini etoit a Rome le favori de la Reine Christine, et ils donnerent tous deux beaucoup de prise a la medisance car ce Cardinal etoit fort bien fait.

(10)   Jean Casimir Roy de Pologne abdica sa Couronne l’an 1669 et se retira en France ou le Roy Louis XIV lui donna de quoi subsister, et entr’autres choses l’Abbaye de St Germain des Prez, où il est enterré, et où il demeuroit.

(11)   Il mourut a Nevers le 14 Decembre 1672 en revenant des Eaux de Bourbon.

 

Abbé, Roy, Cardinal, (12)                                                                  [528]

Il vint mourir en France,

Reduit a l’Hospital. (13)

 

Le Diable vous emporte

Monsieur, et vos raisons,       /Et toutes vos raisons,

Je vivray de la sorte                Messieurs, que vous importe

Et feray des Chansons. (14)

 

(12)   Ce Prince eleu aprés la mort de son frere Ladislas IV fut d’abord destiné a l’Eglise. Il fut fait Cardinal par le Pape. Innocent X etoit a Rome chés les Jesuites ou il avoit passé 2 ans. Il monta sur le Trosne pour le bien des Polonois l’an 1648 et epousa meme la Reine Louise-Marie de Gonzagues veuve de son frere avec dispense du Pape, ensuitte apres la mort de cette Princesse il abdica et fut Abbé de St Germain des Prez, comme on a veu.

(13)   C’est qu’il avoit peu de bien au prix de ce qu’il avoit etant Roy de Pologne.

(14)   Coulanges etoit grand faiseur de Chansons.

 

 

Chanson                    1679                            [529]

Sur l’Air de Joconde.

Sur Philippes-Emanuel de Coulanges, cydevant Me des Requestes separé d’avec N…….. du Gué sa femme.

 

Coulanges n’est il pas heureux

De se voir a son âge

Degagé des soins dangereuex

Que cause le menage,

Il trouve sans craindre un refus

Quelque objet qui l’enflamme

Heureux qui comme lui n’est plus

Le mary de sa femme.

 

Cette Chanson n’a pas besoin de Commentaire.

 

Chanson                    1679                            [531]

Sur l’Air de Joconde.

De Philippe-Emanuel de Coulanges a ……de…… Sr de Montplaisir, pour reponse a une Leure par laquelle celuy cy prioit l’autheur de lui donner son adresse a Paris où il demeuroit.

 

Depuis longtems dans le marais

Ma demeure est connüe,

Ma parroisse a nom Saint Gervais,

Le Parc Royal ma rüe,

Mes qualitez pour mon malheur

Sont toutes suprimées (1)

Meme jusqu’aux titres d’honneur

Pour qui sert vingt années. (2)

 

(1)  On a veu les pieces precedentes qu’il avoit êté obligé de vendre sa charge de Me des Requestes pour payer ses dettes.

(2)  Michel le Tellier Chancelier de France quoiqu’Oncle par Elisabeth Turpin sa femme de …..du Gué femme de Coulanges lui refusa des Lettres de Me des Requestes honoraire, qu’on accorde toujours a ceux qui ont exercé leur charge plus de vingt années, comme Coulanges avoit fait.

 

Madrigal                    1679                            [533]

Sur Marie-Madelene-Agnés de Gontaut de Biron, et Louise de Gontaut soeurs, dont la 1re qui êtoit l’année [sic] blonde, et la cadette brune.

Nota que l’auteur adresse ce Madrigal a l’aînée.

 

Vous êtes belle et vôtre soeur est belle, (1)

Entre vous deux tout choix seroit bien doux

L’amour, dit-on etoit blond comme vous.

Mais il aimoit une brune (2) comme Elle.

 

(1)  Elles etoient toutes deux tres aimables.

(2)  Psiché que les Payens disoient que le Dieu d’amour avoit epousée aprés eté son amant.

 

 

Epigramme                1679                            [535]

Faite par ….Sanguin, sur ceque son Cocher s’etant noyé dans la riviere de Seine a Paris avec un de ses Chevaux de Carosse qu’il menoit boire, et êtant allé chez une fille qu’il entretenoit, pour se consoler de cet accident, il l’a trouva infidelle.

Nota que c’est le Sr Sanguin qui parle a un de ses amis dans cette Epigramme.

 

J’ay perdu dans un jour fatal

Mon cocher, mon cheval, ma belle,

Le Cocher me servoit fort mal

Ma maitresse êtoit infidelle

C’est grand dommage du Cheval.

 

Cette Epigramme n’a pas besoin de Commentaire quand on a leu l’Argument.

 

Parodie                      1679                            [537]

D’une Chanson du Prologue de l’Opera d’Isis.

Sur l’Entrée publique dans Paris de ….. Spinola Marquis de los Blabasés, Grand d’Espagne, et Ambassadeur Extraordinaire de sa Majesté Catholique Charles II lorsqu’il vint en France aprés la paix de Nimegue 1679 demander en mariage pour le Roy son Me Marie-Louise d’Orleans Niece du Roy de France Louis XIV et fille de Philippe de France Duc d’Orleans frere unique de sa Majesté et d’Henriette-Anne d’Angleterre sa 1re femme.

Nota que la Ceremonie de ce mariage se fit par le Cardinal de Bouillon Grand Aumosnier de France a Fontainebleau le 30 Aoust 1679 où Louis-Armand de Bourbon Prince de Conty et du sang epousa cette princesse au nom du Roy d’Espagne. Elle revint a Paris aussitost y recevoir les complimens de tous les Corps et en partit le 20 Septembre suivant pour aller trouver le Roy son epoux qui l’a receut a Burgos où il arriva le 19 Novembre de la meme année.

 

C’est los Balbasés qui va paroitre,

Je voy ses Mulets par ma fenestre (1)

Ses valets de pied en vieille casaque (2)

Son Escuier en Marchand du Palais. (3)

 

(1)  Cette Entrée faisoit grand bruit devant qu’on l’eut veue, et on disoit qu’Elle seroit fort magnifique. Cela avoit attiré tout le monde aux fenestres des rues où elle devoit passer.

(2)  Il revenoit de Nimegue où il avoit eté 1er Plenipotentiaire et Chef de l’Ambassade d’Espagne pour la paix generale, et il faisoit servir a ses valets de pied les casaques qu’ils y avoient.

(3)  Il etoit tout couvert de Rubans.

 

Marchez Mulets,                                                                                [538]

Marchez Mulets en masque, (4)

Amenez los Balbasés. (5)

 

(4)  Les Mulets du Marquis de los Balbasés (il y en avoit 30), etoient la seule chose qu’il y avoit de Magnifique a son Entrée. Car poitraux, Croupieres, Targettes, et generalement tout etoit d’argent jusques aux bastons qui servoient a garotter les Charges.

(5)  Il venoit le dernier dans les Carosses du Roy, conduit par Louis de Crevant de Humieres Marechal de France, Capitaine des Cent Gentilhommes de la Maison du Roy. Gouverneur de Flandres, des ville et Citadelle de l’Isle, Ville, et Chasteau de Compiegne.

 

 

Chanson                    1679                            [539]

Sur l’Air de l’Opera de….

Sur l’Entrée que fit a Paris le Marquis de los Balbazés.

 

Par le grand bruit

Que fit la renommé,

Le Soleil seduit,

Pensa veiller toute la nuit

Pour se rendre plus beau pour veoir l’Entrée;

Mais voyant passer les deux/ de vieilles Livrées

De vieux Cazaquins et de vilains Plumets;

Il dit peste de toy Balbazés,

Et pissa sur lui toute la soirée.*

 

*La pluye le prit dans la ruë St Antoine et l’accompagna jusques chez luy.

Le Marquis de los Balbazés de la Maison de Spinola Plenipotentiaire à Nimegue pour le Roy d’Espagne, fut envoyé par son Maître en 1679 pour faire la demande de Mademoiselle, depuis Reine d’Espagne. Avant qu’il arrivat en France, on avoit fait un si grand bruit de sa richesse et de sa magnificence qu’on s’attendoit avoir des merveilles. Tout le monde courut a son Entrée avec un empressement Extraordinaire mais ses Livrées et ses Carosses etoient si vieux, et le tout repondit si peu a l’idée qu’on en avoit conçeu, qu’on ne parloit plus a Paris que de son avarice et de sa vilenie qui fut infinie en tout pendant le sejour qu’il fit en France.

 

 

Autre                                                             [540]

Sur l’Air: Quand l’Opera tant vanté par la Grille.

Sur le même sujet que la Parodie precedente.

 

Par le grand bruit

Que fit la Renommée, (1)

Le Soleil seduit,

Pensa veiller toute la nuit

Pour se rendre plus beau pour voir l’Entrée; (2)

Mais lorsqu’il vit passer deux Livrees

De vieux Casaquins et de vilains Plumets; (3)

Il dit, preste de los Balbazés, (4)

Et pissa toute la journée. (5)

 

(1)  Lisés l’Article 1er du Commentaire de la Parodie precedente.

(2)  Il fit fort beau temps le matin et pendant toute cette Entrée.

(3)  Lisés l’article 2 du Commentaire de la Parodie precedente.

(4)  Le Marquis de los Balbazés, Ambassadeur Extraordinaire d’Espagne pour qui se faisoit l’Entrée.

(5)  C’est qu’il plût beaucoup dés que l’Entrée fut finie.

 

Chanson                    1679                            [541]

Sur l’Air: Reveillés vous belle endormie.

Sur Antoine-Maximilien de Belleforiere Marquis de Soyecourt Grand Veneur de France, Chevalier des Ordres du Roy.

 

Tous les Marchands de Chevaux pleurent,

Soyecourt a pris du Quinquina,

Si par malheur il faut qu’il meure,

Ils perdront leur meilleur Dada*.

 

*Le Marquis de Soyecourt etoit fort sot, sans aucun esprit non plus qu’un Cheval, et l’on scait que pour dire Cheval, les petits eEnfans disent un Dada.

 

 

Epigramme.               1679                            [543]

En vieux langage sur Louise-Antoinette-Therese de la Chastre femme de Louis de Crevant de Humieres, Marechal de France, Capitaine des cent Gentilhommes de la Maison du Roy, Gouverneur de la Province de Flandres, des ville et Citadelle de l’Isle, ville et Chateau de Compiegne, et sur leurs Enfans.

 

Dame Lise (1) avant que mourir,

A sagement voulu partir,

A tous ses enfans tous ses biens

D’esprit, s’entend, car pour nuls riens,

Ceux du Corps au prix nous comptons.

A l’aîné de ses deux garçons (2)

Elle a donné sa grande prudence (3)

Au petit gars (4) la ressemblance.

 

(1)  La Marêchale d’Humieres qui a nom Louise.

(2)  Henri-Louis de Crevant d’Humieres, appellé le Marquis des Humieres Colonel d’un Regiment d’Infanterie et receut en survivance Gouverneur des ville et Chateau de Compiegne, tué devant Luxembourg 1684.

(3)  La prudence de la Marechale d’Humieres est une extravagance et une etourderie complette et une menterie inseparable de ses moindres parole dont le Marquis d’Humieres etit le digne heritier.

(4)  …….de Crevant d’Humieres appellé le Comte de Brigueil. Il mourut l’an 168….

 

De son vray pere (5) Madelon (6)                                                      [544]

A receu comme fille aînée,

Esprit caché, langue endiablée

Versant sur tous fiel et poison,

Mouche (7) comme la plus jolie

A eu fine minauderie

Esprit coquet, follet maintien,

Pour la noire (8), ne m’en souvien;

Mais de peur qu’aucun d’eux n’oublie

D’avoir rien eu de ce partaige,

Sur Elle, Elle en porte copie, (9)

Voyez si c’est pas être saige.

 

(5)  Il etoit fils d’Honoré Courtin et point du tout du Marêchal de Humieres. Il ressembloit parfaitement au 1er et avoit jusqu’a son ton de voix.

(6)  Il faut que l’auteur se soit trompé en cet endroit, car il a voulu parler de la Princesse d’Isenghien, femme de …. Vilain de Gand, Prince d’Isenghien fille ainée du Marechal d’Humiers, Mais il l’appelle Madelaine, et elle avoit nom Marie.

(7)  Julie de Crevant de Humieres appellée lors Mlle de Mouchy et derniere fille du Marechal de Humieres. Elle a depuis epousé l’an 1690 Louis-Marie d’Aumont qui a quitté le nom et les armes d’Aumont pour prendre le nom et les armes d’Humieres, et comme la Marechale d’Humieres a fait celle cy heritiere de ses biens en la mariant. Elle et son mary sont Ducs de Humieres erigé par le Roy Louis XIV la même année que ce mariage.

(8)  Anne-Louise de Crevant de Humieres, qui est fort noire. Elle a epousé en 1res Noces Grognet de Vassé Vidame du Mans, Et en 2des ….de Hautefort Marquis de Surville, Colonel d’un Regiment d’Infanterie a qui on fit accroire qu’Elle etoit grosse de lui. Il etoit bien seur qu’Elle etoit grosse, et qu’il auroit pû y avoir part, mais comme plusieurs autres personnes avoient êté honorées de ses faveurs, il etoit fort douteux que ce fut plutost de lui que d’un autre. Le pauvre Gentilhomme le scavoit de reste, mais il fut embarqué dans ce mauvais mariage [545] par François-Louis de Bourbon, Prince de Conty, et du sang, lequel etant amoureux de Julie de Crevant de Humieres fut bien aise d’employer son autorité et son esprit, a rendre ce service a sa Maitresse et a sa Famille, aux depens de celle du Marquis de Surville.

(9)  C’est a dire que la Marechale d’Humieres a, a elle seule, toutes les mauvaises qualitez qu’ont séparement tous ses Enfans.

 

Chanson                    1679                            [547]

Sur l’Air: Quand l’Opera tant vanté par la Grille.

Aux Dames de la ville de Nantes qui avoient toujours un Masque sur le visage.

 

Soir et matin,

J’ay couru la Prairie, (1)

Soleil et serain,

N’ont fait aucun tort sur mon teint,

Et je l’ay blanc et fin, (2)

Comme Sylvie,

Je veux fort bien que l’on me contemple,

Mesdames, voyez tous mes brillans appas,

Mais de grace, mettez vos Masques bas,

Puisque mon teint vous peut servir d’exemple.

 

(1)  C’est Philippes Emmanuel de Coulanges auteur de cette Chanson qui parle et qui dit qu’il vient de se promener dans la Prairie de Nantes.

(2)  Il veut dire qu’une promenade sans masque dans cette Prairie ne gasteroit pas le teint des Dames Nantoises, si elles s’y promenoient ainsy.

 

 

Chanson                    1679                            [549]

Sur l’Air: Croyez moy hastons nous ma Silvie.

Sur les Dames de la ville de Nantes et leur façon de vivre.

 

Que vous semble des Dames de Nantes,

Dites moy; parlez moy franchement

Dans leurs tristes Maisons (1) contentes,

Jamais aucun beau jour ne les tente,

De renoncer au jeu pour quelque temps,

Tout l’effort qu’elles font seulement

Meprisant la Loire et son rivage, (2)

C’est aller sur la Motte (3), un moment,

Avec un loup (4) sur le visage

Pour respirer moins commodement.

 

(1)  Les Maisons de Nantes sont fort serrées, fort vilaines et fort mal meublées.

(2)  Nantes est sur la Loire et les rivages de cette Riviere aux environs de la Ville, sont les plus beaux du monde. Cependant ce n’est pas l’usage a Nantes de s’y promener, tant on y a peu de gout et d’Esprit.

(3)  La Motte de Nantes est une petite bute proche de la porte de derriere du Chateau joignant le rempart de la Ville où l’on se va promener et encore fort peu.

(4)  Les femmes de Nantes ont toujours un Masque sur le Visage lorsqu’elles se promenent sur cette Motte, de peur de gaster leur teint, et qui deplaisoit et evec raison a l’auteur.

 

 

Chanson                    1679                            [551]

Sur l’Air: Ô beaux Jardins.

A …..le Ragois de Bretonvilliers, femme de Louis de Bechameil Sr de Nointel, Me des Requestes et Commissaire du Conseil du Roy a Nantes pour la Reformation des Bois de Bretagne.

 

Quittez Paris (1), et venez viste à Nantes, (2)

Amenez nous les plaisirs et les jeux,

Pour l’amour il est en ces lieux,

Et vôtre Epoux jeune et belle Intendante,

Comme Intendant en est traité des mieux.

 

L’on dit icy (4) que vous êtes bossue, (5)

Que vous avez environ cinquante ans,

Que deja vos cheveux sont blancs,

Venez montrer que vous êtes pourveue

De mille atraits, et de mille agremens.

 

(1)  Madame de Nointel etoit encore a Paris, et ‘estit point venue en Bretagne trouver son mary.

(2)  C’etoit a Nantes que residoit son mary.

(3)  Mr de Nointel etoit alors une espece d’Intendant à Nantes, parcequ’il etoit Commissaire du Conseil. Il n’en avoit pourtant ny le titre ny les fonctions, comme on a pû voir dans l’argument.

(4)  A Nantes.

(5)  Cela est dit ironiquement, car Elle avoit une fort belle taille, et assez de beauté.

 

Chanson                    1679                            [553]

Sur l’Air: Marais vray quartier de la rejouissance

Ou, Non je ne suis pas le seul a médire.

Sur un fait historique, et tres veritable de la Maison de la Porte de Vezins, appellé l’histoire du Cordonnier de Vezins.

Nota, Que cette Chanson ne parlant que dune histoire Ancienne ne devroit pas etre icy, cependant comme Elle est historique et moderne, on a crû qu’elle ne deplairoit pas au lecteur, d’autant plus qu’il y est parlé d’une Maison qui existe encore.

 

La Noue (1) a Geneve ayant besoin de botes

Pour se retirer des Crottes,

Alla chez un Cordonnier

Expert en son metier

J’en ignore le nom;

Mais pour celui de son maitre garçon

C’etoit Vezins (2) ce dit on

A ce nom magnifique;

La Noue, êtonné s’explique,

Et d’abord,

Soupçonne un sien neveu qu’on croyoit mort.

 

(1)  Francois de la Noue dit Bras de Fer, parcequ’il s’en fit faire un, ayant eté obligé de se faire couper le veritable, qu’il eut fracassé a la prise de Fontenay en Poitou; ce fut un des plus dignes chefs des Huguenots; Il etoit Gentilhomme Breton. Il naquit l’an 1531, et fut tué au siege de Lamballe en Bretagne qu’il attaquoit pour le Roy Henry IV l’an 1692.

(2)  Pour l’intelligence de cecy, il faut scavoir qu’une des soeurs de la Noue epousa l’an …..le Porc de la Porte, Baron de Vezins en Anjou, et que celui cy soubçonnant la vertu de sa femme qui venoit d’accoucher d’unfils, ordonna a un homme affidé d’emporter cet enfant, et de lui faire apprendre quelque metier pour vivre, sans qu’il sceut jamais qui il etoit. Aprés cet enlevement le Baron de Vezins dit que cet enfant etoit mort, ce qui ne persuada pas la Famille qui soubçonna une partie de la verité. La Noue s’etant retiré a Geneve au commencement des guerres de la ligue, eut unjour besoin d’une paire de bottes, et alla chez un Cordonnier en chercher. Le Cordonnier appella un de ses Garçons, et le nomma Vezins; Ce nom extraordinaire pour un Garçon Cordonnier surprit la Noue et le fit songer a son Neveu que le Baron de Vezins avoit dit mort. Il demanda au garçon qui il etoit, d’ou il êtoit, et pourquoi il s’appelloit Vezins, Le Garçon repondit qu’il ne scavoit qui etoient ses parens, et qu’il s’appelloit Vezins faute de scavoir son nom veritable, et parcequ’il avoit une idée d’etre d’un lieu appellé ainsi; Cela augmenta le soubçon de la Noue aussi bien que sa curiosité. Il retira le garçon eclaircit le fait et le trouva que c’etoit son Neveu que le Baron son pere avoit fait enlever et declaré mort par Jalousie.

 

Il accorda l’age, le temps, et la saison,                                                [554]

De si bonne façon,

Qu’il fit d’un courtaut de boutique

L’aîné d’une grande Maison. (3)

 

(3)  De ce Garçon Cordonnier reconnu pour heritier legitime de la Maison de le Porc de la Porte en Anjou et de la Baronie de Vezins sont venus les Seigneurs de ce nom  dont l’ainé nommé Francois appellé Marquis de la Porte, est Capitaine de Vaisseau en cette pnto année 1679.

 

Epigramme                1679                            [555]

Sur François de la Rochefoucauld Prince de Marsillac, Grand Me de la Garderobbe du Roy Louis XIV lorsque saMajesté lui donna la Charge de Grand Veneur de France au mois de Juillet 1679.

 

Sur l’Occean de la faveur,

Marsillac vogue a pleines voiles

Et quoi qu’il ne soit point chasseur

Pour avoir mis la beste dans les Toiles*

Le Roy l’a fait son Grand Veneur.

 

*C’est que le Prince de Marcillac etoit alors fort bien auprés du Roy et le confident de la passion de ce Prince pour …..d’Escoraille de Roussille, Dlle de Fontange, l’une des Filles d’honneur de Charlotte-Elisabeth de Baviere Duchesse d’Orleans; c’est de cette fille dont l’auteur veut parler icy, lorsqu’il dit que le Prince de Marsillac l’a mise dans les toilles; c’est a dire dans le lit du Roy, c’est une comparaison des betes que les Veneurs metent dans les Toilles pour les prendre.

 

Chanson                    1679                            [557]

Sur l'air: Des Ennuyeux.

Sur Francois Duc de la Rochefoucault Pair de France, Chtr des Ordres du Roy, et sur Francois de la Rochefoucault Prince de Marcillac son fils aîné.

 

La Rochefoucault ce guerrier

Dans la fronde si redoutable, (1)

Contre la caze/race du Tellier, (2)

En catimini fait le diable,

 

(1)  Ce cy est ironique, car le Duc de la Rochefoucault quoique brave de sa personne ne s’etoit jamais piqué d’etre grand guerrier, bien que pendant la fronde, il servit de Lieutenant general dans les troupes de Louis de Bourbon Prince de Condé, qui etoit a la teste de ce party. Cela n’empeschoit pas qu’il ne fut resdoutable par son esprit au Roy et et a la Cour, car personne ne connoissoit mieux les hommes que lui; d’ailleurs il avoit de l’ambition et de l’envie de se distinguer partout où il etoit. Il etoit tres capable de Negociation, et dans le tems de la fronde on faisoit peut être plus de bien a son party par cette voye, que par les vertus Militaires. Ce Duc a fait des Memoires de ce qui s’est passé pendant ce malheureux tems, où l’on peut voir une partie d son Esprit.

(2)  Le Duc de la Rochefoucault voyant le Prince de Marcillac son fils dans une espece de faveur auprés du Roy Louis XIV tant a cause des charges de Grand Me de la Garderobbe de sa Majesté qu’il avoit, et de Grand Veneur dont il venoit d’etre pourveu, qu’a cause de la Confidence du Roy qu’il avoit alors, personne n’etant mieux que lui auprés de son Me. Le Duc de la Rochefoucault, dis je, qui se sentoit un Esprit superieur, du scavoir, de la capacité, beaucoup de talens, une grande naissance jointe a la dignité de Duc et Pair, et avec cela beaucoup d’ambition, eut peut-être eté aise de profiter de la faveur de son fils pour se faire gouter au Roy, et entrer par lá dans le Ministere; Mais comme Michel le Tellier Chan.er de France, et François-Michel le Tellier Marquis de Louvois son fils, Secretaire d’Etat au Department de la guerre, etoient tous deux Ministre d’Etat, aussi bien que Jean-Baptiste Colbert aussi Secretaire d’Etat, et Controlleur general des Finances; Il falloit debusquer l’une de ces 2 Familles pour pouvoir entrer dans le Conseil etroit du Roy; le Duc de la Rochefoucault avoit attaqué la 1re et lui rendoit tous les mauvais offices qu’il pouvoit en secret, qui est ceque l’auteur appelle en catimini, tant par le moyen du Prince de Marcillac qui parloit confidemment au Roy, que par toutes les autres voyes qu’il pouvoit imaginer.

 

Et si ce matois de liqueur, (3)                                                             [558]

Ne leur fait mal, il leur fait peur.

 

A la Cour il est soutenu

De la ganache (4) formidable

Du gros Marcillac (5) devenu

Homme important, et fort capable.

 

(3)  Liqueur, a cause de la fronde dans le party de laquelle il etoit fort avant. Lisez l’article 1er de ce Commentaire.

(4)  François de la Rochefoucault Prince de Marsillac, fils aîné de ce Duc, etoit homme de peu d’esprit, et etoit meme assez meprisé avant que le Roy lui eût donné la Charge du Grand Maitre de sa Garderobe, qu’il crea pour lui. Roger de Rabutin, Comte de Bussy dans son histoire amoureuse de France, parle des amours du Prince de Marsillac avec la Comtesse d’Olonne, et le depeint comme un sot, et sur ce qu’etant plus jeune que ses rivaux, qu’il n’avoit écartez que par là, il dit qu’il avoit fait comme Sanson qui avoit battu les Philistins avec la machoire d’un Asne, voulant dire que Marsillac, avec sa lourde machoire et son peu d’esprit, avoit chassé les amans de la Comtesse qu’il compare aux Philistins. Voila pourquoi l’Auteur employe le mot de Ganache. En parlant du prince de Marsillac, car on appelle la machoire d’un Cheval la ganache, au surplus Marsillac devint tres important lorsqu’il fut encore Grand Veneur, moins que par cette Charge, que par la faveur, dans laquelle il etoit auprés du Roy.

(5)  A l’esgard du mot de capable, l’auteur l’employe ironiquement, car ce Seigneur n’eut jamais, ny Esprit ny capacité.

 

Las (5), quand il tournoit son Chapeau, (6)                                        [559]

On le croyoit un grand Nigaut.

 

L’un se croit desja favory, (7)

L’autre pretend être Ministre; (8)

Mais de leur dessein je me ris,

Et crains quelque accident sinistre

Pour les Princes de Gorgevert, (9)

Dont le complot est decouvert.

 

(6)  Dans l’Histoire amoureuse de France qui vient d’etre citée dans l’Article precedent, Bussi dit que le Prince de Marsillac, voulant declarer a la Comtesse d’Olonne la passion qu’il avoit pour Elle, fut si embarassé qu’il mit d’abort don chapeau devant Elle, puis s’apercevant de sa sottise, il l’osta, et le tourna longtemps avant que de parler, ce que l’auteur veut dire en cet endroit.

(7)  Le Prince de Marsillac qui etoit alors mieux auprés du Roy que personne, et qui peut être esperoit être declaré favory.

(8)  Le Duc de la Rochefoucault. Lisez l’Article 1er de ce Commentaire.

(9)  Quoique la Maison de la Rochefoucault soit une des meilleures du Royaume, qu’elle prouve une suitte de pere en fils, de prés de 600 ans qu’Elle ait apparemment la meme origine, que celle de Lusignan et de Parthenay. Jusque là que frere Estienne de Lusignan la fait decendre [sic] de Mellusine, ce qui a êté depuis detruit par André du Chesne, et les bons Genealogistes; Elle n’a pas laissé de trouver des satiriques qui l’ont faussement fait venir d’un homme de bas lieu appellé Gorgevert; C’est a propos de cette énorme medisance que Louis d’Espinay de St Luc Comte d’Estalan fit autrefois une satire contre cette Maison qui commençoit ainsy.

Race de Mellusine issu de Gorgevert.

 

 

Chanson                    1679                            [561]

Sur l’Air: Puissant Roy qui donnés chaque jour

Sur …..d’Andigné, appellée Mad,lle de Vezins.

 

Une fille a quinze ou 16 ans,

Belle bouche, un beau tein, belles dents,

De beaux yeux, une bouche agreable,

Belle gorge, beaux bras, et belles mains,

L’esprit doux, une humeur agreable;

C’est le Portrait de la belle Vezins.

 

Cette Chanson n’a pas besoin de Commentaire; mais il est a propos pour suivre ce qui a êté dit dans le Commentaire de la Chanson precedente, que la Branche aînée des Seigneurs de le Porc de la Porte Barons de Vezins a tombé dans la Maison d’Andigné. Baron d’Angrie en Anjou auquel elle a aporté la Baronie de Vezins et autres terres considerables. De ce mariage est né entr’autres Enfans, Charles-François d’Andigné Marquis de Vezins, qui a eu de Marie Collin sa femme plusieurs Enfans, dont l’aîné des mâles appelé aussi Charles-François d’Andigné Marquis de Pordic, a beaucoup d’esprit et de mérite. L’aisnée des filles fort sage et fort vertueuse, est celle sur qui a eté faite cette Chanson. Ainsi le Chef du nom et Armes de la Maison de le Porc de la Porte, est aprés le Capitaine de Vaisseau mentionné dans l’article 4 du Commentaire de la precedente.

 

 

Parodie                      1679                            [563]

De la 1re Scene du 4e Acte de l’Opera de Bellerophon

Sur Catherine de Savonieres Dlle de la Troche, Et ….d’Andigné Dlle de Vezins.

 

Quel spectacle charmant se presente à mes yeux,

J’aperçois d’un costé la brillante Tatine, (1)

Et de l’autre je vois son aimable Cousine, (2)

C’est assez pour être amoureux,

Ah qui l’eut jamais creu qu’au sommet d’une roche

Chez la belle et sage la Troche, (3)

Qui se picque de pieté

J’eusse enfin hazardé ma pauvre liberté.

 

(1)  C’est Madem.lle de la Troche que l’auteur qui est Philippe-Emanuel de Coulanges appelle ainsi parcequ’etant fort petite, pour dire Catherine qui est son nom, Elle disoit Tatine.

(2)  Mad.lle de Vezins Cousine de Mad.lle de la Troche.

(3)  L’auteur fit cette Chanson chez ….Goddes femme de …..de Savonieres Sr de la Troche, pere de Mad.lle de la Troche en sa maison de la Motte Maumusson en Bretagne en se promenant avec cette Dame, et ces Demoiselles sur des Rochers prés de ce Château.

 

Je m’en vais en diligence,                                                        [564]

M’eloigner et quitter ces lieux,

Je ne puis faire mieux,

Car pour de la resistance

En puis je faire helas sans le secours des dieux,

Je m’en vais en diligence

M’eloigner et quitter ces lieux.

 

Chanson                    1679                            [565]

Sur l'air: Des Ennuyeux.

A …. Pantin Sr de la Guere, Gentilhomme Breton

 

Parlez bas, vous parlez trop haut; (1)

Mais faites mieux ne parlez gueres,

Trop parler est un grand défaut;

Je vous en avertis, la Guere,

Il est constant que les Bavards

Sont detestez de toutes parts.

 

Si jamais vous avez la toux

Ne crachez pas en Compagnie; (2)

Pour cracher, demeurez chez vous

Ou ne crachez point je vous prie;

Ou tout au moins crachez si loing

Qu’on ne s’en apperçoive point.

 

(1)  La Guere etoit grand parleur et parloit pour l’ordinaire trop haut.

(2)  L’auteur fit cette Chanson lorsque la Guere etoit enrhumé, et qu’il en incommodoit ceux qui etoient auprés de lui.

 

Autre                                                 [566]

Sur l’Air: Ô digne fils de ton pere herodot, de ta mere Margot.

Sur la même personne que la precedente.

 

Mais la Guere pourquoy venir de tems en tems

Me parler de Genealogie (1)

Est ce que tu pretens

Que j’honore les gens

Qui ne sont plus en vie

Il y a six vingt ans,

Ô digne fils de ton pere Pantin,

De ton pere Pantin,

De ta mere Laurent. (2)

 

Mais la Guere pourquoi de moment en moment,

Tombez vous dans une maladie, (3)

La soeur de Dom Bertrand (4)

 

(1)  La Guere scavoit assés bien l’histoire et connoissoit les Maisons; Il en parloit souvent. Ce que l’auteur n’aimoit pas.

(2)  La Guere venoit par les femmes d’une Maison appellée Laurent.

(3)  Il etoit fort mal sain.

(4)  Dans la Comedie de Dom Bertrand de Cigaral composée par Thomas de Corneille, il y a le personnage de Leonore soeur de Dom Bertrand laquelle etant malheureuse s’evanouissoit a chaque moment. C’est un personnage ridicule auquel l’auteur compare la Guere qui se trouvoit souvent mal.

 

En faisoit tout autant,                                                             [567]

Que jamais de sa vie,

N’eut de contentement,

Ah, purgez vous, rejetton de Pantin,

Rejetton de Pantin,

Rejetton de Laurent.

 

Chanson                    1679                            [569]

Sur l’Air de la Duchesse.

A Anne de Souvré femme de François-Michel le Tellier de Louvois Ministre et Secretaire d’Etat etc sur le mariage d’Elizabeth le Tellier sa fille avec François de la Rochefoucault Duc de la Roche-guyon etc le 13 Novembre 1679.

 

Comme un pauvre Cigne aux abois,

Je chante encor malgré ma destinée (1)

Hymen, Hymenée,

Charmante Louvois, (2)

Sur un beau lit je voy la mariée, (3)

Qu’Elle a d’attraits qu’elle est belle et parée

 

(1)  Cette Chanson a êté faite par Philippe-Emmanuel de Coulanges dont la destinée etoit alors malheureuse. Car comme on a pû voir plus haut dans une Chanson en forme de Dialogue et une Parodie de sa façon, Il etoit mal dans ses affaires, et avoit êté obligé de vendre dans cette meme année une partie de son bien, et sa Charge de Me des requietes pour payer ses dettes.

(2)  Anne de Souvré Marquise de Louvois à qui cette Chanson est adressée.

(3)  Elisabeth le Tellier fille de Madame de Louvois qui venoit d’epouser Francois de la Rochefoucault Duc de la Rocheguyon etc receu Grand Veneur de France, et Grand Me de la Garderobe du Roy en survivance de Francois de la Rochefoucault Prince de Marsillac son pere. Ce fut le Roy lui même qui fit ce mariage pour reunir la Maison de la Rochefoucault qu’il aimoit a cause du Prince de Marsillac, avec la Famille de le Tellier, dont etoit le Chancelier de France, et le Marquis de Louvois son fils; Car on a pû voir plus haut dans une Chanson de cette même année qu’Elles etoient mal ensemble, aussi ce mariage ne plût-il pas trop aux parens des mariez qui n’y consentirent que pour faire leur cour.

 

Mais est Elle bien femme,                                                                   [570]

Dites entre nous deux

Votre gendre Madame

N’est il point honteux?

Car pour la fantaisie

D’imiter le bon Tobie (4)

Cette devotion

N’est pas dans sa Maison. (5)

 

(4)  L’Ecriture Sainte porte que le jeune Tobie ayant epousé dans la ville de Ragés Sara fille de Raguel, il passa les 1eres nuits de ses noces en continence avec sa nouvelle Epouse.

(5)  C’est que l’auteur pretend que ceux de la maison de la rochefoucault sont Paillards, ce qui est vray.

 

Chanson                    1679                            [571]

Sur l’Air de la Fronde.

Sur la separation des Etats de Bretagne de l’Année 1679.

 

Il faut sur un ton lamentable

Se faire de triste adieux,

Quant a moy le chagrin m’accable

Les larmes m’en viennent aux yeux,

Adieu Vitré (1), ville en Bretagne,

Adieu vrais pais de Cocagne,

Adieu Barons (2), adieu Prelats, (3)

Adieu tous Messieurs des Etats.

 

L’on menoit ici bonne vie,

L’on y jouoit soir et matin,

L’on alloit a la Comedie,

Chaque repas etoit festin,

Le Bal reveilloit la jeunesse

 

(1)  Les Estats de Bretagne se tinrent a Vitré cette année 1679.

(2)  Il ny a en Bretagne que 9 Baronnies dont les Seigneurs sont Presidens nés de la Noblesse qui a assisté aux Etats. Car tout Gentilhomme Breton va sa place.

(3)  Les 9 Evesques de Bretagne sont Presidens né du Corps du Clergé où les Abbez et les Deputez des Chapitres ont séance.

 

Où j’ay veu certaine comtesse,                                               [572]

Ravir le coeur, charmer les yeux,

Quand Elle dançoit les Mayeux. (4)

 

Pour vous Illustre Gouvernante, (5)

Pour vous Illustre Gouvernante, (6)

Ma mus n’est pas suffisante,

Pour dire avec quelle grandeur,

Avec quelle magnificence

Vous faites l’honneur de la France, (7)

Vous soutenez en verité

Tout l’eclat de la Royauté.

 

C’etoit une si grosse presse

Dans vos vastes appartemens,

Que pour vous voir, j’etois sans cesse

Contraint de grimper sur les bancs,

Votre Cour êtoit si parfaite,

 

(4)  Les Mayeux sont une danse que la Comtesse de ….Bretonne dansoit bien.

(5)  Elizabeth le Feron Duchesse de Chaunes.

(6)  Charles d’Albert d’Ailly Duc de Chaulnes, Pair de France, Chtr des Ordres du Roy et Gouverneur de Bretagne.

(7)  Rien n’etoit comparable a la grandeur et a la magnificence, avec laquelle le Duc de Chaulne vivoit en Bretagne.

 

Que le vol de vôtre toilette (8)                                                            [573]

Et connoitre que les Larrons

Se fourrent parmy les Bretons.

 

Je vous fais humble reverence

Partez pere (9), volez epoux, (10)

Rohan (11), portez en diligence,

Les presens des Etats chez vous; (12)

Adieu Lavardin (13) qu’on revere,

Soyez encore une fois pere (14)

Ne nous laissez plus sans l’espoir

D’un rejetton de Beaumanoir.

 

(8)  La fule êtoit si grande chez le Duc et la Duchesse de Chaulnes en Bretagne, et surtout pendant les Etats, qu’a ceux cy on vola des pieces d’Orfevrie de cette Duchesse sur sa Toilette, sans qu’on pût jamais scavoir qui avoit fait le coup, tant il y avoit de monde dans la Chambre.

(9)  C’est a dire retournez vous en voir vos Enfans, a present que les Etats sont finis.

(10)   C’est a dire maris, retournez voir vos femmes.

(11)   Louis de Rohan-Chabot Pair de France etc qui avoit presidé pendant ces Etats a la Noblesse de Bretagne a cause de sa Baronnie de Leon; Car cette terre a present erigée en Principauté, preside alternativement avec la Baronnie de Vitré au corps de la Noblesse.

(12)   A chaque tenuë d’Etats chacun des Presidents des 3 Corps, qui sont le Clergé, la Noblesse, et le Tiers Etat, a un present des Etats.

(13)   Henry Charles de Beaumanoir Marquis de Lavardin, Lieutenant general en Bretagne.

(14)   Il avoit eu de Francoise-Paule-Charlotte d’Albert de Luynes sa 1re femme une fille, et il devoit se remarier bientost avec Louise-Anne de Noailles.

 

Quelqu’un pourroit il se defendre                                                       [574]

D’estimer le Grand Boucherat, (15)

Ah que je me sens le coeur tendre

Pour cet aimable Magistrat,

Prés de lui l’on vit sans contrainte,

L’on chante l’on rit et l’on pinte,

Et sans choquer la gravité,

Chez lui regne l’humanité.

 

Il faudroit bien une autre langue

Que langue a chanter des chansons,

Harlay (16), pour loüer la harangue

Que vous avés faite aux Bretons, (17)

Louis le Grand (18), pour ses affaires

Sçait bien choisir ses Commissaires

 

(15)   Louis Boucherat Conseiller du Roy en son Conseil d’Etat et en son Conseil Royal des Finances, 1er Commissaire du Conseil de Sa Majesté pour la tenue des Etats de Bretagne en 1679.

(16)   Nicolas-Auguste de Harlay Sieur de Boneuil, Maistre des Requestes, Gendre de Mr Boucherat, et second Commissaire du Conseil de sa Majesté pour la tenue des Etats de cette année.

(17)   Mr de Harlay fit une belle harangue a cette assemblée.

(18)   Le Roy Louis XIV.

 

Et nôtre premier President, (19)                                                         [575]

N’est il pas un homme charmant?

 

Adieu petite Bedoyere, (20)

Adieu Marquise de Carman, (21)

Tronquedec (22), et sa belle mere, (23)

La Coste (24), Marbeuf (25), et du Han, (26)

Mais je voy Carosseet littiere,

Quoi chacun dans sa chacuniere, (27)

Se dispose a tourner ses pas;

Adieu donc Messieurs des Etats.

 

(19)   Louis Phelypeaux de Pontchartrain 1er President du Parlement de Bretagne. Les 1ers Presidents de ce Parlement, sont de droit Comm. du Roy aux Etats de Bretagne avec le Gouverneur, es Lieutenans generaux, les 2 Lieutenans du Roy de la Province, les 2 Commissaires du Conseil, les Recevants du Domaine du Roy etc.

(20)   C’est la femme du Procureur general du Parlement de Bretagne.

(21)   …..de Murinais femme de …..de Maillé Marquis de Carmen. Elle etoit soeur de Madame de la Bedoyere.

(22)   C’est un Gentilhomme de Bretagne.

(23)   ………..

(24)   Le Marquis de la Coste, l’un des Lieutenans de Roy en Bretagne.

(25)   C’est un President a Mortier du Parlement de Bretagne.

(26)   C’est un Gentilhomme de Bretagne.

(27)   Vers sa Maison.

 

Chanson                    1679                            [577]

Sur l’Air; de la Bergere que je sers.

Sur plusieurs dont les noms sont expliquées.

 

Chastillon (1) le favory

De l’amour et de la mode, (2)

Est amant de du Plessis, (3)

Un de ses Rivaux est Rhode, (4)

La Trimouille (5) en est épris,

Terme (6) en a la fievre Chaude,

Mais pour Sainte Maure (7) et Tingry, (8)

Ce sont deux amans transis.

 

(1)  Henry-Alexis de Chastillon, Capitaine des Gardes du Corps de Monsieur Duc d’Orleans.

(2)  Il etoit beau et bienfait et toutes les femmes …ouroient [illegible], aussi avoit il fait sa fortune par ses Charmes auprés de son Maistre qui l’avoit elevé.

(3)  ………

(4)  Charles Pot Marquis de Rodes Grand Maistre des Ceremonies de France.

(5)  Charles Belgique-Hollande de la Trimouille Duc de Thoars, Pair de France 1er Gentilhomme de la Chambre du Roy en survivance de Charles Duc de Crequy Pair de France son beaupere.

(6)  Roger de Pardaillan de Gondrin Marquis de Termes.

(7)  …….de Ste Maure Colonel d’un Regiment d’Infanterie.

(8)  Charles-François-Frederic de Montmorency Luxembourg Prince de Tingry.

 

Chanson                    1679                            [579]

Sur l’Air………

Sur…..de Voyer de Doré, femme d’Antoine Tambonneau, depuis President en la Chambre des Comptes de Paris.

 

On dit partout que la belle Marotte, (1)

A desja fait elargir son corps de cotte,

Gros President (2) vous perdez vôtre peine,

Vous n’avez pas assez assez [sic] d’haleine.

 

(1)  La Presidente de Tambonneau appellée icy Marotte, c’est a dire Marie. Elle avoit de la cruauté et de la bonne mine.

(2)  Le President de Tambonneau son mary qui commençoit a n’etre plus jeune et qui selon l’auteur avoit en sa femme une femme qui avoit desja eu des galanteries et meme des enfans avant d’etre mariée, car c’est ce que l’auteur veut faire entendre en disant qu’Elle avoit desja fait elargir son Corps de Cotte.

 

Chanson                    1679                            [581]

Sur l’Air: C’est le Prince d’Orange.

A Philippes-Emanuel de Coulanges cydevant Me des requestes l’an 1679 lors qu’il êtoit aux Etats de Bretagne avec le Duc de Chaunes Gouverneur de cette Province.

 

Vous emportez, Coulanges,

De nos Etats Bretons, (1)

Pistoles (2), et louanges, (3)

Et nous laissés (que maudit soit l’échange)

De mauvaises Chansons. (4)

 

(1)  Des Etats de Bretagne tenus à Vitré l’an 1679 ou Coulanges etoit allé avec le Duc de Chaunes Gouverneur de cette Province.

(2)  Coulanges avoit gagné de l’argent au Jeu pendant les Etats, et le Duc de Chaunes lui avoit fait faire un present en argent par les les Etats, ce que les Gouverneurs etoient les maitres de faire en ce tems là.

(3)  Coulanges etoit guay et de la meilleure humeur du monde, qualitez qui lui avoient attiré beaucoup de louanges des Bretons gens grossiers.

(4)  Coulanges etoit grand faiseur de Chansons, et ce fut lui qui pendant ce voyage de Bretagne avoit fait les onze precedentes et la suivante, il y en a beaucoup de lui dans ce Recueil. Les Bretons gens grossiers et interessez trouvoient que Coulanges n’avoient pas perdu au change.

 

 

Chanson                    1679                            [583]

Sur l’Air: Marais vray quartier de la rejouissance.

Sur la Depense que Charles d’Albert d’Ailly Duc de Chaulnes Pair de France, Chtr des Ordres du Roy, etc faisoit en son Gouvernement de Bretagne, et principalement dans les tems de la tenuë des Etats de cette Province qui se tiennent tous les deux ans.

 

Dieux! Qu’en Bretagne on trouve d’abondance

Quelle magnificence,

Quel tumukte, quel fracas

Dans le temps des Estats,

Il n’est aucun Seigneur,

Qui vive avec plus d’eclat et d’honneur,

Que l’Illustre Gouverneur,

Tous les Bretons par bandes

Se rangent sans qu’on les mande

A sa Cour,

Plus grosse que celle de Brandebourg.

De Vitré (1) jusqu’a Vair (2)

 

(1)  Les Etats de Bretagne s’etoient tenus cette année a Vitré ville apartenante a Charles-Belgique-Hollande de la Trimouille Duc de Thoars Pair de France etc d’où l’auteur aprés la fin des Etats partoit avec le Duc de Chaunes pour s’en revenir a Paris par l’Anjou.

(2)  Vair est une belle Maison dans le Comté Nantois appartenante a….de Cormeillé President a Mortier du Parlement de Bretagne par où le Duc de Chaunes passa en revenant de Vitré a Paris.

 

Je n’ay jamais veu Gouverneur d’un tel air,                                                   [584]

De Vitré jusqu’a Vair,

Car aprés la Pierre d’Ingrande, (3)

Je ne vis plus qu’un Duc et Pair. (4)

 

(3)  Ingrande est une petite ville sur le bord de la Riviere de Loire dont la moitié est en Bretagne dans la dependance de la Terre de Vair, et par consequent en Bretagne, et l’autre dans le Fief de la terre de Chantoceau qui est en Anjou au milieu de cette ville est une grosse Pierre qui separe les 2 Seigneuries, et par consequent les 2 Provinces. Cette pierre d’Ingrande est fameuse a cause de la separation qu’Elle fait de la Bretagne et de l’Anjou.

(4)  C’est que le Duc de Chaunes sortant de son Gouvernement de Bretagne a la Pierre d’Ingrande, ses Gardes, les Gentilshommes qui l’avoient axxompagnez jusques là, se retirerent toutes les marques de Gouverneur de Province l’abandonnerent, et il ne se trouva plus que la suitte et l’Equipage et l’autorité d’un Duc et Pair de France.

 

Chanson                    1679                            [585]

Sur l’Air: Chastillon gardez vos appas.

Sur Charles-Auguste de Goyon de Matignon Comte de Gassé, Colonel du Regiment de Vermandois.

 

Rien au monde n’est plus aisé

Que de faire des rimes,

Sans perdre l’estime

Du Sieur de Gassé,

C’est le meilleur homme,

Il se connoît en pomme, (1)

En Pomme il se connoît

Un peu mieux qu’en sonnets. (2)

 

(1)  Il etoit Normand.

(2)  Il avoit raisonné de travers sur un sonnet chez la Presidente de Gassion, aussi avoit il fort peu d’esprit.

 

Chanson                    1679                            [587]

Sur l’Air: Tranquilles coeurs.

Sur le mariage de Charles de Rohan Prince de Guemené avec Charlotte-Elizabeth de Cochefilet sa seconde femme, mariée le 2 Decembre 1679.

 

La Guemené (1) si vôtre epoux, (2)

S’est laissé dupper par vos charmes (3)

De son sort aucun n’est jaloux

Il en peut jouir sans allarmes,

Votre air sombre et Bourgeois (4)

L’asseure pour jamais

D’une eternelle paix. (5)

 

(1)  C’est Charlotte-Elizabeth de Cochefilet.

(2)  Charles de Rohan Prince de Guemené.

(3)  Il l’epousa par amour, car Elle etoit fort jolie et il l’avoit même voulu epouser avant Marie Anne d’Albert sa 1re femme, mais celle cy etant morte le 21 Aoust 1679 il se remaria aussitost avex Mad.lle de Vauvineux, nommée Charlotte-Elizabeth de Cochefilet quelqu’opposition qu’y fit la maison de Rohan, comme Elle avoit desja fait la 1re fois qu’il l’avoit voulu epouser, mais en vain.

(4)  Il est certain que toute jolie qu’elle etoit la Princesse de Guemené, elle avoit l’air bourgeois, pour sombre non.

(5)  Parcequ’il etoit jaloux, et que sa femme n’etant pas avenante Elle seroit recherchée de peu de personnes.

 

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