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Volume 23 (1650-1664)

Recueil

de

Chansons,

Vaudevilles, Sonnets,

Epigrammes, Epitaphes

Et autres vers

Satiriques & Historiques

avec des remarques curieuses

Années 1650 jusqu’en 1664

 

Vol XXIII.

 

Chanson                                  1650                            [1]

Sur l’Air: du Confiteor

Mr Vion d’Alibrai, sur ce qui lui êtoit arrivé avec un Confesseur, a cause des vers qu’il avoit fait contre Mr de Montmor.

 

Reverend pere Confesseur,

J’ay fait des vers de médisance.

Contre qui? Contre un Professeur;

La personne est de conséquence;

Contre qui donc? Contre Montmor.

Achevez le Confiteor.

 

Priere                                       1650                            [3]

à St Felix nouveau St en faveur de Mr l’Evesque du Mans.  

(Charles de Beaumanoir)

 

Bienheureux Felix favorise

Charles qui devot autorise,

L’honneur que en bas tu reçois;

En revanche obtient lui la grace

Qu’aprés cette vie qu’on lui face

Ce qu’on fait aujourdhuy pour toy.

 

Sonnet                                     1650                                        [5]

 

Le bel Astre du jour, se retiroit sous l’Onde

D’autres feux avoient pris la place du Soleil;

Quant cent jeunes beautez d’un éclat sans pareil

Se firent voir au Cours pour charmer tout le monde.

 

Beuvron y desploya l’or de sa tresse blonde;

Remecourt montra son teint blanc et vermeil,

Et Chastillon parût en un tel apareil,

Que nos yeux esblouis, la crurent sans seconde.

 

Mais lorsque Longueville eut parû dans ce Cours

Il sortit de ses yeux tant de feux, tant d’amours,

Qu’on ne douta plus qu’elle êtoit la plus belle.

 

Beaux yeux de Chastillon, n’en soyez point jaloux

Vous parûtes alors aussi peu devant elle,

Que les autres beautez avoient fait devant vous.

 

Autre                                       1650                                        [6]

De Voiture du stile de Marot, sur le Carosse versé du Cardinal Mazarin.

 

Plaise Seigneur, plaise à vôtre Eminence

Faire la paix a l’affligé Cocher,

Qui par malheur, ou bien par imprudence,

Dessous les flots, vous a fait trébucher.

 

Le trop hardy meneur ne scavoit pas,

De Phaëton la fable, et piteux cas:

Il ne lisoit métamorphose aucune,

Et ne croyoit qu’on deut craindre aucun pas,,

 

En conduisant Cezar et sa fortune,

Prélat passant tous les Prélats passez;

Car les presens, seroit un peu trop dire

Pour Dieu rendez les péchez effacez

De ce Cocher qui vous sceût mal conduire;

Vôtre renom le rendit téméraire,

Il ne crût pas versant, pouvoir mal faire;

Car chacun tient que quoique vous fassiez,

En paix, en guerre, en voyage, en affaire,

Vous vous trouvés toujours dessus vos pieds.

 

Balade                                     1650                                        [7]

Sur les Importans.

 

Courir nuit et jour par la rüe

Sans affaire ny sans dessein;

Faire aux farces le pied de grüe,

Trancher du petit Souverain,

Avoir des Brigans à sa suitte,

Contrefaire les Capitans;

Ne suivre ny Loix ny conduitte,

C’est ce que font les Importans.

 

Presier dans les lieux infames,

Mettre au jeu son plus grand bonheur;

Médire des plus sages Dames,

Loin de deffendre leur honneur;

Parler en politiques graves,

Ayant a peine atteint vingt ans;

En la maison faire les braves,

C’est ce que font les Importans.

 

S’efforcer d’obscurcir la gloire,

D’un Prince admirable en ses faits;

Qui par une double victoiure

Nous rend plus puissans que jamais:

Ne pouvoir de sa Renommée,                                     [8]

Souffrir les rayons éclatans:

Et n’oser paroître a l’Armée.

C’est ce que font les Importans.

 

            Refrain.

Fuir la vertu, suivre le vice;

Parler, se taire à contretemps;

Ne rendre au Roy aucun service,

C’est ce que font les Importans.

 

Chanson                                              1650                                        [9]

Sur l’air des Ennuyeux

A Madame la Mareschale de Noailles.

Le pere Bartet, allant faire compliment à Mr de Bournonville le borgne qui êtoit à Lion. Mr de Bournonville avoit sa brayette si mal jointe qu’il montroit tout ce qu’il portoit, de sorte qu’il passa en proverbe que qui le montroit, on disoit, c’est un …….. Bournonville. On dressa un Chien qui au nom de ….. Bournonville montroit ce que Mr de Bournonville avoit laissé voir.

Mr de Bournonville mourut à Lion en 1656 sous la protection du Roy.

 

Aussitôt qu’Adam fut creé,

Parût au monde un Bournonville.

Et ce Seigneur fut employé

Pour peupler Campagnes et villes;

Les Bournonvilles d’Aujourd’huy.

 

Même on tient que Noé prit soin

Quant l’Arche devint son refuge;

Jugeant qu’on en auroit besoin,

De le preserver du déluge,

Et que ses filles à l’écart

Le tenoient dans un pot à part.

                                                Par Coulanges.

 

Sur Bertault                                         1650                                        [10]

 

Bertault qui chantoit l’autre jour,

Sur ces Collines les plus proches,

Remplit de merveilles et d’amour

Le coeur des Arbres et des Rochers.

Echo qui n’est rien qu’une voix,

Luy répondit dedans les bois

Par de si douces reparties,

Qu’ils auroient fait de deux accords,

Si la Nimphe eut repris son corps

Et qu’il eut repris ses parties.

 

Pour                                        1650                                        [11]

une Fille d’honneur de Madame de Lorraine, nommée Mad.lle Querelle.

 

J’adore un Chef d’oeuvre parfait,

Dont le nom semblable à l’effet,

Me cause une guerre immortelle;

Je n’ay repos ny nuit ny jour,

Et tout le fruit de mon amour,

Ne peut être qu’une Querelle.

 

Bien que Mars regne dans mon coeur,

Amour ce puissant Dieu vainqueur

Y regne aussi pour cette belle,

Et je proteste desormais

Que l’on ne me verra jamais

Rechercher une autre Querelle.

 

Mortels adorez son pouvoir,

Puisque sa beauté vous fait voir

Que tous les Dieux brûlent pour elle;

Et confessez que l’univers

Parmy tant de combats divers,

N’a pour objet qu’une Querelle.

 

Amour c’est une vanité

Que d’oposer à sa beauté

Une puissance naturelle;

Mais quoi! plutost que de souffrir,                                                    [12]

Ayons la gloire de mourir,

Pour une si juste Querelle.

 

La Perle des Triolets,                                      1650                            [13]

Ou l’Antiquité renouvellée, avec les noms et surnoms des plus généreux Frondeurs de la ville et fauxbourgs de Paris.

 

Puisque la Fronde à présent

A eu l’honneur et la victoire,

Elle nous servira d’ornement

Puisque la fronde à présent,

Au Chapeau et habillement

Un chacun prend part à sa gloire,

Puisque la Fronde à présent

A eu l’honneur et la victoire.

 

Il y a plus de deux mille ans

Que l’on s’est servy de la Fronde,

Les Guerriers tous les plus vaillans

Il y a plus de deux mille ans,

Et les plus hardis combatans,

Les portoient aux patrouilles et rondes,

Il y a plus de deux mille ans

Que l’on s’est servy de la Fronde.

 

Golias fut il pas mis à mort

Par David ce Berger fidelle,

Israël en grand déconfort?

Golias fut il pas mis à mort?                                       [14]

Estoit, si par son gran effort

Il n’eût jetté bas sa cervelle,

Golias fut il pas mis à mort

Par David ce Berger fidelle?

 

Du tems de nos Rois plus fameux,

N’a t’on pas veu porter des Frondes?

Leur Ennemis plus belliqueux

Du tems de nos Rois plus fameux

Ont êté tuez malgré eux,

Et dessus terre et dessus l’Onde,

Du tems de nos Rois plus fameux

N’a t’on pas veu porter des Frondes?

 

Et mesmement sur les rempars

L’on void de valeureux gens d’armes,

Se mettre aux perils et hazards,

Et mesmement sur les rempars;

Ils frapent et tuent de toutes parts,

Pour la Fronde ils font des allarmes

Et mesmement sur les rempars

L’on void de valeureux gens d’armes.

 

A Paris devers les Chartreux

L’on void la menuë populace

Se montrer assez généreux                                                      [15]

A Paris devers les Chartreux

A la fronde ils sont valeureux

Malgré le péril qui menace

A Paris devers les Chartreux

L’on void la menuë populace,

 

Proche de la bute St Roch,

Void t’on pas Dimanches et festes

Plusieurs qui ne craignent le choc

Proche la bute de St Roch?

Ils frapent et si ne disent mot,

Y faisant de belles conquestes

Proche de la bute St Roch

Les void t’on pas Dimanches et festes?

 

Les plus hardis et généreux

Sont ceux de la porte du Temple,

Mille Parisiens curieux;

Les plus hardis et généreux

S’en vont les voir assez joyeux

En cette place ils les contemplent,

Les plus hardis et généreux

Sont ceux de la porte du Temple.

 

C’est en ce lieu asseurement

Que l’on void de belles merveilles;                                                     [16]

Les deux parties habillement

C’est en ce lieu asseurement

Se comportent tres hardiment,

Chacun se rendant la pareille,

C’est en ce lieu asseurement

Que l’on void de belles merveilles.

 

Il faut nommer les Généraux

De ces deux partis ce me semble,

Qu’ils sont jolis et qu’ils sont beaux,

Il faut nommer les Généraux;

A la fronde ils sont tous égaux

En hardiesse ils se ressemblent;

Il faut nommer les Généraux

De ces deux partis ce me semble.

 

Joly coeur de Saint Nicolas

En est général sans doutance;

De fronder il n’est jamais las

Joly coeur de St Nicolas;

A force de course et de bras

Met l’ennemy en décadence.

Joly coeur de Saint Nicolas

En est général sans doutance.

 

L’Adieu                                               1650                            [18]

Des Ecrivains

Triolets.

 

Avec ces petits Triolets

Je veux icy finir mes veilles,

Beaucoup êtoient affriolez

Avec ces petits Triolets.

Adieu maîtres, adieu valets

Qui les ont chantez à merveilles

Avec ces petits Triolets

Je veux icy finir mes veilles.

 

J’ay de l’ancre dans mon cornet

Personne n’a tari ma veine,

Mon cas est Dieu mercy fort net;

J’ay de l’ancre dans mon cornet,

Vous aurez un coup de bonet

Amy lecteur pour votre peine,

J’ay de l’ancre dans mon Cornet

Personne n’a tari ma veine.

 

Adieu Messieurs les curieux

Vous êtes tous dignes de gloire:

Mais n’estant plus pécunieux,                                                [19]

Adieu Messieurs les curieux

L’argent m’accommode de mieux;

Lui seul réveille ma mémoire.

Adieu Messieurs les curieux

Vous êtes tous dignes de gloire.

 

Si vous n’avez d’autre escrivain

Qui vous chatouille les oreilles

Vous le pourrez dresser en vain

Si vous n’avez d’autre Escrivain;

Ma Muse n’est plus dans le train

De faire Chansons non pareilles.

Si vous n’avez d’autre Escrivain

Qui vous chatouille les oreilles.

 

Bran pour ceux qui ne font état

Que de ces dangereuses piéces,

Lesquelles n’ont qu’un faux éclat;

Bran pour ceux qui ne font d’estat

Que lorsqu’on dit mal de l’Estat,

Ce sont tous de fort bonnes pieces.

Bran pour ceux qui ne font d’estat

Que de ces dangereuses piéces.

 

Pour l’apetit d’un sol tapé,

Quoi! Vous voudriez vous faire pendre?

Vivre en crainte d’etre hapé

Pour l’apetit d’un sol tapé

Penseriez vous être échapé,

Et rester quitte pour le rendre?

Pour l’apetit d’un sol tapé

Quoi! vous voudriez vous faire pendre?

 

Cherchez donc d’autres rimailleurs,

Vous avez fait avec ma Muse,

Elle veut de sujets meilleurs;

Cherchez donc d’autres rimailleurs;

N’ayez peur qu’icy ni ailleurs

A vous complaire elle s’amuse.

Cherchez donc d’autres rimailleurs

Vous avez fait avec ma Muse.

 

Les Eleus étans réprouvez,

Qui n’aura peur de la justice?

Les seuls pauvres seront sauvez,

Les Eleus étant réprouvez.

Guare ceux qui seront trouvez

Avoir usé de malefice.

Les Eleus étant réprouvez

Qui n’aura peur de la Justice?

 

 

Qu’on ne parle plus de la Cour                                               [21]

N’y de l’Estat ny de Vincennes.

Il vaut mieux se taire tout cour,

Qu’on ne parle plus de la cour;

On pourroit faire un mauvais tour

A ces médisans pour leurs peines;

Qu’on ne parle plus de la Cour

Ny de l’Estat vy de Vincennes.

 

Par un destin capricieux

Dans l’Etat present où nous sommes

Un chacun est triste joyeux

Par un destin capricieux,

Et il n’est que des Envieux

Qui veulent la perte des hommes.

Par un destin capricieux

Dans l’état présent où nous sommes.

 

Que chacun se tienne à recoy

Et se mesle de son affaire:

Heureux celui qui a de quoy;

Qu’un chacun se tienne à recoy;

Si vous me demandez pourquoi:

Je dis, qu’en avez vous à faire?

Qu’un chacun se tienne à recoy

Et se mesle de son affaire.

 

Voici le printems de retour                                                     [22]

Desja partout le Cocu chante;

Le poisson d’Avril à son tour,

Voici le printemps de retour:

Mais on en peut voir chaque jour,

De tous les deux que je ne mente.

Voicy le printemps de retour,

Desja partout le Cocu chante.

 

Attendant une bonne paix

Qui se traite à nôtre avantage,

Entonnez moy de bon vin frais,

Attendant une bonne paix.

Et vous serez bientost refait;

Que desirez vous d’avantage?

Attendant une bonne paix

Qui se traite à nôtre avantage.

 

Vive Louis, ce grand frondeur,

Qui doit tout vaincre avec sa fronde,

La terre et toute sa rondeur.

Vive Louis, ce grand frondeur;

Rien n’est égal à sa grandeur;

Disons donc chacun à la ronde

Vive Louis, ce grand frondeur

Qui doit tout vaincre avec sa fronde.

 

Triolets Royaux                                  1650                                        [23]

Du Roy, de la Reine, et du Duc d’Anjou sur le bon succès de leur voyage.

 

Exaltons ces enfans Royaux,

L’un notre Roy, l’autre son frere,

Ils sont si aimables et si beaux;

Exaltons ces enfans Royaux

Sont les plus courtois Jouvenceaux

Qui furent jamais nez sur terre;

Exaltons ces enfans Royaux

L’un nôtre Roy, l’autre son frere.

 

Ils s’aiment si uniquement,

Par un amour inséparable

Que leur plus grand contentement,

Ils s’aiment si uniquement

Qui sont continuellement

Ensemble, et même à la table

Ils s’aiment si uniquement

Par un amour inseparable.

 

Avec un grand regret Paris,

Souffroit pour un tems leur absence;

Mais tous deux ils en sont partis

Avec un grand regret Paris;

Afin de rendre assujetis                                                                      [24]

Les peuples à leur obéissance;

Avec un grand regret Paris,

Souffroit pour un temps leur absence.

 

Bref, ils nous sont donnez des Cieux

Par un bonheur inexprimable

Aprés milles prieres et voeux;

Bref, ils nous sont donnez des Cieux;

Ils sont si aimables tous deux,

Qu’il n’est rien de plus agréable;

Bref ils nous sont donnez des Cieux

Par un bonheur inexprimable.

 

Tous les François sont désireux

Que le jeune Roy prospere,

Et de le voir victorieux,

Tous les François sont désireux

Qu’il soit dedans un regne heureux,

L’aimant par un amour sincere;

Tous les François sont désireux

Que leur jeune Louis prospere.

 

Il sera un jour si puissant

Suivant toutes les Propheties,

Que tout il ira terrassant:

Il sera un jour si puissant,                                                       [25]

Et sous lui assujetissant

Du monde toutes les parties:

Il sera un jour si puissant

Suivant toutes les Propheties.

 

Les peuples les plus orgueilleux

Flechiront dessous sa puissance;

Il fera des coups merveilleux,

Les peuples les plus orgueilleux,

Son nom sera en divers lieux;

Craint avec toute révérence

Les peuples les plus orgueilleux

Fléchiront dessous sa puissance.

 

Le plus puissant Roy, il sera,

Qio soit sous la voûte, assurée,

Partout vainqueur on le verra,

Le plus puissant Roy, il sera,

Et dedans la France on aura

La paix d’Eternelle durée;

Le plus puissant Roy, il sera

Qui soit sous la voûte assurée.

 

Notre Reine a l’esprit prudent

Qui pour nous tous ses soins apliques;

A cela tout son désir tend,                                                                              [26]

Et poussé par un zelle ardent,

Veilles aux necessitez publiques;

Notre Reine, a l’esprit prudent,

Qui pour nous tous ses soins apliques.

 

Elle êtoit avec ses enfans,

Allée par les villes et Bourgades,

A celle fin qu’en les voyans

Elle êtoit avec ses Enfans,

Ils fussent humbles et obeissans,

Ceux qui voudroient faire bravades

Ell êtoit avec ses Enfans

Allée par les villes et Bourgades.

 

D’une entiere soümission

Toute la Province Normande

Par une humiliation

D’une entiere soûmission;

A nôtre Louis de Bourbon,

S’est renduë d’affection grande

D’une entiere soümission

Toute la Province Normande.

 

Car la Presence d’un grand Roy

De haute puissance est remplie;                                                                     [27]

Ses parolles sont une Loy;

Car la Presence d’un grand Roy

Au meme tems que l’on le voy,

Tout aussitost on s’humilie;

Car la Presence d’un grand Roy

De haute puissance est remplie.

 

Le peuple attendoit leur retour,

Avec tres grande impatience,

Et chacun benira le jour.

Le peuple attendoit leur retour,

Quand il verra venir la Cour,

Dont on honore la presence;

Le peuple attendoit leur retour,

Avec tres grande impatience,

 

François il nous faut relever

Nos espérances presque mortes;

Ne faut plus desormais resver,

François il nous faut relever;

Puisque nous esperons trouver

Le bien qui tous les autres aporte

François il nous faut relever

Nos espérances presque mortes.

 

Les Triolets                                         1650                                        [29]

D’Apollon et des Neuf Muses.

 

Muses faisons des Triolets

Puisque l’on fait de l’estime;

Il faut accomplir nos souhaits

Muses faisons des Triolets;

J’en ay veu qui êtoient bien faits

Et qui êtoient de bonne rime;

Muses faisons des Triolets

Puisque l’on fait de l’estime.

 

Apollon vous commencerez

En les chantans sur vôtre Lire,

Et s’il vous plaist vous dancerez

Apollon vous commencerez,

Et en cela plus vous ferez

Que le mary de Desianire,

Apollon vous commencerez

En les chantans sur vôtre Lire.

 

Clio il vous faut travailler

Et commencer à vôtre histoire;

Quittés donc là le babiller,

Clio il vous faut travailler,

Et de Louis sans plus controller

Escrivez l’honneur et la gloire,                                                [30]

Clio il vous faut travailler

Et commencer à vôtre histoire.

 

Desja il est victorieux

Et dessus terre et dessus l’onde

Il a un coeur tres génereux;

Desja il est victorieux;

L’on tient qu’il sera si heureux

Que de conquester tout le monde.

Desja il est victorieux

Et dessus terre et dessus l’onde,

 

Euterpe faite raisonner

Je vous en suplie, vôtre Flute,

Et vôtre hautbois fredonner,

Euterpe faites raisonner;

Puisqu’à Louis il faut donner

Le nom de Cezar et d’Auguste

Euterpe fait raisonner

Je vous en suplie, vôtre Flute.

 

Je vous suplie de m’excuser

Thalia ma tres chere Dame,

Si je vous prie d’arroser,

Je vous prie de m’excuser

D’enter et bien vîte insister                                                                [31]

A Louis des Lauriers et des Palmes,

Je vous suplie de m’excuser

Thalia ma tres chere Dame.

 

Melpomene aux cheveux d’or

Ce jour il faut faire merveille,

Et déployer vôtre trésor

Melpomene aux cheveux d’or;

Chantés, loués, prisés Beaufort,

Pour lui soyez la nonpareille

Melpomene aux cheveux d’or

Ce jour il faut faire merveille.

 

Therpsicore tous vos apas

Sont merveilleux quant à la dance

Vous scavez faire les cinq pas;

Therpsicore tous vos apas;

Vous pouvez garder du trépas

Ceux qui suivent vôtre excellence

Therpsicore tous vos apas

Sont merveilleux quant à la dance.

 

Belle Erato pour les Balets

Pour les Jeux et les Comédies,

Ce sont vos désirs et souhaits,

Belle Erato pour les Balets,                                                                [32]

Faites que chez vous j’aye accés

Pour contenter tous mes envies;

Belle Erato pour les Balets

Pour les Jeux et les Comédies.

 

Polimene aux Laboureurs

Vous aprenez l’agriculture,

Des biens ils ont par vos faveurs

Polimene aux Laboureurs;

Vous faites autant que vos soeurs

Entretenant nôtre nature,

Polimene aux Laboureurs

Vous aprenez la Griculture.

 

Les Astrologues ont l’honneur

D’être enseignez par Uranie;

C’est elle qui leur fait faveur

Les Astrologues ont l’honneur;

Elle leurs aprend avec douceur

Sa science malgré l’envie;

Les Astrologues ont l’honneur

D’etre enseignez par Uranie.

 

C’est elle qui scait des saisons

La rigueur ou l’intempérance,

Elle le prouve par ses raisons,                                                                        [33]

C’est elle qui scait des saisons,

S’il nous vien neige ou glaçons,

Elle nous en donne connoissance

C’est elle qui scait des saisons

La rigueur ou l’intempérance.

 

De Caliope l’entretien,

C’est de faire des Anagrames,

Rondeau, Paralelle ou Quatrain,

De Caliope l’entretien;

Ode, Poême et Sixain

Pour presenter aux belles Dames.

De Caliope l’entretien,

C’est de faire des Anagrames.

 

Outre cela des Triolets

Elle en fait qui sont sans exemple,

Elle escrit hymnes et sonnets,

Outre cela des Triolets,

Mitologie et Poulets;

Tout cecy ce trouve en son temple

Outre cela des Triolets

Elle en fait qui sont sans exemple.

 

Vive Apollon et les neufs soeurs,

Vive les Muses et les sciences;                                                                       [34]

Vive Pegare et ses auteurs;

Vive Apollon et les neuf soeurs;

Vive ceux qui portent en leur coeur

L’honneur et la magnificence;

Vive Apollon et les neufs soeurs,

Vive les Muses et les sciences.

 

Vive Louis, vive Bourbon,

Vive Anne d’Autriche sa mere,

Vive Philipes, vive Gaston,

Vive Louis, vive Bourbon,

Vive Beaufort, vive son nom.

Vive Vendôme, ce bon pere,

Vive Louis, vive Bourbon,

Vive Anne d’Autriche sa mere.

 

Nouveaux Triolets                                          1650                                        [35]

Frondeurs,

Ou les Triomphes de la Fronde.

 

Les Jolis Triolets Frondeurs,

Par qui la Fronde est exaltée;

Car des plus grands Triomphateurs

Les jolis Triolets Frondeurs,

Et des plus superbes vainqueurs,

Elle ne fut jamais domptée,

Les jolis Triolets Frondeurs,

Par qui la fronde est exaltée.

 

A ce grand géant Philistin,

Elle a sceu abatre l’audace,

Qui fut par un bras enfantin

Elle fit rencontrer la fin

A ce grand Géant Philistin,

D’un coup le jettant sur la place

A ce grand géant Philistin

Elle a sceu abatre l’audace.

 

Fut du petit pasteur David

Qui aprés fut Roy et Prophete,

Du Géant vainqueur il se vid,

Fut du petit pasteur David,

A qui un grand bonheur suivit

Aprés une telle défaite                                                                        [36]

Fut du petit pasteur David,

Qui aprés fut Roy et Prophete.

 

Il faut que dans nos Triolets

Notre Fronde soit bien prisée,

Ses coups valent bien des Boulets

Il faut que dans nos Triolets,

Aussi bien que des Pistolets,

Elle a une belle visée.

Il faut que dans nos Triolets

Notre Fronde soit bien prisée.

 

Car nos bons François aguerris

Par le seul moyen de la Fronde;

Avec elle ils font grand débris

Car nos bons François aguerris

Des morts, des blessez, des meurtris,

Faisant ranger tous ceux qui grondent;

Car nos bons François aguerris

Par le seul moyen de la Fronde.

 

Ils ne veulent point pour fronder

Des Casques et des Cottes de maille,

Ne craignent point se hazarder,

Ils ne veulent point pour fronder,

On se plaît à les regarder                                                                     [37]

Victorieux dans ces chamailles;

Ils ne veulent point pour fronder

Des Casques et des Cottes de maille.

 

Si vous entendez un bel air

La fronde y sera eslevée:

Car ses coups vont comme un esclair;

Si vous entendez un bel air

Et Beaufort ce grand Duc et Pair

Fort agréable l’a trouvée;

Si vous entendez un bel air

La fronde y sera eslevée.

 

Parisiens vous emporterez

Sur tous les autres l’avantage,

Et pendant que vous fronderez,

Parisiens vous emporterez

Sans cesse, l’honneur vous aurez;

Ne quittez donc pas le frondage,

Parisiens vous emporterez

Sur tous les autres l’avantage.

 

Nôtre Fronde un tems a êté

Qu’elle êtoit comme ensevelie;

Son nom n’estoit plus éclaté,

Nôtre Fronde un tems a êté

Son honneur presque plus vanté.

Bref ell êtoit comme abolie;

Notre fronde un tems a êté

Qu’elle êtoit comme ensevelie.

 

Souvent ce qui est abatu

Glorieusement se releve:

Car nôtre Fronde et sa vertu,

Souvent ce qui est abatu

Pourra vaincre le plus testu;

Il faut donc que d’elle on se serve

Souvent ce qui est abatu

Glorieusement se releve.

 

Vive le Monarque François

Et sa Mere sage et pieuse,

Et de Beaufort Prince Courtois,

Vive le Monarque François

Et puisqu’on crie à haute voix;

Vive aussi la troupe frondeuse;

Vive le Monarque François

Et sa Mere sage et pieuse.

 

Frondeurs vos noms seront gravez

Sur de l’or, non sur de la cire;

Car braves gens êtes trouvez                                                                          [39]

Frondeurs vos noms seront gravez

Et vos Tombeaux mêmes élevez

Sur pilliers de Jaspe et porphire;

Frondeurs vos noms seront gravez

Sur de l’or, non sur de la Cire.

 

Triolets prophétiques                                  1650                              [40]       

Sur la naissance de Monseigneur le Prince Duc de Vallois.

 

Ça ςa, qu’on ait des Triolets,

Les plus accomplis du Parnasse:

Il en faut choisir des couplets,

Ça ςa, qu’on ait des Triolets,

Prenons les beaux, fy de ces laids

Qui n’ont point d’ordre, ny de grace;

Ça ςa, qu’on ait des Triolets,

Les plus accomplis du parnasse.

 

Chantons d’une joyeuse voix,

Franςois, vive le sang de France:

Nos maux s’en vont être aux abois,

Chantons d’une joyeuse voix;

Le ciel fait voir à cette fois

Qu’il veut finir nôtre souffrance;

Chantons d’une joyeuse vois

Franςois vive le sang de France.

 

Madame à fait un gros garςon

D’une beauté plus qu’Angélique;

Qu’on chante de bonne faςon

Madame à fait un gros garςon;

Que chacun prenne sa leςon,                                                   [41]

Pour aprendre a dire en Musique,

Madame à fait un gros Garςon

D’une beauté plus qu’Angélique.

 

Puisque vos voeux sont accomplis,

Madame, vivez bien contente;

Nos coeurs de joye en sont remplis,

Puisque vos voeux sont accomplis

Vous faites refleurir nos Lis,

Aprés une bien longue attente:

Puisque vos voeux sont accomplis,

Madame, vivez bien contente.

 

Je l’avois bien prophétisé

Que vous seriez tost satisfaite,

Dans un discours non déguisé:

Je l’avois bien prophétisé;

Mon coeur ne m’a point abusé

Et l’on me trouve bon prophere

Je l’avois bien prophétisé

Que vous seriez tost satisfaite.

 

Moulinié faites promptement

Un air gay sur cette naissance,

Pour le public contentement

Moulinié faites promptement:                                                    [42]

Afin que partout hautement

On chante par réjouissance,

Moulinié faites promptement

Un air gay sur cette naissance.

 

Aprés avoir tant attendu

Un fils né, fait rire son pere,

Le grand Gaston n’a rien perdu

Aprés avoir tant attendu:

Et le ciel enfin s’est rendu

A son équitable priere,

Aprés avoir tant attendu

Un fils né fait rire son pere.

 

Monsieur à fait un coup d’etat,

Dont la merveille est sans seconde;

Franςois crions encore vivat:

Monsieur à fait un coup d’estat,

Et d’un éloge plein d’eclat,

On doit dire partout le monde,

Monsieur à fait un coup d’estat,

Dont la merveille est sans seconde.

 

Allez sans dormir peu ni prou,

Courriers qui portez la nouvelle,

Vous aurez des fruits du Perou;                                              [43]

Allez sans dormir peu ni prou:

Et cassez vous plûtost le cou

Pour une occasion si belle,

Allez sans dormir peu ni prou

Courriers qui portez la nouvelle.

 

Vive Marguerite & Gaston

Vive Gaston et Marguerite:

Qu’on chante sur le plus beau ton,

Vive Marguerite, & Gaston;

Car autrement qu’en diroit on,

Puisqu’un si beau fils le mérite?

Vive Marguerite & Gaston

Vive Gaston et Marguerite.

 

On void un Prince en liberté

Comme l’a dit la Prophétie,

Enfin par sa nativité

On void un Prince en liberté;

Et cette obscure vérité

Aujourd’huy se trouve éclaircie;

On void un Prince en liberté

Comme l’a dit la Prophetie.

 

Qu’on fasse du feu jusqu’aux cieux

Que le canon tonne à merveille,                                                       [44]

Dans Paris et dand tous les lieux,

Qu’on fasse du feu jusqu’aux cieux:

C’est ainci que l’on verra mieux,

Nos allegresses non pareilles.

Qu’on fasse du feu jusqu’aux cieux,

Que le canon tonne à merveille.

 

Pour plaire à ce Roy de nos coeurs,

Que l’on parfume bien sa chambre;

Que partout l’on jette des fleurs;

Pour plaire à ce Roy de nos coeurs

Que l’on ait de bonnes odeurs,

Du benjoin, du musc, et de lambre;

Pour plaire à ce Roy de nos coeurs,

Que l’on parfume bien sa chambre.

 

Heureuse France, heureux Paris,

D’avoir ce beau sujet de joye,

Aprés tant de voeux, et de cris,

Heureuse France heureux Paris,

Vous possedez un don sans prix,

Que le ciel enfin vous envoye.

Heureuse France, heureux Paris,

D’avoir ce beau sujet de joye.

 

Je vous invite tous, Franςois                                                          [45]

A venir voir ce nouveau Prince,

Au même honneur que je reςois

Je vous invite tous, Franςois:

Grand & petit qui que tu sois,

Sors promptement de ta Province

Je vous invite tous, Franςois

A venir voir ce nouveau Prince.

 

Peuples faites vôtre devoir,

Et venez tost lui rendre homage;

C’est de la gloire à recevoir,

Peuples faites vôtre devoir;

Des Princes voudroient bien le voir,

Qui n’auront pas cet avantage:

Peuples faites vôtre devoir

Et venez tost lui rendre homage.

 

Son visage tout merveilleux

Inspire l’amour et la crainte:

Regardez esprits orgueilleux,

Son visage tout merveilleux,

Et rendez lui vos justes voeux;

Avec respect et sans contrainte.

Son visage tout merveilleux.

Inspire l’amour et la crainte.

 

Ah! qu’il est fier, ah! qu’il est beau,                                     [46]

Ah! qu’il a desja bonne mine;

Admirons ce Prince nouveau,

Ah! qu’il est fier, ah! qu’il est beau,

Son oeil plus brilliant qu’un flambeau

Semble battre tout en ruine;

Ah! qu’il est fier, ah! qu’il est beau

Ah! qu’il a déja bonne mine.

 

Peintres faites-en des portraits,

Pour en charmer toute la terre:

Sans laisser aucun de ses traits,

Peintres faites en des Portraits,

Mais peignez bien tous ses attraits,

Ou je vous déclare la guerre:

Peintres faites en des portraits,

Pour en charmer toute la terre.

 

C’est un Mars fait comme un amour,

Qui va bien faire des conquestes,

Soit pour la guerre, ou pour la Cour;

C’est un Mars fait comme un amour;

Belles adieu vos coeurs un jour:

Vaillans prenez garde à vos testes,

C’est un Mars fait comme un amour,

Qui va bien faire des conquestes.

 

Nourrice prenez-en grand soin                                              [47]

De ce poupon beau comme un ange,

Toute la Terre en a besoin,

Nourrice prenez-en grand soin;

Ne vous en tenez jamais loin

De peur d’un accident étrange;

Nourrice prenez-en grand soin,

De ce poupon beau comme un ange.

 

Vous êtes le tres bienvenu,                   

Comme chez vous, Prince adorable;

Quoique nouveau, quoique tout nu,

Vous êtes le tres bienvenu;

Et vous serez entretenu

Avec un soin incomparable:

Vous êtes le tres bienvenu

Comme chez vous, Prince adorable.

 

Muses prenez vos instrumens,

Sus Uranie et Caliope,

Pour scavoir ses évenemens

Muses prenez vos instrumens;

Achevez donc vos complimens

Et commenςons son horoscope.

Muses prenez vos instrumens

Sus, Uranie et Calliope.

 

Ce Prince fera bien du bruit,                                                   [48]

Selon l’aspect de sa naissance,

Aprés qu’on l’aura bien instruit,

Ce Prince fera bien du bruit:

Et Paris doit gouter le fruit

De son coeur et de sa puissance;

Ce Prince fera bien du bruit,

Selon l’aspect de sa naissance.

 

Adieu d’abord Milan le grand,

Avec toute la dépendance:

Je vois ton château qui se rend,

Adieu d’abord Milan le grand,

Et ce jeune Mars qui te prend

Te va charmer par sa prudence

Adieu d’abord Milan le Grand

Avec toute la dépendance.

 

Ouvre lui vitement ton port,

Ville de Marbre et si superbe,

Malgré ta gloire et ton suport,

Ouvre lui vitement ton port:

Et reconnois son bras si fort,

Ou tu sera unie à l’herbe;

Ouvre lui vitement ton port

Ville de Marbre et si superbe.

 

Adieu mutin embarrassé,                                                       [49]

Naples tu vas changer de maître,

Je te vois bien boulverser,

Adieu mutin embarrassé,

Et ton gros oeuf sera cassé,

Par cet enfant qui vient de naître

Adieu mutin embarrassé

Naples tu vas changer de maître.

 

Aigle superbe des Viennois,

Tu peux bien quitter l’Allemagne;

Le Duc te va donner des loix;

Aigle superbe des viennois;

Tu seras encore une fois

Aux successeurs de Charlemagne:

Aigle superbe des viennois

Tu peux bien quitter l’Allemagne.

 

Adieu Grand, et le pays bas

Aprés sa premiere campagne;

Dans deux ou trois de ses combats:

Adieu Grand, et le pays bas,

Je te vois ceder à son bras,

Et prendre congé de l’Espagne:

Adieu Grand, et le pays bas

Aprés sa premiere Campagne.

 

Insatiables Hollandois,                                                    [50]

Qui ravagez la terre et l’onde;

Vous aurez bientost sur les doigts,

Insatiables Hollandois,

Songés à bien payer ses droits;

A ce Grand conquerant du monde,

Insatiables Hollandois,

Qui ravagez la terre, et l’onde.

 

Inconstant et cruel Anglois

Qui te veux mettre en République;

En vain tu fais de grands éxploits,

Inconstant et cruel Anglois;

Crains ce nouveau Duc de Vallois:

Tu seras à lui sans replique,

Inconstant et cruel Anglois,

Qui te veux mettre en République.

 

Turban bas, Seigneur au croissant

Resous-toy bientost à decroître;

Avec ton sceptre si puissant:

Turban bas, Seigneur au croissant,

On verra ce Prince naissant

Un jour dans ton trosne paroître;

Turban bas, Seigneur au Croissant;

Resous-toy bientost à decroître.

 

Comme neveu de Godefroy                                                       [51]

Sorty du beau sang de Lorraine;

Il fera tout trembler d’effroy,

Comme neveu de Godeffroy;

Dans la Judée il sera Roy:

Et là meme où Venus fut Reine:

Comme neveu de Godeffroy

Sorty du beau sang de Lorraine.

 

Tremblez Princes de l’univers,

Qui portez envie à la France,

Ce Duc vous doit mettre à l’envers:

Tremblez Princes de l’univers:

Et parmy tant d’apas divers,

Voyez que de traits de vaillance!

Tremblez Princes de l’univers

Qui portez envie à la France.

 

Vive Marguerite & Gaston,

Vive Gaston & Marguerite:

Chantons encor d’un plus haut ton,

Vive Marguerite & Gaston:

Car autrement qu’en diroit-on?

Puisqu’un si grand fils le mérite?

Vive Marguerite & Gaston.

Vive Gaston & Marguerite.

 

Triolets                                             1650                                   [53]

pour le temps présent.

 

La belle raffle qu’on a fait

De Condé, Conty, Longueville,

Le Triumvirat est défait;

La belle rafle qu’on a fait

Du preux, du fin, du contrefait;

Plus fin qu’eux n’est pas mal habile,

La belle rafle qu’on a fait

De Condé, Conty, Longueville.

 

Ȏ Dieu le joly Triolet

Que la Reyne a fait dans Vincennes!

Qu’il est hardy! qu’il est complet!

Ȏ Dieu le joly Triolet!

Si le Quatrain êtoit parfait

Nous serions délivrez de peines;

Ȏ Dieu le joly Triolet

Que la Reine a fait à vincennes!

 

On a beu passer le Guichet

Un Ours, un Renard, et un Singe,

Qui furent pris au trébuchet,

On a veu passer le Guichet,

La troupe que l’on denichoit                                                              [54]

Par guitaut, Miossans et Cominge;

On a veu passer le Guichet

Un Ours, un Renard et un singe.

 

Tous les Franςois en sont joyeux,

Un chacun reprendra courage,

Aucun ne se trouve pour eux,

Tous les franςois en sont joyeux,

On ne s’entrouvera que mieux:

En deussent ils crever de rage,

Tous les Francois en sont joyeux,

Un chacun reprendra courage.

 

Prince le plus grand des rusez,

Vous avez fait une bêveüe,

Prenant le lieu des accusez,

Prince le plus grand des rusez;

Tous les vôtres sont abusés,

Par la Royauté prétenduë,

Prince le plus grand des ruses,

Vous avez fait une bêveüe.

 

Vous vous êtes deux fois mépris;

Certainement c’est grand vergogne

Prendre Charenton pour Paris,

Vous vous êtes deux fois mépris                                               [55]

Certainement c’est grand vergogne.

Croyand de tenir la Bourgogne,

Vous vous êtes deux fois mépris,

Et maintenant vous êtes pris.

 

Brave Condé je vous promets,

Qu’on veut gratiffier vos peines,

Et que vous aurez à jamais

Brave Condé je vous promets

Ou vous reposer désormais

Ce plaisant Château de vincennes:

Brave Condé je vous promets

Qu’on veut gratiffier vos peines.

 

On voit la fronde avoir gagné

Par les soins de son éminence,

Sa prudence à tout épagné

On voit la fronde avoir gagné,

Que jamais on ne l’eut deviné;

Je suis esbahy quand j’y pense

On voit la fronde avoir gagné

Par les soins de son éminence.

 

Beaufort et Condé n’ont qu’un sort

Ils sont logez à la pareille,

L’un entre au lieu de l’autre sort.                                                    [56]

Beaufort et Condé n’ont qu’un sort,

La fortune n’a point de tort

Nous faisant voir cette merveille;

Beaufort et Condé n’ont qu’un sort,

Ils sont logez à la pareille.

 

Cette Année de Jubilé

Est tres heureuse pour la france,

Le grand flateur est exilé

Cette année de Jubilé,

Aux pieds se trouvera pillé,

Le Chapeau de son Eminence,                             le Cardinal Mazarin

Cette Année de Jubilé

Est tres heureuse pour la France.

 

En ce tems sans faire grand froid,

On a veu la Riviere prise,

Et se loger plus à l’estroit,

En ce tems sans faire grand froid,

On feroit bien si l’on pendoit

Ce double traître sans remise;

En ce tems sans faire grand froid

On a veu la Riviere prise.

 

Que voicy d’estranges succés!

Les plus puissans sont en malaise,

Hors de Cour entrent en procés,

Que voicy d’êtranges succés!

Le mal pour n’estre dans l’excés

Est puny ne leur en déplaise,

Que voicy d’estranges succés!

Les plus puissans sont en malaise.

 

Vive Louis, vive Beaufort,

Vive Mazarin et la Fronde,

Nous n’aurons plus peur de la mort,

Vive Louis, vive Beaufort,

Les traîtres ne feront point tort;

A l’entour deux on fait la ronde;

Vive Louis, vive Beaufort,

Vive Mazarin et la Fronde.

 

Chanson                                                     1650                                 [59]

Sur l’air: Il est dessus son lit.

 

Il est dessus son lit

L’Archevesque de Bourges.                N…. de Levis-Ventadour (Alias l’Abé de Montade)

Il est dessus son lit

Qui se branle le v….

Reniant Crême et Batesme,

Et jurant le V… au point

Qu’il se f…. lui mesme

Si son C…. n’estoit si loin.

 

Chanson                                              1650                                        [61]

Sur l’air: Il a battu son petit frere.

 

St Loup ton esprit s’embarasse,

Entre l’amour, entre la grace;

C’est ce qui fait tout ton chagrin.

Si vous aimez le blond Candale

Vous craignez le Pere Sainglin,

Le Port Royal et la Caballe.

 

Autre

Sur le Cardinal Mazarin.

 

A la fin malgré tout le monde,

Malgré Princes, et malgré la Fronde;

Malgré nos plaintes et nos cris;

Aprés d’effroyables tempestes

Jules est rentré dedans Paris,

Et remonté dessus sa beste.

                                                Par Blot.

 

Autre.

 

Le Mazarin et sa séquelle

Nous font aller en sentinelle

Dedans une froide saison;

Le Diable l’emporte, ou le tue,

Et que l’Enfer soit sa prison,

Si cette guerre continüe.

 

Seigneur qui voyez nôtre zele,                                                                        [62]

Exaucez-en les Kirielle;

St Clou, St Denis, St Germin.

En exterminant la racaille,

Qui nous ont bouché le chemin

Des choux et des huîtres à l’Ecaille.

 

Ils ont pillé nos Métairies,

Veu nôtre vin jusqu’à la lie;

Jetté nos Farines et nos bleds

Dedans un terroire si fertile

Que pour cent qu’ils en ont semez

Il nous en viendra plus de mille.

 

Si le brave Beaufort assemble

Ses braves Cavaliers ensemble,

Qu’on verra par ce grand effort

L’Ennemi montrer le derriere

Navré d’un Pistolet a mort

Fera bossu le Cimetiere.

 

Sortez Paris, brave Cohorte,

Hardiment pour nous faire escorte.

Vous ferez entrer un Convoy,

De Boeufs, de Moutons, de Farine,

Chacun criera, vive le Roy,

Le Parlement et la Cuisine.

 

Triolets                                                1650                                [63]

 

Reine, qui pensiez nous punir                            Anne d’Autriche.

Par cette malheureuse Guerre.

La France vous en doit bénir,

Reine, qui pensiez nous punir;

Nous allons voir à l’avenir

Une réforme en cette terre,

Reine, qui pensiez nous punir

Par cette malheureuse Guerre.

 

Nous verrons regner le bon tems,

Et le menage de nos peres.

Que les Francois serons contens,

Nous verrons regner le bon tems.

Pour moi je l’espere et je l’attens,

Comme le fruit de nos miseres:

Nous verrons regner le bon tems

Et le ménage de nos Peres.

 

De soi même le Parlement

A commencé cette réforme.

Il se corrige promptement,

De soi même le Parlement;

Il faut que tout pareillement

La France sur lui se conforme,

De soi même le Parlement                                                   [64]

A commencé la réforme.

 

Ces justes et sages censeurs

Que toute la terre contemple;

De Caton sont les successeurs

Ces justes et sages Censeurs.

Ils doivent former nos moeurs;

Nous donner le premier exemple,

Ces justes et sages Censeurs,

Que toute la terre contemple.

 

Ils ont exilé de chez eux

Toute financiere opulence;

Et ce qui ait des ennuyeux,

Ils ont exilé de chez eux.

Un pauvre s’il est vertueux,

Vaut mieux qu’un sot dans l’abondance;

Ils ont exilez de chez eux

Toute financiere opulence.

 

Nosseigneurs iront au Palais,

Comme au tems passé sur des Mules,

Avec un clerc et sand laquais,

Nosseigneurs iront au Palais,

Et ils ne souffriront jamais

Pour Ministres d’Armand ny Jules.     les cardinaux de Richelieu et Mazarin   [65]

Nosseigneurs iront au Palais

Comme au tems passé sur des Mules.

 

Chez eux on aura de l’accés

Sans passer par le Sécretaire,

Pour solliciter le Procés,

Chez eux on aura de l’accez.

Quoiqu’ils ignorent ces excés.

De le scavoir est leur affaire;

Chez eux on aura de l’accés

Sans passer par le Secretaire.

 

Mes Dames leurs cheres moitiez

Ne trancheront plus de Princesses;

Elles auront tapis de pied

Mes Dames leurs cheres moitiez;

Mais ce sera sans marchepied

En laissant l’estrade aux Duchesses.

Mes Dames leurs cheres moitiez

Ne trancheront plus de Princesses.

 

Vivre à la mode de la Cour,

N’est-ce pas chose bonne pour elles?

L’on ne doit point en ce séjour

Vivre à la mode de la Cour;

C’est là qu’en son trosne l’amour                                                 [66]

Commande a baguette aux femelles;

Vivre à la mode de la Cour

N’est-ce pas chose bonne pour elles?

 

Cette pudique honesteté,

Qui faisoit l’honneur de nos meres;

Est en Cour, un nom inventé,

Cette pudique honnesteté,

L’on y dit qu’avec la beauté

C’est un songe plein de chimeres,

Cette pudique honnesteté

Qui faisoit l’honneur de nos meres.

 

Ce qu’on nomme un crime à Paris,

En Cour n’est que bagatelle;

Les favoris y sont permis;

Ce qu’on nomme un crime à Paris,

En Cour si l’on se fait maris

Jamais on n’epouse pucelle.

Ce qu’on nomme un crime à Paris,

En Cour n’est que bagatelle.

 

Ce jaloux et non sans raison,

Qui fit chanter les Feuillantines;

En Cour il passa pour Oison,

Ce jaloux et non sans raison;

Il devoit de Cornes foison

Souffrir sans faire tant de mines,

Ce jaloux et non sans raison

Qui fait chanter les Feullantines.

 

Par leur sagesse et leur vertu,

Nos fémelles seront des Anges.

On va voir le Luxe abatu

Par leur sagesse et leur vertu.

Allons ma muse qu’on dis tu?

Il leur faut donner des louanges

Par leur sagesse et leur vertu

Nos fémelles seront des Anges.

 

La galante occupation

De caqueter dans les ruelles,

Fera de la confusion,

La galante occupation,

La maudite tradition

N’enseignera plus aux femelles

La galante occupation

De caqueter dans les ruelles.

 

Ce Mareschal Surintendant,

Dont la taille est un peu énorme,

C’est un Ministre tres prudent                                                        [68]

Ce Mareschal Surintendant;

Par un merveilleux accident,

Il a commencé la réforme,

Ce Mareschal Surintendant

Dont la taille est un peu énorme.

 

Dessus la personne des Rois

Il scait qu’un peuple prend modele,

De réformer il étend les Loix

Dessus la personne des Rois.

Car il a fait jeuner deux fois

Le nôtre, et c’est par un bon zele

Dessus la personne des Rois

Il scait qu’un peuple prend modele.

 

Toutes nos Dames de Paris

Réforme leur coquetterie;

Et n’aiment plus que leurs maris.

Toutes nos Dames de Paris

Elles font gloire du mépris

De toute leur affecterie

Toutes nos Dames de Paris

Réforment leur coquetterie.

 

Ce qu’elles font pour la vertu,

Faites-le pour la politique;                                                         [69]

Imitez d’un zele assidu

Ce qu’elles font par la vertu,

Elle ont tout luxe abatu.

Vous chasserez toute gente inique;

Ce qu’elles font pour la vertu

Faites le pour la politique.

 

Pour réformer ce grand fardeau

Qu’aisement le Chancelier porte;                                            Seguier.

Reine séparez en le Sceau

Pour réformer ce grand fardeau;

Cela ne sera pas nouveau.

Sillery l’a veu de la sorte,

Pour réformer ce grand fardeau

Qu’aisement le Chancelier porte.

 

Chanson                                              1650                                        [71]

Sur l’air des Triolets.

 

Vôtre avis s’est trouvé tres faux,

Cyrus vous a donné l’aubade;             Mr Arnaud de Pomponne

N’en parlez plus aux Généraux,

Vostre avis s’est trouvé faux,

Et le frere au Seigneur de Vaux

Vous viendra dire avec gambade

Vostre avis s’est trouvé faux

Cyrus vous a donné l’aubade.

 

Autre                                                                                                   [72]

Sur l’air de Grand guenipe

Sur Anne d’Autriche.

 

Dans le Louvre, dans le Louvre, le Roy va disant

Ma petite Maman, pourquoi baisés vous tant?

            Je ne scaurois lon lan la,

            Je ne scaurois m’en passer.

 

 

Chanson                                              1650                                        [73]

Sur l’air des Triolets.

Sur ceque l’on donna le Brevet de Duc à Mr de Noirmoutier (la Tremoille) dont la femme s’apelloit Renée-Jullie Aubry fille de Jean Aubry Seigneur de Tilleport.

 

Aprestez Monsieur le Tellier

A Dame Aubry son Escabelle

Pour asseoir son noble fessier.

Aprestez Monsieur le Tellier;

Elle est du sang d’Aubry le boucher; (1)

Des Maillotins la plus fidelle.

Aprestez Monsieur le Tellier

A Dame Aubry son Escabelle.

 

(1) Cet Aubry, boucher, étoit chef de ceux qui se battirent à coup de Maillets sous Philippe le Bel, et qui, par cette raison, furent apellés Maillotins.

 

Autre                                       1650                                                    [74]

Sur l’air des Triolets.

Sur Anne d’Autriche.

 

Dame Anne, que ne prenés vous

Jules Mazarin pour Epoux;

            Il est Italien de nation,

Vous êtes Espagnole;

Vous aimez le drôle.

Vous scavez qu’il est bon compagnon.

 

Chanson                                              1650                                                    [75]

Sur l’air: Et la la ouy, et la la voire.

 

Quoy! La Charny est mortelle?

C’est un prodige nouveau.

Ô nature! Elle est trop belle,

Preserve lá du tombeau.                      Bis

Tu pris plaisir à la faire,

Et la lan ouy, et la lan voire.

 

Priez pour Dolainville,

Pauvre petit Champlastreux;

Car le bruit est par la ville,

Qu’Elle autorisoit tes voeux.              Bis

Tu en dois chérir la mémoire,

Et la lan ouy, et la lan voire.

 

La Ribaudon sous le linge,

A ce que dit Champlastreux

A le cul fait comme un singe,

Et le cuir plus raboteux                       Bis

Qu’une ville décrotoire,

Et la lan ouy, et la lan voir.

 

Ce que Lays êtoit à Rome,

La Montbazon l’est à Paris;                                                               [76]

Elle ne refuse personne

Qui lui donne un honneste pris.                      Bis

C’est là tout son Dot, et son Douaire,

Et la lan ouy, et la lan voire.

 

Chanson                                              1650                                        [77]

Sur l’air…….

Pour Madame de Mennevillette.                    Le Camus

 

Qui a plus d’amans que moy?

Tous les jours, dit Climene,

A tous momens sous ma Loy

J’en mets demy douzaine;

Mais sçavez vous comment ils font?

Quand j’avance, ils reculent,

Ils m’assiegent, je capitale.

Je me rends, ils s’en vont.

 

Autre                                                   1650                                        [78]

Sur l’air…..

Faite par Mr le Chtr de Riviere, à un souper que Mr le Cardinal Mazarin donnoit à Mr Gaston, et à Mr le Prince.

 

C’est ainsi que Gaston,

Disoit à mon doux Maître.

Je vous ferez raison de ce bougre de traître.

Allons petit chien de fripon Cardinal Mazarin,

Je vous mettray sous les pieds de mon Cousin.

 

Chanson                                              1650                                        [79]

Sur l’air de Béchameil.

Sur Mr Vion aîné de la Branche de Mr de Vion d’Herouval, fils d’un President des Comptes, Seigneur de Gaillon entre Meulan et Mantes. Ce President etoit Bastard d’un Prestre de ladite Maison de Vion, lequel son pere poussa a cette charge.

 

De Vion contoit à sa belle

            Tout ce qu’il sent;

Mais la voyant trop cruelle

            Et se fachant.

Pourquoi, dit il, tant de façon

Avec le Seigneur de Gaillon?

Haut et puissant, haut et puissant.

 

Croyez vous faire une faute

            En m’epousant?

Je suis d’une naissance haute,

            De noble sang.

Si vous ne scavez pas mon nom,

Je suis le Seigneur de Gaillon.

Haut etc.

 

Ouida, en Noblesse antique,

            Je me tiens grand;

De vieux parchemin gotique

            Sont mes garands;

Car sans Dagobert un devian

Se disoit Seigneur de Gaillon.

Haut etc.

 

Sans me vanter, je puis plaire                                                             [80]

            Parfaitement;

Je suis l’aîné de dix freres,

            J’ay quelqu’Argent,

Le Château, le vol du Chapon,

Etant seul Seigneur de Gaillon,

Haut etc.

 

Moyenne et basse justice,

            J’ay de tout tems

Pour qui mérite suplice.

            J’ay un Carcan,

Sur lequel est mon Ecusson,

Estant seul Seigneur de Gaillon,

Haut etc.

 

Deux troupeaux de Brebis tondent

            Mes Prez naissans;

Les vaches qui leurs repondent

            Sont pres de Cent:

Jamais ne fut tant de Dindons

Que chez le Seigneur de Gaillon.

Haut etc.

 

J’ay ving cinq Cocqs, deux cent Poules,

            Dix huit Faisans;

Cannes et Canards en foule,                                                                [81]

S’en vont criant;

Mais surtout pour le beau Pigeon,

Vive le Seigneur de Gaillon

Haut etc.

 

Si des Lapins de garene

            L’on est friant

J’en tiendrai ma Table pleine

            En un instant;

Car jamais de perdre son plomb,

Il arriva au Seigneur de Gaillon,

Haut etc.

 

Des Perdrix, des Bécasses,

            Des Hallebrans,

Rouleront dans ma Cuisine

            Confusement,

La mare en tout tems de poisson

Fournit le Seigneur de Gaillon,

Haut etc.

 

On se chauffe en nôtre ville

            Petitement;

Mais dedans mon Domicile,

C’est autrement.

Car il est en coupe à foison                                                                             [82]

Des bois du Seigneur de Gaillon,

Haut etc.

 

Ce sont de tres grandes choses

            Asseurement.

Que ce que je vous propose,

            Et je prétends

Vous faire une réception

Digne du Seigneur de Gaillon

Haut etc.

 

Le retour vaudra bien matines

            Asseurement

Entre deux toiles bien fines

            De beaux draps blancs;

Nous ferons un petit poupon

Qui sera Seigneur de Gaillon.

Haut etc.

 

Chanson                                              1650                                        [83]

Sur l’air de Bechameil

Sur le Seigneur de Grançon.

 

Ruston contoit à sa belle

            Tout ce qu’il sent;

Mais la voyant trop rebelle,

            Et se fâchant.

Pourquoi, dit il, tant de façon

Avec le Seigneur de Grançon?

Haut et puissant, haut et puissant.

 

Croyez vous faire folie

            En m’epousant?

Je vous trouve assez jolie,

            Et de bon sens;

Peut-être encore vous vaut-on?

Quand on est Seigneur de Grançon.

Haut etc.

 

Sachez qu’en Noblesse antique

            Je me tiens grand;

Des vieux parchemins gothiques

            Sont mes garans,

Où sous un Dagobert un Ruston,

Je porte Seigneur de Grançon                                                                         [84]

Haut etc

 

J’ay haute et basse justice

            Depuis mille ans;

Pour qui mérite un suplice,

            J’ay un Carquant,

Sur lequel est mon Ecusson

Comme êtant Seigneur de Grançon.

Haut etc

 

Sans me vanter j’ay sceu plaire

            A d’autres gens.

Je suis l’aîné de neuf freres;

            J’ay quelqu’argent,

Le Château, le vol du Chapon,

Je suis seul Seigneur de Grançon.

Haut etc

 

J’auray si l’année est bonne

            Orge et Froment,

Du vin prés de trente Tonnes

            Pour les Marcgands,

Car pour la bouche un bon poinçon

Suffit au Seigneur de Grançon.

Haut etc.

 

Tous les ans mon Parc abonde                                                                        [85]

            D’agneaux naissans,

Tous les jours mes poules pondent,

            Et sont bien cent;

Jamais ne fut tant de Dindons

Que chez le Seigneur de Grançon

Haut etc.

 

Un Moulin bannal, de rente

            Me fait cent francs.

Des censives lods et ventes,

            Je tire autant.

Sans le Dîmage du Cochon

Que prend le Seigneur de Grançon

Haut etc

 

J’ay sept vaches, trois Génisses,

            Quinze Faisans;

Des Canards autant qu’on puisse,

Et quatre Paons.

Mais surtout pour les beaux Pigeons

Vive le Seigneur de Grançon;

Haut etc.

 

Si de Lapins de garenne

            L’on est friand,

J’en rendray ma table pleine,                                                              [86]

            En un instant.

Car jamais de perdre son plomb

N’arrive au Seigneur de Grançon,

Haut etc.

 

Les Perdrix, les Bécassines,

            Les Allebrans

Rouleront dans ma Cuisine

            Confusement.

La Mare en tout tems de poisson

Fournit au Seigneur de Grançon

Haut etc.

 

J’ay huit Chevaux de Charruë,

            Tous allezant,

Qui pourront bien par les ruës

            De tems en tems,

Traîner dans un soiufflet mignon,

Vous, et le Seigneur de Grançon.

Haut etc

 

Voyés vous c’est quelque chose,

            Ma chere enfant,

Parce que je vous propose,

Et je prétens,

Vous faire une réception                                                                     [87]

Digne du Seigneur de Grançon.

Haut etc

 

D’abord viendra mon beau pere

            En linge blanc.

Sur son beau Roussin, vous faire

            Un Compliment

De tant entrés dans la maison

Femme du Seigneur de Grançon

Haut etc

 

Puis Messieurs de la Chicanne

            Chacun en rang

S’avanceront en soutane,

            Vous remontrant

Le bonheur de vôtre union

Avec le Seigneur de Grançon.

Haut etc

 

Mon Garanier à la feste

            Des bons vivans

Pour rendre entiere la feste,

            Doit cependant

Tirer de la poudre à Canon

Saluant le Seigneur de Grançon

Haut etc.

 

Avec des Chansons antiques,                                                             [88]

            Airs païsans;

Montés dessus des Bouriques

            Superbement

Suivans, demandent le teston

Pour boire au Seigneur de Grançon

Haut etc

 

Enfin dans leurs habits lestes,

            Et leurs Rubans

Paroîtront d’un air modeste,

            Complimentans,

Gogo, Javote et Gaudichon,

Soeurs de moy Seigneur de Grançon.

Haut etc.

 

Lors nos irons à l’Eglise

            Dans nôtre banc,

Où le Prestre à trois reprises

            Nous Encensant,

Entonnera le Te Deum.

Honneur au Seigneur de Grançon,

Haut et Seigneur, haut et Seigneur.

 

Autre                                                   1650                                        [89]

Sur l’air…

Mr de Charleval pour la soeur de Mlle d’Aumalle.

 

Sa Cadette quoique divine

Contre l’amour raisonne bien;

Mais elle scay car elle est fine

Que ses raisons ne vallent rien.

 

Sonnet                                           1650                                     [90]

Sur la Paix

 

Nous avons donc la paix graces aux Courtisans,

Et malgré la justice enfin on nous la donne;

Mazarin a vaincu, silence aux médisans.

La Régence a besoin de sa rare personne.

 

Quoi! vous en soupirez malheureux artisans,

Allez à l’hospital, la Reine vous l’ordonne;

Le Parlement l’aprouve, aprochez Partisans

La France encor un coup vous soûmet sa Couronne.

 

On vous en doit l’honneur Illustres Députez

Avec tant d’avantage arrester des traitez;

C’est un coup qui surprend l’esprit des plus crédules.

 

L’ouvrage est imparfait, il le faut couronner

Pour asseurer la paix que vous croyez donner

Faites en plein senat un Cezar de ce Jules.                               Mazarin.

 

Chanson                               1650                                    [91]

Sur l’air de la chasse de la Fronde.

Sur les Parlementaires Frondeurs.

 

Dans le Parlement la Fronde se réveille.   bis

Escoutez, comment au Parlement,

            L’on fronde vertement;

Le drôle en a la puce à l’oreille.

 

Ha! qu’il y fait bon, la chasse sera belle          bis

Acoute à Coulon, chou Bachaumont,

            Chou pille Barillon

Vaurouy accoute à Brousselles.

 

Il est à ses fins, faut que la beste creve,

Tayau Vertamon, valà Nemond,

Rancé, Pinon, ou revary Tronson

Tiralira li Boileve.

 

Retournons au bois pour reclamer la beste;

Il ne veut, dit on, brave Gaston,

            Que prendre le buisson,

Afin de mieux refaire sa teste.

 

Autre                                   1650                              [92]

Sur l’air de la Fronde.

 

A la fin Condé je me lasse,

De tant recommencer la chasse

Aprés avoir dit je le tiens,

Et puis qu’à tout moment il ruse,

De peur de fatiguer nos chiens;

Je suis d’avis qu’on l’Arquebuse.

                                   

par Blot.

           

Chanson                             1650                            [93]

Sur l’air du Poulallier de Pontoise.

 

Adieu ville peu vourtoise

Où je crûs être adoré,

......... est désespere.

Le Poullallier de de Pontoise

Me doit remener demain

Voir ma Famille bourgeoise,

Me doit remener demain,

Un baston blanc à la main.

 

La Cheute de mon ouvrage

M’a tiré de mon erreur,

Je tranchois du grand Auteur.

Tout me devoit rendre hommage;

Cependant je pars demain,

Et m’en retourne au village;

Cependant je pars demain

Un baston blanc à la main.

 

Mon avanture est etrange

On m’adoroit à Rouen

Dans le Mercure galant;

J’avois plus d’esprit qu’un Ange;

Cependant je pars demain

Sans Argent et sans louange;                                          [94]

Cependant je pars demain

Le bâton blanc à la main.

 

Chanson                                  1650                               [95]

Sur l’air: Quand je suis à la taverne.

 

Que tout le monde seconde

De bonne faςon,

Les fondateurs de la fronde

Comme Bachaumont,

Machaut, Dorat, Coulon;

Mais qu’on pende Brousselles;

Car il nous a fait faux bon

Avec sa sequelle.

 

En vain Prélat de la Fronde                           le Cardinal de Retz.

Vous faites le fin,

En criant par tout le monde,

Point de Mazarin,

Vous aurez vôtre tour;

Scachez que l’on vous jouë

Et qu l’on vous garde à la cour

La Potence, ou la rouë.

 

Par vôtre sage conduitte,                         le Duc de Beaufort.

Ȏ grand Amiral;

Tachez de hâter la fuitte

De ce Cardinal.

Vous serez nôtre apuy,                                                   [96]

Chassant son Eminence,

Car qui pourroit aprés luy

Mieux gouverner la France.

 

Chanson                                   1650                             [97]

Sur l’air: Vive l’amour.

Bensserade fit cette Chanson pour Mademoiselle de Chemerault l’une des filles de la Reine, qui disoit toujours le mot d’horreur.

 

Vous êtes horreur par le visage,

Horreur en tout, enfin d’horreur un assemblage;

Horreur de Cour, horreur de ville,

Horreur enfin de la Chambre des Filles;

Mais auroit on crû, qu’un abisme d’horreur

Eut pû toucher mon coeur?

 

Autre                                 1650                                       [98]

Sur le même Air.

 

On ne voit à la promenade,

Rien que Gerzé, rien que Vineuil et la Feuillade,                      Jarzé

Et qu’une certaine Comtesse

Chez qui tous les Rocantins font la presse;

Mais quand on ne voit que de ces gens au cours

On n’y fait pas deux tours.

 

Vous êtiez à la promenade

Monsieur Bouchu, vous avez eu mainte oeuillade

D’une certaine Duchesse,

Qui volontiers recevroit vos tendresses;

Mais si vous n’avex beaucoup de revenu

Serviteur à Bouchu.

 

Chanson                                    1650                              [99]

Sur l’air des Trembleurs.

 

Godefroy croit que sa femme

Luy garde une chaste flame,

Qu’il possede seul son ame;

Et qu’atort on l’accusa

Pour faire l’Epitalame

De Monsieur, et de Madame,

Il faut que chacun proclame

Le Cantique que voila, la la la;

Il est cocu, batu, content;

Et quiconque dit autrement,

Il ment, il ment, il ment.

 

Autre                               1650                                 [100]

            Sur l’air: Vous m’entendés bien.

 

            Belle Comtesse dites nous,                 Madame d’Olonne

Aimez vous bien vôtre époux?

Ou si la blonde tresse;

                        Hé bien!

Emêut vôtre tendresse

Vos m’entendez bien.

 

 

Réponse qu’elle fit sur le champ.

 

Je ne dis point mon sentiment,

D’un époux, ou bien d’un amant.

            Quoi! les mettre en balance,

                        Hé bien!

La question m’offense,

Vous m’entendez bien.

 

Chanson                                1650                                   [101]

Sur l’air: Qu’en dis-tu Jean de Nivelle.

Sur Mademoiselle de Rohan mariée à Monsieur de Chabot.

 

Je ne scay si l’on me trompe;

Mais l’on dit que l’on vous montre

Mademoiselle de Rohan,

A jouer de la prunelle.

Qu’en dis tu Jean de Nivelle?

C’est la Choisy qui l’aprend.

 

Autre                                    1650                                   [102]

Sur l’air: Philis, je change

Sur Mademoiselle de Montpensier.

 

                        Par ses grimaces

Mademoiselle a des appas

Que les autres beautez n’ont pas.

Les autres beautés elle efface

                        Par ses grimaces.

 

Chanson                               1650                                [103]

Sur l’air: Il a batu son petit frere.

 

Que j’aime nôtre frere Antoine,

Qui gueux comme doit être un Moine,

Sans payer est de tous écots,

Et plus zelé que nous ne sommes

Se charge tous les jours le dos

Des pechez de cinq ou six hommes.

 

Autre                                   1650                                     [104]

Sur le même Air.

Sur Monsieur Barbe homme d’affaire, qui faisoit l’homme du bel air.

 

Barbe mérite le Balustre.

Vertubleu c’est un homme illustre;

Il cherit les Cus et les C.....

Les Pistolles lui sont des mailles.

Roquelaure et tous les Gastons

Prés de lui ne sont que Canailles.

 

Autre                                     1650                                [105]

 

Quand Chausseraye au poil de vache

Se fait f…. par un bardache (1).

Et que nôtre Dame d’Atour (2),

A Chateautier brânle la Motte;

Si Loube ne faisoit l’amour.

Parbleu elle seroit bien sotte.

 

La Colbert* n’en est pas plus vaine,

Quoiqu’en la Chambre de la Reine,

On ait fair asseoir son fessier;

Car en Duchesse debonnaire,

A son Cousin le Tapissier

Elle a donné son Dais à faire.

 

(1)           Le Marquis de Biron

(2)           Madame de Durasfort

*Madame de Chevreufe

 

Autre                                        1650                                     [106]

Sur le même air.

 

Le party des bons Catholiques

Boit à vous autres hérétiques.

Mes chers amis prenons du vin,

Et pour que personne n’échape.

Vous direz foin/fou... de Calvin,

Et je diray foin/fou... du Pape.

 

Chanson                                         1650                                   [107]

Sur l’air: Et ouy par la mordienne.

Mr de Bonnelle, fils aîné de M de Bullion, Intendant des Finances, accusé d’avoir f..tu des Chevres.

 

 Quand la Brebi du Sr de Bonelle

 Besle

 Le/ Ce Bougre infidelle

Luy repond ainsy

Brebi ny Caprelle

N’est plus mon soucy,

Monsieur d’Aumalle,

Le beau Candalle,

Et le reste de la Caballe,

Masle,

A mes yeux estalle

Et plus de beautez, et plus de plaisir,

Et ouy par la mordienne jarnidienne

Vertudienne ouy.

 

Les gens que Monsieur de Turenne,

            Mene,

Sont grands Capitaines,

Et fort vogoureux.

Le Bois de Vincennes,

Est trop foible pour eux;

Porte cochere,

Ne dure guere,

Contre gens de telle maniere,                                                     [108]

            Fiere

Qui taille croupiere

Aux soldats de Mazarini.

Et ouy par la mordienne etc.

 

Voicy venir Turenne, reculle

            Julle,                                                    Cardinal Mazarin.

Monte sur ta Mulle,

Prens ton habit gris,

Crainte qu’on te brûlle

A la Greve à Paris.

Porte cochere

Ne dure guere,

Contre gens de telle maniere

            Fiere;

Qui taille croupiere,

Aux soldate de Mazarini;

Et ouy par la mordienne etc.

 

J’ay veu Beaufort dedans son ire

            Dire,

Je m’en veux dédire,

J’aime Mazarin;

Puisqu’à mon pere et frere,

Il donne du pain;

Vieille Chevreuse,                                                                [109]

Grande coureuse;

Et vous Montbazon la frondeuse,

            Gueuse,

Soyez vigoureuze,

Tenez conseil au Pilori,

Pour sauver Dame Anne, et son favory.   Anne d’Autriche. le Cardinal Mazarin.

Et ouy par la mordienne etc.

 

Autre

 

Grand Lieutenant général de France,

            Pense,

Qu’un Prince en souffrance,

Dedans sa prison,

Est toujours en transe,

De peur du poison,

Sois plus habille,

Il t’est facile.

Fais faire au gredin de Sicille,

            Gille.

Suis cette Evangile,

Chacun en sera réjouy.

Et ouy par la morguienne etc.

 

Souffrira-t’on qu’un vilain bardache,

            Lasche,

Sans que l’on le sache,                                                         [110]

Réduise aux abois,

Sur nôtre moustache,

Le sang de nos Rois.

La pauvre France

Est en souffrance.

Il est tems que son Eminence

            Danse,

Sous une Potence;

Chacun en sera réjoüy,

Et ouy par la mordienne etc.

 

A nôtre abord la grand ville émeüe,

            Hüe,

Beaufort dans la ruë,

Et sur le blondin

S’escrie, tuë, tuë;

C’est un Mazarin;

Le Roy des Halles,

Trousse ses Malles.

Au premier son de nos Timballes,

            Parle,

Dit à sa Caballe,

Tout est perdu, les Princes sont sortis,

Et ouy par la mordienne etc.

Scavez vous pourquoy Jars est morne?                                         [111]

            Corne;

Mais je dis sans borne,

Menace son front

Plus grande Licorne,

Jamais n’en auront.

Le pauvre here

Se croira pere

D’enfant que maint blondin espere

            Faire,

Une telle affaire,

Affligeroit le plus réjouy,

Et ouy par la morguienne etc.

 

Autre                                              1650                                   [112]

Sur l’air des Alleluya.

 

Que deodatus est heureux

De baiser ce bec amoureux;

Qui d’une oreille à l’autre va

            Alleluya.

 

Si le Roy venoit a mourir

Monsieur ne se pourroit tenir,

De dire en chantant libera,

            Alleluya.

 

La Reine veut un autre v....                            Anne d’Autriche.

Mais on n’en a pas a crédit;

Et la pauvrette maille n’a.

            Alleluya.

 

Le Mazarin est bien lassé,

De f.... un C.... si bas persé,

Qui sent si fort le faguena.

            Alleluia.

 

La d’Orleans et la Vandis

Se servent de Gaudemichis;

De v.... pour elles il n’y a,

            Alleluya.

 

La Motte disoit l’autre jour                                                     [113]

A Richelieu, faisons l’amour,

Embrassons-nous et cétéra.

            Alleluya.

 

Chemerault luy disoit frapons/ frippon;

Prenez noy la Motte du C.....

Et laissez l’autre Moue là.

            Alleluya.

 

Si vous voulez scavoir pourquoi,

On f..... la Bonneuil malgré soy?

De C..... de son calibre il n’y a.

            Alleluya.

 

A Clerembault* disoit Gourdon**,

Menez moy le v.... dans le C....

Pour voir comme cela fera.

            Alleluya.

 

Je ne scay comme quoy Fouilloux***,

Peut avoir f.... tant de coups.

Sans avoir une fois mis bas.

            Alleluia.

 

Quand d’Alluy ne l’a f..... pas bien

Elle lui dit f.... tu vilain

 

*Le M.is de Clerembault qui a epousé depuis la fille du Comte du Plessis.

**Gourdon, Anglaise, fille de Madame Henriette.

***Fille d’honneur de la Reine, femme de Monsieur d’Alluy

 

La verolle a passé par là.                                                [114]

            Alleluya.

 

De Menneville et de Brion,

S’il sort jamais un embrion;

Fils de son pere il  ne sera.

            Alleluya.

 

Quand Marsillac (1) au monde vint,

Pour défaire les Philistins,

Machoire d’asne il aporta.

            Alleluya.

 

(1)           Depuis Duc de la Rochefoucaut et Grand Maitre de la Garderobe.

 

Chanson                                        1650                                   [115]

Sur l’air: Beuvons donc mes chers amis. ou Cela m’est fort indifferent, ou des Rochelois.

 

Que la Ferté ne m’aime pas,                   la Mareschal de la Ferté.

Qu’il soit traitre comme judas,

Qu’il soit yvrogne et sodomite,/ Qu’il s’en yvre comme silene,

Qu’il soit cocu comme Vigean,/ Qu’il soit cocu, jaloux, content,

Et puis qu’il soit mangé des Mittes;/ Qu’il soit fils d’un grand capitaine.

Cela m’est fort indifferent.

 

Que la petite la Ferté*,

Ne soit bonne qu’a culbuté,

Qu’il soit grosse, courte et ronde,

Et qu’a l’âge de cinquante ans,

Elle veuille plaire à tout le monde

Cela m’est fort indifferent.

 

Que la grande Comtesse d’Alais

Serve de cheval de relais,

Que chacun la baise/ f..te à sa guise,

Et que l’on l’ait trouvée dansant

La farabande sans chemise

Cela m’est fort indifferent.

 

*premiere femme du Mareschal de la Ferté de la Maison de Contenan. Charlotte de Bauves mariée en 16.... et morte en 1654. 

 

Chanson                                               1650                               [117]

Sur l’air de Coulon Frondeur.

 

Condé vous voila dans Vincennes,

Dieu vous y veille maintenir;

On voit fort peu de gens en peine,

Comment vous en pourrez sortir.

Mais pour le bien de notre France,

Si l’on en croit son Eminence.                         le Cardinal Mazarin.

Brave Condé je vous promets

Que vous n’en sortirez jamais.

 

C’est faire un plaisant personnage

Pour un Prince des plus rusez,

D’accusateur se voir en cage

En la place des accusez:

Beaufort qui scait avec la fronde,

Veiller au bien de tout le monde,

Jamais ne vous enseignera

La machine qui l’en tira.

 

Autre                                  1650                                     [118]

Sur l’air des Triolets.

Sur le Cardinal Mazarin.

 

La goute nous va venger

De ce maudit éstranger:

Car quand la Reyne l’apellera;                               Anne d’Autriche.

S’il faut qu’il la f...te,

Et qu’il ait la goute

La double putain l’etranglera.

 

Chanson                                     1650                                  [119]

Sur l’air de Coulon Frondeur.

par Blot.

 

Vous demandez d’où vient ma peine,

Et qui me tient tout désolé?

C’est qu’on dit que j’ay mal parlé

Du C.... et du cu de la Reine.

Ils ont menty les Mazarins;

Je n’ay point mérité leur haine.

Ils ont menty les Mazarins,

J’estime trop ces deux voisins.

 

Je n’ay rien dit qui vous déplaise,

Je vous honore infiniment;

J’estime votre fondement;

Et tiens le C.... chaud comme braise.

Ils one menti les Mazarins,

Ne faites donc plus la mauvaises.

Ils ont menti les Mazarins,

J’estime trop ces deux voisins.

 

Chanson                                   1650                                      [121]

Sur l’air: Le beau Berger Tircis.

 

Madame de Monglas*,

Rompez donc ce silence

Et pourquoi n’escrire pas,

A des amis d’importance;

Avec cette éloquence,

Qui ne vous quitte pas?

 

Votre main, ce tresor

De blancheur non pareille,

Craignant de faire un effort

Pourra faire écrire Abeille,

Vous ferez des merveilles

Quand vous serez d’accord.

 

Réponse de Madame de Monglas

 

D’où vient cette Chanson

Qui blâme mon silence?

Je crois connoitre Apollon

A cette douce cadence.

Ah! nul mortel en France

Ne chante sur ce ton.

                              

*Couplets de Mademoiselle de Montpensier à Madame de Monglas.

 

Puisque le Dieu des vers,                                                       [122]

Me prévient et me loüe.

Pour répondre à ses Concers,

Que ma langue se dénouë,

Et que lui même avouë

La douceur de mes vers.

 

Je chantois autrefois

Avec quelque justesse,

Lorsque du sang de nos Rois,

Une charmante Princesse                                Mademoiselle.

Aimoit avec tendresse,

Les accens de ma voix.

 

Depuis qu’elle a cessé

D’aimer mes Chansonnettes.

De dépit j’ay tout laissé,

Lyre, Guittare et Musette;

Et triste je regrette

Un bien sitost passé.

 

Que si par un bonheur,

Où je n’ose prétendre,

Elle me faisoit l’honneur

De vouloir encore m’entendre,

On me verroit reprendre,

Ma premiere vigueur.

 

Ainsi, grand Apollon,                                                        [123]

Excuse mon silence.

Abeille ton nourrisson;

Chagrin d’une longue absence

Malgré lui se dispense

De chanter sur ce ton.

 

Autre                                   1650                                           [124]

Sur l’air des Triolets

Sur la prise des trois Princes, de Condé, Conty & Longueville.

 

Ȏ Dieu le beau coup de Filet!

Qu’ont fait Guitault et Cominge;

Car ils ont pris au trébuchet,

Ȏ Dieu le beau coup de filet

Car ils ont pris au trébuchet

Le Lion, le Renard, et le Singe;

Ȏ Dieu le beaucoup de filet

Qu’ont fait Guitault, & Cominge!

 

Chanson                                 1650                                        [125]

Sur l’air: Vous n’aurez rien qu’un pied de nez, ou Si vous n’estes enfarinez.

Sur le Cardinal Mazarin.

Lardiniere se fit annoncer Lardinieri pour avoir audience du Cardinal, et l’eut. Il s’apelloit N...... le Peigné Seigneur de Lardiniere Lieutenant Colonel du Regiment de Champagne frere du Seigneur d’Arques Conseiller au Parlement.

 

Quand vous serez comme ce Prince,

Devant qui tout l’Empire à fuy,

Et que vous eussiez comme luy,

Conquis des villes et des Provinces.

Si vous n’estes Italiens,

Adieu l’espoir de la fortune.

Si vous n’êtes Italiens,

Vous n’attraperez jamais rien.

 

Auriez vous forcé cent murailles,

Et comme lui par vos éxploits,

accrû l’émpire des Francois,

Et gaigné trois grandes Batailles

Si vous etc.

 

Bien qu’à l’assaut de trente Villes,                                         [124]

L’on auroit connu vôtre nom;

Et qu’on scauroit que le Canon,

Vous auroit fait la jambe de quille.

Si vous etc.

 

Fussiez vous Nobles de cent races,

Fils de Comte ou de Mareschal;

Jamais au Palais Cardinal,

L’on ne vous fera faire place.

Si vous etc.

 

Crier que c’est une injustice

De mépriser les gens de coeur,

L’on connoist bien votre valeur;

Mais on rit de vôtre service.

Si vous etc.

 

Vous dites, je suis gentilhomme,

Je suis percé de mille coups.

Mon bon amy retirez vous;

Car vous ne venez pas de Rome.

Si vous etc.

 

Chanson                                     1650                                  [127]

Sur l’air des Triolets.

Faite par du Moustiers Peintre du Roy: sur Michel Lasne Graveur du Roy. Tous deux logés aux Galleries du Louvre. Faite pour réjouir la Reine mere, devant qui ils faisoient des plaisanteries.

 

Michel Asne ce bon Graveur,

Qui demeure à la gallerie;

Il n’est Mazarin ny frondeur,

Michel Asne ce bon Graveur,

Il n’est ny Mazarin, ny frondeur:

Il n’aime que la goinfrerie,

Michel Asne ce bon Graveur.

Qui demeure à la Gallerie.

 

Il a tout mangé le glouton,

Et bû ce qu’il avoit de rente.

Son pourpoint n’a plus qu’un bouton,

Il a tout mangé le glouton,

Son pourpoint n’a plû qu’un bouton;

Mais son nez en a plus de trente.

Il a tout mangé le glouton,

Il n’a plus un double de rente.

 

Autre                                     1650                                    [128]

Sur l’air: Il a battu son petit frere.

Sur le Comte d’Harcourt Grand Escuier.

 

Amis buvons à tasse pleine

Au brave Cadet de Lorraine,

Qui vaut bien mieux que le premier;

Morbleu, je vous le dis à table;

C’est trop peu de grand Escuier

Je voudrois qu’il fut Connestable.

                                                par Blot.

 

Chanson                                       1650                                  [129]

Sur le chant: Conditor alme siderum.

Sur le Cardinal Mazarin, & la Reyne.

 

Quand son Eminence apparut,

La Reyne le dos lui tourna;                                  Anne d’Autriche.

Mais ayant un reste de rut

Le Cardinal vous l’encula.

 

La Reyne s’etant informé

Qui son F...... avoit dérobé.

On ne lui pût jamais nommer

Que la Lionne ou quelque Abbé.

 

Autre                                          1650                                     [130]

Sur le même chant.

 

Monsieur êtant mal satisfait                              Gaston Duc d’Orleans

De ce qu’on empuentissoit

Dit à sa Chanceliere Housset

Donner ordre à vôtre gousset.

 

Chanson                                          1650                                     [131]

Sur l’air: Il a batu son petit frere.

A Mademoiselle de Guerchy contre Marianne. Benserade fit cette Chancon pour les Filles de la Reyne Anne d’Autriche.

 

Ouy je vous dis & vous repette

Que Marianne êtoit coquette,

Et n’eut pû se passer d’amans;

Ce n’est point médisance noire,

Et je m’en raporte aux Romans

Que vous croyez mieux que l’histoire.

 

Son ame ne fut point ingrate

Aux passions de Tiridate,

Qui fut l’un de ses favoris:

Et c’est d’elle que vient la mode

De faire enrager les maris,

Alors qu’ils sont vieux comme Hérode.

 

On ne pouvoit vivre avec elle:

Herode et toute sa sequelle,

Luy paroissoient de vrais Dragons:

Bref sa conduitte impertinente

Eut je croy fait sortir des gons

Madame vôtre Gouvernante.                Madame du Puys           [132]

 

La pauvre Dame toute bonne

Eût veu cette fiere personne

Sans cesse la contrarier.

Et dans son humeur inquiette

Inventer pis que le brasier,

Et pis que les brins de vergette.*

 

Elle aimoit, elle êtoit aimée:

Mais épargnons sa renommée,

Et laissons-la pour ce qu’elle est:

Suffit que c’est un sot modelle,

Et qu’on a beaucoup d’interrest

Que vous ne soyez pas comme elle.

 

L’histoire nous enseigne comme

Elle baisa ce galand homme.

Dieu scait ce qu’entend le lecteur,

Et vous même estes assez fine

Pour vous imaginer l’auteur,

Plus modeste que l’heroyne.

 

De grace n’allez pas redire

Que j’en ay fait une satire,

Ou je la mets en beaux draps blancs,

 

*Les filles de la Reine durant les grandes chaleurs, mirent un rechaux plein de feu sous le lit de leur Gouvernante, et couperent des vergettes dans les draps. 

 

Et que mes Muses libertines                                                [133]

Ont aprés quelques deux mil ans

Mis Marianne aux Feuillantines.

 

Autre                                     1650                                  [134]

Sur l’air: Or nous dites Marie.

Sur Anne d’Autiche.

 

Or dites nous la mere

De nôtre Souveraine?

D’où vous vient ce Cancer

Qui vous ronge le sein?

Du Climat d’Italie,

Helas vient tout mon mal.

Je tiens ma maladie

Du deffunt Cardinal.                                      de Richelieu.

 

Chanson                                  1650                                  [135]

Sur l’air des Gridelins.

 

Ils ont force Pistolles

Nos amis de Madrit,

Ils sont gens de parolles,

D’honneur et de crédit.

Si le bon vin encore accompagne

La Piastre et les Doublons de poids;

Chantons tous d’une voix

Avec bons Bourdelois.

Vive tout ce qui vient d’Espagne

Hors les filles de leurs Rois.

 

Le bougre de Sicile                                 le Cardinal Mazarin.

A fait de vilains coups;

Bonnelle et Romainville

Ne seroient pas si fous;

Ils aimeront mieux Chevres et biches,

Ou f…. quelque garçons

Que de f…. un C…

Quand il seroit du sang d’Autriche,

Ou la veuve d’un Bourbon.

 

Je dis nargue du Prince,

Comme du Cardinal,

Puisque dans nos Provinces,                                                   [136]

Ils nous font tant de mal,

Ce sont deux tirans qui nous tourmente

De differentes faςons

Pour chasser les Bourbons;

L’un se sert de Walons;

L’autre avec la Gouvernante

Fait le Diable en caleςons.

 

Quand ce grand Alexandre

Formoit quelque dessein,

Avant que l’entreprendre

Il penoit son vin.

Tu ne cedes point à son courage,

A sa valeur à son nom.

Efface son renom

Pour ne lui pas laisser l’avantage,

D’avoir plus fait qu’un Bourbon.

 

Veux tu que la victoire

Suive par tout tes pas?

Grand Prince, il te faut boire,

Et ne te lasser pas.

Le Dieu des buveurs conquit les Indes;

Ce Dieu vaillant comme toy,

Remplissant tout d’effroy

La soûmit sous sa Loy:                                                           [137]

Mais il fit plus de cent mil bringue

Avant que d’en être Roy.

 

Autre                                      1650                                         [138]

Sur l’air...................

 

Point de guerre, bis

Nous en sommes saouls,

Paris et Saint Germain ont assés fait les fous.

 

Chanson                                   1650                                        [139]

Sur l’air: Il a battu son petit frere.

 

Frondeurs si vôtre Remontrance

Peut faire chasser l’Eminence,

Je serai de vôtre costé;

Mais las, si l’on n’en veut rien faire,

Où trouverez vous seuretéz?

Pensés y bien c’est vôtre affaire.

 

Condé vous n’êstes pas trop sage

D’exposer vôtre grand courage,

A cet Auguste Parlement.

Gardez d’irriter sa colere,

Et considérez seulement

Qu’il vous fit, et vous peut faire.

 

Usons bien de la Conférence,

Remettons la paix dans la France,

Où tout est vous m’entendez bien.

Finissons la Guerre Civille,

Et que le pain cotidien

Revienne à Paris la grand ville.

 

Autre                                   1650                                      [140]

Sur l’air des Rochelois.

 

Salut au grand Duc d’Orleans                    Il tenoit pout la Cour à la 1.ere guerre de Paris.

Et à Messieurs ses adhérans

Qui sont sortis par la Riviere:                    l’Abbé.

Mais quand ainsi vous sortirez,

Faudra discuter la matiere,

Autrement vous ne rentrerez.

 

Salut au Prince de Condé,

Vous avez fort longtems rodé,

Et molesté l’Isle de France.

Quel Astre icy vous a conduit?

Par ton par la Conférence,

Aussi bien de jour que de nuit?

 

Salut à l’invincible Harcourt,

Lequel seul est sorti de jour

Pour surprendre la Normandie.

Suivez le chemin de la cour,

Car en faisant telle sortie

Vous y demeureriez bien court.

 

Bondi Seigneur Précipulin

Grand Serviteur de Mazarin,

Fussiez vous encore à Crémone,                                                  [141]

Pourtant vous êtes homme de bien,

A ce que dit Dame Simonne;

Car vous ne prenez jamais rien.

 

Dieu gard le Mareschal Lampon,         le M.al de Gramont

Dieu gard le maître du Canon;             le M.al de la Meilleraye, Grand Maitre d’Artillerie.

Que vous nous avez mis en peine!

Avez vous bien pû retrouver

Le chemin du cours de la Reine?

Car c’est par là qu’il faut rentrer.

 

Salut à tous ses grands,

A tous les chercheurs de lauriers,

Grand Conquerant de Catalogne,             le Prince de Condé.

Prenant Paris pour Lérida.

Vous avez eu de la besogne,

Qui est encore vôtre Agenda.

 

Chanson                                      1651                               [143]

Sur l’air des petits sauts de Bord.

 

La Fougere est fort polie,

Elle est de doux entretien;

Son humeur est bien jolie,

Ma foy je l’aimerois bien,

Elle à la bouche vermeille,

Le teint blanc, le teston dure;

Mais on ma dit à l’oreille

Qu’il n’y faisoit pas trop seur.

 

Autre                                                                                   [144]

Sur le même Air.

 

Deseures des Descrotoires,

Sont bien moins rudes que vous;

Vous avez la peau trop noire

Pour faire tant les yeux dous;

Si le fat qui vous en conte

Avoit tant fait peu de sens;

Il devroit mourir de honte

D’employer si mal son tems.

 

Chanson                                        1651                                     [145]

Sur l’air des petits sauts de Bord.

Sur Madame de Mauny.

 

Il n’y a pas d’aparence

Qu’un si grand nombre d’amans,

Puisse perdre l’esperance

De soulager leurs tourmens;

Car vous trouvant si gentille,

Et brûlant pour vos beaux yeux;

On scait que vous êtes fille

De Madame de Pizieux.

 

Autre                                                                                         [146]

Sur le même Air.

Aur la Marquise de Vignacourt.

 

On remarque en ta presence

Marquise de Vignacourt;

Une hauteur de naissance,

Qui surprend toute la Cour.

Toute la terre l’admire,

Et Princesse et bavolet;

Et sur ton fait la satire

Est au bout de son rollet.

 

Chanson                                     1651                                          147

Sur l’air..................

 

Guerchy pour mieux vous faire aimer,

Le Ciel vous fit un si digne partage,

Qu’on doute en vous qui doit le plus charmer,

Ou de l’ésprit ou du visage.

 

L’on meurt d’amour sans nul regret.

Aimant Segur, quoiqu’on lui soit fidelle;

Et ses amants sont tellement discrets.

Qu’on ne les voit jamais prés d’elle.

 

Saint Maigrin dessous vôtre loy,

On voit toujours quelqu’amant qui soupire;

Car vous avez ce beau je ne scais quoy,

Qui fait qu’on ne s’en peut dédire.

 

Sans passer pour un indiscret;

N’est il pas vray Nevillan qu’on vous peut dire,

Qu’en vous poussant dessus un tabouret,

Il est aisé de vous séduire.

 

Premont pourroit gagner les coeurs;                        du Sart

Mais choisissant un parti plus modeste,

Quand le troupeau va paissant des douceurs,

Elle veut bien vivre du reste.

 

Parlement cassez vos soudars;                                                 [148]

Vous Polonnois, quittés le cimeterre.

Il faut bien que le dernier jour de Mars,

Soit le dernier jour de la guerre.

 

Tiembrune vos yeux ont un feu,

De qui l’ardeur n’eut jamais de seconde;

Mais ce beau feu qui vous noircit un peu,

Brusle en eschange tout le monde.

 

Vous vous tournez d’une faςon,

Qui fait bien voir que vous l’a donnez belle

Je ne suis pas l’aîné de la Maison;

Je suis Monlouet*, non pas Bonelle.

 

Du Puis vous ne scauriez scavoir,                Gouvernante des Filles de la Reine mere.

A qui j’en veux tant ma flame est discrette.

Quand vous auriez un absolu pouvoir

Sur les secrets de Michelette.                       femme de chambre

 

Je ne crains plus vôtre rigueur,

Et veux guérir du beau trait qui me blesse,

Puisqu’on ne peut être vôtre vainqueur

Sans être un héros de Gonnesse.

 

*Monlouet cadet de Bonnelle grand b........ êtoit amoureux de Tiembrune et l’épousa et quand il vouloit lui parler, elle lui tournoit le dos.

 

Chanson                                         1651                                    [149]

Sur l’air: Qui n’admire l’enfance, ou Car l’on dit déja je ne scais quoi.

Sur Louis XIV.

 

Qui n’admire l’Enfance,

D’un jeune Roy plus beau que le jour;

Soit qu’il chante, ou qu’il danse,

Les Dames l’aiment déja d’amour;

Et tout bas disent avec rougeur.

Qu’il est beau! mais las! que n’est il majeur.

 

Autre                                    1651                                           [150]

Sur le même Air.

 

Guerchy n’a rien en elle

Qui ne l’a fasse suivre en tous lieux;

L’esprit de cette belle

A presqu’autant de feu que ses yeux.

Si leurs traits dont on ne peut guerir,

Font naître, ils en font mourir.

 

Le Caresme de Mazarin                        1651                             [151]

Ou la suitte de ses Triolets.

 

Quoique nous chante le bigot

Que Jule est Prince de l’église,

Je luy donneray de l’ergot:

Quoique nous chante le Bigot;

Ne doit on pas traiter en got

Celui qui fait qu’on la méprise?

Quoique nous chante le Bigot

Que Jule est Prince de l’église.

 

Est-ce le fait d’un bon Chrestien

De se moquer de l’Indulgence?

Au grand pardon mettre un lien?

Est-ce le fait d’un bon Crestien?

Jules jaloux de nôtre bien

Empescha qu’il ne vint en France.

Est-ce le fait d’un bon Chrestien

De se moquer de l’indulgence.

 

Ce fripon qui veut regrater

Surtout, même sur le Saint Pere,

Vouloit ses Tresors débiter:

Ce fripon qui veut regrater,

Et chercha de faire achepter

Ce que nous donnoit nôtre mere;                                        [152]

Ce fripon qui veut regrater

Surtout, même sur le Saint Pere.

 

Vit on des Diables plus malins,

Quand au fait de la marchandise?

Il trafique en poil et en lins;

Vit on des Diables plus malins?

En filles, garςons et poulains,

Et du Bocn jusqu’à l’église;

Vit on des Diables plus malins

Quand au fait de la Marchandise?

 

Que la paix que l’on fit à Cazal,

Fut pour nous une paix funeste.

Pouvions nous avoir pire mal

Que la paix qu’on fit à Cazal?

Puisqu elle fit ce Cardinal

Pire que la guerre et la peste;

Que la paix qu’on fit à Cazal

Fut pour nous une paix funeste.

 

On coiffa de rouge ce veau,

Et l’on le crût digne de gloire,

Quoiqu’il fut digne du cordeau,

On coiffa de rouge ce veau.

Et bien que traître Maquereau,                                                         [153]

Pot de chambre et supositaire,

On coiffa de rouge ce veau

Et l’on le crût digne de gloire.

 

Qui poussa deffunt maître Armant                       le Cardinal de Richelieu.

A tant honorer cette beste?

Fust-ce un coup de son jugement

Qui poussa deffunt maître Armant?

Nenny, ce fut asseurément

Un coup du cu, non de sa teste,

Qui poussa deffunt maître Armant

A tant honorer cette beste.

 

J’ay mal jugé de Richelieu,

Il êtoit de trop bonne trempe,

Pour fouiller en ton sale lieu,

J’ay mal jugé de Richelieu,

Il fut trop bon ami de Dieu,

Pour mettre son huile en ta Lampe.

J’ay mal jugé de Richelieu,

Il êtoit trop de bonne trempe.

 

Bougre, boufon, baudet, badin,

Coquin, croquant, croquer d’andouilles,

Gavache, glorieux gredin,

Bougre, bouffon, baudet, badin,

Viédaze, vray Villebrequin

De ceux au cul de qui tu fuilles,

Bougre, boufon, baudet, badin,

Coquin, croquant, croqueur d’andouilles.

 

Maudit, maraut, malicieux,

Sot, superbe, simoniaque,

Avare, asnier, ambitieux;

Pendart, pelé, pernicieux.

Plus dangereux qu’un maniaque,

Maudit, maraut, malicieux

Sot, superbe, simoniaque.

 

Infame, impertinent, ingrat,

Tigre testu, tiran, & traître;

Fourbe, faquin, fantasque, fat,

Infame, impertinent, ingrat;

Ribaut, rodomont, rénégat;

Méchant enfin par toute la terre;

Infame, impertinent, ingrat,

Tygre, testu, tyran, et traître.

 

Pour porter dessous le nombril

Un monstre, amy de la nature,

Une machine au lieu d’outil,

Pour porter dessous le nombril;                                                  [155]

Maître Coquin te falloit il

Mettre la France à la torture?

Pour porter dessous le nombril

Un monstre amy de la nature.

 

Au Diable soit le braquemare,

Maudite en puisse être la Caze.

Jules par là fut il camart?

Au Diable soit le braquemart;

Puissions nous crier au renart,

Le voyant sans membre et sans haze,

Au Diable soit le braquemart,

Maudite en puisse être la Caze.

 

Les Triolets                                    1651                                      [157]

de Mazarin sur le sujet de sa fuite.

 

Bougres il faut quitter Paris,

Puisque son Eminence pette,

Si vous ne voulez être pris.

Bougres il faut quitter Paris;

Son cul vous est il à mépris?

Oyez Jossier qui vous trompette,

Bougres il faut quitter Paris,

Puisque son Eminence pette.

 

Suivez, empaleurs de garçons

Jules qui vos Docteurs enseigne,

Il vous donnera des leςons,

Suivez empaleurs de garçons;

Le Bougre scait en cent façons

Pescher un étron à la ligne,

Suivez empaleurs de garçons

Jules qui vos Docteurs enseigne.

 

Ce coquin et tout son party

Sent aujourd’huy rude secousse;

On accommode de rosty                                                               [158]

Ce Coquin et tout son party:

Condé, Longueville & Conty,

Ne s’en rongeront point le pousse,

Ce Coquin et tout son party

Sent aujourd’huy rude secousse.

 

Lorsque je pense à ce voleur,

Contre moi même je me fasche,

Au front me monte la chaleur,

Lorsque je pense à ce voleur:

De Paris il est le malheur,

Et Paris toutes fois le lasche:

Lorsque je songe à ce voleur

Contre moi meme je me fache.

 

Au lieu de le laisser partie,

Mieux monté que ne fut Saint George:

Devione nous pas le devestir

Au lieu de le laisser partir?

Couper son membre & le rostir,

Et puis lui faire rendre gorge:

Au lieu de le laisser partir

Mieux monté que ne fut Saint George.

 

Contre lui ne point décreter,

Ce n’est pas faire un coup de fronde,                                             [159]

C’est trop doucement le traiter,

Contre lui ne pas décretter;

Son Arrest devoit l’arrester,

Ou l’envoyer en l’autre monde;

Contre luy ne pas décretter

Ce n’est pas faire un coup de fronde.

 

Que nous sert qu’il soit exilé

Puisque nos Louis il emporte?

Aprés avoir dix ans volé

Que nous sert qu’il soit exilé?

Pour lui c’est un grand Jubilé,

Que la liberté d’une porte;

Que nous sert qu’il soit exilé

Puisque nos Louis il emporte?

 

Ce maraut qui n’a point d’esprit,

Ni de vertu que dans les couilles,

De nôtre betise se rit,

Ce maraut qui n’a point d’esprit,

Et fait gloire qu’il soit écrit

Qu’il est riche de nos dépouilles

Ce maraut qui n’a point d’esprit

Ni de vertu que dans les couilles.

 

On manqua bien de Jugement,                                                       [160]

Lorsqu’on voulut choisir cet homme,

Pour remplir la place d’Armand,                        le Cardinal de Richelieu.

On manqua bien de Jugement:

Il pouvoit bien plus dignement

Gouverner les Bordeaux de Rome

On manqua bien de Jugement,

Lorsqu’on voulut choisir cet homme.

 

Jules et le deffunt Cardinal

Se ressemblent ils je vous prie?

L’un fut homme, l’autre est cheval

Jules et le deffunt Cardinal;

L’un bâtit un Palais Royal,

L’autre bâtit une écurie:

Jules et le deffunt Cardinal

Se ressemblent ils, je vous prie?

 

Tous deux ont aimé le ballet,

La farce, et la Scene tragique,

L’un en Prince, l’autre en valet,

Tous deux ont aimé le balet;

Jules comme un vray Jodelet,

Armand comme un bon Politique,

Tous deux ont aimé le ballet

La farce, et la scêne tragique.

 

Pour un estat le Pellerin                                                          [161]

Avoit trop débile l’echine

Il avoit trop foible le rein,

Pour un estat le Pellerin

Puisque pour mouvoir Tabarin

Il avoit besoin de machine

Pour un estat le Pellerin

Avoit trop débile l’echine.

 

Ce fat eut la Cardinalat,

Bénéfices et ministere,

Plus ignorant qu’un frere Oblat,

Ce fat eut le Cardinalat,

Et quoiqu’il n’eut régy l’éstat

Que de Gommore et de Citeres;

Ce fat eut le Cardinalat,

Bénéfices et Ministere.

 

Chanson                                       1651                                         [162]

Sur l’air la bonne avanture ô gay

 

J’ay résolu de m’en aller en France

            Malgré les Généraux,

Et de monter en grande diligence,

            Sur les premiers vaisseaux,

Et si Beaufort se veut mettre en colere;

            Je suis volontaire moy,

                        Je suis volontaire.

 

Chanson                                  1651                                      [163]

Sur l’air.......................      par Blot

 

N’ayons ni Procés, ny querelles,

Ne nous coëffons jamais d’amour;

Que les intrigues de la Cour

Ne nous brouillent point la cervelle,

            En dépit du destin

            Du Prince, & Mazarin:                              le Cardinal

Trinquons, choquons de verre.

            Fy de l’amour,

            Fy de la Cour,

            Fy de la Guerre.

 

Eh quoi! faut il pour le caprice

D’un favori, ou ses jaloux,

Acharnés comme loups garoux

S’entremanger à leur service?

Respect au sang humain.

Ne versons que du vin,

Et ne choquons qu’a coups de verre.

            Fy de l’amour,

            Fy de la Cour,

            Fy de la Guerre.

 

Et pour avoir plaisir sans crainte,                                                   [164]

Franchise, paix, & liberté;

Jurons une société,

Exempte de toute contrainte;

Vivons guais & content,

Et pour l’etre longtems

Protestons la main sur le verre,

            De fuir l’amour,

            De fuir la Cour,

            De fuir la guerre.

 

Chanson                                    1651                                         [165]

Sur l’air.............

 

De tous nos amis qui dînent chés Prudhome,

Turenne, je plains qui vit selon sa Loy.

Car de fausser les preceptes de Rome,

C’est un des plus grands plaisirs selon moi.

 

Beni soit celui qui nous l’a deffendu;

La viande n’est pas si bonne le Jeudy,

Et nous avons la dessus prétendüe

Le doux plaisir de rompre un vendredy.

                                                            par Blot.

 

Autre                                    1651                                       [166]

 

Ami, le cul fut de tout tems,

Ami le cul fut de tout tems,

Le plaisir des honnestes gens,

Et de Rome et de Grece.

Tous nos Docteurs l’ont deffendu;

Mais un Auteur plus entendu,

Dit qu’il est pour l’individu,

Et le C… pour l’espece.

par Blot.

           

            Chanson                               1651                                       [167]

Sur l’air: Laire la, laire lanlaire.

 

Le jour que naquit Chastillon,

On sonna double Carillon,

De tous les Clochers de Cithere.

Laire la, laire lanlaire,

Lairela, lairelanla.

 

Autre                                    1651                                        [168]

Sur l’air: Ȏ beaux Jardins.

Sur Madame de Montbazon et le Cardinal de Mazarin.

 

Si tu pouvois ainsi que ta chemise,

Quitter ton age et tes voeux si fatal,

Tu pourrois plaire au Cardinal,

Et tu serois Montbazon à l’église,

Ce que tu fus jadis au sang Royal.

 

Chanson                                  1651                                         [169]

Sur l’air: Mamour petite.

 

Cachez vous filles de la Reine, bis

Car Menneville est de retour,

            Petite.

Car Menneville est de retour,

            Mamour.

 

 

Autre

 

La Duchesse de Senneterre

Porte avec elle un v...... de verre.

Et sa soeur d’Olonne un timon,

            Petite

Pour servir de hochet à son C....

            Barbon.

 

Autre                                              1651                                     [170]

Sur l’air des Triolets

 

Monsieur le Prince de Conty et Monsieur de Longueville eurent un entretien à Chaillot, où ils firent un accommodement; Sainctot s’etoit meslé de procurer cette entreveüe.

 

Aujourd’huy finit à Chaillot

Toute la discorde publique.

Tout ce qui fit courir Sainctot,

Aujourd’huy finit à Chaillot;

Nos Princes se sont dit le mot

Serviteur à la République.

Aujourd’huy finit à Chaillot

Toute la discorde publique.

 

Chanson                                        1651                                [171]

Sur l’air: Mamour petite.

 

Condé pensoit piller la France; bis

Mais la Fronde lui a fait clac

            Petite;

Car il ne l’a pas mise à sac,

            A Cognac.                                ville.

 

Il a gagné quatre Batailles.      bis

Jonsac l’a réduit à son tour.        Monsieur le Comte d’Harecourt.

            Petite,

Assisté de ce gros et cour,

            Mamour.

 

Du Dognon est dans son brouage, bis               le Mareschal Foucault

Qui soupire aprés ses trois jours.

            Petite

Que lui prend l’homme gros et cour,

            Mamour.

 

Ils sont partis pour la Rochelle,                      ville.

Tous ces beaux blondins de la cour.

            Petite,

Mercoeur et le Prince d’Harcour,

            Mamour.

 

Autre                                             1651                                          [172]

Sur l’air des Triolets.

Sur Messieurs les Princes de Condé et de Conty.

 

Seigneur mon Dieu, qu’on a menty

Depuis cette belle équipée;

Soit pour Condé, soit pour Conty,

Seigneur mon Dieu qu’on a menty;

Chacun maintenoit son party,

Plus par fourbe que par épée.

Seigneur mon Dieu qu’on a menty

Depuis cette belle équipée.

 

Chanson                                      1651                                     [173]

Sur l’air: Laire la, laire lanlaire.

Par Marigny, sur Boisleve Conseiller à qui il donna un soufflet, a cause de quoi le Cardinal le fit Evesque d’Avranche.

 

Boilêve n’est qu’un pendar,

C’est un Mazarin de rempar;

Je vous en donne avis Saint pere.

Laire la, laire lanlaire,

Laire la laire lanla.

 

S’il est Prélat pour un soufflet;

Pour le baston, qu’auroit on fait?

Que seroit il pout l’estriviere?

Laire la etc.

 

Autre                                          1651                                   [174]

Sur l’air: Amans infortunez.

 

Le pauvre Saint Maigrin de tout son coeur en rage                 Estuer-Saint-Maigrin

            D’aller faire un voyage

            Que lui cause sa soeur;

Car il est l’antipode de sa coquette humeur.

 

Il ne ressemble pas au Marquis de la Caze,

            Qui fait des paraphrases,

            Quand il fait les yeux doux;

Car il est l’antipode de ce fier jaloux.

                                                par Blot.

 

Chanson                                       1651                                         [175]

Sur l’air: Chastillon gardez vos apas.

 

Guerchy deux coeurs brûlent pour vous

L’amour qui les assemble,

Les fait plaindre ensemble;

Sans être jaloux

Malte et la Lorraine

Sont dessous vos Loix.

Mais ôtez nous de peine,

A laquelle des Croix

Donnez vous vôtre chois?

 

Nevillan qui fuyoit les amours

Comme fille bien née,

Cherche l’hymenée

Par mille détours,

Et grace au courage

D’un jeune héritier.

Elle et son équipage,

Sont dans le sentier

Qui les meine au moutier.

 

Quelle injustice pour Segur.

Elle est blanche, elle est blonde,

Et trouve à tout le monde                                                          [176]

Le coeur un peu dur.

Je l’a vois réduitte

A un étrange point.

Ses amans sont en fuitte,

Et tout son embonpoint

Ne les rameine point.

 

Le Meilleraye a des apas,

Dont on sent la puissance.

Mais de l’espérance

Elle n’en donne pas.

Il faut bien sans cesse

Qu’elle tienne bon,

Avec tant de sagesse,

Avec tant de renom,

Avec tant de Canon.

 

Manican sans cesse poursuit,

Ardent comme un vieux faune,

La Nimphe de Chaune:

Qui toujours le fuit,

Quoiqu’il l’a cajolle

Depuis fort longtems.

Seroit elle assez folle

Pour donner dedans

Un piége de vingt ans?

 

Saint Loup d’un empire assez long,                                       [177]

Vous regnez sur une ame,

Et scavez mettre en flame

Le brun et le blond;

Mais comme tout passe

Dans un tour de main.

Craignez qu’amour ne fasse

Sa derniere main,

Puis s’envole soudain.

 

Enfin le Roy est de retour,                             le Roy revient de Saint Germain à Paris.

Il est dedans la ville

Avec sa famille,

Et toute sa Cour.

Aportez Madame

Gands de Martial;

Je vous jure en mon ame

Que le Cardinal                                         Mazarin.

Est au Palais Royal.

 

Autre                                             1651                                       [178]

Sur l’air Daye dandaye.

 

Celebrons à haute voix

L’humilité du Roy des Rois.

D’estre descendu aux entrailles.

            De Fonterailles

            De Fonterailles.

 

Tu l’as au Prestre derobé

Ce pauvre petit nouveau né.

Il êtoit bien mieux à la Creiche

            Sur paille fraiche

            Sur paille fraiche.

 

Chanson                                      1652                                             [179]

Sur l’air.............

Sur le Cardinal Mazarin.

 

Le Sultan mary de Roxane,

Mangeoit son pain avec sa sultane;

Le Hébreux mangeoient la mane;

            Le Pape la Mongane.

Et moy je mange avec Dame Anne.

            Je suis content

            Du moins autant

Que les Hébreux, le Pape et le Sultan.

 

Autre                                         1652                                            [180]

Sur Anne d’Autriche & le Cardinal de Mazarin.

 

On apprend de la ville de Blois,

Des bonnes nouvelles par fois;

            C’est que la Mazarine,

            A fait la mine,

            A son amoureux;

Dieu nous délivre de tous deux.

 

Chanson                                      1652                                  [181]

Sur l’air de la fronde.

 

Je bois à Monsieur de Candale,                             Nogaret

Et j’y boirai jusqu’a demain.

Pour lui toute nôtre cabale

Aura toujours le verre en main;

C’est un Gouverneur que j’honore,

Et que de tout mon coeur j’adore;

Mais s’il foutoit la Mancini,

Morbleu mon amour est fini.

 

Rondeau                                    1652                                    [183]

Sur le Cardinal de Rets, qui demeura court en preschant.

 

En Chaire l’autre jour, l’Eminence nouvelle

Récitant un sermont, devint tout interdit;

En vain ne battant plus, comme on dit qu’un aîle,

Il demanda secours, au benoist Saint Esprit.

            Cette sainte Colombe, aucun mot ne lui dit,

Ne daignant inspirer, une telle cervelle;

Lors la confusion plus fortement le prit

            En Chaire;

Ce cas inopiné, l’auditoir surprit;

L’un demeura confus, l’autre sous cape en rit,

Selon qu’on eut pour lui de mépris ou de zelle.

Quelques esprits railleurs, du depuis ont écrit

Que les Armes de Bourges, en commenςand il fit

            En Chaire.

 

Sur le Même                                   1652                                   [184]

Cardinal dont l’effort celebre

Se passe dedans les tenebres,

Séditieux Prélat, des peuples aguerris,

Esprit confus petit bout d’homme,

Tu devois moins rougir d’honneur à Rome,

Que de honte à Paris.

 

Chanson                                       1652                                    [185]

Sur l’air des Triolets.

Sur la Famine de 1652.

 

Ȏ Dieux! le bon temps que c’estoit

A Paris durant la Famine!

Tout le monde s’entrebaisoit

Ȏ Dieux le bon tems que c’estoit!

La plus belle se contentoit

D’un simle boisseau de Farine.

Ȏ Dieux le bon tems que c’estoit

A Paris durant la famine!

 

Triolets                                      1652                                   [186]

Sur la jonction des Princes, & sur la déroute des Mazarins.

 

Je m’en vais chanter hautement,

Les louanges de son Altesse,

Et de nôtre grand Parlement,

Je m’en vais chanter hautement

Porté d’un même sentiment,

Pour nos Princes et pour la Noblesse.

Je m’en vais chanter hautement

Les louanges de son Altesse.

 

Car nôtre grand Duc d’Orleans,

Dont la prudence est sans pareille

Sera des plus grands triomphans,

Car nôtre grand Duc d’Orleans,

Bref lui et tous ses descendans

Seront pour nous une merveille;

Car nôtre grand Duc d’Orleans

Dont la prudence est sans pareille.

 

Ce coeur généreux de Condé

De sa valeur fait il pas montre?

Par tout s’est il pas hazardé

Ce coeur généreux de Condé?

Par lui sera accommodé                                                          [188]

Mazarin dans quelque rencontre,

Ce coeur généreux de Condé

De sa valeur fait il pas montre?

 

Aussi la générosité

Du Prince de Conty son frere,

Qui d’un même désire porté;

Aussi la générosité

Punira la témérité

De Mazarin leur adversaire;                     le Cardinal

Aussi la générosité

Du Prince de Conty son frere.

 

Et puis ce grand coeur de Beaufort,

En qui tout nôtre espoir consiste,

Qui malgré l’envie et le sort,

Et puis ce grand coeur de Beaufort

Fera un glorieux effort

Sur l’engeance Mazariniste.

Et puis ce grand coeur de Beaufort

En qui tout nôtre espoir consiste.

 

Son Altesse pour l’honorer

Lui a donné la Lieutenance,

Où son courage il va montrer;

Son Altesse pour l’honorer;                                                     [189]

Bientost l’on entendra parler

De la vertu de sa vaillance;

Son Altesse pour l’honorer

Lui a donné la Lieutenance.

 

Que fera Monsieur de Nemours

Envers Mazarin et sa suite?

Il leur jouëra de fort bons tours.

Que fera Monsieur de Nemours?

Ce Prince fera voir toujours

Qui fait bon dessous sa conduite.

Que fera Monsieur de Nemours

Envers Mazarin et sa suite?

 

Notre Cardinal de Gondy,

En qui toute science abonde,

Est tres courageux et hardy;

Notre Cardinal de Gonty

Jamais n’a êté refroidy

Pour le parti de nôtre Fronde;

Nôtre Cardinal de Gondy

En qui toute science abonde.

 

De nôtre auguste Parlement,

Dont l’arrest est irrévocable,

Tost ou tard tres asseurement                                       [190]

 De nôtre auguste Parlement

Dont l’Arrest est irrévocable.

 

Mazarin tu est l’instrument,

De tous les troubles de la France;

Tu cause tout son remüement,

Mazarin tu es l’instrument.

Mieux voudrois ton éloignement,

Que non pas icy sa présence;

Mazarin tu est l’instrument

De tous les troubles de la France.

 

Et quoi! falloit-il Mazarin

Que tu vint troubler nôtre joye?

Fus tu dans un lieu sous terrain;

Et quoi! falloit il Mazarin

Que tu gasta nôtre bon grain?

Car tu y seme de l’Ivroye.

Et quoi! falloit il Mazarin

Qur tu vint troubler nôtre joye?

 

De nos Princes la fonction,

Tu devroit faire mettre en fuitte;                                             [191]

Car une si belle union,

De nos Princes la fonction

Ruinera ta prétention;

Qui avec toy sera détruite

De nos Princes la fonction

Te devroit faire mettre en fuite.

 

Je ne scais là où tu iras,

D’autant que tout chacun t’abhore,

Ni le lieu que tu choisiras,

Je ne scais là où tu iras,

Point asseuré tu ne seras;

De quoi ton malheur je déplore.

Je ne scais là où tu iras

D’autant que tout chacun t’abhore.

 

Pour moi Mazarin je te dis

Qu’on chastiera ta perfidie;

Prend garde d’etre abazourdi;

Pour moy Mazarin je te dis

Que d’un à l’autre samedy,

Beaucoup de chose on expédie;

Pour moy, Mazarin je te dis

Qu’on chastiera ta perfidie.

 

Triolets                                     1652                                    [193]

Sur les nouvelles trahisons des Principaux Mazarins.

 

Dedans mes Triolets nouveaux

Je desire conter la chance

Aux Mazarins les principaux,

Dedans mes Triolets nouveaux,

Car ils entretiennent nos maux

Puisqu’ils soûtiennent l’éminence;

Dedans mes Triolets nouveaux

Je désire conter la chance.

 

le Coadjuteur                                  le Cardinal de Retz

Je me trouvededans l’humeur,

De donner la premiere attaque,

A Monsieur le Coadjuteur;

Je me trouve dedans l’humeur.

Cet homme a eu si peu de coeur

Que d’avoir tourné la casaque,

Je me trouve dedans l’humeur

De donner la premiere attaque

 

            le même

Pour entrer au Cardinalat,

Il a renoncé à la Fronde,

De quoi il n’est plus d’eclat

Pour entrer au Cardinalat

Et pour moi je dis tout à plat,

Que contre luy tout chacun gronde,                                    [194]

Pour entrer au Cardinalat

Il a renoncé à la Fronde.

 

            le Roy d’Angleterre.

Et le Roy d’Angleterre aussi,

Nous fait bien voir son imprudence,

Car de trahison est noircy.

Et le Roy d’Angleterre aussi

Qui est tout heureux d’être icy

Et vivre au despens de la France,

Et le Roy d’Angleterre aussi

Nous fait bien voir son imprudence.

 

            le même

Pour entretenir sa pension,

Le traître, Mazarin suporte,

Nous blâmant de rebellion;

Pour entretenir sa pension,

Nous valons mieux que sa nation,

Et n’en usons pas de la sorte

Pour entretenit sa pension

Le traître, Mazarin suporte.

 

            le Duc de Lorraine

Pareillement ce Duc Lorrain

Qu’est une teste de Girouëtte;

N’est il pas un franc Mazarin?                                                [195]

Pareillement ce Duc Lorrain?

Car lui avecque tout son train

Ensemble ils ont tourné lacquettes,

Pareillement ce Duc Lorrain

Qu’est une teste de Girouëtte.

 

            le même

Enfin c’est un homme à tout vent

En qui il n’est point de tenüe,

L’on ne l’a veu que trop souvent,

Enfin c’est un homme à tout vent;

C’est pourquoi nous allons disant

Qu’en dépit soit fait sa venüe;

Enfin c’est un homme à tout vent

En qui il n’est point de tenüe.

 

            le Mareschal de Turenne.

Et cet habile Mareschal

Qui est surnommé de Turenne,

N’est-ce pas un vray animal?

Et cet habile Mareschal

De suporter le Cardinal?

Voyant qu’il n’en vaut pas la peine:

Et cet habile Mareschal

Qui est surnommé de Turenne.

 

            le même

Autrefois il faisoit semblant                                                   [196]

Qu’il êtoit pour Monsieur le Prince,

Sa trahison dissimulant.

Autrefois il faisoit semblant;

Mais de Condé Prince vaillant,

Le rendra quelque jour bien mince.

Autrefois il faisoit semblant

Qu’il êtoit pour Monsieur le Prince.

 

Tous les quatre dessus nommez,

Les Mazarins et Mazarines,

N’aurons pourtant qu’un pied de nez,

Tous les quatre dessus nommez;

Car ils verront exterminez

Leurs mauvais desseins et machines;

Tous les quatre dessus nommez

Les Mazarins & Mazarines.

 

Ensemble ils avoient consulté

De faire une trahison pure,

Faisant un infame Traité

Ensemble ils avoient consulté;

Mais pourtant il n’a pas êté

Ce qu’esperoit leur conjecture.

Ensemble ils avoient consulté

De faire une trahison pure.

 

Au lieu où êtoit attendu,                                                            [197]

Que la Bataille fut donnée,

Nôtre Beaufort s’etant rendu

Au lieu où êtoit attendu,

Comme bien le mal entendu;

Et cet trahison bracée,

Au lieu où êtoit attendu

Que la Bataille fut donnée.

 

Il est aussi bien d’autres qu’eux,

Qui sont des Mazarins encore;

Mais cela est bien odieux,

Il est aussi bien d’autres qu’eux,

De suivre ce party honteux,

C’est ce qui fait qu’on les abhore.

Il est aussi bien d’autres qu’eux

Qui sont des Mazarins encore.

 

Si jamais je suis Mazarin,

Je désire que l’on méscorche;

Ceux qui le sont ne vallent rien;

Si jamais je suis Mazarin,

Que plûtost je trouve ma fin

Avant que d’avoir ce reproche

Si jamais je suis Mazarin

Je désire que l’on m’escorche.

 

Chanson                                       1652                                     [198]

Sur l’air: Reveillez vous belle endormie

 

Estre fier quant il faut combattre,

Et en paix, doux et benin;

C’est ressembler à Henry quatre,

Et point du tout à Mazarin.

 

Chanson                                       1652                                      [199]

Sur l’air: Revenez Monsieur le Cardinal

Sur l’exil de Mademoiselle et de Mesdames la Comtesse de Fiesque, de Frontenac, de Montbazon, & Chastillon.

 

Jeune Roy qui chassant nos beautez,

L’émpire amoureux desertez,

            N’irritez point pour plaire

            A vôtre mere

            Celle de l’amour,

Vous en aurez besoin un jour.

 

Jeune Roy je dis la verité,

Pour remettre l’autorité;

            Imitez vôtre pere,

            Chassez la mere,

            Et du Cardinal                                 Mazarin

Faites comme du Mareschal.                d’Ancre.

 

On nous dit dans la ville de Blois

De bonnes nouvelles et par fois;

            C’est que la Mazarine,

            A fait la mine

            A son amoureux.

Dieu nous délivre de tous deux.

 

Autre                                        1652                                            [200]

Sur l’air des Grindelins.

Sur le Cardinal Mazarin.

 

Allez vous faire f...tre

Monsieur de Mazarin;

Quoi! pour un peu de fou....

Qui sort de votre engin,

Vous embarbouillés toute la France;

Si Dame Anne le vouloit,

            On la baiseroit

            On la chevaucheroit

Bien mieux que vôtre Eminence,

Et si tout mieux en iroit.

                                                par Blot.

 

Chanson                                         1652                                        [201]

Sur l’air: Reveillez vous belle endormie.

 

Mademoiselle d’Orleans Montpensier, fut envoyée à Orleans par le Duc d’Orleans son pere. Elle trouva les Portes fermées. Elle y entra par une fenestre, et fit déclarer la ville contre le Roy, qui devoit y arriver le lendemain, et qui fut obligé de rebrousser chemin.

 

Or escoutez peuple de France,

Comme en la ville d’Orleans,

Mademoïselle en asseurance

A dit je suis maître céans.

 

On lui fouloit fermer les Portes;

Mais elle a passée par un trou,

S’escriant souvent de la sorte

Il ne m’importe pas par où.

 

Deux belles et jeunes Comtesses,

Ses deux Mareschalles de Camp,

Suivirent sa Royalle Altesse

Dont on doit faire un grand can can.

 

Fiesque cette aimable Comtesse

Alloit baiser les Batteliers.                                                                 [202]

Et Frontenac, quelle detresse!

Y perdit un de ses souliers.

 

Chanson                                                1653                                      [203]

Sur l’air: Il a batu son petit frere.

                        par Blot.

 

Mon Confesseur toujours me prie

De hanter bonne Compagnie,

Et d’eviter les libertins;

Moy, qui fais tout pour lui complaire;

Je ne f.... plus qu’un Capucin.

N’est-ce pas bien le satisfaire?

 

Il est vray que leurs barbes salles,

Leurs pieds puans, et leurs sandalles,

Et leur entrefesson velu,

Ne m’en donne guere d’envie;

Mais quand il s’agit du salut,

Il faut bienqu’on se mortifie.

 

Chanson                                          1653                                           [205]

Sur l’air: Reveillez vous belle endormie

Pour la Comtesse de Fiesque, et le Comte de Boutteville depuis Duc de Luxembourg.

 

Voir à vos pieds un misérable

Mourir d’amour & de langueur;

Dites moy Comtesse adorable,

Toucheroit il pas vôtre coeur?

 

Autre

Comtesse quelle fantaisie

Vous deffend de le secourir;

Soit amour, soit eschinancie,

Il est en danger de mourir.

 

Autre

Non, je ne seray plus dévote,

Et ne diray plus d’Oremus;

Si l’on ne dit vit à la Mothe

Comme l’on dit vita Salus*.

 

*Mademoiselle de la Mothe depuis Madame de la Vieuville. La Reine avoit une fille d’honneur nommée Mademoiselle Salusse, et une nommée la Mothe, cette derniere s’impatientant pendant qu’on chantoit un motet où il y avoit vita salus. On fit ce couplet sur le champ.

 

Sonnet                                         1653                                     [206]

Sur la Prise de Sainte Ménéhoud.

 

Langoureux et défait, tel que jadis fut...nesse,

Quand surpris sans avoir Baume, ny...Besouard;

Le pauvre malheureux se trouva blessé...par:

Mais on scait trop par qui pour demander...qui est-ce?

 

Tel revient le soldat on lui fera...caresse;

Mais au diable s’il a du Ministre un patar.

De bon visage assés; mais pas le double. Car,

La Cour est en ce tems une ingrate Déesse.

 

Cependant le Soudrille est maigre comme un ais;

De Sainte Menehoud il revient vainqueur, mais,

Sa face n’ameut point quoique transfigurée.

 

Il est plus affamé qu’un vray topinambour;

Il fairoit le saut pour un plat de fumée,

Et pour qui tant de maux? pour le Roy, non c’est pour...

 

Chanson                                   1653                                        [207]

Sur l’air........................

 

Vive vive fanfan Fosseuse,

Elle a l’esprit fort bien tourné;

Mais elle est mocqueuse;

Sans ce défaut et sans sa rigueur

Elle auroit mon coeur.

 

Vive vive fanfan fosseuse

Elle a l’esprit fort mal tourné,

Et elle est boiteuse;

Si la vilaine ne foiroit

Qu’on l’aimeroit.

 

Que dirons nous de la fantasquette?

Elle a l’esprit fort bien tourné,

Et elle est boiteuse.

Sans ce deffaut, et sans sa laideur

Elle auroit mon coeur.

 

Chanson                                          1653                                             [209]

Sur l’air: Il a batu son petit frere.

Sur Jean Baptiste Pansilio nommé Pape Innocent X.

 

Le Papa cout la Dame Olimpe*,

Le Cardinal Patron la grimpe.

L’un la cout en cu, l’autre en c....

Pour s’exercer en ce manege,

            Elle répete sa leςon

            Avec le Sacré College.

 

*Dona Olimpia sa belle soeur avoit une grande autorité sous son Pontificat, voyez  M...... où il en est parlé plus amplement a l’article d’Innocent X.

 

Autre                                                  1653                                        [210]

Sur le même Air.

Sur .......des Roches Capitaine de Gardes de Monsieur le Prince. Il est mort a l’hostel de Condé en 1716. ou 1717. par Blot.

 

On connoît en toute Province

Des Roches qui sert un grand Prince.

On scait le courage qu’il a;

Il ne craint Canon ny Bombarde.

            Un jour le Diable le fera

            Le Capitaine de sa garde.

 

Autre                                             1653                                                 [211]

Sur le même Air.

Sur Gaston d’Orleans.

 

Prince si illustre et si rare,

Ne me traittez plus de bizare;

Il est vray je suis abatu.

Que veux tu que dise un eunuque,

Qui n’a du tout plus de vertu,

N’y pour le sein, ny pour la nuque?

 

Médaille Satirique                             1653                                              [212]

Sur Jean-Baptiste Panphile Pape.

 

La teste du Pape avec cette Inscription.

            Innocentius Decimus.

Et au revers, celle de la Signora Olimpia, avec celle cy,

            Pontifex Maximus.

 

Chanson                                          1653                                              [213]

Sur l’air de la Fronde.

Sur le Bal qui fut donné à l’hostel de ville aprés le retour du Cardinal Mazarin.

 

Frondeur scais tu la Comedie

Que Paris donne au Cardinal?

Quand le champ de la Fronderie

S’est changé en salle de bal.

L’on a veu l’homme de Sicile

Triompher dans l’hostel de ville

Monté dessus un éschaffaut;

Mais non pas sur celui qu’il faut.

 

Par complaisance Mazarine,

Le Roy pour mieux cacher son jeu,

Menoit au branle sa Cousine.

Puis l’ayant fait dancer un peu,

Fut prendre l’épouse future

Du généreux Duc de Mercure,                            c’est Mercoeure

Belle soeur du Duc de Beaufort,

Quoiqu’il n’es tombe pas d’accort.

 

L’antifrondeur Monsieur le Prince*,

Avec son frere de Conty

 

*Monsieur le Prince avoit ravagé la Champagne dont son frere etoit Gouverneur.

 

Dont il a gaulé la Province,                                                               [214]

Vouland affoiblir le party

En s’acconplant d’une frondeuse

Mademoiselle de Chevreuse.

Devine si cet amour est

De beauté ou bien d’interest?

 

On n’y parloit point de l’Altesse,                               M. de Beaufort.

Du général Prince du sang;

Falloit qu’il y eut grand presse

Puisqu’il n’y tenoit pas son rang,

Et l’Harmonie de la Régence

Tenoit la premiere scéance;

Aussi bien c’estoit la raison

Qu’il fit l’honneur de la Maison.

 

Si Madame de Longueville

Fait l’amour comme un chacun dit;

Peut on condamner une fille

Qui fit ce que sa mere fit?

L’une est superbe et fort hautaine,

L’autre douce accoste et humaine;

Mais fort semblable en ce point

Qu’un galand ne leur depaist point.

 

Mademoiselle de Longueville,                                depuis Madame de Nemours.

Dis nous, si tu veux t’oposer                                                               [215]

Au bruit qui court en cette ville,

Que Beaufort te veut espouser?

S’il est fou, s’il est miserable,

Il est vaillant et fronde en diable;

Mais surtout ne faites pas estat

Qu’il gouverne jamais l’Estat.

 

Conty fronde pour la famille

De Marsillac* son bon amy;

La Duchesse de Longueville

Ne s’en excuse qu’à demy,

Il veut qu’un Brevet de Chimere

Ce Prince, n’est il pas bon frere?

puisqu’il s’est engagé d’honneur

D’aimer tous ceux qu’aime sa soeur.

 

*Ce fut Marsillac alors amant de Madame de Longueville qui entraîna le Prince de Conty dans le party du Parlemens, et ce Prince quand on fit la paix avec la Cour, vouloit avoir pour la maison de la Rochefoucault un Brevet de Prince comme l’ont aujourd’huy les Bouillon et les Rohan. Apres cette guerre le Prince de Condé et le Prince de Conty s’etant reconciliez ils soliciterent ce Brevet conjointement, le Cardinal Mazarin fit mine d’y consentir, mais il fit demander par Monsieur Gaston pareille grace pour la Maison d’Albret, et suscita en même tems une Assemblée de la Noblesse pour s’y opposer, en sorte que la pretention des uns et des autres n’eut point d’effet. Monsieur le Prince qui sceut le manege du Cardinal, lui en sceut fort mauvais gré, d’autant qu’il venoit de le maintenir malgré la haine de toute la France.

 

Autre                                                1653                                           [216]

Sur l’air: Il a batu son petit frere.

                                    par Blot.

 

Maugré bien du sacré College;

Gerny D..... du f......tu Cortege:

Quoi! me prend pour un Oison?

Moy, qui ne croi point l’Evangile.

Je me f.... bien qui ait raison

De Barberin. ou de Pamphile.                       le Cardinal.      Innocent X, Pape.

 

Année 1654                                                                                         [217]

 

Chanson                                           1654                                            [219]

Sur l’air de la Fronde.

 

Scavez vous bien la difference

Qu’on met entre son Eminence (1),

Et feu Monsieur le Cardinal (2)?

La réponse en est toute preste.

L’un conduisoit son Animal,

Et l’autre est monté sur sa beste (3).

                                                par Blot.

 

(1)           le Cardinal de Mazarin

(2)           le Cardinal de Richelieu

(3)           la Reine Anne d’Autriche

 

Chanson                                             1655                                        [221]

Sur l’air de la Duchesse.

 

Bussi fit cette Chanson en Catalogne sur Monsieur le Prince de Conty qui commandoit l’Armée au siège de Palamos.      *Il tenta de faire ce siege mais il n’y reussit pas.

 

Palamos se moque de vous,

Car tous les jours

Nous voyons les galeres,

D’une mine fiere,

Luy donner secours.

Hélas! pour moy je ne scaurois comprendre

Ce qui les peut obliger à se rendre.

Ranguesnez vôtre éspée,

Prince de Conty;

Attendez l’autre année,

Pour du démenty

Dand l’estat où vous êtes,

Toutes vos conquestes sont faites,

Prenez Empourias,

Et Gilles à Pezenas.

 

Ce qui vous doit desesperer

C’est qu’estant neveu de son Eminence*,    

Les Armes de France

 

*Il avoit épousé la Niece du Cardinal Mazarin en 1654.

 

Devroient prosperer;                                                                        [222]

Milan frémit sous le Duc de Modene,

Et les Flamans sous l’effort de Turenne.

Consolez vous Grand Prince,

Le brave Hoquincourt

De cette Province

Retourna tout court;

A Lérida vôtre frere

Fit il pas la même affaire?

Vous ne la prendrez pas

Couché entre deux draps.

 

Chanson                                               1655                                        [223]

Sur l’air des Rochellois.

Sur le Théatre de l’Hostel de Bourgogne.

 

Vieux jeu de paume déguisé,

Bordel public Royalisé.

Célebre Théatre, où deux garees

De concert avec dix cocus

Autant qu’elles ont joué de farees,

Donnent au moins des coups de cu.

 

Autre                                        1655                                               [224]

Sur l’air Marion pleure, marion crie.

Intitulée, Remede universel à tous les maux de la France.

Sur le Cardinal Mazarin.

 

Qu’on me le chasse, qu’on me le fouille,

Qt qu’on me lui coupe les couilles.

 

Chanson                                     1655                                               [225]

Sur l’air des Triolets.

                        par Blot.

 

C’est un tigre affamé de coeurs

Que l’agréable Malicorne*;

Prudes fuyés ses airs vainqueurs

C’est un tigre affamez de coeurs.

Aux femmes il cause des langueurs,

Aux maris il plante des Cornes.

C’est un Tigre affamez de coeurs

Que l’agréable Malicorne.

 

*frere du Ch.er de Hautefeuille pour lequel Mademoiselle de Pons fit une infidelité au Duc de Guise.

 

Autre                                     1655                                                   [227]

Sur l’air..............

Sur le même sujet que la précédente.

 

Hola ho Monsieur l’Amiral!

Une autre fois faites vous mieux entendre.

Le Roy s’en veut prendre,

A son Général,

Si Palamos malgré sa résistance

Ne se rend point à son obéissance.

Monsieur de Vendosme

Dit pour sa raison

Qu’il veut qu’on assomme

le petit Bezon.

 

Chanson                                         1655                                              [229]

Sur l’air: Daye dans daye.

 

La Montbazon dit à la Cour,

Qu’elle fera toujours l’amour;

C’est le plus grand plaisir qu’elle aye;

Daye dans daye, et daye dans daye.

 

De Pienne, ne vas plus au Cours,

Tu es un remede d’amour;

Car ton visage nous effraye.

Daye etc.

 

Les beaux yeux de la Ribaudon,

Luy ont acquis un grand renom.

Le reste ne vaut rien qui vaille.

Daye etc.

 

La d’Esdiguieres est à la cour

Un des beaux miracles d’amour.

On l’aime en dépit qu’on en aye.

Daye etc.

 

Pour l’incomparable Charny,

Roquelaure dit qu’elle mourra/ qu’il meurt d’ennui.

De n’avoir pû livrer bataille.                                                                 [230]

Daye etc.

 

Philis vous avés de l’esprit;

Mais corrigés vous un petit,

De toutes vos chaleurs de foye.

Daye etc.

 

Quiconque voit la belle Imbert,

Dedans sa beauté il se perd.

Il l’aime en dépit qu’il en aye.

Daye etc.

 

Le sentimens de la Montbrun,

Ne sont rien que dans le commun.

Son amour est pour la canaille.

Daye etc.

 

Pour la divine Montbazon,

On peut dire avec raison,

Que qui la baise bien la paye.

Daye etc.

 

Quoique die le gris de lin.

Vineuil tu n’auras jamais rien.

De ce grand cheval de bataille.

Daye etc.

 

Depuis le Comte de Moret,                                                       [231]

La Coste a perdu son caquet.

Car Chandenier n’a pas la maille.

Daye etc.

 

Rien au monde n’est si parfait,

Que la beauté de la Boisset;

Mais son jeu/ feu n’est qu’un jeu/ feu de paille*.

Daye etc.

 

Du Til souffrez qu’un Chevalier,

Donne un poulet, prenne un baiser.

C’est le grand chemin de Versailles

Daye etc.

 

Ne t’etonne pas si Coulon,

Aime bien la belle Ninon**.

Car il a droit de represaille.

Daye etc.

 

Si Champlastreux doit espouser

Le reste du faquin d’Orger,

Il ira droit en Cornuaille.

Daye etc.

 

Créquy puisque Vaillac est mort,

 

*Madame de Mormant, puis Madame de Garene.

**parce que Monsieur d’Emery qui entretenoit Ninon couchoit avec sa femme.

 

Prens Belesbat, et l’aime fort.                                                             [232]

Ce garςon vaut bien qu’on le paye.

Daye dans daye, et daye dans daye.

 

Chanson                                           1655                                           [233]

Sur l’air: Sommes nous pas trop heureux.

 

Aprenez a filer doux,

Croyez moy belle Comtesse                     la Comtesse d’Olonne.

Quittez la petite Altesse,                           Monsieur le Duc d’Anguien.

Et contentez vôtre époux.

Taschez de le satisfaire,

Il est jaloux rarement,

Et ce n’est pas une affaire

Pour vous de changer d’Amant.

 

 

Réponse.

 

Aprenez a filer doux,

Parlez mieux de la Comtesse;

Craignez la petite Altesse.

Au pis aller son époux

Est un homme débonnaire,

Quoiqu’il soit un peu jaloux,

Et ce n’est pas une affaire

Que de vous rouer de coups.

 

Autre                                                 16__                                             [234]

Sur le même air:

 

L’on fait tout pour de l’argent,

A la Cour comme a la ville.

Voyez comme Menneville                          fille de la Reine

Baisoit le Surintendant.                               Fouquet.

Sevigny & d’Angoulesme,

Ont assez fait cas de bien,/ alias, y ont amassé du bien,

Et la Monaco de même

Ne se donnoit pas pour rien.

 

Chanson                                           1655                                              [235]

Sur l’air: Sommes nous pas trop heureux.

 

Le trop heureux Fromenteau

Ne manque point de ressource.

De Beauvais il a la bourse*,

Parce qu’il avoit le nez/v.. beau.

Richelieu baise la Mothe,

Villequier la Chemerault,

Et Gourdon leve sa cotte

A son amy Clerembault.

 

*Elle etoit 1.ere femme de Chambre de la Reine, et sa favorite. Elle êtoit laide et borguesse mais elle donnoit beaucoup d’argent à ceux qui couchoient avec elle.

 

Autre.

La Beauvais ouvre sa bourse

A son amy Fromenteau,

Qui n’auroit point de ressource,

S’il n’avoit pas le nez beau.

La Bonneuil branle la pique

A d’Alluy son amant étique,

Que n’en faites vous autant

A moy qui vous aime tant.

 

Dedand Chaillot tous les jours

Gémit la belle la Mothe (1);

 

(1)  Mademoiselle de la Mothe d’Argencourt fille de la Reyne, aimoit le Marquis de Richelieu qui épousa depuis la petite Beauvais par amour. Elle a passé le reste de sa vie dans Chailloit, sans être Religieuse. Elle a beaucoup d’esprit, de beauté et de mérite. Dans ce même Couvent êtoit la Fille de Pizolo auteur qui passoit pour un modele de sagesse; Mademoiselle de la Mothe sortoit quand elle vouloit, et êtoit souvent avec Mademoiselle de la Sabliere à Paris, et avoit une Maison à elle en particulier ruë de la Sourdiere, qu’elle tenoit incognito, où il est aisé de croire qu’il se passoit a la sourdine bien des misteres. En 1682. le gendre de Madame de la Sabliere qui êtoit la Mesangere, êtant mort à Rouen on mit le Scellé partout où il avoit des biens. Madame de la Mesangere sa femme avoit presté des Meubles considérables à Mademoiselle de la Mothe, il falloit les comprendre sous le scellé, et l’on alla les retirer de sa maison de la ruë de la Sourdiere, a cela avoir fait éclat. Le Seigneur G........ qui se trouva à Paris qui servit à les retirer sans bruit et les reporter dans l’apartement que Madame de la Mesangere avoit pour lors à Paris. Les pensionnaires des Couvens qui sont un peu scavantes dans les galanteries, trompent ainsi les superieures et tout le monde.

 

Madelaine dans sa grotte,

Regretta moins ses amours.

Avec sujet elle pleure

Dans cette Maison de Dieu,

Pour une pauvre demeure,

Elle quitte un Richelieu.

 

Dand ce couvent bien heureux,

Il y a cinq ou six Peres,

Et trois Révérendes Meres,

Qui s’accordent bien entre eux.

On y fait fort bonne chere,

Amour est un de leurs voeux,

Et le plus secret mistere

Est de coucher deux à deux.

 

Mon Dieu qu’il est ennuyeux

D’être si longtems Novice!

Si l’on me faisoit justice

J’aurois deja fait mes voeux,

Je chante fort bien l’Office

Au milieu d’un bon repas,

Et du reste du service,

Ma foy je n’en mourois pas.

 

Année 1656                                                                                        [239]

 

Chanson                                            1656                                          [241]

Sur l’air des petits sauts de Bordeaux.

 

Si vous eussiez veu Turenne (1)

Comme il arrachoit son toupet,

En partant de Valencienne.

Vertubleu comme il fuyoit,

Alongeant sa longue éschine,

En disant Messieurs, quoi quoi,

Il faut abatre les Lignes

Et gagner droit au Quesnoy.

 

 

Autre.

 

Grand Prince je suis en peine,                   le grand Prince de Condé.

Et tout ne va pas fort bien.

Et quoi qu’ait prédit Vilaine;                    Bourdin attaché à ce Prince.

Je ne vois arriver rien;

Nul secours d’aucun beaufrere;

Du Norman, ny du Lorrain;                       les Ducs de Longueville et charles de Lorraine.

Et c’est tout ce que j’espere

Que Dieu n’est pas Mazarin.

 

(1)  Il faitoit alors la guerre au Roi, et pensa être pris en se sauvant avec précipitation, accompagné d’un seul officier, et tous deux fort mal montés.

 

Chanson                                                  1657                                      [243]

Sur l’air: Poids et Dindons.

 

Guerchy que je plains vôtre sort!

            Vous causez la mort

            A deux Amans*,

Et n’en pouvez rendre qu’un seul content.

En vôtre choix soyez équitable,

            Autant qu’aimable;

            Choisissez bien,

Ou pour le moins ne choisissez rien.

                        par Maulevrier.

 

*Le Duc de Joyeuse et le Commandeur de Jars.

 

Autre                                                    1657                                           [244]

Sur l’air...............

Guerchy deux* coeurs brûlent pour vous,

            L’amour qui les assemble

            Les fait plaindre ensemble.

                        Sans être jaloux,

                        Malte et Lorraine

                        Sont dessous vos loix.

                        Mais otez nous de peine

                        A laquelle des Croix

                        Donnés vous vôtre choix?

 

Autre                                            1657                                       [245]

Sur l’air Congis amante. ou Je suis Cassandre.

 

Guerchy en fesse,

Saint Mégrin en cul;

Sont deux Boug.....

Qu’on f..... pour un écu.

Guerchy en fesse,

Saint Mégrin en cul.

 

Chanson                                        1657                                      [247]

Sur l’air: Amans infortunez.

 

Monsieur le Duc de Rets, vôtre galanterie,

            Est une raillerie;                             Madame de Sully. Seguier.

            Vieux et plein de deffauts,

Vous êtes l’antipode de ce secret qu’il faut.

 

Que sert de vous trouver aux cercles, et aux églises,

            Pour offrir vos franchises/

            N’y perdez plus vos pas:

Le secret est de plaire, et vous ne plaisez pas.

 

Lorque vous aprochez, aminte se retire.

            Est-ce pas assés dire?

            Retournez sur vos pas.

Le secret est de plaire, et vous ne plaisés pas.

 

Vous avez beau porter la couleur favorite,

            Si cela ne vous profite,

            Retournez sur vos pas.

Le secret est de plaire, et vous ne plaisez pas.

 

Si vous voulez scavoir pourquoi toutes vos peines,

            Sont frivoles et veines?

            Ne tournez point le sas,

Le secret est de plaire et vous ne plaisez pas.                                       [248]

 

Allez au Luxembourg, à la cour de Madame.

            Voyez toutes ses femmes

            Au jour et aux Flambeaux.

Vous verrez l’antipode du plaisant, et du beau.

 

On vous aime pourtant, mais d’un amour sans crime,

            Qui ne va qu’a l’estime.

            Retournez sur vos pas.

Le secret est de plaire et vous ne plaisez pas.

 

Autre                                             1657                                               [249]

Sur le même air:

 

Le pauvre Saint Mégrin de tout son coeur enrage

            D’aller faire un voyage,

            Qui lui cause sa soeur;

Car il est l’antipode de sa coquette humeur.

 

Il ne ressemble pas au Marquis de la Case,

            Qui fait des Paraphrases,

            Quand Pons fait les yeux doux.

Car il est l’antipode de ce frere jaloux.

 

En divine beauté, en charme, en grace,

            Longueville surpasse,

            Tout ce qu’on voit de beau.

Car elle est l’antipode de Madame Grimault.

 

Boutteville à vos pieds un chacun se va rendre,

            On ne s’en peut deffendre.

            Vostre rare beauté,

Hélas! est l’antipode de nôtre liberté.

 

Pour pleine de douceur, vous l’estes sur mon ame,

            Et causés mille flammes;

            Duchesse d’Espernon.

Vous êtes l’antipode du ouy, comme du non.                               [250]

 

Quand Guébriand entra dans la chambre des filles,

            Voyant tant de guenilles;

            En reculant deux pas.

Elle dit à sa tante ne m’abandonnez pas.

 

Chanson                                         1657                                         [251]

Sur l’air: A la noce de Jeanne.

 

Sept jours de la Semaine,

L’on voit la Doradour (1),

Dans le cours de la Reine

Faisant dix milles tours.

Poudrée, frisée, ajustée,

Donnant échec et mat

A trois de l’Assemblée,

A Pons, et Montignac*                   Hautefort.

Et au beau Canillac.

 

Sept jours de la Semaine

L’on y voit la Grimault (2)

Dans le cours de la Reine;

Chacun lui criant tout haut,

Puante, suante, gluante,

Vray remede d’amour.

Ha! que tu es insolente

De venir tous les jours

Nous infecter au cours!

 

(1)  soeur de Mesdames de Brancas, de Champlâtreux, de Baille, et Monsieur de Saline et de Monsieur de Montereau, tous enfants de N...... Garnier.

(2)  La Marquise de Grimault se piquoir d’avoir de beaux pieds

 

                                                                                                        [252]

 

et de belles jambes, elle les mettoit noute nuds sur un Carcau de velours noir. Elle etoit soeur du Comte de Montrevel. l’on disoit le trou Grimault bonne amie de la Mareschel de Villeroy qui avoit toujours l’Abé Charier droit.

 

Chanson                                          1657                                        [253]

Sur l’air de la Coquille de la Bejar.

La Comedie & le Balet donné par Monsieur Fouquet Surintendant, au Roy à la feste de vaux, pour laquelle il fit abattre des Montagnes, ce qui coûta des sommes si prodigieuses, que le Roy en colere, vouloit le faire arrester sans la Reine mere.

 

Qui jamais vit amant plus incommode,/ Vit on jamais d’homme plus incommode.

Que Monsieur l’Abbé d’Aumont?

Quoiqu’il soit toujours à la mode/ Quoiqu’il soit toujours des plus a la mode.

Grands Colets et grands Canons.

Quoiqu’il soit toujours à la mode,

On aime mieux ses talons.

 

 

Réponse faite par l’Abbé.

 

Quiconque dit que je suis incommode,

Scache que je ne veux pas

Plaire à celle qui aime la mode,

Des Cadaux et des repas;

Plaire à celle qui aime la mode,

Et qui ont manqué d’appas.

 

Autre réponse                                                                                        [254]

Quoi! fait on des chansons à vôtre âge.

Beau Chevalier de Gramont?

En l’amour vous montrez vieux visage,

Sous perruque à cheveux blonds.

En amour vous montrez vieux visage,

            Et au combat les Talons.

 

Chanson                                          1657                                            [255]

Sur l’air: du petit bon homme.

Sur l’Evesque de Laon sacré en 1655. et depuis Cardinal d’Estrées.

 

Un Prélat à Pont-sur-Seine,

Adresse souvent ses appas,

Pour voir la Nimphe Brienne;

Qui est pourveu de tant d’appas,

Que ce n’est pas pas,

Pour chose vaine

Qu’il y va croter ses bas.

 

Dedans Paris l’on promeine

De Brienne & Franquetot;

C’est la Chastre qui le meine

A six Chevaux au grand trot;

Ha! qu’il est sot sot,

De conter ses peines

A gens qui ne disent mot.

 

Le vicomte de Turenne*,            

Enfin a pris Saint Venant

Par les Conseils de Varenne,

Et de son valet du Hant.

 

* On lui reprochoit en ce tems là d’etre gouverné par ses valets.

 

Ha! qu’il est grand grand,                                                               [256]

Ce grand Capitaine,

Suivy de Monsieur Baudent.

 

Chanson                                        1657                                          [257]

Sur l’air des petits sauts de Bordeaux.

 

Escoutez belle Comtesse,                           la Comtesse de Fiesque.

Trois ou quatre mots d’avis,

Celui qui vous les adresse,

N’est pas de vos ennemis.

Qu’un party vous interresse,

Il n’est rien de plus permis:

Mais scavez vous la finesse?

Ayez partout des amis.

 

Vous prétendez par vos charmes,                  Madame de Chastillon.

Et vôtre aimable entretien,

Qu’un Roy vous rendra les armes;

Mais vous n’y gagnerez rien.

Chastillon il vous admire;

Vôtre esprit lui semble doux;

Mais lorsque son coeur soupire,

Ma foy ce n’est pas pour vous.

 

La Pommereuil est aimable,

Contre tous je le soûtiens;

Elle est douce et charitable,

Témoin les Arméniens*.

 

*On disoit qu’elle couchoit avec un arménien.

 

Son humeur n’est point coquette,                                                     [258]

Saint Paul* fait son entretien,

Et souvent elle repete

Son épitre au Corinthien.

 

*Paul Francois de Gondy évesque de Corinte Coadjuteur, depuis Archevesque de Paris et Cardinal de Retz.

 

Le Coudray grand Capitaine

Conseiller du Parlement;

A tué dedans la plaine

Le Major du Régiment,

Et si dans cette avanture

Il n’eut perdu son cheval

Il auroit par sa monture

Poussé jusqu’au Cardinal.                               Mazarin

 

Je vous prie prenez bien garde

Madame de Boudarnau,

Lorsque la Chambre/ Chastre est en garde

De faire comme Bordeaux;

Elle fut mal satisfaite

Voyant le Coadjuteur

Renouer son éguillette

Sortant du lit de sa soeur.

 

Chanson                                           1657                                           [259]

Sur l’air des petits sauts de Bordeaux.

 

Vous n’estes pas assez belle/ Vous faites bien la cruelle

Madame de Boudarnault

Pour faire la cruelle,/ Vous n’êtes pas assez belle,

Vous avez le nez trop haut.

Vrayment vous êtes gentille

De tant mépriser l’amour.

Hé quoi! n’estes vous pas fille

De Madame de Sautour?

 

 

Réponse.

 

Je ne me suis point piquée

Je te jure Barillon,

Et ne me tient point moquée

De n’avoit point le nez long.

Est-ce là tout le reproche

Que l’on fait à la Sautour

D’avoir fait un coeur de roche,

Et un nez un peu trop court.

 

Cette petite femmette

Qui répond à ma Chanson,                                                            [260]

A l’humeur assez coquette,

Et l’esprit assez boufon.

Il me prent envie de faire

Ma foy son mary cocu;

Aussi bien c’est une affaire

Qui ne coûte qu’un éscu.

 

Vôtre coeur n’est point de roche,

Il est sensible à l’amour,

Et ne fais point reproche

A Madame de Sautour.

Le Mortier qui vous habille,                       le President le Coigneux.

Fait voir assez clairement,

Que la mere et la fille,

Sont d’un même sentiment.

 

Chanson                                        1658                                           [261]

Sur l’air: Chastillon gardez vos apas.

 

Chastillon gardez vos appas

Pour une autre conqueste.

            Si vous êtes preste

            Le Roy ne l’est pas;

            Avec vous il cause;

            Mais en vérité

Il faut bien autre chose

            Pour vôtre beauté

            Qu’une minorité.

 

Chanson                                         1658                                         [263]

Sur l’air: Peut on voir de Nimphe plus gentille.

Par le Comte de Gramont, sur l’Abbé d’Aumont.

 

Vit on jamais galand plus incommode

Que Monsieur l’Abbé d’Aumont?

Quoique vestu toujours à la mode,

Grands Colets et grands canons;

Quoique vestu toujours à la mode

L’on aime bien ses talons.

 

 

Réponse par l’Abbé d’Aumont.

 

Quoi! fait on des Chansons à vôtre age.

Cher Chevalier de Gramont?

En amour vous montrez vieux visage

Sous un Perruque à cheveux blonds.

En amour vous montrés vieux visage,

Et au Combat les talons.

 

 

Autre Réponse.

 

Quiconque dit que je suis incommode:

Sache que je ne veux pas                                                                       [264]

Plaire à celle qui aime la mode.

Des Cadaux et des repas;

Plaire à celle qui aime la mode

Et qui ont manqué d’appas.

 

 

Autre sur le même Air.

 

J’entendis une jeune merveille

Chanter une autre Chanson.

Un amant dit elle à si dure oreille

Incommode fort une Maison.

Un amant dit elle à si dure oreille

Ne plaist que par les talons.

 

Chanson                                           1658                                           [265]

Sur l’air: Peut on voir de Nimphe plus gentille, ou Vit on jamais galand plus incommode.

Un Balet et la Comédie furent donnez par Monsieur Fouquet Surintendant, au Roy à la feste de vaux, pour laquelle il fit abattre des montagnes, et qui couta des sommes si prodigieuses que le Roy en colere vouloit le faire arrester sans la Reine mere.

 

Peut on voir de Nimphe plus gentille,

Qu’estoit Béjar l’autre jour*?

Dès que l’on vit ouvrir sa coquille,

Tout le monde crioit à l’entour.

Dès que l’on vit ouvrir sa coquille

Voicy la mere d’Amour.

 

*Comediene mere de la Moliere venant sur le Théatre representant Venus sortant d’une coquille.

 

Sonnet                                                1659                                           [267]

Sur Mademoiselle de Guerchy qui s’etoit fait avorter.

 

Toy qui meurt avant que de naître,

Assemblage confus de l’etre et du néant;

Foible avorton, informe enfant,

Rebut du néant, et de l’estre.

 

Toy que l’amour fit par un crime,

Et que l’honneur défair par un crime à son tour;

Funeste ouvrage de l’amour,

De l’honneur funeste victime.

 

Laisse moi calmer mon ennuy,

Et du fonds du néant où tu rentre aujourd’huy

N’entretiens point l’horreur dont mon ame est suivie.

 

Deux Tirans oposés ont décidé ton sort;

L’amour malgré l’honneur; t’avoit donné la vie,

L’honneur malgré l’amour, te fait donner la mort.

                                                la Comtesse de la Suze.

 

Autre                                          1659                                           [268]

Réponse de l’enfant à sa Mere

 

Mere qui veut cesser d’estre,

Qui détruis ton ouvrage aprés l’avoir formé,

Et fais un sepulchre animé,

Du ventre dont je devois naître.

 

Toi qui combattant la nature,

Par un coup inhumain à mon sort si fatal,

Fait précéder mon jour fatal

A celui de ma sépulture.

 

Laisse moy déplorer mon sort,

L’honneur pour se vanger a conjuré ma mort

Dans ton flanc malgré lui, je m’ouvris le passage.

 

Cet honneur offensé m’en punit à ce jour,

Et le cruel rendant outrage pour outrage,

Comme je l’ay détruit me détruit à son tour.

 

Sonnet                                       1658                                               [269]

Sur la maladie de Monsieur le Prince de Condé.

 

Quoi! ce Prince dont la valeur

Parut tant de fois triomphante,

Et par qui l’Espagne tremblante

Retarde son dernier malheur?

 

Sous une mortelle douleur

Fait voir sa vertu languissante,

Et de la Parque menaςante,

Attend l’incertaine fureur.

 

Julles à cette triste nouvelle,                                  Mazarin Cardinal.

Ton ame et si grande et si belle,

Plaint cet ennemy valeureux.

 

Ainsi Julles de qui l’Espée,

Soûmit l’univers à ses voeux

Pleuroit le destin de Pompée.

                        par Boisrobert.

 

Portraits de la Cour                                1659                                      [271]

en Contrevéritez.

 

Le Roy n’a point la mine d’homme de qualité,/ Le Roy pour son état s’occupe nuit et jour

Et la Reyne* sa mere, n’a point de fermeté;/Il choisit toujours bien l’objet de son amour.

Monsieur le Duc d’Anjou n’a point de gentillesse,

Ny sa Cousine l’air d’une grande Princesse;

Monsieur le Cardinal fait petite figure,                            Mazarin.

Et ne prend du Conseil que du Duc de Mercure;              c’est Mercoeur.

Madame de Vendosme en bons termes s’explique.

Harcourt n’a point de coeur; mais il est politique.

Entre les Courtisans, le petit Mareschal

Gronde tous les matins Monsieur le Cardinal.

Le Grand Saint Evremont, Boisdauphin, & d’Olonne,

Sont sobres, vaillans et de bonnes personnes.

Vitry n’a point d’esprit, et passeroit pour fat,

N’estoit qu’en ses amours, il est fort délicat:

Vaillac* n’a pointd’honneur, et le Comte de Clerc                *Genouillac.  

Et fort propre à la Cour, aussi bien qu’aux Affaires.

Tout le monde s’endort entendant la Feuillade.                      d’Aubusson

La Mothefenelon jette beaucoup d’oeillade;                           Salagnac.

Gallans fuyez Arnaud, et sachez mes tres chers,

Que lui parler d’amour, c’est parler aux Rochers;

L’on voit chez Guepean mil amours voltiger;

Mais l’on n’y peut trouver une heure du Berger,

 

*Anne d’Autriche.

 

Dieux! de quelle faςon on seroit relancé                                               [272]

Si l’on vouloit parler d’amour à Valence?                                 Guitaut

Et combien l’on verroit Cominge furieuse,

Si chez elle on disoit des parolles amoureuses?

Gouville sent fort bon, elle n’est point coquette,

Ceux qui la voyent souvent disent qu’elle est fort nette,

Gourdon n’a point d’esprit, en revanche elle est belle,

Clerembault l’aime fort, Monsieur n’a pas soin d’elle,

Le Comte de Soissons craint fort la mousquetade;

Et le Marquis d’Alluy aime fort l’embuscade./ Et d’Alluy languit s’il n’est en embuscade.

Bussy réussit bien dans la Cavalerie,

Il est fort bon amy et point du tout impie;/ Il honore sa charge Turenne le public.

Charost ferme la bouche, et n’ouvre que les yeux,

Ne sert point ses amis, et est fort envieux;

On dit que la Ferté se ruine en Lorraine,

Le Mareschal Foucault instruit fort bien Turenne/ Qu’il est intime amy du Prince de Turenne

Monsieur le Chancelier doit aller au congrez,                   Seguier

Il y réussira bien plus mal que Langez,

Monsieur le Cardinal s’en retourne à Bouillon;

Car d’Uzés est rebelle er d’Orval est brouillon;

Meneville à raison de croire au Duc d’Anville,

Qui n’a de son vivant trompé femme ny fille;

La Suze est justement prude comme Vandy,

Pour lui parler d’amour, il faudroit être hardy.

L’on craint fort à la Cour Monseigneur de Beuvron.

Le Comte de Nogent est de bonne Maison,

Vivonne est sans esprit, Gesvre sans jalousie,                                      [273]

Du Lude est sans amour, et Genlis sans envie,

Ventadour eut êté un peu trop meurtriere,

Si Dieu nous l’aut donné devant comme derriere:

Madame le Bailleul à la taille bien faite,

L’esprit fort bien faisant et nullement coquette,

Chastillon sur ma foy, à l’ame tendre et bonne;

Mais elle ne veut pas qu’on l’aime, et qu’on lui donne;

Les trois Messieurs d’Elbeuf aiment la vérité.

Et le Comte de Guiche, n’a point de vanité.

Le mareschal d’Aumont est un grand politique,

Et le Duc de Beaufort entend la Réthorique,/ Et le Duc de Beaufort en beaux termes s’explique

Le Prince de Turenne soupire aprés la paix,

Et Monsieur le Tellier est plus fou que jamais,

Monsieur le Duc de Guise n’a point de beaux chevaux,

Il n’est pas courtisan, et ne le porte hault;

Chez les Dames Langez fera toujours fort bien,

Car il a la vertu d’un gros Armenien;

De Vardes est fort malfait; mais il est vigoureux.                  du Bec de Vardes

Crequy jouë fort mal, et il est malheureux,

La Ferté n’est point sage, elle est d’humeur coquette:

Son époux aime fort qu’on lui conte fleurette,

D’Olonne n’aime point les divertissemens,

Et n’a jamais voulu de Blondin pour amant,

Guerchy est soupςonné de faire retraite

Elle à toujours vêcu comme à fait la Fayette.

La Suze est sans esprit, et dans toute la cour

Nul n’est assez hardy pour lui parler d’amour;

Chastillon n’a point d’air et sent fort la bourgeoise;

 On dit que Boisrobert commente Saint Ambroise,                                  [274]

On escrit pour certain que Monsieur de Rouen*.

Ne fait plus maintenant du tout ce qu’il deffend.

Longueville prend part aux cris de la Noblesse,

Et pour les Partisans n’eut jamais de foiblesse/ tendresse.

 

* Harlay de Chanvalon Archevesque de Rouen

 

Portraits de la Cour                           1659                                            [275]

en Contrevéritez.

 

La Reine a du crédit & la France gouverne.                                   Anne d’Autriche.

Le Roy ne fait plus le valet;

Condé n’est plus qu’un Aregoulet;

Le Duc d’Anjoy sera brave et grand capitaine.

 

Au seul nom de ce Prince il n’est rien qu’on n’obtienne,

Le Roy de tout se veut mesler,

Et le Cardinal & la Reine,                                                              Mazarin.

N’ont jamais rien a démesler.

 

Ce Ministre n’est plus le même;

Il devient libéral, il n’aime plus l’Argent;

Chérit les gens de bien, donne plus qu’il ne vend,

Et travaille à la paix avec un zele extrême.

 

Sa personne est partout aimée;

Il eut toujours l’honneur pour but,

Et dès ses jeunes ans il fut

Garςon de bonne renommée.

 

Quelques uns disoit qu’il fut garce,

Mais de tant de vertus orné,

Et sorti de si bonne race,

Bény soit qui nous l’a donné.                                                                [276]

 

Voulez vous qu’il vous considére?

Qu’il vous dasse du bien? qu’il vous comble d’honneurs

Soyez hommes, droit et sincere,

Par exemple, le Commandeur*.                       *Souvré.

 

Si Servient n’eût êté fidelle,

Si pour donner la paix il n’eût tout hazardé,

Si pour le bien public il eut eu moins de zele,

Le Cardinal l’eut moins gardé.

 

De Fouquet et de lui l’on dit mille sornettes;

Mais ce sont des brides à vaux,

Font voire qu’ils ont eu les maints nettes.

 

Ce Ministre aime les gens sages,

Et de probité revestus;

Ou douez de quelques vertus

Qui les rendent grands personnages.

 

Seguier homme de confiance,

De grand coeur, bon Magistrat

Donne acourre à son Eminence,

Et souvent le traite de fat.

 

Sa femme ennemie du vice,                                                              [277]

Fut toujours de tres bon renom;

Et jamais dans cette Maison.

On ne mit prix à l’injustice.

 

Le Tellier devient magnifique;

Brienne est homme qui voit clair;

On croit la Vrilliere un grand clerc;

Le Plessis scait la politique.

 

Quand ces grands génies de la France,

N’en seront plus les protecteurs,

Ils nous laisseront des successeurs;

Tous sujets de grande espérance.

 

Lionne est heureux en affaire;

Il a la mine haute et parle à l’advenant.

Le petit Mareschal est homme entreprenant;                    Vilelroy.

C’est en luy que la France espere.

 

Pour tous nos Seigneurs ses Confreres,

Braves et dignes Mareschaux;

On ne peut trop de cas en faire;

Temoins Albert et Clerembaut.

 

Par voyes honnestes et sinceres

L’Abbé Fouquet s’est élévé;                                                          [278]

Il eut toujours le scavoir faire

D’un homme sage & modéré.

 

Autant que de Fleix est publique,

Que Noailles a peu d’agrémens,

Qu’elle court aprés ses amans;

Autant la Beauvais est pudique.

 

Elle est agréable, elle est belle,

Elle à tous les attraits d’amour;

Pour faire fortune à la Cour,

Il faut être aussi chaste qu’elle.

 

Eichelieu à la mine rustre;

Mais depuis qu’il est alié

A cette race de Belié,

Il a quelque chose d’illustre.

 

La vieille Brienne est trop sage

Pour avoir aimé Montaigu,

Et son mari grand personnage,

Jureroit qu’il n’est pas cocu.

 

Son fils n’en a pas l’encolure;

Mais s’il tombe en ce desarroy;

Habile comme Villeroy                                                                              [279]

Il n’aura pas pire avanture.

 

Bertet depuis un tems asseure                               ou Bartet.

Que la Palatine à son tour

Se lasse de faire l’amour;

Et que maintenant elle est seure.

 

De Bouillon la mine en est fine

De Quitry l’air en est altier,

Et Saucourt homme de Doctrine

A fait son cours à Mondidier.

 

Vivonne se croit mal habile,/ Vivonne serroit un sot homme.

Saint Aignan est homme prudent;

Du Lude n’a pas l’air galant,

Et Créquy aime trop la fille./ Créqui hait la ville de Rome.

 

Charost a de la prévoyance,

Villequier parle éloquemment,

Gesvres excelle en raisonnement;

Noailles dit plus qu’il ne pense./ Noailles morgue l’Eminence.

 

Vervin penetre le mistere,

De Guiche d’etre humble se plaist,

Et Navailles en tout lieu paroist,

De l’orgueil mortel adversaire.                                                    [280]

 

Bellefonds a fort l’art de plaire,

Damville augmente de crédit,

Beringhen ne scauroit se taire;

Où Diable prent-il ce qu’il dit?

 

On croit Vardes un amy fidelle,

Roquelaure n’est plus brailleur,

Et Marsillac joly railleur,

Est un visage de ruelle.

 

Divertissant comme d’Estrades,

Comme le Chevalier discret;                        de Gramont.

Sérieux comme la Feuillade,

Et comme tous les deux secret.

 

Comme d’Alluye chaud à la mousquetade,

Comme Frejus jamais ne renier,

Comme Barthet, Millot, Langlade,

Jamais n’avoir fait qu’un métier.

 

Veux tu plaire à son Eminence,                         Mazarin

Devenir pauvre Courtisan;

Fuis la qualité de complaisant

Comme Nogent sois maître des sentences.

 

Ses trois fils, ces enfans de marque,                                               [281]

Sentent les gens de qualité;

Bregis dit toujours vérité,

Et sa femme n’a rien de braque.

 

Nos Princes sont tous gens de teste,

De dessein et d’ambition,

A quelque célebre action,

Conty a toujours la main preste.

 

Pour les Lorrains ils font parôitre

Que de nos maux ils seront les soulas;

Car ils marchent tous pas a pas,

Sur les traces de leurs ancestres.

 

Les autres êtoient pauvres Prestres;

Mais depuis qu’ils se sont unis,

Au noble sang des Mancinis,

Mille Lauriers couvrent leurs testes.

 

Ne craignons donc rien de sinistre;

Vivons tous gaillards et contens,

De l’éstat ces grands Arcs boutons,

Sont du choix de ce grand Ministre.

 

Sus que chacun lui fasse feste,

Et de fleurs le front couronné;                                                            [282]

Crions, chantons a pleine teste

Beny soit qui nous la donné.

 

Chanson                                 1659                                                      [283]

Sur l’air: Que je vous aime objet dont mon coeur est charmé.

 

            Tant de bourasques

Commencent fort a m’ennuyer;

Monglas vôtre humeur est fantasque.

Pour moi je suis las d’essuyer

            Tant de bourasques.

 

Autre                                         1659                                                  [284]

Sur l’air: Ah! le voila, ah le voicy.

Monsieur ayant chassé Blot de sa Maison, Blot fit ces Couplets de Chanson qui le remirent en grace.

 

Si Monsieur ne me veut plus voir,

Si ma presence l’importune,

Je ne suis point au désespoir,

Je ne fais pas si grand fortune.

Ah! le voila, Ah le voicy

Celuy qui en est sans soucy.

 

Je ne suis point habile/ hardi menteur;

Je ne suis ny fourbe ny traitre;

S’il perd un fichu serviteur,

Je perds aussi un fichu/ f..tu maître.

Ah! le voila, Ah! le voicy

Celui qui en est sans soucy.

 

Chanson                                    1659                                                   [285]

Sur l’air: Tircis ce berger fidelle. ou les petits sauts de Bordeaux.

Tout l’hostel de Rambouillet et Madame de Grignan fille de Madame de Rambouillet, êtoient à la 1.re Representation des Précieuses ridicules en 1659.

 

Précieuses vos maximes

Détruisent tous nos plaisirs,

Et vous prenez pour des crimes

Les moindres de nos désirs;

Rambouillet et vous d’Aumale.

Quoi! ne verrons nous jamais

L’amour en vôtre caballe,

Faire un bon traité de paix?

 

Autre                                              1659                                              [286]

Sur l’air.......

 

Si chacun suivoit son état,

On verroit bien moins de sotises;

Au lieu d’etre avec un Potentat

Mazarin feroit des Chemises;                     le Cardinal.

Et Villeroy seroit bien mieux

Dans le Bureau de ses Ayeux.

 

Sonnet                                             1659                                              [287]

Sur Madame du Lude

 

D’une telle toison qui sera.............l’Argonaute?

Lude rien n’est égal à vous dans le.........serail.

Je voudrois de l’état quitter le...........Gouvernail,

Et pouvoir seulement baiser vôtre ..........menotte.

 

Vénus auprés de vous n’estoit qu’une marmotte;

Heureux! qui pouroit voir ce petit....soupirail,

Et sans avoir de Mars le bruit ny l’attirail,

Sous un ombrage vert y porter une......botte.

 

Mon coeur est plus ardent que n’est le Mont. Etna,

Plus ferme que Scevolle en bravant Porcenna;

Je ne veux pas sortie d’un si beau labirinthe.

 

Qui voudroit m’en tirer, deviendroit mon.......boureau;

Ah! que pour vous porter de Paris à......Corinthe

N’estes vous mon Europe, et moy votre.........Taureau.

 

Chanson                                  1659                                             [289]

Sur l’air: Tu perds à la fleur de ton âge.

Gaston Duc d’Orleans ayant congédié Blot qui êtoit à lui, il fit sur le champ ce cuoplet, Monsieur le reprit, disant, s’il parle ainsi dans un impromptu, que serât-ce aprés la reflection?

 

            Son Altesse me congédie,

            C’est le prix de l’avoir servie;

Pendant vingt ans j’eus cet honneur,

Nous devons tous deux nous connoître.

S’il perd un mauvais serviteur,

Je perds aussi un mauvais maître.

 

Epitaphe                                    1659                                             [291]

de Mademoiselle de Guerchy qui s’estoit fait avorter.

 

Cy gist la mere criminelle,

Cy gist le malheureux enfant,

Qui reposoit dedans le flanc

De cette marastre cruelle.

Cette enfant que le crime a fait,

N’est pas conςu qu’il est défait

L’honneur en fait une victime;

Et la main qui fut son berceau

Pour mieux faire éclater le crime,

Mit la mere et l’enfant dans le même Tombeau.

 

Année 1660                                                                                   [293]

 

Confession                                         1660                                    [295]

du Baron de Termes, envoyée à Madame de Mallissy Gouvernante des filles de la Reyne.

 

Ma mere mon ame me presse

De vous confesser mes peschez;

Bien marry je me confesse,

Et n’en tiendray point de cachez.

 

Vos Filles sur ma conscience,

Ont bien le pouvoir si parfait,

Que souvent ma concupiscence

S’esmeut pour elle sans sujet.

 

2 alternatives? simultaneous? – how to present it?

 

La Capelle est asséz bufonne                                      Je sais que je suis assez belle,

Pour agiter mes passions;                                           Pour agiter vos passions;

Mais la présence de Bourbonne,                                 Mais je suis bien assez cruelle,

Ruine mes prétentions.                                                Pour ruiner vos prétensions.

 

Rochebaron est fort aimable,                                      Gardez vôtre boufonnerie,

Et je l’aime bien fort aussi;                                         Et ne la quittez nullement;

Mais lorsqu’elle est assise à table,                              Demeurez en vôtre écurie,

Elle perd tout autre soucy.                                         Vous voila en vôtre élément.

 

Pour Bains il est bien véritable,                                  Pour dompter une ame rebelle,

Ses beautez me charment bien fort                             Retenez bien cela de moy,

Mais de cet humeur indomptable,                              Qu’il ne faut point un infidelle    [296]

Je n’en espere que la mort.                                         Qui ait desja manqué de foy.

 

Urfé qui n’est pas la moins fine,                                 Vous qui blâmez sans connoissance

Auroit un grand pouvoir sur moy;                              Les meilleures intentions;

Mais je crois connoître à sa mine                                Ignorant de ma suffisance.

Qu’elle ne fait pas grand cas de moy.                         Taisez vous de mes actions.

 

Creseia dont l’humeur discrette,                                 Les lecteurs seroient esbahis,

Oblige mon coeur a l’aimer,                                        De la bonté qui a surprise,

Me fait songer à la retraitte,                                        La Muse qui me favorise,

De crainte de m’y consumer.                                      Si ce n’eût êté le pais.

 

Gadaigne d’une ame innocente                                    Vous vous moquez de mon innocence

Me témoigne en peu de discours,                               Je le vois en peu de discours;

Que toute ame qui est absente                                                Je ris de vôtre c....science,

N’est point heureuse en ses amours.                          De vous et de vos amours.

 

                                                  1660                                            [297]

Sur la Lieutenante Criminelle Tardieu, qui en levant sa jupe montra un calesson fait avec une These de satin, ou êtoit le Portrait du Cardinal Mazarin.

 

Une certaine Magistrate,

Depuis le genouil jusqu’au flanc,

            Couvroit sa cuisse délicate

D’un calesson de satin blanc;

Mais Calesson d’une Theze de profonde science,

Dont un Docteur, avoit honoré l’Eminence,

Et que cette prophane à son ventre apliqua,

Si bien qu’on y pût voit au moment de sa chute

A l’endroit qui chez elle, à tant fait de dispute,

            Quaestio phisica.

Que si de ce grand Julle, on y vit la figure,

Il ne le prendra pas, s’il lui plait par injure

Aujourd’huy que la paix est faite par ses mains

Il pouvoit être là comme l’on metoit Mercure,

            Sur tous les grands Chemins.

 

Epigramme                                          1660                                       [298]

Sur ce qu’on fit oster des Registres du Parlement ce qui s’etoit fait pendant la Fronde, contre le Cardinal Mazarin.

 

Dum Rex santa jubet monumenta abolera senatus

            Crimina Mazaride sic abolere putat,

Gallia sed renuit siculis exhausta rapinis

            Vivaque quot miseri, tot monumenta manet.

                                                par Monsieur de Montmort.

 

Chanson                                      1660                                             [299]

Sur l’air...........

Cher Saint Pavin, j’admire la vieillesse,

Quand je la vois franche de tous remors;

Que pas à pas elle suit la jeunesse

Dans les plaisirs de l’esprit & du corps,

Et que la mort ny la vie éternelle,

Ne t’ont flaté, ny troublé la cervelle.

 

Chanson                                     1660                                            [301]

Sur l’air...........

N.a Que le 1.er couplet est du Marquis de Saint Herent et le second de Blot.

 

Voyez-vous ce brave Curé?

Il n’a point la mine hipocrite;

C’est un fidele réprouvé,

Voyez-vous ce brave Curé?

Il est un yvrogne avéré.

Incrédule et gand Sodomite.

Voyés-vous ce brave Curé?

Il n’a point la mine hipocrite.

 

Tu est un Curé fort exquis,

Je n’en connois point de plus sage.

Je suis ton serviteur acquis,

Tu est un Curé fort exquis;

Mais pour ce qu’en dit le Marquis,

J’en crois encore davantage.

Tu est un Curé fort exquis,

Je n’en connois point de plus sage.

 

Chanson                                           1660                                           [303]

Sur l’air..............

 

Courtisans vous brûlez

Prés de Monsieur vos botes,

Si vous ne courtisez

Monseigneur de la Motte*.

Monsieur aime cet homme,

Et en fait si grand cas

Qu’il l’a fait Gentilhomme;

Car il ne l’estoit pas.

 

*Il faisoit l’important a la cour de Monsieur qui le fit son Gentilhomme ordinaire.

 

Chanson                                          1660                                          [305]

Sur l’air..........

Il se fit une débauche à Blois, où l’on enyvra un Feuillant, qu’on batit ensuitte. On disoit que Blot en avoit êté, et Madame de Saugeon Dame d’Atour de Madame du Campet de Saugeon et fort dévote, et que Monsieur aimoit; pressoit son A.R. de le chasser pour cela. C’est le sujet de cette chanson.       par Blot.

 

Vous me traitez ainsi qu’une tigresse,

Vous avez tort, Madame, de Saugeon;

Je prie Dieu, je vais bien à confesse.

Je ne bois plus, je vis de goujon;

Je n’ay battu Feuillant, ny baisé feuillantine.

Pourquoi me faites vous si grise mine?

 

Chanson                                       1660                                              [307]

Sur l’air: du petit bon homme.

Mademoiselle de Montpensier allant au voyage des Pirenées avec le Roy, fit cette chanson.

 

Comme un vray coq de bagage

Assiste sur un coffret.

Vendy a fait le voyage,                             Elle dame d’atour de Mademoiselle.

Par le chaud et par le froid,

Ha! qu’on eut fait fait

Dans cet équipage

D’elle un crotesque portrait.

 

Quoique précieuse et fiere,

On a veu passer Vendy,

Les Jambes sur la portiere

S’ecriant d’un ton hardy.

Je vous le dis dis.

Jalouse Comtesse,

Je suis comme en Paradis.

 

Réponse

Sur l’air: Jeunes zephirs.

 

Pour deux couplets, pourquoi tant de colere?

Laissez Vendy courir ses pelerins,                                                  [308]

Le Ciel vengeur en fir deux Orphelins,

Dont on ne peut trop plaindre la misere

Car ils n’ont pû trouver pere, ny mere.

 

Brusque Vendy vous êtes un peu trop fiere

De vous facher pour un Madrigalet,

Qui n’a rien dit de votre corcelet.

Votre beauté, votre esprit, vos lumieres,

Et qui n’a pas passé vôtre jartiere.

 

Chanson                                      1660                                          [309]

Sur l’air: du petit bonhomme.

Par Mademoiselle de Montpensier, (Orleans) sur les Comtesses de Fiefque, & de Fronsac, qu’elle avoit chassées de chez elle, et que le Roy protegeoit. Monsieur etoit pour Mademoiselle qui fit cette chanson quand on crût le Roy mort à Calais.

 

On voit la rüe des Tournelles,

A present sur le côte;

Dessus ce peuple infidelle,

Un coup de foudre est tombé;

Mais il n’a pas pas

Cassé de Cervelle,

Car il n’en a pas trouvé.

 

Sonnet                                               1660                                          [311]

 

Une troupe de Cavaliers qui êtoient la fine fleur de la cour de Monsieur de Longueville en Normandie, ayant fait partie de courre la Bague devant cette Altesse; furent si malheureux qu’aprés plusieurs Courses réïterées; pas un ne l’a pût emporter; ce qui donna occasion aux Sonnets suivans, dont le 1.er et le dernier sont de Tierceville Lieutenant de Roy de Dieppe: Il êtoit alors Capitaine dans le Régiment d’Harcourt, et le 2.d qui sert de réponse au 1.er par quelqu’un des interressés.

 

Que de Cartes peintes perdües!

Que de coups d’éperon superfux!

Chauds Lanciers ne vous montrez plus,

Ou bien souffrez que l’on vous huë.

 

En aviez vous dedans la veüe?

Aviez vous tous les sens perdus?

Estes vous encore résolus

De courre aprés cette beveüe?

 

Non, pour éviter le mépris

De vos Corps et de vos esprits,

Ce jeu vous est peu convenable.                                                        [312]

 

Pour beaucoup de bonnes raisons,

L’eau vous est bien plus favorable:

Car c’est l’élement des Oisons.

 

 

Noms de ceux qui ont couru la Bague.

 

Le Chevalier de Monchevreuil.

Chamboy Gouverneur de Caën.

Heudreville c’est Keuremont famille de Robe.

Saint Julien. le nom est Saint Pierre, du pays Donge. avoit épousé une Boisseret.

Rhotelin. il êtoit Chevalier de Malte.

la Voipierre.

Bretteville êtoit Romé qui fut capitaine des Gardes.

le Chevalier de Courvaudon.

Bellegarde. celui de Rouen.

Lizorre Gentilhomme de vers Honfleur, homme singulier.

du Heron, c’estoit le Chevalier.

Et Rassan, c’estoit Laine. Il avoit épousé la Borrel.

 

Réponse                                           1660                                        [313]

Ou Sonnet précédent.

 

Qui que tu sois Poëte crotté,

Qui fait paroître la Folie

Par la méchante raillerie,

Et ton Sonnet mal concerté.

 

Si ton esprit n’est éventé,

C’est un effet d’ivrognerie;

Dis-nous ton nom, je t’en suplie

Si tu veux être bien frotté.

 

Ceux que la sotte Muse irrite,

Sont des personnes de mérite,

A le bastonner vertement.

 

Si tu viens à deux mains jointes,

Leur témoigner publiquement,

Que tu te sers mal de la pointe.

 

Réponse                                            1660                                          [314]

Ou Sonnet du Chevalier.

 

Mauvais Poëtes et chauds Lanciers,

Sur le papier et dans la Lice;

Qui vous prendroit pour des Sorciers.

Vous fairoit fort grande injustice.

 

Vous faites pourtant les méchans:

Mais renguainés vos Gasconades,

De peur qu’on fasse à vos dépens

Un paroli de bastonades.

 

Faire défi douze contre un,

Certe l’exploit est peu commun.

Il est fort franc & sans chicane.

 

Que ma pointe soit bonne ou non,

Chers Oisons vous fairiez la canne,

Si je vous avois dit mon nom.

 

Chanson                                                    1660                                      [315]

Sur l’air: des folies d’Espagne.

 

Voila d’Aunoy, ah! qu’elle est jeune & belle:

Peut on la voir sans en être amoureux?

Combien de coeurs vont soupirer pour elle!

Combien d’amans vont être malheureux!

 

Qu’elle a d’esprit! on ne peut la surprendre.

De tous les coeurs elle connoit le prix,

Je n’en scais qu’un qui soit fidelle et tendre,

Et parmy tous, c’est celui qu’elle a pris.

 

Autre                                               1660                                     [316]

Sur l’air..............

 

Faite par Madame d’Aunoy, dans le tems qu’elle avoit la petite vérole, et qu’elle pouvoit regreter sa beauté.

 

Affligés cette ame criminelle,

Vengez vous de ses emportemens;

Puisqu’enfin je vous fus infidelle

J’ay merité de plus grands chastimens;

Mais au fort de ma peine cruelle,

Je beniray vos justes Jugemens.

 

Chanson                                        1660                                        [317]

Sur l’air.........

 

Prenez d’Antigny, la belle*,                          *d’Aunoy

            Satisfaite son désir;

Il est tendre, il est fidele.

Vous ne scauriez mieux choisir

Tant que vous serez cruelle,

Vous n’aurez point de plaisir.

 

Chanson                                           1660                                          [319]

Sur l’air: Je suis Cassandre.

 

Scavans en bottes,                                Scaron.

En collets en habits.

Vos ames sottes

N’ont point d’autres devis,

Que bas et bottes;

Vous n’avez de l’esprit

Rien qu’en habit.

 

                                                       1660                                          [321]

Voiture valet de Chambre de la Reyne mere, (Anne d’Autriche) rêvant à la Fontaine de Belle eau, la Reyne vint par derriere, lui donna un coup sur l’éspaule, et lui demanda le sujet de sa rêverie; sur quoi il lui repondit qu’il auroit l’honneur de lui donner par escrit à son coucher, et voicy les vers qu’il fit.

 

Je pensois qu’à la destinée

Aprés tant d’injustes rigueurs,

Vous a justement couronnée

D’eclat, de gloire et de grandeurs;

Mais que vous étiez plus heureuse

Lorsque vous étiez autrefois;

Je ne veux pas dire amoureuse,

La rime le veut toute fois.

Je pensois (car nous autres Poëtes,

Nous pensons extravagament,

Ce que dans l’estat où vous êtes,

Vous penseriez en ce moment,

Si vous voyez dans cette place

Venit le Duc de Bouquin Kant,

Et lequel seroit en disgrace

De lui ou du Pere Vincent.)

Je pensois que le Cardinal,                                                              [322]

J’entends celuy de la Valette,

Auroit un plaisir sans égal.

En voyant l’éclat où vous êtes.

Je dis celui de la beauté;

Car sans lui je n’estime guerre,

Cela soit dit sans vous déplaire,

Tout celui de la Majesté.

Que tant de charmes et de jeunesse

Pour vous le feroit soupirer,

Et que Madame la Princesse,                          de Condé.

Auroit beau s’en desesperer.

Je pensois à la plus aimable

Qui fut jamais dessous les Cieux,

A l’Ame la plus adorable

Qui formerent jamais les Dieux,

A la ravissante merveille

De cette taille sans pareille,

A la bouche la plus vermeille,

La plus belle qu’on vit jamais;

A deux pieds gentils et bienfaits,

Où le temple d’amour de fonde;

A deux incomparables mains,

A qui le Ciel et les destins,

Ont promis le Sceptre du monde,

A mille graces, a mille attraits,

A cent mille charmes secrets;                                                        [323]

A deux beaux yeux remplis de flammes,

Qui rangent tout dessous leurs Loys.

Devinez sur cela, Madame,

Et dite à qui je pensois.

 

Chanson                                          1660                                       [324]

Sur l’air.............

 

Ce Couplet est de Monsieur pour Madame Scaron.

 

Vous êtes brune et fiere,

Vous avez les yeux doux,

Et pour vous satisfaire

Il vous faut un époux

Qui vous fournisse un ordinaire

Qui soit digne de vous.

 

Chanson                                       1660                                       [325]

Sur l’air: Qu’en dis-tu Jean de Nivelle?

 

Il court un bruit par la ville

Que Madame de Castille

Chérit un estropié;

Elle l’est de la cervelle.

Qu’en dis tu Jean de Nivelle?

Si c’est pour se marier.

 

Autre                                       1660                                             [326]

Sur l’air de Lanturlu.

 

Quatre grosses bestes

Font un Huguenot.

Calvin fait la teste,

Le ventre Marot,

Luther fait les fesses

Et Beze en fait le cu.

 

Chanson                                   1660                                         [327]

Sur l’air. Philis je change et ne vis plus. ou De la Baronne.

 

Bartet Sécretaire du Cabinet, dit que si Monsieur de Candale, lors le modele du bel air, n’avoit ny grands Canons, ny grandes Manchettes, ny teste frisée, ne vaudroit pas mieux qu’un autre homme? Le Duc de Candale lui fit couper la Barbe et les Cheveux d’un côté un canon, une manchette etc. Bartet s’en plaignit au Roy, fit agir la justice contre les Domestiques de Monsieur de Candale qui l’avoient assassiné, et un jour que Monsieur de Candale n’y êtoit pas, fit entrer 200. Archers dans sa Maison.

 

Comme un autre homme

Vous êtiez fait Monsieur Bartet;

Mais quand vous iriez chez Prudhomme,

De six mois vous ne series fait

Comme un autre homme.

 

 

Réponse

 

Comme un autre homme,

On peut assassiner Bartet;                                                            [328]

Mais il est aisé qu’on assomme

Le petit fils de Nogaret

Comme un autre homme.

 

Chanson                                        1660                                      [329]

Sur l’air: Laire la laire lanlaire.

Sur Monsieur de Miramion refugié en Angleterre & qui êtoit jadis Bardache de Monsieur le Prince (de Condé). Ce Couplet fait par le Roy Guillaume.

 

Si le bonhomme Miramion

A tant de vray sang de Bourbon;

Il l’a receu par le derriere.

Laire la, laire lanlaire,

Laire la, laire lanla.

 

Autre                                             1660                                        [330]

Sur l’air: Il fait tout ce qu’il deffend.

Ce Couplet a êté fait par le Procureur du Roy s’Alenςon, pour Mademoiselle de Saint Pater qui êtoit huguenote, et qui depuis a êté Abesse du Bouley vers 1660.

 

Saint Pater, je dis sans crainte,

Qu’avec vôtre esprit divin,

Vous ne serez jamais sainte

Dans la Loy de Jean Calvin.

Ma foy ce n’est pas la mode,

Que sainteté s’accommode,

Au petit Troupeau gaillard,

Qui jeûne en mangeant du Lard.

 

Autre                                            1660                                     [331]

Sur l’air La Princesse d’Angleterre de Saint Clou s’en va chantant.

 

Faite par Madame de Saint Pater Abbesse du Bouley, pour la Marquise de Gadame (ou Gudane, ou Gudagne) sa soeur, et pour Fillette, fille de la Marquise qui est Madame d’Aunoy.

 

Venez dans la solitude

Gudagne ma chere soeur,

Gouter la béatitude,

D’un repos plein de douceur;

Quittez votre servitude;

Le monde n’est qu’un trompeur.

 

Sous de vaines aparences

Il vous cache son poison;

S’il vous donne des licences,

C’est pour vous mettre en prison;

Et ces vaines espérances

Aveuglent vôtre raison.

 

L’on s’embarque sur un Fleuve

Toujours agité des vens;

Au lieu du port, on ne trouve

Qu’écueil, que sables mouvans;                                                       [332]

Fillette en fera l’epreuve,

Et peut être à ses dépens.

 

Chanson                                          1660                                          [333]

Sur l’air des folies d’Espagne.

Pour la Comtesse de Plessis.

 

Vous courez de conquestes en conquestes,

Vous courez, nous vous attraperons;

Car je cours de coquette en coquette;

En courant nous vous retrouverons.

 

Autre                                        1660                                                [334]

Sur l’air La queüe lui pend etc.

Mademoiselle de Montpensier allant faire le voyage des Pirennées avec le Roy, fit cette Chanson pour Madame de Vandy, sa Dame d’Atour.

 

Comme un vray coq de bagage,

Assis dessus un coffret,

Vandi a fait le voyage,

Par le chaud et par le froid.

Ah! qu’on eût fait fait,

Dans cet équipage

D’elle un bizare Portrait.

 

Quoique précieuse et fiere

On a veu passer vandy

Les jambes sur la portiere,

S’ecriant d’un ton hardy;

Je vous le dis dis

Jalouses Comtesses

Je suis comme en Paradis.

 

Chanson                                          1660                                       [335]

Sur l’air. Len la.

 

Mademoiselle Perrault de Fercourt, tres riche, tres belle, & tres spirituelle; mais bossuë, fut mariée au President de Bailleul. Monsieur de la Feuillade, depuis Duc, avoit êté fort de ses amis. Ils avoient rompû ensemble. Il arriva dans une maison où elle êtoit, comme on vint annoncer, elle courut se cacher derriere la porte, affin de sortir quand il entreroit: Il aperceût cela, et s’arrestant sur le pas de la même porte; Il se mit a chanter ces parolles qu’il venoit de faire.

 

Celle qui sur son dos un petit paquet porte,

Si vous l’a voulez voir, elle est derriere la porte.

            Len la.

 

Anagrame                                           1660                                       [336]

Sur la maladie de Monsieur le Chancelier, pendant le procés de Monsieur Fouquet.

 

Pierre Seguier.

J’espere guerir.

 

 

Autre

 

Nicolas Fouquet.

Vol t’a confisqué.

 

Chanson                                        1660                                            [337]

Sur l’air: Bon bon bon que le vin est bon.

Sur la paix de Saint Jean de Luz, & le mariage de Louis XIV. avec Marie-Thereze d’Autriche Infante d’Espagne. Le Cardinal Mazarin et Dom Louis de Haro avoient des Pouvoirs égaux des Rois leurs Maîtres de traiter la Paix & le mariage.

 

Le Cardinal et Dom Louis

Se trouverent fort esbahis,

Lors de la Conference.

Ils êtoient sans vin sur les lieux,

Cependant ils avoient tous deux

Plus soif que l’on ne pense,

Faute de s’en faire aporter.

Ils ne peuvent jamais chanter,

Bon bon bon que le vin est bon.

Par ma foy j’en veux boire.

 

Alors qu’on fit voir le Traitté

A l’une et l’autre Majesté,

Comme conte l’Histoire.

Quoi! dirent ils, faire une paix,

Et qui doit durer à jamais,

Sans y parler de boire,                                                                    [338]

Il fallut pour les contenter,

Sur l’heure ces mots ajouter.

Bon etc.

 

Gramont* en partant de la cour

Le Roy lui dit, prens le plus cour

Pour te rendre en Espagne;

Observe bien par les chemis,

Les lieux où croissent les bons vins,

Si c’est plaine ou Montagne,

Et puis le tirant à l’écart,

Tu diras au Roy de ma part,

Bon, bon etc.

 

Lorsque ce Duc fut arrivé,

Et qu’il eut le Roy salué;

Il alla chez l’Infante;

Madame, dit il, en deux mots,

Mon Maître est gaillard et dispos,

Vous en serez contente;

Cette Altesse fort prudemment

Répondit à son compliment,

Bon bon etc.

 

L’on eut quelqu’apréhension

 

*le Mareschal de Grammont envoyé par le Roy pour faire la demande de l’Infante.

 

Mais la Ratification                                                                          [339]

D’Espagne êtant venüe;

Le Roy qui le sceut le premier;

Dit plus de cent fois au courier.

Tu n’as pas la berlüe?

Le Courier pour en faire foy,

Prit son paquet et dit au Roy.

Bon bon etc.

 

Sa Majesté pleine d’eclat

Dit au Sécretaire d’Estat,

Ajustez vos Lunettes;

Qu’on fasse cesser le caquet,

On bit en ouvrant le paquet

Que la Paix êtoit faite;

Mais ce qui d’avantage plût,

C’est que tout d’abord on y lut,

Bon, bon etc.

 

Quand le Sécretaire debout

Eut achevé jusqu’au bout;

Il osta ses besicles,

Et dit, nous sommes à la fin;

Mais il faudroit un peu de vin.

Voila bien des Articles,

Ils sont enfin n’en doutez pas

Bien signez, Philippes et plus bas,                                                   [340]

Bon, bon etc.

 

Monsieur le Prince de retour,                             le Prince de Condé.

Avant que de faire sa cour,

Fut voir som Eminence.

Ce Cardinal parût soudai,

Et dit en lui prenant la main.

Vous voila donc en France?

Avant que d’aller voir le Roy,

Entrez, et chantez avec moy,

Bon bon, etc.

 

Lorsqu’il eut le Roy salué,

Il parût en sa Majesté

Des sentimens fort tendres;

Elle lui dit mon beau Cousin,

Dites-nous sans faire le fin;

Que faisiez vous en Flandres?

Sire, pendant qu’on s’y battoit,

Mon Armée avec moy chantoit,

Bon, bon etc.

 

Epitaphe                         1661 [cette datte est fausse]                          [341]

de Blot.

 

Cy gist un Docteur non commun,

Qui peu scavant; mais fort habile.

Prescha souvent, Jamais à jeun,

Et comprit tout, hors l’Evangile.

En homme sage & bien sensé

Du present il a dit merveille;

Du futur ce qu’il a pensé

Ne s’est révélé qu’à l’oreille;

Mais chacun tient pour vérité

Que jamais il n’en a douté.

 

du Voyage de Bachaumont                                                                  [342]

Nous trouvâmes Monsieur Colomb à Blois dont il faisoit les honneurs. Nous eûmes quoiqu’avec un extrême regret, curiosité s’aprendre de lui, comme de la personne la plus instruite, et que nous scavions avoir êté le seul témoin de tout le particulier.

 

Ce qui fit en mourant nôtre pauvre ami Blot,

Et ses moindres discours, et sa moindre pensée.

La douleur nous deffend d’en dire plus d’un mot.

Il fit tout ce qu’il fit d’une Ame bien sensée.

 

Chanson                                       1660                                               [343]

 

 

 

 

 

Vôtre humeur est gentille,

Et vous l’entendés Monseigneur d’Anjou;

            Car une belle fille

Est pour vous un fort joly bijou;

Et deja l’on dit je ne scais quoi,

            De vous et de Villeroy.                            Madame d’Armagnac.

 

Belle Rochedumaine,

Vous agissés d’un coeur franc et net,

            Et n’estes gueres en peine

De ce qui se passe au cabinet.

Plut à Dieu pour le repos de tous,

Que l’éstat fut tranquille comme vous.

 

                                                           1660                                       [344]

Monsieur de la Rochefoucault fit mettre ces vers pour le Portrait de Madame de Longueville.

 

Pour posseder ce coeur si grand, si généreux,

J’ay fait la guerre au Roy, je la ferois aux Dieux.

                                    ou

Pour posseder ce coeur si grand, si spacieux,

J’ay fait la guerre au Roy, j’en ay perdu les yeux.

 

Vers                                               1660                                         [345]

de Scarron dans son Epitre chagrine

 

Cette année est fertile en grands évenemens,

Jule donne à la France une paix affermie,                        le Cardinal Mazarin

Et d’Estrées et Montmort par leurs soins véhémens

Ont enfin mis Boileau dedans l’Academie.

 

 

Ces vers de Scarron lui attirerent cette Epigrame de Boileau once de des Preaux.

 

Vois sur quoi ton erreur se fonde

Scarron, de croire que le monde

Te va voir pour ton entretient.

Quoi! ne vois tu pas grosse beste

Si tu gratois un peu ta teste

Que tu le devinerois bien?

 

Sur la Convalescence du Cardinal Mazarin    1661                                  [347]

 

Julles dés le matin déja en convalescence,

A vingt Chevaux du Roy, donna belle audience,

Lesquels le saluerent chacun à sa faςon.

Tandis qu’auprés de lui vint hommes d’importance,

Soupiroient pour avoir un moment aussi bon,

En moy même réduit, au respect du silence

Avec les plus beaux vers, qu’on ait fait en son nom,

Souhaitay plustost d’etre Pégase qu’Apollon.

 

Sur le Gouvernement present.                           1661                               [348]

 

Le Tellier, Fouquet, de Lionne

Partagent le Gouvernement;

Et chacun dit communement,

Que le Tellier est honneste homme;

Mais que son sort est malheureux.

France, que faut il que tu fasse

S’il demeure seul contre deux?

Tu n’as qu’à prendre la besace.

 

Sur Ondedei à qui on avoit donné l’Evesché d’Evreux, puis on lui osta.

 

Nunc commissa lupo pastoris ovilia cernis,

Dedecus unde hominum, dedecus Ondedei.

 

Sur la grossesse de la Reyne.                           1661                               [350]

 

C’est par vous que la destinée

Va faire la suitte des Rois,

Et nous aurons tres bonne année,

Si vous avez peu de mois.

 

Tout la mauvaise caballe

Attend vôtre chemise salle,

Dont nostre espoir seroit détruit;

Et les autres la veulent nette

Jusques à la premiere planette,

Qu’on verra sortie vôtre fruit.

 

Chanson                                                     1661                                    [351]

Sur l’air: Reveillez vous belle endormie.

Sur N...... Mancini niece du Cardinal Mazarin, que le Roy aimoit beaucoup, et vouloit epouser; mais le Cardinal s’y oposa en habile homme, jugeant bien que quand la fantaisie du Roy, qui êtoit jeune alors, seroit passée, un mariage si inégal ne pourroit pas subsister, et pour couper court à cette intrigue il l’a maria au Connestable Colonne.

 

Rien ne m’est plus doux que de croire

Tout l’amour que vous me jurez,

Il fait mon bonheur & ma gloire;

Mais quoi! je pars et vous regnez.

 

Anagrame                                            1661                                       [351]

Jules Mazarin.

Animal si ruzé.

 

Le Proverbe du peuple de Paris,

êtoit, du pain, la paix et point de Mazarin.

 

Autre                                                   1661                                          [353]

Sur l’air..........

Lorque le Roy fit le voyage des Pirenées pour se marier, les Basques firent cette chanson.

 

Nos Filles & nos Femmes,

Sont a bon marca;

L’on en a cinquante

Pour un sol marqua.

 

La Reine regnante                           Anne d’Autriche

A du poil au cul;

Le Cardinal se vante                        Mazarin.

De l’avoir tondu.

 

Autre                                              1661                                            [354]

Sur l’air.............

Sur la Reine Marie Victoire Infante d’Espagne.

 

Enfin tout nôtre espoir

Estoit que nôtre Reyne

Quelque jour nous fit voir

Sa couche souveraine;

Nous donnant un Dauphin par bon presage.

Il est beau, il est bon et sage,

Il fera des merveilles en son âge.

                                    Saint Aimant.

 

On croit que cette chanson a êté faite sur la naissance de Louis XIV.

 

Chanson                                             1661                                       [355]

Sur l’air............

Sur l’Entrée du Roy Louis XIV.

 

Mon Dieu la belle Entrée,

Du grand Roy des Francois!

La ruë êtoit bordée

De cent mille Bourgeois,

Le Prevôt de la ville,

Les Eschevins aussi

En cette belle entrée,

N’ont-ils pas reussi?                 bis

 

Au faubourg Saint Antoine,

Estoit un fort beau Dais,

Tout couvert de Bergame

Pour en cacher les ais;

La frange êtoit si belle

Qu’elle paroissoit fin or;

Les sieges êtoient de même,

Qui trelusoient tres fort.

 

La Porte Saint Antoine

Ils ont fait regrater,

Les Armes d’Jenry troisieme.

Ils en ont fait oster

C’estoit pour y reboutre                                                                  [356]

Les ceux de nôtre Roy,

Peints sur fer, cuivre ou bronze,

Ou autre fin aloy.                         bis

 

Ȏ chose incomparable!

Qu’on ne verra jamais,

Les neuf Muses agréables

A la Porte Baudais,

Juchées sur le Parnasse

Avec leur Apollon,

Qui de fort bonne grace

Jouoit du violon.                         bis

 

Au bout d’une grande bande,

Un miracle nouveau

A une grosse corde

Pendoit un grand tableau.

Où estoit l’éffigie

Du Prevost des Marchands,                 Alexandre de Seve Chtr Seigneur de Chastignonville.

Des Eschevins de ville,

Et de bien d’autres gens.

 

Sur le Pont Nôtre Dame

En magnifique arroy,

Dans de petites écuelles;

Ils ont placé nos Rois                                                                   [357]

Au milieu de grands hommes,

Tous les bras étendus,

Qui portoient sur leurs testes

Des paniers de fruits crûs.

 

A la Place Dauphine,

Un miracle c’estoit;

De peinture tres fine,

Un grand chose y avoit.

Basti en piramide,

Bien peinte d’un costé.

On avoit bien peint l’autre;

Mais ςa eût trop coûté.

 

Ensuitte un beau Portique,

Qui êtoit fait de bois,

Penture à l’antique

Pour cacher les hautbois;

Le Soleil, et la Lune,

Y paroissoient encore,

L’une à face d’argent,

L’autre à visage d’or.

 

Tout au bout de la bande,

Un Arc êtoit planté,

De fort belle peinture                                                                       [358]

Au vif representé;

Le Roy avec sa mere,

La Reine mesmement,

Et un soldat de guerre,

Semblant un garnement.

 

Le Marché neuf de même,

Se trouvoit enrichy,

D’un Arc que tout le monde

Trouvoit assés Joly;

Car de peinture fine,

Le peintre l’avoit fait,

Et sembloit à sa mine

Estre un oeuvre parfait.

 

Chanson                                              1661                                       [359]

Sur l’air: Reveillez vous etc.

Sur le Cardinal Mazarin.

Couplet fait par Hotman aprés avoir êté à la Bastille pour avoir fait la chanson qui disoit. A ce Jule nouveau, il faut qu’un nouveau brûle.

 

Il est donc parti nôtre Julle,

Il est donc parti pour la paix.

Si Dom Louis d’Haros l’enculle,

Nous ne le reverrons jamais.

            ou

Il est party le Seigneur Julle

Pour s’en aller faire la paix,

Que Dom Louis d’Haro l’encule,

Et qu’il ne revienne jamais.

 

Autre                                        1661                                                [360]

Aur l’air de l’Abé Bignon.

Sur la mort du Cardinal Mazarin.

 

Cy gist l’illustre Mazarin,

Cy gist les femmes la plus belle;

Tout le monde plaint son destin,

Cy gist l’illustre Mazarin;

Ses enfans seroient sans chagrin.

Si leur pere êtoit avec elle,

Cy gist l’illustre Mazarin,

Cy gist des femmes la plus belle.

 

Chanson                                    1661                                              [361]

Sur l’air: le pauvre la Palice est mort.

Sur la mort du Cardinal Mazarin.

 

Monsieur le Cardinal est mort,

Il est mort dedans vincennes.

Hélas! s’il n’estoit pas mort,

Il f........ encore la Reyne.                              Anne d’Autriche.

 

Autre                                             1661                                              [362]

Sur l’air des Rochelois.

Sur le même sujet.

 

Icy dessous gist Mazarin,

Qui plus adroit que Tabarin,

Par ses ruses dupa la France;

Il eut éternisé son sort,

Si par finesse ou par finance,

Il avoit pû duper la mort.

 

Enfin s’il est vray ce qu’on dit,

L’Avarice eut tant de crédit

Dessus son coeur insatiable,

Qu’afin d’acquérir plus de bien,

S’il n’eut donné son ame au Diable,

Il n’auroit jamais donné rien.

 

Autre                                              1661                                                [363]

Sur le même Air

Et le même sujet.

 

Du Cardinal mis au Cercueil,

On dit qu’on va prendre le deuil;

S’il te prend une telle envie

Tu aurois, ô France grand tort,

Tu porterois le deuil de sa vie;

Le porterois-tu de sa mort?

 

Autre                                          1661                                            [364]

Sur le même Air.

Et le même sujet.

 

Vous qui passez prés de ce lieu,

Venez jetter au nom de Dieu

A Mazarin de l’eau bénite;

Il en donna tant à la cour,

Que c’est bien le moins qu’il mérite

Que l’on lui en donne à son tour.

 

Autre                                           1661                                          [365]

Sur le petit Air de la Fronde.

Sur le même sujet.

 

Dans le village de Mazare,

Mazarin vécut en Lazare.

Réduit à la mendicité;

Mais des bienfaits d’Anne d’Autriche,

Ce Lazare est ressuscité

Et mort enfin en mauvais riche.

 

Autre                                            1661                                             [366]

Sur l’air: Sommes nous pas trop heureux.

Sur le Cardinal Mazarin.

 

Sommes nous pas trop heureux,

Puisque l’Eminence est morte?

S’il n’eût périt de la sorte,

Nous eussions tous êté gueux;

Ma foy c’estoit un grand homme,

Son esprit a fait la paix;

Mais des plus fourbes de Rome

Il ne s’en trouva jamais.

 

Epitaphe                                           1661                                          [367]

du Cardinal Mazarin.

 

Cy gist la Cardinal; Je suis fâché passant,

Qu’au lieu de ce cy gist tu ne vois pas cy pendant.

 

Autre

Cy gist l’Eminence Deuxieme,

Dieu nous garde de la troisieme.

 

Autre

Cy gist ce grand pilier d’Eglise

Qui nous à mis tous en chemise;

Mais s’il eut plus longtems vêcu

Il nous eut fait montrer le cu.

 

Autre. par un Suisse.

Cy gist un Bougre d’Italie

Qui li cassi mon Compagnie.

 

Sur le Cardinal Mazarin.                     1661                                           [368]

 

Par deux fois l’Emétique a sauvé nôtre France

            La premiere en sauvant le Roy

            Et l’autre en tuant l’Eminence.

 

Chanson                                          1661                                            [369]

Sur l’air: Reveillez vous belle endormie.

 

Grands Dieux! quelle est vôtre justice?

Chausson* va périr par le feu;

Et Guitaut (1) par le même vice

A mérité/ Est honoré le Cordon bleu.

 

* brûlé en Greve pour crime de Sodomie en 16…

(1) Francois de Comminges receu Cher du St Esprit en 1661

 

Autre                                                                                                [370]

Sur le même air.

 

Pour bien goûter tous les délices,

Il faut Saint Gal, Blot, & Romain;

Passer la nuit entre deux cuisses,

Et tout le jour entre deux vins.

 

Sonnet.                                           1661                                             [371]

la France à la Chambre de Justice. 1661.

 

Sévere tribunal de mes malheurs complice,

Oracle qui tiens mal, ce que tu m’as promis.

Idolle revestu du manteau de Themis,

Si Fouquet est coupable, advance son suplice.

 

S’il faut à ses autels un si grand sacrifice;

Tire ce malheureux des fers où tu l’as mis,

Et quand le grand pouvoir, que mon Roy t’a commis

Condamne, ou bien absous, fais grace, ou fais justice.

 

Lance sur les Traittans le foudre que tu tiens,

Dont la chute trop lente accable tous les miens,

Quand le sort douleureux trop longtems se differe.

 

Haste toy, tiens la main à tant de languissans,

Et si ton bras en veut à tous les gens d’affaires,

Frape-les; mais du  moins sauve les innocens.

 

Réponse                                          1661                                                 [372]

 

Me doit n apeller, de tes malheurs complice,

Lorsque pour bien tenit ce que je y’ay promis,

Avant que d’employer l’éspée de Thémis,

Je pense si Fouquet est digne de suplice?

 

Je n’ay point résolu d’en faire un sacrifice;

Je voudrois qu’il fut hors des fers où l’on l’a mis;

Mais dans ce grand pouvoir que le Roy m’a commis

La grace et la piété cedent à la justice.

 

C’est aux méchans qu’en veut le foudre que je tiens;

France, ne dis donc point on accable les miens,

Quand le coup de mon bras quelque tems se differe.

 

Je ne veux point par là faire des languissans;

Si je prends du délay c’est a dessein de faire

Le choix des Criminels, d’avec les Innocents.

 

Epigramme                                          1661                                        [373]

Sur l’Entrée du Roy Louis XIV.

 

Lisés trois fois cette Epigrame,

Grand Roy, illustre potentat.

Jugez quel peut être l’estat

Dont le trosne est fait de Bergame.

 

Chanson                                                1662                                         [375]

Sur l’air des Rochelois.

 

Que Noailles soit bon garςon,

Qu’il raille de bonne faςon,

Et qu’il soit une rude lame;

Pourveu que j’aye son chien couchant,

Et que je couche avec sa femme;

Tout cela m’est indifférent.

                                    par Blot.

 

                                                                1662                                          [377]

Sur le mariage du Duc de Lorraine avec Marie-Anne Pajot.

 

Une Fille d’Apoticaire                            de Mademoiselle

Au Duc Charles, sceut si bien plaire

Qu’il l’epousa publiquement,

Et pour la faire souveraine,

Il ne receut qu’un Lavement

Qui lui fit rendre la Lorraine.

 

Epitaphe                                               1662                                       [379]

de Monsieur de Marca Archevesque de Paris.

 

Cy gist Monseigneur de Marca,

Que le plus grand des Rois marqua,

Pour être chef de son Eglise.

Mais la mort qui le remarqua,

Et qui se plaist à la surprise,

Tout aussitost le démarqua.

 

Autre                                                 1662                                        [380]

Sur l’air Landrirette.

Sur Monsieur Dolé dils de Monsieur de Saint Pater qui épousa Mademoiselle de Gene, fille du Procureur du Roy du Mans. On lui fit une entrée à Saint Pater.

(Saint Pater est un château a un quart de lieue d’Alenςon.)

 

Or escoutez petits et grands,

Monsieur Dolé reviens du Mans,

            Landrirette;

Avec sa femme mercredy,

            Landriri.

 

Les habitans de Saint Pater,

Ne font plus que battre le fer,

            Landrirette;

Pour aller au devant de lui

            Landriry.

 

Ils ont choisi pour conducteur,

Un fort habile harangueur,

            Landrirette;

Qui se nomme Monsieur Meny;

            Landriry.

 

Gaspard* vient d’un ton assez haut;    *Valet de chambre de Monsieur de Saint Pater

Voicy Madame d’Archambaud**      **Femme de qualité d’auprés de Seés qu’il avoit aimée

            Landrirette.

Monsieur qui vous demande icy,

            Landriry.

 

Hé quoy! Monsieur le Nivelier!

Vous me deviez tant épousé.

            Landrirette.

Ce sont là de vos reveries,

            Landriri.

 

Hé quoi! n’ay-je pas assez fait?

D’avoir tiré de mon gousset,

Landrirette.

Un carosse et des chevaux gris

            Landriri*.              *Il lui avoit donné un carrosse et des chevaux.

 

                                                      1662                                              [382]

Sur Bellefonds qui portoit la queuë du Manteau du Roy à la Promotion des Chtrs du Saint Esprit de 1662.

 

Bellefonds porte queuë, à mine indifférente;

Du plus grand des Mortels, suivoit la marche lente,

Et montrant au public ce qu’il a de menton,

Faisoit dire au public, pourquoi le choisit-on?

 

Chanson                                            1662                                        [383]

Sur l’air de la Gaillarde.

La Comte d’Ognon envoya chez Louvart Baigneur pour qu’il lui aprestât de Lorpin: elle êtoit voisine de l’hostel de Canarvalet, où demeuroit Boisleve avec son fils le Comte de Gonor la Comte d’Ognon s’est remariée.

 

Ce fut un vendredy matin

Que Louvar fit aprester de Lorpin

Pour dépiler la Comtesse d’Ognon;

De qui le poil êtoit trop long.

 

Comtesse à qui le poil fait peur,

Adressés vous à ce dépilateur;

J’entends le maître et non pas le valet

De l’hostel de Carnavalet.

                                                Dolu.

 

Chanson                                        1662                                          [385]

Sur l’air...................

En 1662. l’on dansa ce grand Ballet, pour lequel le Roy avoit fait venir des Musiciens d’Italie. Il y avoit quinze petites filles de qualité qui faisoient l’Entrée des Estoilles, dont êtoient Mariane Mancini à présent Duchesse de Bouillon. Branquette à present Princesse d’Harcourt. Mademoiselle de Bailleuil à présent Marquise de Franquetot. Mademoiselle de Barneville à présent Madame d’Aunoy. Mademoiselle de Pommereuil morte. Mademoiselle de Saint Aure, Mademoiselle de Chasteaudacier à présent Madame du Mont, femme de l’Escuier de Monseigneur Mademoiselle Longuet Religieuse. Mademoiselle la Ribera fille de celui qui faisoit l’Entrée Espagnole, tant d’autres.

 

Vive l’Entrée des petites filles du Ballet,

Rien n’est plus joli, rien n’est plus folet;

            Mais non pas ces grands concerts;

                        De ces vieilles Laures,

                                    Ces Seignores;

Ces* non sunt qui chantent des Liberas                        *castrates ou chapons.

Pour la mémoire de leur et cétéra.

 

Sur le Procez de Monsieur Fouquet.      1662                                                    [387]

Madrigal.

 

Le Cordeau de Fouquet est maintenant à vendre;

Mais nous avons, Voisin, Chamillard & Berrier,

Saint Helene, Pussort, Poncet, le Chancelier.

            Voila bien des Larrons a pendre,

            Voila bien des fols a lier,

            Voila bien de quoy l’employer.

 

Autre                                          1662                                                [388]

sur le même sujet.

 

Toute la France est en moult grand peine

De scavoir moult comment récompenser

Poncet, Pussort, Voisin, & Saint Helene.

Or ce cas n’est pas un cas à tant penser,

Et dont si fort on doit se débatre;

Il ne faut rien qu’une potence à quatre.

 

Autre                                              1662                                      [389]

Sur le même sujet.

 

Fouquet a veu finir ce Procez ennuyeux,

Sur qui toute la France avoit jetté les yeux,

Et qui sera longtemps celebre dans l’histoire;

            Cet illustre persecuté.

Au milieu de ses fers, s’est acquis plus de gloire

Qu’il n’a fait dans l’eclat de sa prospérité.

Thémis en sa faveur a penché la balance,

Et malgré les efforts d’une injuste puissance,

Qui crût à sa faveur tous les juges soûmis.

            Le Ciel à fait son innocence

            Du Crime de ses ennemis.

 

Autre                                        1662                                                 [390]

Sur le même sujet.

 

Il faut pendre Fouquet, j’en demeure d’accord;

            Il a trop abusé, sire de vos Finances;

Mais si l’on pend tous ceux qui méritent la mort,

            Il va bien couter en potence;

Cependant tous les fonds sont desja destinez,

Et quand le Charpentier en aura fait l’avance,

            Sire, si vous ne l’ordonnez,

Colbert ne passera jamais cette dépence.

 

Autre                                         1662                                                [391]

Sur le même sujet.

 

Au nom de Dieu radoucis toy,

Ait pitié de tes semblables.

Colbert laisse dormir la Loy,

Espargne un peu les misérables,

Et n’accoûtume point le Roy

A faire pendre les coupables.

 

Quatrain                                          1662                                              [392]

Sue le Même sujet.

 

Le petit Escureuil est pour toujours en cage,

Le Lezar plus accord [adroit], fait bien son personnage;               Colbert.

Mais le plus fin de tous est un vilain Serpent,

Qui s’abaissant, s’eleve et s’avance en rempant.

 

Anagramme de Monsieur Fouquet      1662                                             [393]

            Nicolaus Fouquet.

            Ȏ! qu’il f..... céans.

 

A peine eut on chez le Roy

Leu de Fouquet les fleurettes,

Et cogneu ses amourettes,

Que tout fut en desarroy.

Quoi! dit l’un il f....... les filles

De la Cour les plus gentilles?

Quoi! dit l’autre tout transi

Il f...... nos femmes aussi?

A cet impréveu tumulte

Qui toute la Cour culbute,

Chacun accourt au Château

Pour voir un cas si nouveau.

Lors l’un voyant le Rolle,

Ne pût tenir son babil.

Ȏ! qu’il f... céans le drosle,

Ȏ! qu’il f... céans dit il.

 

Autres                                             1662                                                 [394]

Sue le mesme.

 

Nicolaus Fouquet.

Vol t’a confisqué.

 

Nicolaus Fouquet.

Cito fumus laqueo.

 

Nicolaus Fouquet incarceribus.

Factis curaque colubri non ejus.

 

            Montfaucon au Surintendant.

Venez mon cher Fouquet, la Cour est importune,

Enguerrant vous attend, c’est pour vous l’autre bout,

Aprés tant de faveurs, aprés tant de fortunes

Vous ne pouvez enfin plus tomber de bout.

 

Devise du Surintendant

faisant allusion à l’éscureuil de ses armes.

 

Quò non ascendet.

 

Sonnet                                           1662                                                  [395]

Sur le Mesme.

 

Ministre avare et lâche, esclave malheureux,

Qui gémis sous le poids des affaires publiques;

Victime devöuée aux chagrins politiques,

Fantosme respecté sous un titre onéreux.

 

Vois combien des grandeurs le comble est dangereux;

Contemple de Fouquet les affreuses Reliques,

Et tandis qu’on à sa perte en secret tu t’apliques.

Crains qu’on ne te prépare un destin plus affreux.

 

Il part plus d’un revers des mains de la fortune,

Sa chute, chaque jour te peut être commune,

Nul ne tombe innocent, d’où tu te vois monté;

 

Cesse donc d’animer ton Prince à son suplice,

Et prest d’avoir besoins de toute sa bonté,

Ne le fais pas user de toute sa justice.

 

Autre                                          1662                                                [396]

Sur le Mesme.

 

Oronte n’est donc plus une illustre victime?

Il ne lui reste rien de sa noble grandeur.

Les jaloux qu’elle fit, ont fait tout son malheur;Mais son malheur n’est pas tout ce qui fait son crime.

 

Orgueilleux favoris, qui voulez que l’on oprime,

Vous êtes comme lui pendant vôtre faveur;

En lui vous poursuivez avec tant/ trop de chaleur,

Ce que la dignité rend en vous légitime.

 

Laissez, laissez agir Louis et sa bonté,

On est assez puni quand on l’a mérité,

Et souvent le pardon peut servir de suplice.

 

Cessez donc aujourdhuy d’enflamer son courroux;

Que si vous le poussez à lui faire unjustice;

Tremblez que ce ne soit une planche pour vous.

 

                                                        1662                                           [397]

Sur la mort de Monsieur de Marca Archevesque de Paris.

Sonnet.

 

Qu’un vieillard chargé d’ans, de maux de pouriture

Expire sous la Fievre, et soit mis au Tombeau;

A tort on veut faire un miracle nouveau,

C’est l’ordinaire cours, de la foible nature.

 

Mais qu’un Prélat Chrestien ait une ame si dure;

Qu’aprés que ses péchés, ont comblé le boisseau,

Il se croye innocent, comme dans le berceau,

Et passe impénitent, dedand la sépulture.

 

Qu’un fourbe qui prononce en faveur de la cour,

Qu’il est blanc, qu’il est noir’; qu’il est nuit, qu’il est jour,

Ait réduit à ses pieds, l’Eglise Gallicane.

 

Qu’il possede le prix de son iniquité,

Que Rome ait aprouvé, son injuste chicane

C’est un prodige étrange à dire vérité.

 

                                             1662                                                      [398]

Sur l’Affaire du Duc de Créquy, à Rome, lorsqu’il y êtoit Ambassadeur.

 

Je m’estonne fort que Cruy

Ait eu des Querelles à Rome;

Car je ne connois guere d’homme

Qui soit aussi propre que lui

A vivre en cette sainte Terre;

Il est l’ennemi de la guerre;

Il aime les plaisirs Romains,

Et lorsque je le vois aux mains

Avec des peuples d’Italie,

Je dis ô la belle action!

L’amour qu’il a pour sa patrie

Force son inclination.

 

Sur le même sujet                            1662                                         [399]         

 

Pour calmer la juste colere,

De Louis le Grand Dieudonné,

Toute l’Eglise est en priére;

Et déja cette Sainte mere

A dit tout son dominené.

            Les Moines en ont pris la haire,

Toutes les cloches en ont sonné,

Et le frere a dit à son frere

Orate fratres orate;

Car le Seigneur est irrité.

            Plus d’un coeur en a soupiré.

Un Cardinal en a pleuré;                    Chigi

L’on dit même que le Saint Pere

En sent au coeur douleur amere;

Mais n’en deplaise, à ce grand triple couronné;

Le plus fâcheux en cette Affaire,

Est le pauvre deffunt Libraire,

Et le beau Page assassiné.

 

Sur le mesme sujet.                             1662                                      [402]

 

Si cet assassin furieux,

Pensant massacrer la plus belle,

Et la plus charmante mortelle,

Qui soit aujourd’huy sous les Cieux,

A pris son beau Page pour elle;

Ce n’est pas qu’il eut manqué d’yeux,

Ou qu’il eut manqué de cruelle;

Mais il fit comme on fait tres souvent dans ces lieux,

Prenant le masle pour la femelle.

 

Chanson                                            1662                                            [403]

Sur l’air. Marais vray quartier de la rejouissance.

fait dans le tems du démeslé de Monsieur de Créqui à Rome, au sujet de l’insulte qu’il y receut le 20. Aoust 1662.

 

Grand Roy, voudrois tu contre gens à Breviaire

Prophaner ta rapiere?

Tes jeunes bras conquerans,

Contre ces Capelans,

Contre ces teint jaunis,

Contre ces Clercs réformez de banis,

Contre ces Coyons bénis?

Toute cette canaille

Ne mérite pas qu’on aille

Au Montcenis;

Fussent tous les rochers aplanis;

D’eût on rencontrer par tout logis

D’entremets bien fournis,

Pour y faire bonne gogaille,

Aprés qu’on les aura punis.

 

Autre                                           1662                                              [404]

Sur l’air du Confiteor.

Sur N....... Colbert femme de Monsieur Pelot 1.er President du Parlement de Rouen. Madame de Montgomery et Madame d’Esche l’allant voir, sans se lever les salua de la teste. Elles firent ce couplet.

 

Mon cul plus lourd que de raison

Me font passer pour inciville;

Mais chaque chose à sa saison,

Et ma teste bien plus agille

Au défaut du cul supléra,

Dites vôtre mea culpa.

 

Autre                                          1662                                          [405]

Sur l’air: Un Chapeau de paille.

Sur N........ d’Aubusson de la Feuillade Archevesque d’Embrun, Ambassadeur en Espagne.

 

L’Ambassadeur, de qui la politique,

            Etonne les plus fins,

Et dont l’esprit sur tout autre s’aplique

            Aux généreux desseins,

Nous a fait voir à l’honneur de la France,

Quelle est sa prudence enfin quelle est sa prudence.

 

Ayant apris, à ce que dit l’histoire

            Que dans ses estendars,

De Saint Aunais (1) le coeur bouffi de gloire

            Faisoit de toutes parts

De Lys brisez éclater la Devise

La mouche il a prise lui, la mouche il a prise.

                                 *voyez à la fin de cette chanson le dernier couplet qui doit estre le 3.eme

 

Plus fier que Mars, ou du moins qu’Alexandre,

 

(1)  Saint Aunais homme de qualité de Languedoc qui êtoit dans le service d’Espagne, avoit fait quelques railleries du R......... Monsieur l’Archevesque d’Ambrun qui etoit ambassadeut à Madrid où cela se passa, en écrivit à son frere, qui y alla en post pour se battre contre Sainte Aunais.

 

La Feuillade (1) est venu,                                                      [406]

Et pour son Roy, prest de tout entreprendre;

            Il lui a répondu,

Il ne me faut pour vaincre qu’une oeillade,

Je suis la Feuillade moy, je suis la feuillade.

 

N’a t’on pas veu la derniere campagne

            Contre les Ottomans;

Combien mon bras, coupa pour l’Allemagne,

            Des Testes à Turbans.

Dedans Madrid suivy de ma fortune

J’en veux couper une moy; j’en veux couper une.

 

C’est m’a t’on dit ensemblable maniere.

            Ou du moins à peu prés,

Que ce grand coeur dans son humeur guerrier

            Veut traiter Saint Aunais;

Mais ce héros, dont la gloire est si haute,

Compte sans son hôte lui, compte sans son hôte.

 

Il avoit crû d’un sentiment superbe,

            Qu’on feroit le combat;

 

(1)  Il fit apeller Saint Aunais en duel pour avoir mal parlé du Roy son maitre. Saint Aunais êtoit pour lors au lit malade de la goute, et fit dire à Monsieur de la Feuillade qu’il n’avoit rien a se reprocher sur le respect qu’il devoit à son Roy; amis que pour lui qui êtoit un fanfaron et qui lui venoit faire une algarade, il êtoit bien aise de lui dire que partout où il le trouveroit, il l’en feroit ressentir.

 

Mais on peut bien, comme dit le Proverbe,                                  [407]

            Dire à bon chat, bon rat.

Ce qu’ayant veu, sans être opiniastre,

Il fuit sans combattre lui, il fuit sans combattre.

 

Son frere dit, qu’à son retour en France,

            Il aura le baston;

Qu’il ne faut pas de moindre récompense

            Pour sa grande action;

Et j’y consens crainte qu’il ne s’irrite

Car il le mérite lui, car il le mérite.

 

Et sur cela sans tarder d’avantage*,

            Escrit de son bras cour

A son cadet homme prudent et sage,

            S’il en est à la cour.

De s’en venir en toute diligence

Vanger cette offense lui, vanger cette offence.

 

*Le Comte de la Feuillade, Ambassaeur de Dammemarck.

 

Autre                                            1662                                              [408]

Sur le même Air.

Sur Pierre Seguier Chancelier de France, tombé malade pendant le Procés de Monsieur Fouquet.

 

J’enrageray s’il faut que je m’apreste

            A plier mon paquet,

Auparavant que nous ayons la teste

            De ce maudit Fouquet.

Et sans regret si je le fais coupable,

J’iray droit au Diable moy; j’iray droit au Diable.

 

Chanson                                            1663                                           [409]

Sur l’air de Mais.

Sur un homme à qui le Mareschal de la Ferté avoit deffendu d’entrer dans la ville de Metz, pour y voir une jeune Dame qu’il aimoit; dautres disent que Monsieur le Prince de Condé êtant campé aux environs, dit au Ch.er de Riviere de lui aller chercher une P..... dans la ville. Il trouva une fort jolie Juive chez qui il devoit mener Monsieur le Prince incognito à l’entrée de la nuit; mais jamais on ne voulut lui ouvrir la Porte.

 

Ville de Metz ton portier est plus rogue.

Que de l’Enfer l’impitoyable Dogue:

                        Mais

            Fais sortir ta Sinagogue,

Je n’y rentreray jamais./ Tu ne me verra jamais.

 

Chanson                                    1663                                                    [411]

Sur l’air. Nicolas va voir Jeanne.

Sur Monsieur Fouquet Surintendant des Finances.

 

Nicolas va voir Jeanne.

Oh! Jeanne dormez vous?

Je ne dors, ni ne veille;

Je ne pense point en vous.

Vous perdez vous pas Nicolas,

Ce sont pas perdus pour vous.

 

Nicolas la cajeole,

Et luy fait les yeux doux;

Lui ofre la pistolle,

Et lui veut taster le poulx.

Vous perdez vos pas Nicolas

Ce sont pas perdus pour vous.

 

Sa mere l’appareille

A un autre Colas

Qui fait rage et merveille

Quand il est entre deux draps*.

Vous perdez vos pas etc.

 

Or adieu donc Jeanne.

Puisque vous ne m’aimez pas.

 

*Madame de Saint Remy mere de Madame de la Valiere travailloit alors aux amours du Roy et de sa fille. 

 

Je monte sur mon âne                                                                        [412]

Pour galoper au trépas.

Vous perdez vos pas Nicolas;

Allez ne bronches pas Nicolas.

 

Sur le Surintendant Fouquet.                    1664                                 [413]

prest à juger.

 

Icy gist, qui jusques au Tombeau

A desrober, eut la main preste;

Son seul regret, est qu’au bourreau,

Il ne peut desrober sa teste.

 

Chanson                                                   1664                                 [415]

Sur l’air: Laissez paître vos bestes.

Sur le Jugement du Procez de Nicolas Fouquet Surintendant des Finances.

 

Sus bon Franςois

A haute voix

Remercions le Roy des Rois

            De son bon choix,

            Et sa toute puissance,

Qui malgré le grand Lucifer

            A sauvé l’innocence

            De la Corde et du Fer.

 

            Le Procureur,                                   Chamillars

            Plein de fureur,

Plus que de tendresse et d’honneur.

            Homme sans coeur;

            Conclut à la potence

Pour sacrifier à ses Dieux

Un homme d’importance

Qui vaut cent fois mieux qu’eux.

 

            Le Raporteur,                                   Saint Helene

            Décolateur,

S’interressant à la faveur                                                                   [416]

            Du suborneur,

Crût sa fortune faite,

Et qu’il seroit asseurement,

            Abattant cette teste

Celle d’un Parlement.

 

            Monsieur Pussort                                Pussort.

            Harangua fort;

Mais par malheur il prit l’essors

            Par trop d’effort,

Et sa sotte harangue,

Fit voir à Messieurs du Bureau

Qu’il a beaucoup de langue,

Et fort peu de Cerveau.

 

Un Forgeron,

Dur et felon;

Et pire cent fois qu’un Démon

            Hors de raison.

Par sa fureur extrême

Voulut perdre cet innocent;

Mais il perdit luy même

            Sa fortune et le sens.

 

Ne finissons

Point la chanson,                                                                 [417]

Sans exhalter ce d’Ormesson;

            Tant en renom

Le bon Dieu le bénisse

Avec tous les gens de bien,

Qui font bien la Justice,

Et qui ne craignent rien.

 

Chanson                                        1664                                           [419]

Sur l’air: A la venüe de Noël.

Sur le Jugemenr du Procés de Mons? Fouquet.

 

A la venüe de Noel

Chacun se doit bien réjouir;

Car Fouquet n’est pas criminel,

On n’a pû le faire mourir.

 

Quand par sa malice Berrier                 Agent de M.r de Colbert, et depuis fameux Partisan.

Dans la Bastille l’attira;

Il êtoit dans un grand bourbier;

Mais d’Ormesson l’en retira.                le Fevre d’Ormesson.

 

Saint Helene fort s’emporta

Lorsqu’il se mit a raporter;

Et le beau premier prononςa,

Qu’il falloit le décapiter.

 

J’ay dit il un double argument,

Messieurs, pour fonder mon avis;

L’un que je seray President,

Et l’autre est dans la Loy quis quis.

 

Dieux! s’ecria Monsieur Pussort                  Oncle de Monsieur de Colbert.

 

Qu’il est profond, qu’il est scavant.                                                     [420]

Et peut on trouver un plus fort

Pour régir le Sénat Normant?

 

Mais, Messieurs ajoutons encor

Un troisieme raisonnement;

Par où je conclus à la mort

Et non pas au bannissement.

 

Quand d’ardoise il couvrit untoy,

L’autre de Tuille seulement.

Fut-ce pas pour tromper le Roy?

Rendez vous à cet argument*.

 

Il est fort bon, dit Gisaucourt,                         Conseiller au grand Conseil

Et Feriol pareillement.                                     Conseiller au Parlement.

Messieurs, admirons son discours,

Et le suivons aveuglement.

 

Herault dit, vous n’avez pas tort,                      Conseiller au Parlement de Toulouse.

Et quand il n’auroit fait que vaux;

N’est il pas bien digne de mort,

D’avoir tant dépensé en eaux?

 

Pour moy je n’y répugne pas,

Ajouta le petit Noguez;

 

*la Maison de Monsieur Fouquet à Saint Mandé etoit couverte de Thuilles du costé de Vincennes et d’ardoises de l’autre, Monsieur Pussort l’interrogea sur l’importance de cet article.

 

Car je prétens l’Evescha Dax                                                           [421]

Pour mon frere le Biarnez.

 

Roxante ce fier Provenςal                   Conseiller au Parlement de Provence.

Alors se mit en grand esmoy;

Disant, Messieurs, vous faites mal.

D’avoir ainsi tronqué la Loy.

 

Puis il leur expliqua la Loy

D’une tres scavante faςon;

Et dit, Messieurs une autre fois,

Aprenez mieux vôtre leςon.

 

La Toison sitost qu’il finit,

En faveur de Fouquet parla,

Et ne voulut pas qu’on punist

Des Crimes du temps de Silla.                  le Cardinal de Mazarin.

 

La Baume vint à son secours,                    Conseiller au Parlement de Grenoble.

Et suivit le grand d’Ormesson;

Quelqu’un m’a dit que son discours

Fut tres petit; mais qu’il fut bon.

 

Verdier s’emporta la dessus,                      Conseiller au Parlement de Bordeaux.

Et par maint auteur allegué,

Il leur prouva que tout au plus

Il devoit être relegué;                                                                        [422]

 

Mais pour ces Messieurs contenter,

Dit en raillant le grand Maznaut;                  Maitre des Comptes.

Si l’on faisoit décapiter/ Il faut faire décapiter.

Les marmousets qui sont à vaux?                C’etoit des colonnes de pierre.

 

Je leur feray point de ma,

Non plus qu’à Fouquet dit Moussy,            Conseiller au Parlement.

Ny moi dit Monsieur Catinal,                      Conseiller en la cour des Aides.

Ny moi dit le Feron aussi.

 

Je scai bien dit Brillac par où                    Conseiller au Parlement

Vous mettre Messieurs tous d’accord,

Qu’on lui mette la corde au cou;

Mais qu’on ne la serre pas fort.

 

La corde au cou, cria Renard,                    Conseiller au Parlement.

Je crois que vous ny pensez point

Dieu nous preserve, dit Bernard.                Maitre des Requêtes

D’un Ministre la torche au poing.

 

Poncet en montra point de fiel,

Comme avoit fait Monsieur Pussort,

Et par un discours tout de miel

Conclut doucement à la mort.

 

Voisin le Prevost des Marchands,                                                         [423]

Ne parût pas si modéré;

Se n’est pas qu’il soit fort méchant;

Mais Fouquet l’avoit ulcéré.

 

En raisonnemens superflus,

Je ne veux point perdre de tems,

Dit il, contre des corrompus,

Des lâches et des ignorans.

 

Pontchartrain* reprit, ces beaux noms

Nous conviennent bien moins qu’à toy.

Nos Rentes, tes opinions,

Tes Procés verbaux, en font foy.

 

Si Seguier eut raison ou tort,

Je n’esclairciray point ce point.

Je l’honore et révére fort;

C’est pourquoi je n’en parle point.

 

Pour bien finir nôtre Chanson,

Que chacun se mette à crier,

Gloire soit au grand d’Ormesson.

Et le Diable emporte Berrier.

 

*Président de la Chambre des Comptes, pere du Chancelier mort.

Messieurs Talon & Chamillart, Prosecureurs Generaux de la Chambre de Justice, voiant 13. voix pour le bannissement & la confiscation des biens, temoignerent n’avoir pas besoin d’opiner, puisqu’ils opineroient pour la mort. Ainsi l’arrêt fut donné sur les treize voix.

 

Chanson                                             1664                                        [425]

Sur l’air: Or nous dites Marie.

Sur le même sujet que la précédente.

 

Pourquoi donc sans justice,

Ȏ Monsieur le Cormier,                    de Sainte Helene.

Voulez vous le suplice.

Du pauvre prisonnier?

D’une ample présidence

Le don m’estant promis.

Pouvois-je en conscience

Estre d’un autre avis?

 

Sur Monsieur Fouquet.                      1664                                       [427]

 

Le Cordeau de Fouquet est maintenant à vendre;

Mais nous avons Colbert, Chamillart, et Berrier,

Saint Helene, Pussort, Foucault, le Chancelier;

            Voila bien de quoy l’employer;

            Voila bien des Larrons a pendre;

            Voila bien des fous a lier.

 

Sur Monsieur Fouquet              1664                                             [429]

 

Fouquet a veu finir ce Procés ennuyeux,

Sur qui toute l’Europe avoit jette les yeux,

Et qui sera longtems célebre dans l’histoire.

            Cet illustre persécuté

Au milieu de ses fers s’est acquis plus de gloire

Qu’il n’a fait dans l’eclat de sa prospérité.

Thémis en sa faveur a panché la Balance,

Et malgré les efforts d’une injuste puissance

Qui crût à sa faveur tous les Juges soumis;

            Le Ciel a fait son innocence

            Du crime de ses énnemis.

 

Chanson                                   1664                                             [431]

Sur l’air de Monsieur de Beaufort.

Voyage d’Hongrie de 1664.

 

Grand Seigneur prens garde à toy,

Je n’y vois plus d’obstacle,

Villeroy prend son Armet;

Si cela fait quelqu’effet.

Miracle, miracle, miracle.

 

Triolet                                    1664                                                      [432]

Sur l’Entreprise de Gigéry 1664.

 

Si chacun faisoit son métier

Les vaches seroient bien gardées.

Colbert seroit un gros Drapier,

Si chacun faisoit son métier,

Et la Flotte seroit sauvée

Si chacun faisoit son métier,

Les vaches seroient bien gardées.

 

Chanson                                    1664                                                    [433]

Sur l’air...............

Sur la Recherche de la Noblesse en 1664.

 

Depuis longtemps on ne voit que Noblesse,

            Sur tous les grands chemins,

Chargez de sacs, et remuans sans cesse;

            Tous leurs vieux parchemins;

Disans, voila pour vous faire voir comme

            Je suis Gentilhomme moy,

                        Je suis Gentilhomme.

 

voyez la même en 1665. qui est plus longue.