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Volume 6 (1686-1690)

Recueil

de

Chansons,

Vaudevilles, Sonnets,

Epigrammes, Epitaphes

Et autres vers

Satiriques & Historiques

Avec des remarques curieuses

Depuis 1686 jusqu’en 1690

 

Vol. VI

 

 

                                                Epitre                                      1686                [1]

De Philipes de Mancini Duc de Nevers Chevalier des Ordres du Roy etc. a Marie Anne Mancini sa soeur, femme de Godefroy Maurice de la Tour d’Auvergne Souverain Duc de Bouilly, Duc d’Albret et de Châteauthierry etc. Pair et Grand Chambellan de France, laquelle etoit exilée par ordre du Roy à Pontoise.

 

            Quel sera donc vôtre destin

Ma chere soeur, quelle etrange influence,

            Eh quoy, pour aller au Devin (1)

Nerac devient le lieu de votre residence

Presentement on dit qu’un peu trop de licence.

Dans vos brusques discours (2) vous tient a saint Martin (3)

Ayez a l’avenir un peu plus de prudence,

 

(1)     La Duchesse de Bouillon avoit êté exilée a Nerac l’an 16.... parce que lorsque le Roy eut etably une Chambre de Justice a l’Arsenal de Paris l’an 167…. Pour punir extraordinairement les empoisonneurs sorciers, avorteurs etc. on trouva dans les Informations qu’on fit de ces Canailles que cette Duchesse avoit eu Commerce avec des diseurs de bonne aventure.

(2)– (3)

On venoit de l’exiler encore une fois a l’Abaye de St Martin de Pontoise apartenant au Cardinal de Bouillon son beau frere pour avoir parlé librement du Roy et du Ministre a ce qu’on disoit, mais la verité est que la haine que Francois-Michel le Tellier Marquis de Louvois portoit à toute la Famille de Bouillon que fut la seule cause de leur disgrace. Cette famille soutenoit autrefois le vicomte de Turenne ennemy declaré de Mr. de Louvois, l’avoit toujours meprisé, et il l’a persecuté aussi toujours depuis la mort de ce grand homme pour faire un exemple a tous les grands du Royaume dont il vouloit du moins être craint n’en pouvant être respectée faute de naissance et même de merite.

 

Et pour vous epargner tout sujet de chagrin                                                               [2]

Vouez vous au Dieu du silence, (4)

Quand on donne l’essort a sa vivacité

Qu’une mauvaise humeur allume le salpêtre,

Des torrens de l’esprit il faut se rendre maitre,

            Et borner sa rapidité

            Si vôtre conduitte est connüe

            Aux mortels qui sont dans les cieux (5)

Et si l’on a là haut dans le sejour des Dieux

            Des Lunettes de longue veuë,

            Que doit dire Jules (6) en voyant

            Dans sa race (7) un remumenage;

Et que son heritier ce devot personnage, (8)

 

(4) Le Dieu du silence selon les payens s’appelloit Harpocrate.

 (5) C’est a dire aux hommes qui sont sauvez et dans le Paradis.

 (6) Jules Duc de Mazarin, Cardinal etc. 1er Ministre d’Etat mort le 9 mars 1661 dans le Chateau de Vincennes.

 (7) Dans la Famille des Mancini dont etoit le Duc de Nevers, auteur de cette Epitre, la Duchesse de Bouillon, la Connetable Colonna, la Comtesse de Soissons, et la Duchesse de Mazarin ses soeurs, desquelles il sera plus amplement parlé dans la suitte de ce Commentaire. Ils etoient tous enfans de la soeur du Cardinal.

 (8) Charles de la Porte-Mazarin Duc de Mazarin Pair de France etc. que le Cardinal avoit fait son principal heritier en lui donnant Hortense Mancini la plus jeune et la plus belle de ses nieces en mariage avec tous ses biens et ses dignitez, le 28 fevrier 1661.

 

            Icy bas son nom decriant (9)                                                                          [3]

            Fait de ses biens un pauvre usage,

Et par les fondemens sape son heritage, (10)

            Oh le beau choix en verité;

Tout mourant est sujet a faire une sotise;

            Jules (11) apres avoir medité

Pour transmettre sa gloire a la posterité

Va tirer un Cafard des Capets de l’Eglise, (13)

 

(9)-(10)

Le Duc de Mazarin etoit un fou parfait a qui une devotion outrée et sans Jugement avoit fait faire une infinité d’extravagances qui avoit vendu tous ses charges et ses principaux Gouvernemens, qui avoit mangé tout l’argent comptant que le Cardinal lui avoit laissé, et qu’on faisoit monter a 10 millions, qui vivoit comme un bandit, courant d’une de ses terres en l’autre, qui se laissoit voler partout le monde et principalement par des Cagots, qui par sa folie avoit obligé sa femme a le quitter, et a s’etablir en Angleterre aprés avoir couru en plusieurs pais; en un mot qui voudroit faire icy un detail des folies de ce duc, composeroit un volume aussi gros pour le moins que celuy cy.

 

(11) Le Cardinal de Mazarin mentionné en l’article 6 de ce Commentaire.

 

(12-13)

Le Cardinal Mazarin ayant amassé des Richesses immenses en France, tant en argent comptant qu’en terres et en charges et apres avoir ……. Philippes de Mancini fils de sa soeur Duc de Nevers Chevalier de l’Ordre Capitaine Lieutenant des Mousquetaires du Roy et Gouverneur de Nevernois; maria aussi Olimpe Mancini son autre niece le 21 fevrier 1657 a Eugene de Savoye Comte de Soisson Colonel general des Suisses et Gouverneur de Chapagne et Brie …….. Mancini soeur de celle cy a ……. Colonna Connestable heriditaire du Royaume de Naples le ……166…. et Victoire Mancini a Louis de Vendosme Duc de Mercoeur fils ainé de Cezar, Duc de Vendosme, il ne restoit plus des 5 Nieces que ce Car. avoit fait venir en France, que Hortense et Marie Anne Olimpe Mancini a pourvoir. Il choisit Hortense pour être sa principale heritiere et faire porter son nom et ses armes, et donner tous ses biens et ses charges a celuy qu’elle epouseroit. Il parcourut tous les jeunes Seigneurs de la Cour, et soit faute de gout ou qu’estant prest de mourir; la nature defaillante lui eut affoibli l’esprit il choisit Charles de la Porte fils d’autre Charles Duc de la Meilleraye Pair, Marêchal et Grand Maitre de l’Artillerie de France etc. Lieutenant general en Bretagne sous la mere Anne d’Autriche, et Gouverneur des ville et Château de Nantes. Ce nouveau Duc de Mazarin connu depuis longtems pour un esprit foible dissipa ce peu de tems tout ce qu’il avoit recueilli par son mariage, et ce qui lui vint de biens et d’honneurs par son pere dont il avoit la survivance en la charge de Grand Maitre de l’Artillerie et au gouvernement de Bretagne qu’il eut aprés la mort de la Reine mere, l’auteur le dit Cafard tiré des Capets de l’Eglise; c’est a dire devot tiré des Cagots qu’on devroit enfermer pour leur folie de devotion, comme on enfermoit autrefois aux Capets les foux par mechanceté. On ne parle point icy des 2 autres nieces du Cardinal qui etoient la Princesse de Conty et la Duchesse de Mercoeur (il y a icy une faute, la Duchesse de Mercoeur etoit aussi Mancini soeurs des 4 autres) soeurs parcequelles etoient de la Maison de Martinozzi et qui ne s’agit en cette Epitre que de la Famille des Mancini.

 

Sa Famille errante en tous lieux,                                                                                  [4]

A d’autres Interests se devoue et se lie, (14)

 

(14) La Comtesse de Soissons etoit alors en espagne, sortie de France dès l’an 16…. Pour eviter un decret de Prise de Corps donné contre elle par la Chambre de Justice mentionné dans l’Article 1er de ce Commentaire sur ce qu’elle etoit soubçonné d’avoir empoisonné son mary mort en Allemagne, où il servoit en qualité de Lieutenant general des Armées du Roy. Le 7 juin 1673 la Connestable Colonna par esprit d’inquietude et de Coquetterie avoit abandonné son mary a Rome et s’en êtoit fuye aussi en Espagne, où le Connestable l’avoit fait mettre dans un Couvent par le credit qu’il avoit dans ce Royaume. La Duchesse de Mazarin avoit abandonné son mary pour la 2de fois, avoit eté trouver sa soeur la Connestable a Rome et en etoit partie avec elle sans scavoir pourquoy, et êtoit alors à Londres.

 

Abandonnant ses domestiques Dieux,  (15)                                                               [5]

Sans vanité nous deux nous valons mieux,

Et nous sommes quoiqu’on en die, (16)

Moy le plus sage, et vous la plus jolie, (17)

Pour dissiper de vos reflexions,

Les especes tumultueuses,

Les noirs chagrins, les agitations,

Qui n’offrent à vos sens que des choses affreuses,

            Ecoutez vos amis enfin,

Ces Montagnes du tems (18), ces Docteurs sans morale

Qui sont maitres de leur destin, (19)

J’en connois deux que rien n’égale,

 

(15) C’est a dire leur Maison, les Payens avoient anciennement des Idoles particulieres dans leurs Maisons qu’ils apelloient Penates, ou Dieux Domestiques.

 (16)-(17)

Tous ces Mancini etoient fous, il n’y avoit que du plus ou du moins, et il est certain que comme dit icy le Duc de Nevers que lui et la Duchesse de Bouillon etoient les moins extravagans de tous quoiqu’ils le fussent beaucoup. Cette Duchesse etoit aussi la plus jolie et la plus aimable, quoique la Duchesse de Mazarin fut beaucoup plus belle.

(18) Michel de Montagne Philosophe fameux qui a donné le Livre des Essais. Les Montagnes du tems c’est a dire les gens sages de ce tems cy.

(19) Le sage se rend maître de la destinée.

 

Le bel Abbé (20) l’aimable et le Prince blondin, (21)                         [6]

Le grand Baillif d’Anet (22) chasseur infatigable, (23)

Intime de Livry (24) convive delectable.

Courtisan par plaisir, Philosophe par goust, (25)

Si nous sommes jamais tous quatre a une table,

            Vous avez votre air enfantin, (26)

            Delicieuse Mimallone, (27)

C’est alors qu’il faudra qu’a tout on s’abandonne,

            Que vôtre ame en pointe de vin

Toute entiere entre nous s’ouvre et se deboutonne,

 

(20) L’Abé de Chaulieu Gentilhomme du Vexin attaché au Duc de Vendosme.

 (21) Louis-Joseph Duc de Vendosme etc. neveu du Duc de Nevers êtant fils de Louis Duc de Mercoeur et de Victoire Mancini.

 (22) Le Duc de Vendosme êtoit Seig.r d’Anet, il s’y aimoit fort et vivoit tres familierement avec tous les gens de ce pais là. C’est pourquoi le Duc de Nevers l’apelle Bailly d’Anet.

(23) Le Duc de Vendosme aimoit fort la chasse.

(24) Louis Sanguin Marquis de Livry, premier Maître d’Hostel du Roy.

 (25) Le Duc de Vendosme êtoit né Philosophe et quelque assidu qu’il fut a la Cour, il n’y fut pas demeuré un moment s’il n’y eut trouvé son plaisir, tant il etoit libre de toute passion.

(26) La Duchesse de Bouillon avoit l’air fort jeune quoiqu’elle ne le fut plus, elle avoit epousé le Duc de Bouillon le 19 avril 1662. 

(27) C’est a dire femme qui aime la table, la bonne chere et le vin. Mimallones êtoient chez les anciens des femmes du Mont Mimas en Thrace qui servoient le Dieu Bacchus, on les apelloit aussi Bassarides, Thiades, et Ogigides.

 

Pour nous montrer cequ’elle a de divin, (28)                                                  [7]

Mais avant qu’entre nous on lance

La Lyre (29), qu’on chante et qu’on dance;

Aimable Marianne etouffez le regret

            D’une trop longue absence,

            Et faites vous a vous même en secret

            Force leçons de patience,

Vos chagrins vont finir; vos chagrins vont passer, (30)

De la part d’Apollon (31), je puis vous annoncer

Un avenir heureux, des fortunes charmantes,

Celuy qui revoque l’Edit de Nantes, (32)

            Qui peut passer dans l’univers

            Pour trois ou quatre fois Monarque,

            Et qui vient par ses soins divers

D’extirper l’heresie avec l’heresiarque, (33)

 

(28) La Duchesse de Bouillon avoit beaucoup d’esprit et etoit de fort bonne compagnie surtout a table.

(29) La Lyre êtoit un instrument de Musique chez les anciens avec des Cordes comme une harpe; on en jouoit dans les festins.

(30) C’est a dire vôtre exil va finir.

(31) Apollon qui êtoit reveré par les anciens, comme le Dieu de la Musique et des sciences, l’etoit aussi comme le Dieu de la Divination, il rendoit des Oracles dans son Temple de Delphes en Grece. 

(32) Le Roy Louis XIV, qui par un Edit du 22 octobre 1685, avoit revoqué les Edits de Nantes et de Nismes, donnez en faveur des Huguenots, lisés un poëme de cette année 1685 intitulé Tableau de la Chute de l’heresie qui est dans ce recueil avec une chanson qui la suit.

(33) Ce Edit qui avoit aboly l’exercice du Calvinisme dans toute la France, faisoit que les Huguenots ne paroissoient plus et que la pluspart etoit passée aux pais Estrangers; mais ny l’heresie, ny l’heresiarque n’etoient point abolis n’en deplaise a l’Auteur; ils n’etoient que cachez, les uns et les autres, quelque soin que le Roy eut porté depuis 2 ou 3 ans a les convertir.

 

Redouté sur terre et sur Mer,                                                                         [8]

Qui tel qu’un Dieu quand on l’offence,

En foudroyant l’orgueil de Genes (34) et d’Alger (35),

Fit voter sur les Flots, les coups de sa vengeance,

            C’est lui qui va de sa bonté,

            Vous donner des marques certaines,

Je puis être garant de cette verité,

Du théatre du Ciel je decouvre les scenes, (36),

La ….. doit plus haut monter,

Dans les Cercles brûlans des Déitez propices, (37)

Apollon, et venus, Mercure, et Jupiter, (38)

            Vont faire sur vous éclater

Le bonheur de leurs Satellites. (39)

 

(34) Le Roy Louis XIV, mal satisfait de la Republique de  Gennes, avoit fait bombarder cette ville par son Armée navale l’an 1684.

(35) La meme année 1684. Les Algeriens que le Roy avoit aussi fait bombarder l’an 1683 demanderent la paix a sa M.té et l’obtinrent. 

(36) Ce sont icy des façons de parler en termes de l’Astrologie, pour dire qu’il prevoit dans les Astres des changemens favorables a l’Etat present de la Duchesse de Bouillon.

(37) Autres façons de parler  en termes de l’Astrologie ordres qu’il est inutile d’expliquer.

 (38) Ce sont les Planetes favorables selon les Astrologues qui leur ont donné ces noms.

 (39) Chacune de ces 4 planetes Apollon, Venus, Mercure, et Jupiter ont d’autres petites Planetes qui se meuvent autour d’elles et qu’on nomme leurs Satellites.

 

 

                                    Sonnet                                                             1686    [9]

 

Sur la Prise de la Ville et du Château de Bude, par les Armées de l’Empereur et de l’Empire l’an 1686 commandée par Charles Duc de Lorraine generalissime, Maximilien-Marie Duc de Baviere, et autres Princes de l’Empire.

Nota: Que la ville de Budes située sur le Danube, avoit êté prise par les Turcs l’an 1541. Que les Imperiaux l’avoient depuis assiegée trois fois sans succés. Que le Duc de Lorraine l’investit le 19 juin 1686 accompagné du Duc de Baviere a la teste de ses troupes et du Sr Schoning qui commandoit celles du Marquis de Brandebourg et de beaucoup de Volontaires, ce qui composoit une armée de 50000 hommes, que la ville etoit bien munie deffendue par une  nombreuse garnison et un brave chef agé de 70 ans que le grand visir s’en aprocha avec une armée et detacha des troupes pour la secourir qui furent repoussées que le Duc de Baviere prit le Chateau le 23 Aoust, et que la Ville fut emportéed’assaut le 2 Septembre a la veue du Grand Visir qui n’en etoit qu’a demie lieüe. Sur la fin du mois d’Octobre les Imperiaux prirent encore sur les Turcs en Hongrie, les villes de Segedin, des Cinq Eglises et autres places aprés avoir mis en fuite les Turcs et les Tartares, le Prince Louis de Bade general des Armées de l’Empereur, ruina aussi le Pont d’Esseck et prit Caposwar.

 

Bude a changé de sort, sa prise est confirmée,

Ses remparts sont soumis aux Ordres des Chrêtiens,

Les Hongres, et les Grecs vont briser leurs liens,

Et de ce grand succés Bisance (1) est allarmée.

(1)  Constantinople, vile Capitale de l’Empire Turc.

L’aproche du Visir, et sa nombreuse armé,                                         [10]

Bude prise à leurs yeux (2) sont des gages certains,

Qu’a l’aspect du heros chef du sang des Lorrains (3),

De leur superbe cour (4) la peur s’est emparée.

 

Charles (5) de nôtre foy l’illustre deffenseur,

Du Tartare et du Turc le celebre vainqueur.

Ta gloire a cet exploit ne sera point bornée.

 

Un seul titre de Duc n’est pas assez pour toy,

Tu dois dedans Sion (6) la teste couronnée,

Estre le successeur du fameux Godefroy. (7)

 

(2)  Lisez l’Argument.

(3)  Charles IV. Duc de Lorraine Generalissime des Armées de l’Empereur et de l’Empire.

 (4)  La Porte ou la Cour de l’Empereur Turc, c’estoit alors Mahomet IV.

 (5)  Le Duc de Lorraine.

 (6)  Jerusalem.

 (7)  Godefroy de Bouillon Duc de la Basse Lorraine, fils d’Eustache II. Comte de Bologne; Il fut chef des Princes Chrestiens croisez contre les Sarrazins l’an 1095, ayant pris Jerusalem le 15 Juillet 1099, apres un mois et 6 jours de siege, les Princes croisez lui donnerent cette ville avec ses dependances en titre de Royaume. C’est ce même Royaume de Jerusalem que l’auteur souhaite au Duc de Lorraine.

 

 

 

Epigramme                                                      1686                [11]

 

Sur le mal que souffrit le Roy Louis XIV l’an 1686 pour une fistule que ce Prince avoit au fondement, ce qui lui causa une longue maladie, qui ne fut enfin guerie que par l’operation qu’il fut obligé de souffrir.

 

Noires Filles du Stix (1) qui tenez en vos mains

            La trame de tous les humains, (2)

Sur celle de Louis n’ecoutez point l’envie,

Laissez lui terminer tant d’Illustres projets, (3)

Et sur le seul besoin qu’en ont tous ses sujets

            Mesurez le fil de sa vie;

Si quelque Dieu jaloux en menaçoit le cours,

            Detournez le coup sur nos testes,

Et n’allez pas compter ses jours

Par le nombre de ses Conquestes.

 

(1)-(2) Cecy s’adresse aux 3 Parques qui selon les payens disposoient du fil de la vie des hommes qu’elles coupoient quand il leur plaisoit, l’auteur de cette Epigramme les prie de ne pas couper sitost celuy auquel tient la vie du Roy.

(3) Le Roy dans l’etat puissant où il etoit, pouvoit former tels projets de grandeur qu’il eut voulu; mais n’en deplaise a l’auteur, il etoit las de la guerre et ne songeoit plus qu’au dedans de son Royaume.

 

                                   

 

Stances Irregulieres                                                     1686                            [13]

 

Sur la fermeté avec laquelle le Roy Louis XIV souffrit l’Operation qui lui fut faite par Charles Felix son 1er Chirurgien pour une Fistule que ce Prince avoit au fondement l’an 1686.

 

Vous sujets de Louis (1), peuples toujours fidelles,

Qui pasles et tremblants au recit de ses maux, (2)

Ne pouvez plus vivre en repos,

Sans en aprendre des nuvelles,

En vain vous cherchez a le voir,

Si vous pretendez en scavoir,

Ne consultez point son visage,

Il parvint encore a nos yeux

Tel que le Rhin jadis le vit sur son rivage, (3)

Ou tel qu’on le voyoit dans ce jour glorieux,

Quand malgré le Demon qui preside a la guerre.

Son bras toujours victorieux,

 

(1)  Ces Stances s’adressent a tous les sujets du Roy.

(2)  Il est certain que le Roy eut sujet de se louer de l’affection que lui temoignirent ses sujets pendant cette maladie et de la crainte qu’ils eurent qu’elle ne lui fut fatale.

(3)  Lorsqu’il fit passer le Rhin a la nage a une partie de son armée le 12 Juin 1672 pour combatre les Ennemis qui etoient de l’autre coté pour en deffendre le passage, c’est peut etre la plus belle et la plus hardie action qui se soit passée sous le regne de ce Prince.

 

Imposa la paix a la terre. (4)                                                               [14]

 

Rien n’égale icy bas le sort d’un Conquerant,

Dont les fameux exploits embelissent l’histoire,

Les peuples eblouis de l’éclat de sa gloire

            Ne connoissent rien de plus grand,

Et cependant malgré tant de villes Conquises,

            Et tant de Provinces soumises,

Peut être si la verité,

Nous demasquoit le personnage

Verrions nous que la vanité

A bien plus fait que son Courage.

 

Mais quand l’homme tout seul lutte avec la douleur

            Dans ces momens si difficiles,

            Où la prudence et la valeur,

Deviennent aux heros des vertus inutiles

Quand leur cour effrayée en le voyant souffrir

            Incapables de les guerir

            Se trouve reduite a les plaindre,

Et que les Medecins feconds en beaux discours,

 

(4)  La paix signée a Nimegue l’an 1679 que les Princes alliez contre la France furent obligez de signer  au gré du Roy, qui la leur imposa pour ainsi dire telle qu’il voulut.

 

Viennent leur offrir un secours                                                                       [15]

Qui peut être est bien plus a craindre,

C’est alors qu’avec seureté

L’on voit si l’intrepidité,

Qui fit admirer leur vaillance

Vient d’une vaine confiance

En la grandeur de leur puissance,

Ou de leur propre fermeté.

 

La prudence la plus profonde,

Ne scauroit se passer de ressorts étranges,

La plus grande valeur perit dans les dangers

            Si personne ne la seconde,

Et pour bien s’asseurer du succés des combats,

            La meilleure teste du monde

            A besoin de cent mille bras,

Il n’est point de triomphe au temple de memoire,

Qui soit plus digne d’un grand coeur,

Que quand sans partager le peril et la gloire;

            Les seules forces du vainqueur

            Ont combattu pour la victoire.

 

Aprés avoir dompté tant de peuples divers

 

(5)  Tout le monde scait quel a êté le nombre des Conquestes du Roy Louis XIV et jusques où il les a etendues.

 

Et reglé par ses loix le sort de l’univers, (6)                                        [16]

Louis le plus fameux des heros de sa race,

            Ce Prince si grand et si fier

            Pour être connu tout entier,

            Avoit besoin d’une disgrace, (7)

            Si toujours sain, toujours heureux,

Le Ciel avoit toujours prevenu tous ses voeux

            Sans jamais oser lui deplaire,

On auroit pû douter qu’il eut bien soutenu,

            Ce noble et ferme caractere,

            Si le sort une fois contraire,

            N’auroit eprouvé sa vertu.

 

Il n’est plus de ressource a present pour l’envie,

            Et sa malice desormais,

Ne scauroit plus trouver de traits,

Pour obscurcir l’eclat d’une si belle vie,

Et quelques soient enfin tous ces superbes noms,

            Et ces titres que nous lisons

Sur ces grands monuments que lui dresse la France

Nous l’avons veu, je tremble encore quand j’y pense,

 

(6)  L’Auteur veut parler encore icy de la paix de Nimegue. Lisez l’article 4 de ce Commentaire.

(7)  C’est que le Roy avoit toujours êté heureux en tout.

 

Dans son lit tranquille et souffrant; (8)                                              [17]

Justifier par sa constance

L’excés des honneurs qu’on lui rend.

 

(8)  Il est certain qu’il souffrit son mal et la douleur de son operation avec grande fermeté.

 

 

Chanson                                                      1686    [19]

Sur l’Air. Les plaisirs ont choisi pour azile.

Sur les Chanteuses et les Danseuses de l’Opera de Paris.

L’Opera nous fournit des Maîtresses,

On n’en trouve point là de tigresses,

Chacun revient content

D’un sejour si charmant.

 

On y fait ce qu’on veut sans allarmes

Au gré de ses desirs, on peut être inconstant,

Et l’amour ne fait verser des larmes

Qu’a ceux qui sont brouillés avec l’argent comptant. (1)

 

Barbereau (2) tout vous est favorable,

Profitez d’un bonheur peu durable,

Prenez a toutes mains, donnez a tous venans,

L’amour du Mareschal (3) ne dure pas longtems.

 

(1)  C’est que ces Filles accordoient leurs faveurs pour de l’argent.

(2)  Chanteuse de l’Opera.

(3)  Louis de Crevant de Humieres marêchal de France, Grand Maistre de l’Artillerie, Gouverneur de Flandres qui êtoit alors amoureuse de la Barbereau, a qui il donnait beaucoup, car il etoit vieux.

 

 

Chanson                                       1686    [21]

Sur l’Air, de l’Entrée des suivans de la haine dans l’Opera d’Armide.

Sur quelques Chanteuses et Danseuses de l’Opera de Paris.

Nota: Que cette Chanson est par contreverité.

Les deux Moreau (1) sont deux tigresses,

La Rochois (2) n’eut jamais de foiblesses,

Le seul de Bas, (3)

Est receu entre ses bras,

Barbereau (4) n’est pas coquette,

Les deux Pezans, (5)

N’ecoutent pas les amans,

Charpentier (6)

Se fait beaucoup prier;

 

(1)  Louise et Françoise Moreau soeurs Chanteuses de l’Opera vulgairement apellées Louison et Fanchon.

(2)  Excellente chanteuse de l’Opera et qui jouoit les principaux Rolles.

(3)  C’etoit le fils d’un Conseiller au Parlement de Pau qui l’avoit epousée et lui avoit meme fait un enfant; mais comme il etoit fort jeune, ses parens avoient fait casser cet impertinent mariage.

(4)  Chanteuse de l’Opera.

(5)  C’etoient deux soeurs, dont l’aînée dansoit, et la cadette chantoit a l’Opera.

(6)  Chanteuse de l’Opera.

 

La chaste Potenot (7) garde bien sa conqueste,                                              [22]

La sueur, (8)

Est plus sage que sa soeur; (9)

Mais la Desmatins (10)

N’a pas encore enfilé le chemin,

Et la Breard, (11)

Faute d’employ est resté a l’ecart.

 

(7)  Elle chantoit et dansoit et faisoit mal tous les deux; et etoit la plus grande putain de toutes.

(8)  Danseuse de l’Opera.

(9)  Autre danseuse.

(10) Chanteuse de l’Opera.

(11)  Danseuse de l’Opera, fameuse d’ailleurs par la verole qu’elle donna, ou qu’elle receut de Antoine-Charles Duc de Grammont Pair de France, dont elle mourut, et dont il fut bien malade.

 

 

Chanson                                                      1686    [23]

Sur l’Air: Sommes nous pas trop heureux.

Sur une Danseuse de l’Opera apellé Mad.lle Pezant.

 

Pezant moins de vanité (1)

Avec vôtre air sec et fade, (2)

Et si vous êtes malade

Allez vous faire penser,

Il vous faudroit un Chimiste

Pour vous elever le sein; (3)

Je jure foy de Baptiste, (4)

Que vôtre fron n’est pas sein.

 

(1)  Elle êtoit fort glorieuse et fort entestée de sa beauté.

(2)  Elle êtoit blonde, blanche et fort maigre.

(3)  Elle avoit la gorge fort platte.

(4)  L’Auteur entend Jean-Baptiste Lully, Conseiller et Secretaire du Roy, Surintendant de la Musique de sa Majesté, et Mre de l’Opera a qui on disoit que la Pezant avoit donné du mal, ce qui surprenoit a cause de ses inclinations qui n’etoient pas pour les femmes.

 

 

Chanson                                                   1686    [25]

Sur l’Air de Joconde

A Catherine-Henriette de Seneterre de la Ferté

L’on vous voit tous les jours au bal,

De Danseurs bien suivie,

Lestang (1), Pecour (2), et du Mirail, (3)

Vous tiennent compagnie,

Si Villiers (4) veut s’en offencer,

Il ne scait pas je pense,

Que dans peu vous scaurez danser (5)

Mieux que fille de France.

 

(1)-(3) C’estoient 3 Danseurs de l’Opera de Paris soubçonnez de coucher avec elle, cependant a l’esgard de Pecour il etoit l’amant de la Mareschale Duchesse de la Ferté mere de cette Dem.lle

(4) ……… de Bussion Marquis de Villiers qui etoit amoureux de cette Dem,lle et qu’il a epousée depuis.

(5) A cause des Danseurs qu’elle frequentoit; mais l’auteur par le mot de danser entend aussi baiser.

 

Autre                                                             [26]

Sur le même air

A Madeleine d’Angennes de la Loupe Veuve de Henry de Senneterre Duc de la Ferté, Pair et Marêchal de France Chtr des Ordres du Roy

Celebre amante de Pecour, (1)

Souffrés que vôtre fille (2)

Fasse un sacrifice a l’amour

Dieu de vôtre Famille,

Cequ’elle voit soir et matin

Ne l’a rend point de glace,

Fille (3), soeur (4), niece de putain,

Bon chien chasse de race.

 

(1)  Elle etoit alors amoureuse d’un Danseur de l’Opera de Paris apellé Pecour.

(2)  Catherine-Henriette de Senneterre dite Mad.lle de la Ferté, qui etoit grande baiseuse.

(3)  – (5) Toute la Famille de cette D.lle etoit baiseuse car la Marechale de la Ferté sa mere …… d’Angennes Comtesse d’Olonne sa tante maternelle et Marie Isabelle-Gabrielle-Angelique de la Mothe-Houdancour Duchesse de la Ferté sa belle soeur etoient toutes grandes baiseuses.

 

 

Chanson                                1686                [27]

Sur l’Air de Joconde

Sur la bonne chere qu’on faisoit chez Charles d’Albert d’Ailly Duc de Chaunes, Pair de France Chtr des Ordres du Roy Gouverneur de Bretagne.

En jours maigres, comme en jours gras,

Vive l’hostel de Chaunes, (1)

Tous les jours des mets delicats,

Des poissons longs d’une aulne

Aprés le benedicité.

En vous mettant a table,

Honorons Monsieur Honoré, (2)

Car il est honorable. (3)

 

(1)  Cet hostel etoit à Paris dans la place Royale.

(2)  C’est le nom du Mr d’hostel du Duc de Chaunes.

(3)  Le Jeu de mot n’est pas trop bon.

 

Chanson                                1686                [29]

Sur l’Air…….

Sur ….. de Mouchy Montcavrel femme de ….. de Mailly

 

Mailly veut faire la Coquette

Etant sur le bord du tombeau,

Elle est plus noire qu’un Corbeau,

Et veut qu’on lui conte fleurette,

Venez, Démons accourez tous

Cet objet est digne de vous.

 

Cette Chanson n’a pas besoin de Commentaire.

 

Chanson                                            1686                [31]

Sur l’Air: lerelanlere

Sur Gabrielle de Rochechouart de Mortemart, femme de Claude Leonord de Damas Marquis de Thianges.

Thianges n’a cheveux ny dents, (1)

De la fortune a soixante ans,

Les disgraces sont legeres, (2)

Lere la lere lan lere,

Lere la lere lan la.

 

(1)  Elle êtoit alors vieille.

(2)  Il importe peu qu’on soit aimable quand on est vieux, il suffit qu’on ait assez de bien pour vivre dans l’abondance.

 

 

Chanson                                            1686                [33]

Sur l’Air …..

Sur Marie-Anne Blouin 2de femme de Louis Marquis d’Estrades receu en survivance, Gouverneur des ville et Citadelle de Dunkerque, et Maire perpetuel de Bordeaux aprés Godefroy d’Estrades Mareschal de France, Chtr des Ordres du Roy son pere.

 

De la belle Estrades,

L’amant jaloux, (1)

Ne veut de camarade,

Que son epoux,

Car il est seur que jamais il ne f….

 

(1) Louis Marquis de Comenge Gouverneur des ville et Chateau de Saumur et Haut Anjou.

 

Chanson                                1686                [35]

Sur l’Air: Il a batu son petit Frere.

Sur Henry de Lorraine Prince d’Elbeuf et Renée de Penenkou et de Keroual Duchesse de Porsmout, dont il êtoit amoureux.

 

Amy si tu vas à la Foire (1)

Tu n’auras pas de peine a croire

Qu’Elbeuf f… la Porsmout,

La d’Halluy (2) les reçoit chez elle

D’une putain (3) et d’un filoux (4)

Fut il plus digne maquerelle.

 

(1)  La Foire St Germain a Paris

(2)  ….. de Meaux du Fouilloux, femme de Paul d’Escoubleau de Sourdis Marquis d’Halluy.

(3)  La Duchesse de Porsmout etoit grande baiseuse.

(4)  Le Prince d’Elbeuf etoit grand escroc, et grand menteur.

 

Chanson                                1686                            [37]

Sur l’Air: il a batu son petit Frere.

Sur …. de Clermont Comte de Tonnerre 1er Gentilhomme de la Chambre de Philipes de France Duc d’Orleans

 

Terrible au Jeau (1), paisible en guerre, (2)

Tu n’as que le nom de Tonnerre, (3)

Et tu n’en eus jamais l’effet; (4)

Notre perte seroit certaine,

Comte si ta lame n’etoit

Moins a craindre que ton haleine. (5)

 

(1)  Mr le Comte de Tonnerre etoit le plus mechant joueur du monde.

(2)  Il ne passoit pas pour fort brave.

(3)  Cecy est un jeu de mot sur le nom de Tonnerre, et sur ce que ce Comte etoit grand parleur et faisoit beaucoup de bruit.

(4)  C’est qu’il ne faisoit que du bruit.

(5)  Il etoit fort puant.

 

 

Chanson                                            1686                [39]

Sur l’Air: il a batu son petit Frere.

A ……. Marquis de Ste Maure Colonel d’un Regiment d’Infanterie, et l’un des Menins de Mgr Louis Dauphin de France.

 

C’est à bon droit qu’on te renomme

Tu passes les heros de Rome,

Ton dernier combat en fait foy, (1)

Si tu n’as vaincu Curiace, (3)

Sainte Maure, l’on dit de toy,

Que tu recules mieux qu’Horace. (3)

 

(1)  Il se battit pour la Comtesse de Choiseul contre le Marquis de Chamarante valet de chambre du Roi, depuis Lieutenant Général.

 

 

 

Chanson                                1686                            [41]

Sur l’Air: Je vous le dis et le repete.

Sur la Presidente Tambonneau.

 

Petite vieille suranné,

Moins femme que pomme tapée, (1)

D’ou diable te vient ce caquet?

Ah! je reconnais ce langage,

C’est celuy d’un vieux Perroquet,

Que Mortemart tenoit en cage.

 

Cette femme Bourgeoise par elle et par son mary avoit trouvé le secret par son seul esprit d’attirer chez elle tout ce qu’il y avoit de plus considerable a la Cour, de l’un et de l’autre sexe, bien qu’elle eut prés de 80 ans. Sa maison n’etoit pas moins remplie de bonne compagnie. Gabriel de Rochechouart Duc de Mortemart, Pair de France en avoit êté toujours amoureux, il avoit attiré le 1er toute la Cour chez elle et chez son mary President de la …. Chambre des Comptes, le Duc etant mort le President franc usurier et si avare, que tout riche qu’il etoit il n’entretenoit point de Carosse a sa femme, ecarta un peu les dineux; mais dés que le President eut laissé sa femme veuve, elle s’en donna au coeur joye, elle alla a l’Opera 8 jours aprés, disant qu’a son âge 8 jours lui etoient plus que 2 ans a un autre. Tout le beau monde se rassembla chez elle et n’en est sorty qu’a sa retraite au faubourg St Antoine dans une Maison où avoit logé la Chanceliere d’Aligre, aprés cecy on voit aisément ce que veut dire la Chanson.

 

 

 

                                                                                    1686                [43]

Vers adressez a Louis XIV Roy de France, sur ce que François d’Aubusson Duc de la Feuillade, Mareschal de France, Colonel du Regiment des Gardes Françoises, et Gouverneur de Dauphiné luy ayant fait eriger une Statue de bronze à Paris, y avoit fait mettre pour Inscription, Viro Immortali. Le 28. Mars.

 

Louis écoute moy; je parle pour ta gloire,

Et je ne puis souffrir qu’on gaste ton histoire,

Tu triomphes partout, les peuples et les Rois

Egalement surpris admirent tes exploits,

Cette extrême valeur en tout paroist miracle,

En qui l’honneur, le tems, l’Art, ne fait point d’obstacle,

Tant de murs, tant de forts, tout d’un coup renversés, (1)

Les Fleuves les plus grands a nage traversés, (2)

Un nom toujours vainqueur et dont les puissans charmes

Pour les plus hauts projets ont tout l’effet des armes, (3)

 

(1)  Tout le monde scait quel a êté le nombre et l’importance des Conquestes du Roy Louis XIV. Ce receueil cy en est plein.

(2)  Le passage du Rhin par l’Armée du Roy êtoit en presence de Sa Majesté, le 12 Juin 1672.

(3)  Le seul nom du Roy êtoit redoutable a toute l’Europe.

 

[44]

Au milieu du repos, sans carnage, et sans bruit,

L’heresie etouffée, et le Schisme détruit; (4)

A ces faits on connoît ton auguste personne

Que je distingue plus que ta propre Couronne,

Et ces faits merveilleux jusqu’a nous inoüis,

Rempliront tous les tems du grand nom de Louis,

Reçois ces vrais honneurs; mais fuy la flaterie,

Preste d’aller pour toy jusqu’a l’idolatrie, (5)

Des attributs divins, fuy l’abus criminel,

Et ne souffre jamais qu’on te nomme immortel,

Ce faux titre qu’on voit au pied de ta figure

Loing de te faire honneur Prince, te fait injure,

Et semble te traiter avec ses faussetés,

Comme ces vains heros que la Fable a chantés,

Ta gloire est toute vraye, et ton illustre vie

Que ne peut dementir ny l’orgueil ny l’envie,

T’a merité les noms les plus grands, les plus hauts,

Que puissent sous le Ciel porter les vrais heros,

Arbitre de la paix, Arbitre de la guerre; (6)

La terreur tout ensemble et l’amour de la terre. (7)

 

(4)  La Revocation des Edits de Nantes, et de Nismes par autre Edit du 22 Octobre 1685.

(5)  Puis qu’on lui erigeoit une statue avec le nom d’homme Immortel.

(6)  Ce titre se pouvoit justement donner au Roy Louis XIV tant sa puissance etoit grande alors.

(7)  Il êtoit craint et aimé partout.

 

[45]

L’appuy de l’innocence et l’Esprit de la Loy, (8)

Le plus grand deffenseur de la divine foy, (9)

Pourquoy donc alterer par une vaine Fable

Ton eloge, si beau, si grand, si veritable,

J’excuse toutefois qu’une trop prompte main, (10)

S’echape a te donner un titre plus qu’humain;

Tout homme est eblouy de ta grandeur supreme;

Mais tu ne dois jamais t’en eblouir toy même

A ces titres divins qu’un sujet peut t’offrir

Ton coeur vrayment Royal ne scauroit les souffrir,

Rien n’est plus eloigné d’une ame souveraine,

Rien ne sent plus le fond de la foiblesse humaine,

Rien n’est plus odieux aux solides esprits,

Plus contraire a l’honneur, plus digne de mepris;

Plus propre a diffamer la beauté de l’histoire,

C’est par là qu’Alexandre a corrompu sa gloire,

Et quoiqu’il ait soumis et la terre et la mer;

Partout on s’est moqué du fils de Jupiter, (11)

 

(8)  Ce Prince avoit le coeur fort juste et se portoit toujours a la justice dés qu’il l’a pouvoit envisager; mais souvent ses Ministres pour leur interrest particulier l’a luy deguisoient.

(9)  Il etoit homme de bien et même trop devot pour un Roy.

(10)   Le Marechal Duc de la Feuillade qui lui avoit erigé cette statüe et donné ce titre d’homme Immortel pour faire sa Cour et obtenir des graces par la suitte.

(11)   Alexandre vouloit qu’on le crût fils de Jupiter, et vouloit qu’on crût que ce Dieu etoit venu la nuit coucher avec Olimpias sa mere pour l’engendrer; mais tout le monde s’en moquoit.

 

[46]

A des honneurs si vains garde toy de te rendre,

Et par là sois encore au-dessus d’Alexandre,

Le Demon duelliste (12), et le blasphemateur

Cherchent a se vanger par un demon flateur,

Ils voudroient t’abuser sous ombre d’un hommage

Du titre d’immortel en charger ton Image;

Mais ta Religion ne peut pas balancer,

Ta main effacera ce qu’il faut effacer,

Un seul mot suprimé fait ton panigerique, (13)

Rien ne marque mieux ta grandeur heroique

Ta force, ta grandeur, ta pieté, ta foy.

Et ce zele divin qui te fait plus que Roy,

Perisse donc ce mot au pied de la Statüe,

Que jamais de ton peuple il ne blesse la veuë

Et qu’il ne soit point dit dans la posterité

Que tu prenois les noms de la divinité,

Non: mais regnant encore sur la race future

Montre aux Rois tes neveux ta vertu toute pure

Toujours grand (14), persevere a te faire admirer

Que de toute la terre on te vienne adorer,

 

(12)   Le Roy Louis 14 par ses Edits, et encore par son aplication a eteint en France la fureur des Duels.

(13)   L’Auteur veut u’on oste seulement le mot d’Immortele qui etoit aux pieds de la Statue du Roy.

(14)   Ce Prince avoit pris le titre de Louis le Grand.

 

[47]

Passe tous les efforts de la vertu Romaine,

Fais la gloire et l’honneur de la nature humaine,

Le premier aprés Dieu dés les premiers autels,

Et sois nommé partout le plus grand des mortels.

Chanson                                            1686                [49]

Sur l’Air de Lancelot Turpin

Sur le mariage celebré a Versailles le 3. Avril 1686 entre Philipes de Courcillon Marquis de Dangeau, Chtr d’honneur de Marie-Anne-Christine-Victoire de baviere femme de Louis Dauphin de France, l’un des Seigneurs mis par le Roy prés la personne de Monseigneur le Dauphin (ou Menin) Gouverneur de Touraine ville et Château de Tours, et Sophie Comtesse de Louvestein, Chanoinesse de Thorn en Allemagne l’une des Filles d’honneur de la meme Princesse.

 

Jean (1) de Courcillon

A epousé Sophie,

De l’illustre maison

De Baviere sortie, (2)

 

(1)  L’auteur se meprend icy comme dans tout le reste de cette chanson, le Marquis de Dangeau s’apelle Philippes de Coursillon, et non pas Jean.

(2)  La Maison où si l’on veut la Branche des Comtes de Louvestein, vulgairement dits de Levestein sort de la Maison de Baviere puisque Frederic dit le Victorieux, Comte Palatin du Rhin et Electeur de l’Empire epousa en 2. Des noces Claire de Tettinghen, de laquelle il eut Louis 1. Comte de Levestein, mort le 8. Mars 1524, qui fonda cette Branche par son mariage avec Elizabeth Comtesse de Montfort, et le 4e Ayeul de Ferdinand-Charles Comte de Louvestein pere de la Marquise de Dangeau; Ces mariages de la main gauche sont usitez en Allemagne, où les Souverains ne pouvant ceder leurs Etats qu’aux Enfans qu’ils ont eu de personnes titrées, ne laissent pas d’en epouser d’autres, mais les enfans qu’ils ont de celles cy, bien que legitimes, n’heritent pas, et ces mariages s’appellent de la main gauche.

 

D’autres disent que non, (3)                                                               [50]

Mais peu je m’en soucie.

 

Jean de Courcillon

A fait grande folie

Dans un âge grison, (4)

Prendre femme jolie, (5)

C’est tenter le Larron; (6)

Mais peu je m’en soucie.

 

(3)  Ceux qui disoient que la Marquise de Dangeau n’etoit pas sortie de la Maison de Baviere ignoroient sans doute ce que c’est que les mariages de la main gauche. Il est cependant certain que Madame la Dauphine qui etoit de la Maison de Baviere trouva mauvais que la Marquise de Dangeau eut pris dans son Contract de mariage le nom de Sophie de Baviere et qu’elle voulut absolument qu’on le changeast en y metant legitimée de Baviere ce qui causa un grand chagrin a cette Marquise; mais il fallut ceder a la force majeure. Cet incident est sans doute ce qui a fait croire a l’auteur qu’elle pouvoit n’estre pas sortie de la Maison de Baviere.

(4)  Le Marquis de Dangeau pouvoit alors avoir 40. a 45. ans.

(5)  Elle est jeune et tres aimable.

(6)  C’est a dire tenter les galants, on dit en commun Proverbe, tenter le Larron.

 

Jean de Courcillon                                                                               [51]

En epousant Sophie,

Lui prouva par raison

Que l’Amoureuse envie

Cede en toute saison

A la Philosophie.

 

Jean de Courcillon

Comme un autre Tobie, (8)

Passa la nuit dit on

A dire Litanie,

Non par devotion,

Mais par Oeconomie. (9)

 

Jean de Courcillon

Pour divertir Sophie

Luy conta tout au long

Sa Genealogie, (10)

 

(7)  Le Marquis de Dangeau etoit homme de Lettres et faisoit des vers et il etoit même de l’Accademie Françoise, il ne passoit pas d’ailleurs pour être fort vigoureux, l’auteur veut dire icy qu’il ne depucela point sa femme la 1re nuit de ses noces, ou du moins la regala peu et meme sans le cours de son mariage.

(8)  L’Ecriture Ste, au XI. Chapitre du Livre de Tobie, dit que Tobie ayant epousé Sara fille de Raguel, passa la 1re nuit de ses noces en prieres et vescut chastement.

(9)  C’est a dire pour menager ses forces.

(10) L’auteur a l’exemple de plusieurs autres courtisans, veut dire que le Marquis de Dangeau n’etoit pas de bonne Maison, mais il se trompe aussi bien qu’eux, car il venoit de Guillaume de Courcillon dés le 13e Siecle, et qui possedoit la terre de ce nom prés Chateau duloir en Anjou.

 

 

Elle lui dit, dormons,                                                                           [52]

Car peu je m’en soucie.

 

Jean de Courcillon

Jugeant bien que Sophie

N’entendoit pas raison, (11)

Voulut faire folie; (12)

Mais tout lui fit faux bond, (13)

Dont peu je me soucie.

 

Jean de Courcillon

Dit alors a Sophie,

Pour une autre saison,

Remettons la partie

Le printemps n’est pas bon, (14)

Dont peu je me soucie.

 

(11)   C’est a dire qu’elle ne voudroit pas se laisser depuceler, car elle etoit vertueuse.

(12) C’est a dire la baiser.

(13) C’est a dire ne pût bander.

(14) Elle fut mariée au printemps puisque ce fut le 3e Avril, c’est le temps où on est le plus vigoureux, c’est pourquoi l’auteur fait tenir ironiquement ce discours au Marquis de Dangeau.

 

Jean de Courcillon

Par une grande braverie

De velours vert dit on,

Couvert de broderie;

Porte un brayer fort long, (15)

Dont peu je m’en soucie.

 

Jean de Courcillon

Par grande modestie

Couvert d’un Caleçon,

De maniere jolie

Baisa trois fois au front (16)

Son epouse Sophie.

 

Jean de Courcillon

Par grande prud’hommie

A fait faire un poislon

Pour cuire la bouillie,

Au pretendu poupon, (17)

Qu’il aura de Sophie.

 

(15)                C’est une medisance.

(16)                L’auteur continue icy sa plaisanterie sur le peu de vigueur du Marquis de Dangeau.

(17)                 L’auteur plaisante toujours sur le peu de vigueur du Marquis de Dangeau, et veut faire voir qu’il ne pourra faire d’enfans a sa femme.

 

 

Jean de Courcillon,                                                                  [54]

Croit amuser Sophie

De Ducats, Ducaton,

Perles et Pierrerie;

Mais l’amour est fripon,

Et d’or peu se soucie.

 

Jean de Courcillon

N’entend pas raillerie,

Et charmé de son nom

Il est tout en furie,

Qu’on l’ait mis en Chanson. (18)

Dont peu je me soucie.

 

Jean de Courcillon

A sa fille qui crie, (19)

Plus en feu qu’un Lion

Qu’il faut qu’on la marie

Et que de Cupidon

Elle est fort assaillie. (20)

 

(18)   Le Marquis de Dangeau avoit ouy parler des 1ers Couplets de cette Chanson et en avoit temoigné du chagrin.

(19)   Le Marquis de Dangeau avoit epousé en 1eres noces ….. Morin dont il avoit eu une fille, l’auteur veut qu’elle fut fort pressée de se marier lorsque son pere se maria; mais il se trompe, elle n’etoit encore qu’un Enfant.

(20) Assaillie du Cupidon, c’est a dire avoir grande envie de faire l’amour.

 

 

Chanson                                            1686                [55]

Sur l’Air de Flon flon.

Sur quelques Femmes et Filles de la Cour du Roy Louis XIV

 

Chateau (1) sera Princesse, (2)

Car elle a le Coeur grand,

Princesse de mes fesses, (3)

C’est comme je l’entens;

Flon, flon la riradondaine,

Flon, flon lariradondon.

 

L’on dit que Chateau (4) cede

Au Marquis de Mongon, (5)

Car il l’a gras et roide

Et fait en bon garçon.

Flon, flon etc.

 

(1)  Anne-Madelaine de Chateautiers, l’une des Filles d’honneur de Charlotte Elizabeth de Bavieres Duchesse d’Orleans.

(2)  Elle n’etoit jamais contente des partis qui se presentoient pour l’espouser, les trouvant toujours au dessous de ce qu’elle croyoit devoir pretendre.

(3)  Cecy n’est autre chose qu’une plaisanterie tres basse.

(4)  La même mentionnée dans les 3 Articles precedents.

(5)  ……. de  Cordebeuf Marquis de Mongon Colonel Lieutenant du regiment Royal des Cuirassiers, si l’auteur croit que Mlle de Chateautiers lui accordast des faveurs, il se trompe, c’etoit un Dragon de vertu.

 

Chausserais (6) sans voir goute, (7)                                        [56]

Trouve le plus grand V…,

Mais alors qu’ils la f….. toute,

Ils luy sont trop petits;

Flon, flon etc.

 

Des Filles le modele,

Paulmy (8) est a la Cour

Et l’on n’y connoit qu’elle

Qui fasse tout le jour, (9)

Flon, flon, etc.

 

La Choin (10) vous est propice

A qui la veut aimer,

Fourant dans sa matrice

Leurs doigts pour l’echauffer,

Flon, slon etc.

 

Persée des Gorgonnes

N’oseroit aprocher;

 

(6)  Marie Therese le Petit de Vernot Dlle de Chausseraie, l’une des Filles d’honneur de Charlotte Elizabeth de Baviere Duchesse d’Orleans.

(7)  Elle avoit la veuë fort mauvaise.

(8)  …….. de Voyer Dlle de Paulmy l’une des filles d’honneur de Louise-Françoise de Bourbon legitimée de France, Duchesse de Bourbon.

(9)  C’est une medisance.

(10)   ……. De Chouin l’une des Filles d’honneur de Marie-Anne de Bourbon legitimée de France, Princesse Douairiere de Conty.

 

Mais Monsieur de Brionne, (11)                                            [57]

S’en est laissé toucher,

Flon, flon etc.

 

Roch….(12) est belle,

Elle a beaucoup d’appas;

Mais ma foy l’on dit qu’elle

Montre souvent son cas,

Flon, flon etc.

 

Profitez de l’absence

Du malheureux Crequy, (13)

Faites a toute outrance

Jeune et charmant Conty; (14)

Flon, flon etc.

 

Petite Bournonville, (15)

Corrigés vos amants;

 

(11)   Henry de Lorraine Comte de Brionne Grand Escuier de France et Gouverneur d’Anjou en survivance de Louis de Lorraine, Comted’Armagnac son pere, et etoit amoureux de ….d’Hautefort fille d’honneur de Madame la Princesse Douairiere de Conty mentionnée cy dessus, qui etoit fort laide.

(12)  …..

(13)  Francois-Joseph Marquis de Crequi Colonel Lieutenant du Regiment Royal d’Infanterie, qui etoit exilé à son Regiment.

(14)  L’auteur conseille a François Louis de Bourbon Prince de Conty et du sang, de profiter de l’absence du Marquis de Crequi pour avoir des faveurs de …….de Grammont, l’une des filles d’honneur de madame la Dauphine qu’elle aimoit, lorsqu’il s’en alla.

(15)  Marie-Victoire d’Albert de Luines femme de ……de Bournonville.

 

Ils disent par la ville,                                                               [58]

Que vous faites souvent,

Flon, flon etc.

 

Tonnerre (16) persecute

La Jeune Bellefons, (17)

L’on n’en craint point la chute,

Elle a le nés trop long, (18)

Flon, flon, etc.

 

Quand Polignac (19) endure

De la demangeaison,

Elle suit la nature

Et quitte la raison;

Flon, flon etc.

 

Crequy (20) belle Marquise

Avec vôtre air Coquet

 

(16)        …….de Clermont Comte de Tonnerre Gentilhomme de la Chambre de Philippes de France Duc d’Orleans.

(17)        Marie-Anne Mazarini, femme de Louis-Christophe de Gigault Marquis de Bellefons 1er Escuier de Madame la Dauphine en survivance de Bernardin de Gigault Marquis de Bellefons Marechal de France son pere.

(18)        Elle avoit le nez assés long, mais pas trop, et elle êtoit tres aimable.

(19)        Marie-Armande de Rambures, femme de …… Marquis de Polignac Colonel d’un Regiment d’Infanterie.

(20)        Anne-Charlotte d’Aumont femme de Francois-Joseph Marquis de Crequy.

 

 

Vous seriez bien de mise

Si votre oncle (21), n’eut fait,

Flon, flon etc.

 

Belle Roquelaure, (22)

Votre mary (23) discret,

Vous aime et vous cajolle,

Et scait qu’on vous a fait, (24)

Flon, flon etc.

 

Conty (25) Charmante veuve

Pour qui languissés vous;

Un amant a l’espreuve

Fait bien mieux qu’un epoux

Flon, flon etc.

 

Digne d’etre immortelle

Que je plains vos attraits

Conty (26), belle merveille,

On ne vous fait jamais;

Flon, flon etc.

 

(21)      Charles Maurice le Tellier Archevesque Duc de Rheims 1er Pair de France, Oncle Maternel de la Marquise de Crequy, et qu’il avoit aimé.

(22)      Marie Louise de Montmorency-Laval, femme de Antoine-Gaston Duc de Roquelaure.

(23)      Le Duc de Roquelaure.

(24)      C’est une medisance detruite en plusïeurs endroits des Commentaires de ce Recueil.

(25)      Marie Anne de Bourbon legitimée de France, veuve de Louis-Armand  de Bourbon Prince de Conty.

(26)      C’est la mesme.

 

 

Saint Geran la devote, (27)                                         [60]

Sans craindre,

Ouvre souvent sa porte

Pour faire ce dit on,

Flon, flon, etc.

 

De tous les avantages, (28),

Je n’en ay choisi qu’un,

Je fuis le mariage

Et fais sur le commun

Flon, flon etc.

 

Un Marquis (29) la cajolle,

Un Chevalier (30) lui plaist,

D’un Prelat (31) elle est folle,

Un Jesuitte (32) lui  fait,

Flon, flon etc.

 

(27) Madelaine de Warignies de Montferville femme de Bernard de la Guiche, Comte de St Geran.

(28)  Ce Couplet a êté fait par …..

(29)  Ce Couplet a êté fait sur …..de Grammont l’une des filles d’honneur de Madame la Dauphine.

(30)  ….

(31) ….

(32) ,,,,

 

 

La Choiseuil (33) est moqueuse,                                                         [61]

En visiere elle rompt,

Elle n’est gratieuse

Que pour ceux qui lui font,

Flon, flon, etc.

 

La Fiere (34) est brune et blonde

Selon le tems qu’il fait, (35)

Pour plaire a tout le monde,

Surtout a qui plus fait,

Flon, flon etc.

 

Quelle joie surprenante

Pour les filles d’honneur, (36)

D’aller sans Gouvernante,

Faire avec Monseigneur; (37)

Flon, flon etc.

 

Le Grand Prieur de France (38)

Boit tout son vin sans Eau, (39)

Et pour sa penitence,

Il fait à la Moreau, (40),

Flon, flon etc.

 

Il n’est rien qui console

 

(33)      ….de la Baume le Blanc de la Valiere femme de Cezar-Auguste Duc de Choiseul, Pair de France.

(34)      ……de la Haye-Vantelet, femme de Charles-Auguste Marquis de la Fare Laugiere, Capitaine des Gardes du Corps de Philippes de France Duc d’Orleans.

(35)      Elle êtoit brune, mais quelquefois elle parroissoit blonde a force de poudre, et redevenoit brune lorsque le tems humide faisoit tomber la poudre.

(36)      Les Filles d’honneur de Madame la Dauphine.

(37)      Lorsqu’elles alloient en partie de plaisir avec Monseigneur le Dauphin, ce qui arrivoit souvent, la Gouvernante et les Sousgouvernantes ne les suivoientpas comme partout ailleurs.

(38)      Philippes de Vendosme Grand Prieur de France.

(39)      Il etoit fort yvrogne.

(40)      Françoise Moreau Chanteuse de l’Opera de Paris que le Grand Prieur entretenoit.

 

 

Un certain Pantalon, (41)                                                        [62]

D’avoir pris la verole,

En faisant a la Broon, (42)

Flon, flon, etc.

 

Canisy (43) est trop grosse,

Pour donner de l’amour,

Son ventre est une bosse,

Et son C… est un four

Flon, flon lariradondaine,

Flon flon lariradonondon.

 

(41)   Girolamo Venier Ambassadeur de Venise en France.

(42)   …. Berrier femme de René-François Marquis de Broon 1er Escuier de Charlotte Elizabeth de Baviere Duchesse d’Orleans, l’Ambassadeur de Venise etoit amoureux d’elle et lui avoit même fait une fille; son mari qui passoit pour impuissant ne lui ayant jamais fait d’enfant; quant a la verole, c’est une medisance, quoique la Marquise de Broon fut grande baiseuse.

(43)   …….de Creuilly femme de …..de Carbounel Marquis de Canisy, Lieutenant de Roy au Bailliage de Coutances en Normandie, elle etoit monstrueusement grosse.

 

 

Chanson                                            1686                [63]

Sur l’Air de Flon Flon.

Sur…..Louet Comte de Nogaret

 

Nogaret tu te mesle

De faire des Chansons, (1)

Ne crains tu point la gresle

Qu’on donne sur ce ton, (2)

Flon flon lariradondaine,

Flon flon lariradondon.

 

En tous lieux l’on publie

Du noble Nogaret

La Genealogie,

Il se nomme Louet. (3)

Flon, flon etc.

 

(1)  Il avoit fait quelques-unes des Chansons precedentes.

(2)  C’est a dire des coups de baston.

(3)  Le nom de Nogaret qu’il portoit, et le nom de Cauvisson que portoit son pere etoient fort bons et n’empeschoient pas qu’on ne sceut le veritable nom de la Maison qui etoit Louet. Il venoit de pere en fils de Louis Louvet et par corruption Louet: Seigneur de Mirandot qui epousa l’an 1471 Marguerite de Muras heritiere par Guillaume de Nogaret Chancelier de France et Baron de Cauvisson son 4e Ayeul, des biens de la maison de Nogaret et de la Baronie de Cauvisson, a la verité on disoit que ce Louis Louvet ou Louet venoit d’un Medecin.

 

 

Tu fournis des maîtresses,

Aux Jeunes gens de Cour

Qui te prestent leurs fesses,

Où tu fais a son tour, (4)

Flon, flon etc.

 

Par un destin bizare

Pour le pauvre Louet

Regiment de la Saare, (5)

Tu n’es point Nogaret,

Flon, flon etc.

 

Nogaret et Langlee, (6)

Langlée et Nogaret,

Gens de meme Couvée (7)

Tous les deux se sont fait;

Flon, flon etc.

 

(4)  Il etoit grand sodomite

(5)  Il venoit dacheter le Regiment d’Infanterie de la Ferté Seneterre, et il eut bien voulu que ce Regiment eut porté son nom; mais le Roy à la priere des Officiers l’apella le Regiment de la Saare.

(6)  …….de Langlée Marechal des Logis general des Armées du Roy.

(7)  Ils etoient tous deux grands sodomites.

(8)  Ils s’etoient souvent baisez l’un l’autre.

 

 

Chanson                                1686                            [65]

Sur l’Air……..

 

Je voudrois faire un Couplet

Pour nôtre Royale Altesse;

Mais je connois ma foiblesse,

Et je me tais a regret,

Apollon, grande Princesse,

Dans ma place trembleroit.

 

Monglas, j’entens dire a tous

Que votre humeur est charmante;

Mais vous êtes trop scavante

Sur le fait des bons ragouts,

Car le Dieu Comus se vante

De les aprendre chez vous.

 

A vous le dire entre nous

Incomparable Comtesse,

On voit bien que la jeunesse

A pris racine chez vous

Et que la triste vieillesse

Redoute vôtre couroux.

 

Les Roses n’ont qu’un matin,                                                             [66]

Pour être fraiches et belles,

Le jour finit avec elles

Tel est toujours leur destin,

Et je n’envois d’Immortelles,

Cambout, que sur vôtre teint.

 

Vous avez belle Breval

Un esprit qui nous enchante,

Et si vous êtes charmante

Vous faites beaucoup de mal,

Votre humeur indiferente,

Fait mourir plus d’un rival.

                                    Par le Marquis de la Chaise de Dauphiné.

 

Chanson                                1686                [67]

Sur l’Air de Flon Flon

 

J’aime la bonne chere,

J’aime les bons repas;

Mais j’aime encore mieux faire,

Iris, entre vos bras,

Flon flon lariradondere

Flon flon lariradondon.

 

Je cheris la bouteille,

J’aime avoir mes amis,

Et quand je me reveille,

Je veux faire a Philis;

Flon, flon etc.

 

Si j’aime Celimene,

Tu ne scais pas pourquoi,

C’est qu’a perte d’haleine,

Elle fait avec moy,

Flon, flon etc.

 

Ce Jardin, ma bergere

Est sans aucun témoin;

Nous pourrons bien y faire

Dans quelque petit coin,

Flon, flon, etc.

 

J’ai beu dans la Galere

Plus de cinquante coups,

Et je puis encore faire

Philis avecque vous;

Flon, flon, etc.

 

Que la peste me creve,

La Sueur, la Pezan,

La Desmatins, la Seve,

Font avec tous venans;

Flon, flon etc.

 

Charpentier est plus belle

Qu’elle n’a de vertu,

Car on dit que chez elle,

On fait pour un Ecu;

Flon, flon etc.

 

De l’ancien College

Un ancien Officier,

Seul a le privilege

De faire à Desnoyers; Flon etc.

 

Heureux qui n’a que l’âge                                                        [69]

D’un jeune adolescent;

Car il a l’avantage

De faire plus souvent;

Flon, flon, etc.

 

Puisque les Mousquetaires

Sont icy revenus

Reprenés vos Breviaires,

Abez ne faites plus;

Flon, flon, etc.

 

Une jeune femelle

Disoit à Bourdalouë,

N’ai-je pas la main belle,

Pour faire avecque vous,

Flon, flon etc.

 

Si j’ay l’art de vous plaire

Dites moi donc pourquoi

Vous ne voulez pas faire

Iris avecque moi,

Flon, flon etc.

 

Si je voulois vous plaire

J’en scay bien le secret,                                                          [70]

C’est Philis de vous faire

La fin de ce Couplet,

Flon, flon etc.

 

Su tu fais d’avantage

Des vers sur l’Opera,

Medor sur ton visage

Berrin repetera,

Flon, flon etc.

 

Pour ta Chanson infame

Ribon, pour ses propos,

Comme on fait sur ta Femme,

On fera sur ton dos,

Flon, flon etc.

 

Divine la Fontaine

Vous avez l’air charmant,

Vous valez bien la peine

Qu’on vous fasse souvent

Flon, flon etc.

 

Du Liscouet infidelle

A pris la Desmatins,

Potnot se moque d’elle,                                              [71]

Et fait soirs et matins,

Flon, flon, etc.

 

Vous êtes jeune et grasse

Cadette de Coignart,

Prenez quelqu’un qui fasse,

Avec vous sans hazart,

Flon, flon etc.

 

Pour vôtre soeur ainée,

Avec ses noirs appas,

Elle est fort asseurée.

Le haut deffend le bas.

Flon, flon etc.

 

En tous lieux vous le faites

Petite Charpentier,

Et l’on dit que vous êtes,

La Catin du quartier;

Flon, flon etc.

 

Hulot partout public

Qu’avec la Desnoyers,

Comme dans l’Italie,

Il fait des deux costés;                                                 [72]

Flon, flon etc.

 

A la L’estang personne

N’en veut a ce qu’on dit;

Aussi bien qu’Arcabonne

Elle fait sur son lict,

Flon, flon etc.

 

Vous êtes jeune et belle,

La petite Pezan,

Si vous etiez pucelle,

Je serois votre amant;

Flon, flon etc.

 

Villequier n’est pas trop sage

D’aller dire partout,

Qu’il eut son pucelage,

Quand il veut, qu’il l’a f…..

Flon, flon, etc.

 

Une vieille bigotte

Qui n’a plus qu’une dent,

Disoit levant sa Cotte,

Fais charitablement;

Flon, flon etc.

 

Je connois quelques femmes                                                   [73]

Dont je scais bien le nom,

Qui voudroient dans leurs ames,

Qu’on leur fit ce dit on,

Flon, flon etc.

 

Cette Grammont si fiere,

S’attire mille amans,

Son humeur peu severe

Luy fait faire souvent,

Flon, flon, etc.

 

Dedans la galerie

J’entendis qu’on disoit,

Faut il toute sa vie

Ne faire que du doigt,

Flon, flon etc.

 

J’accourus a leur aide,

Voulant les soulager;

Mais elles etoient si laides

Qu’il fallut rengainer,

Flon, flon etc.

 

La Force si charmante,

Quoi! Tu commence donc                                                                   [74]

En imitant ta tante,

A faire sur ce ton,

Flon, flon etc.

 

Ma charmante Brunette

Je serai bientost las,

De te conter fleurette,

Si nous ne faisons pas,

Flon, flon etc.

 

La belle Celimene,

Disoit a Celadon,

Pour soulager ma peine

Helas, mon cher faisons,

Flon, flon etc.

 

L’adorable Lisette

Va chantant dans nos bois,

Qu’il est doux sur l’herbette,

De faire quatre fois,

Flon, flon etc.

 

L’autre jour Amarante

Disoit a Dorilas,

Pour me rendre contente,                                            [75]

Fais moy jusqu’au trepas,

Flon, flon etc.

 

Quand un vieux coeur soupire,

Pour s’en faire donner,

Il faudroit qu’un satire,

Luy vint assaisonner;

 

Que je vous trouve a plaindre

Helas, pauvres jaloux,

De voir que sans vous craindre

Vos femmes font chez vous;

Flon, flon etc.

 

L’amant le plus fidelle,

Pour peu qu’il soit absent,

Doit il priver sa belle

De faire en attendant,

Flon, flon etc.

 

Sur la terre et sur l’Onde,

La nuit comme le jour,

Les humains de ce monde

Font et feront toujours; Flon, etc.

 

Sur toutes les goutieres                                                           [76]

Les Chattes et les matoux,

Passent la nuit a faire,

Ce que nous fesons tous,

Flon, flon etc.

 

Si la melancolie

Quelque fois vous surprent,

Cherchez la Compagnie

De ceux qui font souvent,

Flon, flon etc.

 

Si vous êtes en balance

Lequel choisir des deux,

Donnez la preference.

A qui fera le mieux,

Flon, flon etc.

 

Vous êtes equitable

Messieurs du Parlement,

Chopin n’est point coupable

Pour avoir fait souvent,

Flon, flon etc (1)

 

Chopin et sa Mignonne

 

(1)  Chopin Lieutenant Criminel du Chatelet, pere de Chopin de Cousangrey Premier President de la Cour des Monnoies de Paris et de Chopin d’Arnouville, Maistre des Requêtes. Ce Chopin fut six mois à la Conciergerie pour avoir enlevé la femme du Sieur Gasteble, qu’il avoit fait arrêter comme aiant fait mourir sa femme, affaire appaisée par le credit et l’argent de Chopin.

 

 

Sont enfin elargis,                                                                    [77]

L’on dit que la friponne

Fait encore avec luy;

Flon, flon, etc.

 

La Chasse est fort charmante,

Pour les Filles d’honneur,

Elles yront sans suivante,

Elles font d’un bon coeur,

Flon, flon etc.

 

Serez vous toujours sage

Marquise de Noisy,

Un Bourbon en enrage,

Ilvoudroit faire aussy;

Flon, flon, etc.

 

La petite Nanette

Elle a l’air fort charmant,

Fille vaut bien la peine

Qu’on lui fasse souvent;

Flon, flon, etc.

 

Un jour ma Celimene

Me dit en souriant,

Je crains que maman ne vienne,                                                          [78]

Faisons donc vitement,

Flon, flon, etc.

 

Madame la Riviere,

Qui fait son mary cocu,

Il y en a de même

Qui le font a son insceu,

Flon, flon, etc.

 

Si l’on te vouloit plaire

Je scay ce que l’on te feroit,

On n’auroit qu’a te faire

La fin de ce Couplet,

Flon, flon, etc.

 

Jamais cuisse de Lievre,

Becasse, ny Pigeon,

N’ont fait si bonne sausse,

Qu’une fille et un garçon,

Flon, flon etc.

 

Trois jeunes demoiselle

Assises sur le gazon,

Et pour se regaller,

Ont fait jouer du violon,                                                         [79]

Flon, flon, etc.

 

Les pauvres Petits peres,

Ils sont bien nommez,

Car ils ont l’air de faire

Souvent ce que vous scavez,

Flon, flon, etc.

 

Fanchon la Couturiere]Avec Margoton,

Cheut en arriere

Au son du violon;

Flon, flon, etc.

 

Pour cinq ou six pistolle,

Petite des Barros,

Combien de cabriolle

Vous faites sur le dos,

Flon, flon, etc.

 

Dedans le mariage

Le mary n’est qu’un sot,

Et la femme plus sage,

Le fait et n’en dit mot,

Flon, flon, etc.

 

Messieurs les Commissaires

Ne venez point chez nous,

Venez, venez pour cette affaire,

Et on le fait chez vous;

Flon, flon, etc.

 

Un abbé vous Cajolle,

Un Financier vous plaît,

Un plumet vous rend folle,

Un Cordelier vous fait;

Flon, flon etc.

 

Au fonds de la Fontaine,

Un Duc* veut se baigner,   *de Villeroy

Si la chose est certaine,

Que fera du Vivier;

Flon, flon, etc.

 

Abandonnons la Lire

Qu’amour nous met en main,

Reprenons la Satire

Tirons sur le prochain,

Flon, flon, etc.

 

La Grammont* en colere                     *Duchesse

De n’avoir plus d’amant,                                                        [81]

S’en va chez la Romere,

Prendre son lavement;

Flon, flon, etc.

 

Ne quittons pas encore

Un repos si charmant,

Que la naissante aurore

Nous retrouve en chantant,

Flon, flon etc.

 

Ma petite Cousine*,   *le Duc de Richemont qui fait l’amoureux de la Princesse de Bournonville

Prenez de mes avis,

Laissés là cette pine,

Prenez moy un bon v…

Flon, flon, etc.

 

Pour briller sur la scene,

La pauvre Capistron*,                        *Capistron de Tholore qui fait l’Opera.

A choisi pour mecene

Un bourgeois* de Vernon;      *l’abbé de Chaulieu.

Flon, flon, etc.

 

On attend des merveilles,

Du f….. de Capistron,

Et des scavantes veilles,                                                          [82]

Du bourgeois de Vernon,

Doit me rendre excusable

D’avoir fait la Chanson; Flon

 

Avec un teint de plastre,

Potenot* scait charmer,                      * Fille de l’Opera.

Un Abé* plein d’emplastre,               *l’Abé Courtin.

Qui n’est bon qu’a berner; Flon

 

Si j’aime la d’Humiere

Scavez vous la raison,

C’est qu’elle est la premiere

A vous offrir son Con… Flon

 

Si par quelque razade

Nous perdons la raison;

Demain cher camarade

Nous la retrouverons;

Flon, flon.

 

Sonnet                       1686                [83]

Imité de ceux de Clement Marot; Sur N….. Caumont de la Force, fille d’honneur de Marie-Anne-Christine-Victoire de Baviere, femme de Louis Dauphin de France.

 

Maudit l’instant que sort malencontreux

Me fit déchoir de tant haute fortune,

Jadis par jour qu’atre fois plustost qu’une

Voyoit l’objet qui me rend soufreteux. (1)

 

Plus ne verray sans un temoin ou deux, (2)

Les percecoeurs (3) de ma Deesse brune, (4)

Ces deux beaux yeux que legere rancune, (5)

A desorné de regards amiteux. (6)

 

(1)  C’est a dire l’objet qui m’a fait souffrir.

(2)  C’est qu’etant fille d’honneur de Madame la Dauphine, on ne l’a voyoit point sans la Gouvernante ou la sous Gouvernante de ses filles qui les accompagnoient partout.

(3)  C’est a dire les beaux yeux en vieux langage.

(4)  Mademoiselle de la Force etoit brune.

(5)  C’est a dire un leger chagrin qu’elle a contre moy, on ne scait  ce que c’est.

(6)  Regards favorables

 

 

Depuis sommeil avecque moy n’habite,                                             [84]

Soucy rongeant nuit et jour ne me quitte,

En contre moy le Ciel est en couroux;

 

De m’egayer maintes fois je m’efforce,

Voudrois voler où mes plaisirs sont tous; (7)

Mais point ne sert le desir sans la force. (8)

 

(7)  C’est a dire vers elle qui fait tous mes plaisirs.

(8)  Cecy est un jeu de mot sur le nom de Mlle de la Force, le jeu de mots est fort usité dans Marot dont ce sonnet cy est imité.

 

 

Chanson                                1686                [85]

Sur l’Air: On dit qu’amour est si charmant.

Sur quelques unes des Filles d’honneur de Marie-Anne-Christine-Victoire de Baviere Dauphine de France.

 

Biron (1) disoit a deux genoux,

N’aurai-je jamais un epoux?

Saint Joseph (2) m’abandonnéz vous?

Serai je toujours fille? (3)

N’aurai je jamais un epoux?

Moy qui suis si gentille. (4)

 

Grammont (5) repond d’un air soumis,

Saint Joseph ora pro nobis;

Quel peché puis-je avoir commis?

Serai-je toujours fille? (6)

Saint Joseph ora pro nobis

Eh donnés moy famille.

 

(1)  Marie-Madeleine-Agnes de Gontaut de Biron.

(2)  St Joseph est le Patron des Filles a marier.

(3)  Elle commençoit a être vieille.

(4)  Ce cy est dit ironiquement parce qu’elle n’etoit plus jolie; mais elle l’avoit êté.

(5)  ……..de Grammont.

(6)  Elle s’ennuyoit du Celibat, car pour la virginité elle y avoit mise.

 

 

Ah que Monseigneur (7) est charmant,                                              [86]

Disoit la Force (8) en soupirant,

Que n’est il plus entreprenant, (9)

J’en ferois la folie,

Ah que Monseigneur est charmant;

Faut il que je l’en prie?

 

(7)  Louis Dauphin de France.

(8)  …….. Nompar de Caumont dite Mad.lle de la Force qui aimoit Monseigneur.

(9)  Elle se plaignoit que Monseigneur ne l’a pressoit pas assez de lui accorder des faveurs.

Chanson                                            1686                [87]

Sur l’Air de Flon, flon

Sur des Filles d’honneur de Marie-Anne-Christine-Victoire de Baviere femme de Louis Dauphin de France

 

Biron, (1) nôtre Doyenne (2)

S’endort mal aisement,

A moins qu’elle ne tienne

Le V…. de son amant, (3)

Flon, flon la riradondaine

Flon, flon lariradondon.

 

Grammont (4) pendant l’absence

Du malheureux Crequy (5)

Tu fais bien penitence,

Car tu n’as point de V…

Flon, flon etc.

 

(1)  Marie-Madelaine Agnés de Goutaut Biron.

(2)  Elle etoit lors la plus avancée ou la 1re pour le rang des Filles d’honneur de Madame la Dauphine.

(3)  Cecy est une medisance affreuse, Mlle de Biron a toujours êté tres vertueuse.

(4)  Francois-Joseph Marquis de Crequy, Colonel du Regiment Royal d’Infanterie qui etoit exilé a son Regiment et que Mlle de Grammont aimoit.

 

La Force (6) si charmante,                                                      [88]

Quoi tu commence donc,

En imitant ta tante, (7)

A faire tout de bon,

Flon, flon etc.

 

(5)  …… Nompart de Caumont Dlle de la Force.

(6)  ……. Nompart de Caumont de Castelmoron, dite aussi Mlle de la Force sa cousine et non pas sa tante, et grande putain.

 

Chanson                                1686                            [89]

Sur l’Air des Folies d’Espagne

Sur Julie de Crevant de Humieres appellée avant le mariage de ses soeurs Mlle de Mouchy

 

Le Marechal (1) fait faire bonne garde,

Pour empescher que l’on ne pisse icy, (2)

Il feroit mieux de mettre Sauvegarde

Pour empescher qu’on ne f…te Mouchy. (3)

 

(1)  Louis de Crevant d’Humieres, Marêchal de France, Grand Maitre et Capitaine General de l’Artillerie, etc., pere de Mlle de Mouchy qu’on appelloit alors Mlle de Humieres.

(2)  L’Arsenal demeure des Grands Maitres de l’Artillerie, ou le Marechal empeschoit soigneusement qu’on ne fit des ordures.

(3)  Mlle de Mouchy ou de Humieres etoit fort belle, avoit beaucoup d’amans et ne passoit pas  pour leur être fort cruelle.

 

 

Epigramme                            1686                            [91]

Au Roy Louis XIV par …. Sanguin

Qui demandoit a S M.té une gratiffication pour retablir une maison qu’il avoit a la campagne que le tonnerre avoit endommagée.

 

Il ne m’apartient pas d’entrer dans vos affaires;

Ce seroit un peu trop de curiosité,

Cependant l’autre jour songeant a mes miseres,

Je Calculois le bien de votre Majesté,

Tout bien compté, j’en ay la memoire recente,

Car le Calcul en est facile et cour.

Il vous revient par an cent millions de rente, (1)

Qui rendent a peu prés cent mil escus par jour,

Cent mille escus par jour en font quatre par heure,

            Pour reparer les maux pressans,

Que le tonnerre a fait a ma maison des Champs

Ne pourois-je obtenir, sire avant que je meure

            Un quart d’heure de votre temps? (2)

 

(1)  Le revenu annuel du Roy etoit alors de quatre vingt treize millions par an, ce n’est pas loing de cent.

(2)  C’est a dire ce qu’il vous revient par quart d’heure sur le pied de vôtre revenu annuel.

 

 

Epigramme                            1686                            [93]

Sur Estienne de Camus Evesque et Prince de Grenoble fait Cardinal par le Pape Innocent XI au mois de Sept. 1686.

 

L’Eminentissime Camus,

A si bien dit ses Oremus, (1)

Qu’il est au comble de sa gloire;

Les Vivonnes, (2) et les Bussy, (3)

Sont chargés d’en faire l’histoire, (4)

 

(1)  L’Evesque de Grenoble tres debauché du tems qu’il etoit aumonier du Roy Louis XIV comme on verra par la suitte, prit tout d’un coup l’esprit de penitence, dés qu’il fut Evesque il vescut d’une maniere tres austere et tres singuliere; car il ne se contenta pas d’une residence exacte et d’une application infinie dans le Gouvernement de son Diocese, il preschoit outre cela continuellement, il ne vivoit que de Legumes, il mangeoit avec ses domestiques dans un Refectoire; ses gens ne le voyoient jamais coucher ny se lever, de maniere que plusieurs personnes croyoient qu’il couchoit sur la dure, enfin l’exterieure de ce Prelat ne montroit que la penitence et l’austerité; cependant les speculatifs jugeoient autrement de l’interieur et l’on etoit persuadé que l’amour de Dieu et la crainte de ses Jugemens avoient moins de part a cette maniere de vivre que la vanité et l’ambition, ce qui arriva par la suitte augmenta ces soubçons, car le Pape Innocent XI, l’ayant fait Cardinal au mois de Sept. 1686, sans qu’il eut paru etre appuyé d’aucune protection a Rome, et etant même brouillé avec la Cour de France par ce qu’il etoit Janseniste outré il n’y eut plus lieu de douter qu’il n’eut des intelligences particulieres avec sa sainteté, et ses Ministeres, l’on ne doutoit même pas que ce ne fut aux depens du Roy, qui avoit pour lors de grandes affaires avec la Cour de Rome.

(2)  Louis-Victor de Rochechouart Comte de Vivonne.

(3)  Roger de Rabutin Comte de Bussy Maître de Camp general de la Cavalerie legere.

(4)  Cette histoire est que l’n 16….le Cardinal le Camus lors Aumonier du Roy et apellé l’Abé le Camus, fut passer la Semaine Sainte a Roissy maison de  M. de Vivonne avec lui le Comte de Bussi Philippes de Mancini Duc de Nevers…..de Longueval Comte de Manicamp, et plusieurs autres debauchés; ils y mangerent de la viande, et par une impieté horrible ils y baptiserent un Cochon de lait avec les Ceremonies de l’Eglise et le nommerent Carpe, on pretend meme que l’Abé le Cmus qui etoit Ecclesiastique fit cette belle Ceremonie.

 

Et s’informent par tout icy

Pour lui donner un nom plus noble

S’il est Cardinal de Grenoble, (5)

Ou bien Cardinal de Roissy. (6)

 

(5)  C’est a dire la vie sainte qu’il a mené á Grenoble.

(6)  Ou celle qu’il a mené du tems qu’il fut a Roissy.

Nota, Qu’on a veu depuis par les Memoires du Comte  de Bussy imprimés aprés sa mort l’an 1697 que cette debauche pretendue et inventée, et consista en un medianoche le jour de  Pasque où l’Abbé le Camus n’assista meme pas, car il s’en êtoit retourné a Paris le Jeudy Saint.

 

 

Chanson                                1686                            [95]

Sur l’Air du 1er Rigaudon de l’Opera d’Atis et Galathée.

Sur une Bague que Louis-Joseph Duc de Vendosme, de Mercoeur et d’Estampes, Pair de France, Gouverneur de Provence, donna a Jean Baptiste  Lully, Conseiller Secretaire du Roy Maison et Couronne de France et de ses Finances, Surintendant de la Musique de Sa Majesté.

 

Je porte (1) au doigt

L’Anneau que le vieux Vendome (2)

Raporta jadis de Sodome, (3)

Comme chacun croit,

Qu’il est joly,

C’etoit la recompense

D’un bou… accomply. (4)

 

(1)  C’est Lully qui parle.

(2)  Cezar Duc de Vendosme fils naturel du Roy Henry IV et grand pere de Louis Joseph Duc de Vendosme, duquel il est parlé dans cette chanson, ce Caezar mourut en 1665.

(3)  Le vieux Vendosme etoit grand sodomite, l’auteur feint qu’il l’avoit autrefois aportée de Sodome qt qu’il etoit venu par succession a son petit fils.

(4)  Le Duc de Vendosme etoit tout aussi grand sodomite que son grand pere, et meme bien plus vilainement, car il ne se cachoit pas et s’en faisoit donner par Laquais, Porteurs de Chaise, paisans, en un mot tout lui etoit bon.

 

C’est pour Lully,                                                                                [96]

Eh pouvoit on en france,

Mieux choisir que luy. (5)

 

(5)  Lully êtoit Sodomite outré, ainsi un Anneau venu de Sodome porté par le vieux Vendosme et transmis au Duc de Vendosme d’alors ne pouvoit mieux convenir qu’a luy.

Nota; Que le Duc de Vendosme donna cette bague a Lully pour le recompenser de l’Opera d’Atis et Galathée qu’il avoit fait pour ce Duc, et qu’il fit representer par ses Acteurs a Anet, ou le Duc de Vendosme donna une feste l’an 1686 a Louis Dauphin de France pendant 8 jours et qui fut d’une grande magnificence.

 

 

Chanson                                            1686                [97]

Sur l’Air…..

Faite par Jean Baptiste Luly; sur Françoise dite Fanchon Moreau Chanteuse de l’Opera de Paris.

 

Adorable Scilla, (1)

Adorable Scilla,

Quand Paris a Venus la Pomme presenta, (2)

Elle eut êté pour vous, (3) mais vous n’etiez pas là.

 

(1)  C’est qu’elle representoit le personnage de Scilla dans l’Opera d’Atis et Galathé qu’on jouoit alors.

(2)  Tout le monde scait ceque c’est que le Jugement de Paris tant celebré par les poëtes, où ce berger donna avec la Pomme d’or jettée par la Discorde pendant le festin des noces de Thetis et Pelée, le prix de la beauté a Venus.

(3)  Fanchon Moreau êtoit la mieux faite, la plus belle de toutes les actrices de l’Opera.

 

Autre                                                             [98]

Sur le même Air

 

Sur…….de Subligny Chanteuse de l’Opera de Paris.

 

Ah je vois dans vos yeux,

Ah je vois dans vos yeux

Voltiger un enfant plus beau que tous les Dieux. (1)

Ne lui refusez rien, vous en danserez mieux.

 

(1)  L’Amour

 

Chanson                    1686                            [99]

Sur l’Air: Ne troublés pas nos jours.

Sur la retraite de Louis de Bourbon Prince de Condé, 1er Prince du sang, Chtr des Ordres du Roy, Grand Maistre de France, Gouverneur de Bourgogne lequel se retira sur la fin de sa vie, en sa Maison de Chantilly, où il vecut comme un simple particulier; jusques a sa mort arrivée a Fontainebleau où il etoit venu faire un voyage le 11 Decembre 1686.

 

Que fait à Chantilly Condé ce grand heros,

Et le plus bel Esprit de la nature

Il écoute les vers de trois ou quatre sots,

Et c’est de quoy chacun icy murmure,

Surtout on est surpris qu’un Prince si parfait

N’ait plus qu’un Martinet*

Pour son Voiture.

 

* L’Abé Martinet Bourgeois et par sa naissance et par ses plaisanteries, qui etoient tres fades et tres frequentes, et lequel faisoit neantmoins le bel Esprit. Il n’etoit pas surprenant que le grand Prince de Condé se rabaissat quelque fois dans sa retraite a entendre et a entretenir des esprits mediocres, et les mauvais plaisans tel que l’Abbé Martinet. Il falloit qu’il s’occupât et que pour cela il fut moins difficile dans le choix des gens qui l’aprochoient, autrement tout grand heros qu’il etoit, il n’eut quasi veu persone. Les Courtisans ne songeant gueres a aller faire leur Cour a un homme qui ne leur est plus bon a rien, tel qu’estoit alors ce Prince.

 

 

 

 

 

 

Chanson                                1686                            [101]

Sur l’Air des Rigaudons de l’Opera d’Acis et Galthée

Sur ……Martinet Bourgeois de Paris

Si Martinet, (1)

Ne met rien en lumiere, (2)

C’est qu’il craint de Lignieres, (3)

Un nouveau couplet, (4)

Ce bel esprit, (5)

Seul né pour la Satire, (6)

Rentre en son credit

D’un noir chagrin,

 

(1)  L’Abbé Martinet mentionné dans l’Argument.

(2)  Il êtoit Poëte et faisoit souvent d’assés mechants vers, et d’assés mechantes Chansons, il n’en avoit point fait depuis quelque tems.

(3)  C’est que Lignieres Bourgeois de Senlis demeurant à Paris, avoit fait contre lui le couplet precedent.

(4)  Ce Ligniere êtoit une espece de Critique et de bas Comique qui croyoit s’estre donné un grand relief en trouvant a redire a tout ce qui se disoit, a tout ce qui se faisoit, et surtout a tout ce qui s’escrivoit. Il regentoit parmy la Bourgeoisie et n’osoit aprocher des gens d’un certain etage.

(5)  Ligniere.

(6)  Il trouvoit a redire a tout comme il a êté desja dit.

 

 

Boileau meme soupire, (7)                                                [102]

D’etre son Cotin. (8)

 

(7)  Nicolas Boileau Sr des Preaux fameux Poëte satirique.

(8)  Boileau dans ses Satyres et ses Epitres a souvent tiré sur l’Abé Cotin mauvais Poëte de son temps, et comme Ligniere tres mauvais Critique tiroit aussi en toutes occasions, et fort mal a propos sur les ouvrages de Boileau, comme Boileau sur Cotin. L’auteur de cette Chanson qui vraisemblablement est l’Abé Martinet dit que Boileau est le Cotin de Lignieres et  qu’il en est fort affligé, ce qui est dit ironiquement, car Boileau meprisoit fort la Critique de Lignieres, et avec raison.

 

 

Sonnet                                   1686                [103]

Sur la mort de Louis de Bourbon IId du nom; Prince de Condé 1er Prince du sang, Duc de Bourbonnois de Chasteauroux, de Montmorency, et de Bellegarde, Gouverneur de Bourgogne et Bresse, 1er Pair et grand Mr de France en survivance de Henry-Jule de Bourbon Duc d’Enguyen son fils, Comte de Clermont, Stenay, Dun et Jamets, Chtr des Ordres, arrivée a Fontainebleau, le 11 Decembre 1686.

 

Condé traita la mort d’un air audacieux (1)

On eut dit qu’il gagnoit sa derniere victoire,

A peine l’univers est assez spacieux

Pour suffire a pouvoir contenir tant de gloire; (2)

Nous aurons ses beaux faits toûjours devant les yeux,

Monumens éternels du temple de memoire,

Et d’un si grand heros les restes precieux

Que la posterité refusera de croire.

Quelle teste (3), quel bras (4), quels talens a choisir (5)

 

(1)  Ce Prince mourut avec toute la fermeté qu’on devoit attendre d’un heros comme lui.

(2)  Qui pourroit escrire les glorieuses actions de ce grand Prince.

(3)  Ce Prince fut aussi grand Capitaine que vaillant soldat.

(4)  Ce Prince fut aussi grand Capitaine que vaillant soldat.

(5)  Il avoit un scavoir infiny, n’ignorant presque rien.

 

Tout en fut merveilleux jusques a son loisir (6)                                              [104]

Dont le bruit a rempli l’un et l’autre hemisphere,

Nul ne sceut mieux agir (7) quand il fut a propos,

Et comme il sceut aussi noblement ne rien faire,

Nul ne sceut mieux gouter un triomphant repos.

 

(6)  Ayant quitté le service l’an 1677, il se retira dans sa maison de Chantilly, s’occupant de la lecture et de l’Agriculture avec la meme tranquilité que s’il n’eut eté capable d’autre chose.

(7)  Un des principaux talens de ce Prince êtoit de prendre bien son party sur le champ et de profiter de l’Occasion.

 

 

Sonnet                                   1686                [105]

Sur le meme sujet que le precedent.

Nota, Que dans celui cy l’autheur fait parler le Prince de Condé

 

L’Espagne par mon bras aux plaines de Rocroy, (1)

Receut le coup mortel qui commença ma gloire,

Lents (2), Nortlingue (3), Fribourg (4) gardent avec effroy,

Du grand nom de Condé l’eternelle memoire.

 

Les Sieges les combats furent des jeux pour moy,

Mes differents travaux ont enrichy l’hisoire, (5)

 

(1)  Le Prince de Condé n’etant encore que Duc d’Enguyen et âgé de 21 ans, fut fait Lieutenant general de l’Armée Françoise, et gagna le 19 May 1643 la Bataille de Rocroy, defit l’Armée Espagnole commandée par D. Francisco de Mellos, et fit par cette victoire lever le siege de cette place: l’Infanterie Espagnole y fut taillé en pieces et son general le Comte de Fontaine tué.

(2)  Le 20 Aoust 1648 le Prince de Condé gagna la Bataille de Lens contre l’Armée Espagnole et commandée par l’Archiduc Leoold d’Autriche, et reprit cette ville.

(3)  Le 3 Aoust 1645 le Prince de Condé n’etant encore que Duc d’Enguien, gagna la Bataille de Nortlingue contre les Imperiaux et Bavarois commandez par le General Marcy qui y fut tué.

(4)  Le Combat ou pour mieux dire les combats de Fribourg, puisqu’ils durerent les 3, 4, 5, et 9 du mois d’Aoust 1644 dans lesquels le Prince de Condé n’êtant encore que Duc d’Enguyen, defit les Imperiaux et Bavarois retranchez sous cette ville qu’ils avoient prises et que ce Prince reprit.

(5)  Il faudroit un volume entier pour ecrire toutes les victoires qu’a remportées ce grand Prince, dont la valeur fera  un des plus endroits de notre histoire.

 

Et si j’avois toujours combattu pour mon Roy, (6)                           [106]

On m’auroit veu partout suivy de la victoire. (7)

 

Heureux encore un coup d’avoir la foudre en main (8)

A Seneff. (9) j’aterray l’Ibere (10), et le Germain, (11)

 

(6)  Le Prince de Condé ayant êté arresté avec le Prince de Conty son frere et le Duc de Longueville son beau frere le 18 Janvier 1651 par l’Ordre de la Reine Mere Regente et les Conseils du Cardinal de Mazarini 1er Ministre, sortit de prison le 13 Fevrier 1651 et outré de ce traitement fit d’abord laguerre au Roy autour de Paris et en Guienne dont on lui avoit donné le Gouvernement; mais enfin ne pouvant resster aux troupes du Roy, il passa avec les siennes en Flandres au service des Espagnols contre la France où il ne revint qu’aprés la paix des Pirennées, dans laquelle il fut compris l’an 1659.

(7)  Hors le siege de Lerida le 17 Juin 1647 on a remarqué qu’il a toujours êté heureux dans ses entreprises tant qu’il a commandé les Armées Françoises, il n’en a pas toujours eté de même lorsqu’il a fait la guerre au Roy; cependant il faut convenir que ce dernier temps est le plus beau de sa vie, que sa conduitte et sa valeur y ont eclaté partout; que sa fermeté dans la Bataille du Fauxbourg St Antoine le 2 Juillet 1652, la beauté de sa Retraite qu’il fit ayant eté forcé dans les Lignes d’Arras le 25 Aoust 1654, le secours de Valenciennes le 16 Juillet 1656 et celui de Cambray le 30 May 1657 sont des actions d’eternelle memoire.

(8)  Le Roy Louis XIV voulant conquerir la Franchecomté comme il fit en 3 semaines au commencement de 1668 en personne, donna le commandement de ses Armées au Prince de Condé, et il  les commanda jusqu’en l’an 1676 qu’il fut pris au mot, ayant demandé a se retirer dans sa Maison de Chantilly, croyant qu’on feroit succeder Henry Jules de Bourbon Duc d’Enguyen son fils unique selon son dessein  plutost que de se passer de lui, en quoi il fut trompé.

(9)  Le Prince de Condé Generalissime de l’Armée du Roy en Flandres l’an 1674 defit entierement l’arrieregarde de l’Armée des Ennemis alliez contre la France le 11 Aoust au nombre de 60000 hommes commandée par Guillaume-Henry de Nassau, Prince d’Orange, les Comtes de Monterey et de Souches.

(10) Ibere veut dire les Espagnols.

(11) Germain veut dire les Allemans.

 

Un loisir heroique acheva ma carriere. (12)                                         [107]

 

Mais de quoi m’eut servi tout ce faste éclatant,

Si Dieu n’eut daigné faire a mon heure derniere

D’un superbe vainqueur un heros penitent. (13)

 

(12) La retraite qu’il fit a Chantilly où il veut comme un simple particulier, depuis qu’il eut quitté le Commandement des Armées l’an 1676.

(13)  Il mourut à Fontainebleau le 11 Decembre 1686 ou la petite verole de Louise-Francoise de Bourbon legitimée de France, femme de Louis Duc de Bourbon son petit fils l’avoit fait venir. Il y tomba malade et y mourut avec une fermeté heroïque et chrestienne.

 

 

 

Epigramme                            1689                [109]

Faite par un Gascon; sur ceque Henry-Jules de Bourbon Prince de Condé, 1er Prince du sang, etc., avoit promis 1000 Ecus a qui feroit le plus bel Eloge de feu Louis de Bourbon aussi Prince de Condé, et 1er Prince du sang son pere.

 

Pour celebrer tant de vertus,

Tant de hauts faits, et tant de gloire,

Mil Ecus, rien que mil Ecus,

Ce n’est pas un sot la victoire.

 

Cette Epigramme n’a pas besoin de Commentaire.

 

Chanson                                1687                [111]

Sur les projets qu’on croyoit que Francois-Michel le Tellier Marquis de Louvois etc. pour l’etablissement de sa Famille.

Sur l’Air des Ennuyeux.

Par le Comte de Morstein. Mr de Louvois fit entendre qu’il recompenseroit bien celui qui lui indiqueroit l’auteur. On lui escrivit un Billet portant;

Louvois garde tes Louis,

J’êtois seul quand je les fis;

 

Maurice (1) disoit à Louvois, Alias Christophe et Cretoffe par allusion a sa grande et grosse figure.

Mon frere vous n’êtes pas sage,

De quatre enfans que je vous vois,

Vous negligez les avantages;

Louvois repond avec soupirs,

J’a seu moderer mes desirs.

 

Barbezieux (2) reglera l’Etat,

Souvré (3) remplacera Turenne;

L’Abbé (4) vise au Cardinalat,

 

(1)  Charles-Maurice le Tellier Archevesque Duc de Rheims, Pair de France frere de Mr de Louvois.

(2)  Louis-Francois le Tellier Marquis de Barbezieux 3e fils de Mr de Louvois receu en survivance de la Charge de Secretaire d’Etat, il avoit auparavant êté Chtr de Malthe.

(3)  Louis-Nicolas le Tellier Marquis de Souvré Mr de la Garderobe du Roy, Colonel d’un Regiment de Cavalerie, 2d fils de Mr de Louvois.

(4)  Camille le Tellier, Abé de Bourgueil etc. receu dans la Charge de Bibliothequaire du Roy, que son Oncle l’Archevesque de Reims exerçoit a cause de sa jeunesse, 4e fils de Mr de Louvois.

 

 

Courtenvaux (5) seul me met en peine,                                                           [112]

Il est sot, il a mauvais air,

Je n’en ferai qu’un Duc et Pair. (6)

 

(5)  Francois le Tellier Marquis de Courtenvaux Capitaine des Cent Suisses de la Garde du Corps du Roy, Colonel du Regiment d’Infanterie de la Reine, fils ainé de Mr de Louvois. Il avoit êté receu en survivance de la Charge de Secretaire d’Etat; mais y etant peu propre son pere l’obligea de s’en demettre en faveur de Louis Francois le Tellier son frere lors Chtr de Malte.

(6)  Il est certain que Mr de Louvois n’avoit autre but dans sa faveur que de mettre un Duché Pairie dans sa Maison comme avoient fait les Secretaires d’Etat de Villeroy et de Sceaux.

 

 

Chanson                                1687                            [113]

Servant de reponse a la precedente;

Sur le même air.

 

Louvois prens garde de mourir,

Car ton projet quoique modeste

Pourroit par la suitte souffrir,

Quelque Catastrophe funeste,

Et sans trop faire le devin;

Voici quel sera son destin.

 

De ton (Ton fils) Secretaire d’Etat,

On fera (Sera traité) comme de Blainville. (1)

Souvré sera mauvais soldat,

Ton Abbé Curé de Chaville, (2)

Et l’on fera de Courtenvaux,

 

(1)  Armand-Jules Colbert Marquis de Blainville fut receu en survivance de la Charge de Surintendant des Bastimens du vivant de Mr Colbert son pere et on l’en depouilla dès que ce Ministre fut mort pour en revetir Mr de Louvois. Ce Mr de Blainville fut depuis grand Me des Ceremonies par le credit de Francoise d’Aubigné Marquise se Maintenon qui se fit un honneur de soutenir la famille de M. Colbert, qui sans elle eut eté perduë par les credit des Telliers leurs competiteurs; Et il a montré depuis beaucoup de valeur et de capacité pour la guerre et a êté tué a Hochstet.

(2)  Chaville est une petite Terre prés Versailles appartenante a Mr de Louvois.

 

 

Ce qu’on a fait de Phelypeaux. (3)                                                     [114]

 

 

(3)  Louis Phelypeaux Baron d’Hervy, fils aîné de Mr de la Vrilliere Secretaire d’Etat êtoit receu en survivance de son pere; mais il devint fou et on fut obligé de l’enfermer aprés l’avoir fait se demettre en faveur de Balthazar Phelypeaux Marquis de Chateauneuf son Cadet.

 

 

Chanson                                1687                [115]

Sur l’Air de….

Sur….

 

Qu’il soit ou ne soit pas gueri,

Qu’il soit ou ne soit pas mary,

D’une Chimene décrépite;

Qu’il soit cocu, qu’il soit content,

Qu’il soit devôt ou hypocrite

Tout cela m’est indifferent.

 

Chanson                                1687                [117]

Sur l’Air Croissés croissés jeunes raisins.

Sur…. Comte du Charmel Capitaine des 100 Gentilshommes de la Maison du Roy et Lieutenant general au Gouvernement de l’Isle de France.

Jouez, jouez charmant Charmel, (1)

Rendez vôtre memoire illustre dans la France,

Disciple de Dangeau (2) nagez dans l’opulence,

Et soyez en amour plus doux que Caramel. (3)

Nos voeux sont accomplis votre fortune est faite,

L’Arrest du sort le veut ainsi

Pour vous le Jeu du Reversy, (4)

 

(1)  Ce Comte de Charmel etoit grand Joueur et avoit si bien fait ses affaires a ce metier que de tres pauvre Gentilhomme et de simple Capitaine d’Infanterie au Regiment Dauphin, il etoit devenu riche Courtisan et avoit acheté des Charges.

(2)  C’etoit Philippes de Coursillon Marquis de Dangeau etc. qui avoit mis le Comte de Charmel dans le grand jeu de la Cour où il avoit fait ses affaires a l’exemple de ce Marquis qui y avoit aussi fait sa fortune.

(3)  Le Comte de Charmel etoit galante et etoit fort fade en amour.

(4)  Le Roy venoit d’etablir a Versailles un jeu de Reversy où il avoit mis avec luy les plus riches et les plus gros joueurs de sa Cour. Le Comte du Charmel en etoit; Et l’auteur de cette Chanson ne doute pas qu’il ny fasse bien ses affaires comme il avoit desja fait a la Bassette, où il avoit gagné beauoup et fait la plus grande partie de sa fortune.

 

 

Sera ce qu’estoit la Bassette. (5)                                                         [118]

 

 

(5)  Lisez l’Article precedent.

 

 

Chanson                                1687                [119]

Sur l’Air: Il a battu son petit frere.

Sur Julie de Crevant de Humieres appellée alors Madle de Mouchy fille de Louis de Crevant de Humieres Marechal de France etc.

 

Belle Mouchy que veux tu faire

Au Grand Prieur (1), tu ne peux plaire,

Quand il te voit tromper Conty: (2)

Ne lui fais plus voir ta tendresse,

Car il est plus fidele amy,

Que tu n’es fidelle Maistresse.

 

Condé (3) reviens de l’autre monde,

Il faut resusciter la fronde. (4)

 

(1)  – (2) Mademoiselle de Mouchy avec qui Louis-François de Bourbon Prince de Conty etoit en commerce amoureux depuis longtems, lui devenoit infidele pour Philippes de Vendosme Grand Prieur de France qu’elle lorgnoit, et qu’elle eut bien voulu rendre amoureux d’elle, et comme le Grand Prieur etoit amy du Prince de Conty, l’auteur est persuadé qu’il ne profitera pas de la tendresse qu’elle lui fait voir.

(2)  – (4) Le Prince de Condé avoit êté emprisonné le 18 Janvier 1651 par ordre du Roy Enfant de la Reine sa mere Regente, et les Conseils du Cardinal Mazarin 1er Ministre, il se mit a la teste du party formé en France contre ce Cardinal et apelé la Fronde, et fit la guerre civile qui dura jusqu’en l’année 1653, qu’il se retira au servcedes Espagnols. L’auteur veut qu’il revienne de l’autre monde pour resusciter ce party contre le Grand Prieur de France qui etoit petit neveu du Cardinal Mazarin, par Victoire Mancini Duchesse de Mercoeur sa mere et fille de la propre soeur de ce Cardinal.

 

Contre le Sang du Mazarin, (5)                                                           [120]

Si l’Oncle te fut si contraire,

Le neveu (6) suit meme chemin,

Et veut au tien ravir Humieres. (7)

 

5      Voyez l’Article precedent.

(6)  Le Grand Prieur.

(7)  Qui peut être auroit repondu a la tendresse que Mlle de Mouchy de Humieres lui temoignoit, et l’eut ainsi ostée au Prince de Conty neveu du Prince de Condé.

 

 

Chanson                                1687                [121]

Sur l’Air: Il a battu son petit frere.

Sur ….. de Chaulieu Abbé.

 

Chaulieu ta veine temeraire

Insulte la belle d’Humiere, (1)

Toy pour qui jamais Apollon

Ne ressentit que de la haine

Et dont le Cidre de Vernon (2)

Fut toujours le seul Hippocrene.

 

(1)  Il etoit l’auteur de la Chanson precedente.

(2)  L’Abbé de Chaulieu etoit né dans le Vexin pres de Vernon, pais où il vient du Cidre, on l’apelloit aussi par plaisanterie le Bourgeois de Vernon.

 

 

Chanson                                1687                            [123]

Sur l’Air du Duc de Beaufort.

Sur Marie Charlotte de Castelnau, femme d’Antoine-Charles Duc de Grammont Pair de France.

 

La Duchesse de Grammont

Est a present fort sage, (1)

Et scavez vous la raison,

C’est qu’on ne veut plus de fron

Si large, si large, si large.

 

(1)  Elle ne l’avoit pas toujours eté, comme l’on peut voir cy-devant.

 

Chanson                                1687                            [125]

Sur l’Air: la petite Brunette.

Sur Armand du Cambout Duc de Coislin Pair de France, et sur Madelene dit Halgoet de Kaergrech sa femme.

 

Coislin a tant f…tu

Sa petite Coasline,

Qu’elle en a le trou du cu,

Comme de la poix resine;

Ah petite Coasline

Ah que l’on t’a foutu.

 

Cette Chanson n’a pas besoin de Commentaire, il sufit de dire que le Duc de Coislin devot et laid, et tres mal propre a la galanterie, couchoit toujours avec sa femme.

 

 

Chanson                                1687                            [127]

Sur l’Air des Branles de Metz

Sur …. Fremont femme de Guy de Durfort, Comte de Lorge, Marêchal de France, Capitaine des Gardes du Corps du Roy.

 

La petite Mareschale,

Fille de Monsieur Fremont, (1)

Affecte l’air et le nom,

Et de Sainte et de Vestale;

Cependant on dit partout

Qu’un petit Abé (2) la trinballe (baise),

Cependant on dit partout

Qu’un petit Abbé la F….

 

(1)  Nicolas Fremont fameux Financier, il est mort garde du Tresor Royal apres avoir passé par tous les moindres emplois de sa profession.

(2)  L’Abbé de Broglio.

 

 

Chanson                                1687                            [129]

Sur l’Air de….

Sur ….. de la Tour Marquis de Gouvernet.

 

D’esprit et de figure

Il n’est rien de si laid,

Qu’un monstre de nature,

Qu’on nomme Gouvernet, (1)

Partout il se promeine,

De Maison en maison,

Et l’on ne scait qu’a peine

S’il est homme ou guenon.

 

(1)  Il etoit bossu, tortu, nain, et avoit le visage laid et la peau toute farineuse et pleines de dartres et des Cheveux roux et avec cela on le voyoit partout.

 

 

Chanson                                1687                            [131]

Sur l’Air des Ennuyeux.

Sur ….de Gevaudan Dlle de Montpellier, et depuis Comtesse de Ganges, dont Pierre de Bonzi, Cardinal Archevesque de Narbonne êtoit amoureux.

 

J’entendis dire l’autre jour

A des gens qui parloient sans feinte,

Sur le mistere de l’amour,

Que Gevaudon etoit enceinte,

Ces gens là l’entendent fort mal,

Elle a toujours son Cardinal. (1)

 

(1)  Ce cy est un jeu de mot sur le mot de Cardinal par raport au Cardinal de Bonzi et par raport aux malles semaines que l’auteur dit qu’avoit alors Made de Gevaudan, et qu’on apelle aussi le Cardinal, preuve certaine qu’elle n’etoit pas grosse.

 

 

Chanson                                1687                            [133]

Sur l’Air du Rigaudon de l’Opera d’Acis et de Galatée

Sur la mort de Jean Baptiste Lully Conseiller Secretaire du Roy, Maison et Couronne de France et de ses Finances Sur-Intendant de la Musique du Roy Louis XIV, qui deceda le….. Mars 1687.

 

Baptiste (1) est mort,

Adieu la simphonie,

La Musique est finie, (2)

Deplorons son sort,

Pauvre Pecour, (3)

Avec ta jambe fine,

Retourne à la Cour, (4)

 

(1)  On l’appelloit autrefois Baptiste tout simplement, et il etoit aussi connu sous ce nom que sous celui de Lully.

(2)  Il est certain que Lully êtoit un de ces genies heureux que la nature ne produit que rarement, et qu’il ny avoit personne au monde capable de le remplacer, ainsi on pouvoit justement dire Adieu la Simphonie.

(3)  Excellent Danseur de l’Opera de Paris.

(4)  L’Auteur de cette chanson persuadé que la mort de Lully feroit tomber l’opera qu’il soutenoit par son rare genie, conseille a Pecour de retourner a la Cour, où etant jeune il avoit fait ses affaires etant beau et grand Bardache.

 

Toi du Mesnil                                                                                                 [134]

Retourne a la Cuisine, (5)

Voila ton party.

 

(5)  Chanteur de l’Opera de Paris qui avoit êté auparavant Cuisinier.

 

 

Chanson                                1687                            [135]

Sur l’Air de flon flon.

A …. Boucher d’Orsay femme de Henry de Mornay Marquis de Montchevreuil Gouvernante des Filles d’honneur de Marie-Anne-Christine-Victoire de Baviere Dauphine de France, sur ce qu’on pretendoit avoir veu dans le Chateau de versailles Charles de Lorraine Comte de Marsan, qui montroit d’une fenestre vis à vis a celles de la Chambre des Filles d’honneur son v…. a ….. de Grammont appellée Mlle de Serneac l’une d’elles, dont il êtoit amoureux et dit on aimé.

 

J’ay veu (1) dessus les tuilles, (2)

Un petit singe nud,

Qui montroit à vos filles

Le revers de son cul; (3)

Flon, flon lariradondaine,

Flon flon lariradondon.

 

(1)  C’est l’auteur qui parle a Mad.e de Montchevreuil.

(2)  C’estoit un appartement fort haut.

(3)  C’est le V…. et les C…ons.

 

 

Autre                                                                         [136]

Sur le meme Air.

A Louise Françoise de Bourbon Princesse legitimée de France, femme de Louis Duc de Bourbon, Prince du sang, qu’on croyoit avoir fait la Chanson precedente.

 

Madame la Duchesse

Quand on fait des Chansons,

Autant en pend aux fesses, (1)

De celles qui les font,

Flon, flon lariradondaine,

Flon, flon lariradondon.

 

(1)  C’est un v… et des C…ons dont est parlé dans la Chanson precedente.

 

Conte                                     1687                            [137]

Sur Louis-François Hennequin Procureur general du grand Conseil, lequel ayant êté institué heritier par Testament de la femme d’un Avocat aux Conseils du Roy apellé Falentin, morte sans enfans, voulut s’aproprier cette succession au lieu de la laisser au mary son ancien amy, comme tout honneste homme auroit fait, jugeant bien que c’etoit l’intention de la Testatrice; mais Falentin avec qui sa femme avoit fait ce Testament de concert, avec [sic.] pris ses precautions contre l’infidelité que celuy cy avoit desja pris le deuil de sa femme comme heritier, il produisit un Testament de la deffunte posterieur a celui là, qui derogeant a ce 1er donnoit tout le bien a un autre homme qui entrant dans le dessein de la Testatrice sans en avoir êté averty, remit toute la succession a Falentin, cela fit grand bruit et pensa desesperer Mr Hennequin qui en fut deshonoré et vilipendé partout.

 

Une femme aimoit son mary, (1)

Telles femmes ne vivent gueres.

Celle cy, qui n’avoit enfans ni soeurs ni freres, (2)

Sur le point de mourir fait venir un Notaire.

Elle veut tout donner à son epoux chery;

 

(1)  C’est la femme de Falentin Avocat aux conseils du Roy.

(2)  Par consequent elle n’avoit point d’heritiers qui lui fussent proches.

 

 

Mais le moyen, la Loy, la Coutume est contraire, (3)                                                [138]

On songe; il faut dit on quelque amy genereux,

Dont on fasse un Depositaire,

Sous le titre de Legataire, (4)

Moy, dit le mary, j’en ay deux,

L’un d’une sagesse exemplaire,

Et d’une rare pieté; (5)

L’autre moins devot, moins severe,

Mais fort homme de probité; (6)

Le choix fait ma difficulté;

Faites mieux dit quelqu’un pour plus de seureté

On n’en scauroit trop prendre en une telle affaire,

Faites deux Testamens en Fidei commis, (7)

Tous deux chargez du nom de l’une de vos amis,

L’un fait dans la forme ordinaire

L’autre fait pour le revoquer,

En cas qu’on vint a vous manquer,

 

(3)  Par la Coutume de Paris, les femmes ne peuvent faire  de dons a leurs maris, ni les maris à leurs femmes, a moins d’un Don mutuel ou d’un Fidei-Commis.

(4)  C’est là ce qu’on apelle un Fidei commis on choisit un Etranger a qui on legue ce que l’on veut, ensuitte le donne au mary, ou a la femme qu’on veut avantager.

(5)  C’est Louis Francois Hennequin Procureur general du Grand Conseil mentionné dans l’Argument; c’etoit un faux devot et grand fripon, comme le temoigne cette histoire.

(6)  C’est Hierosme de Bragelogue Conseiller a la Cour des Aides de Paris homme de bien, en faveur de qui Madame Falentin fit son 2d Testament et qui remit a son mary ce qu’elle lui avoit legué.

(7)  Lisez l’Argument.

 

Car que scait on, tout se peut faire,

Ainsi dit, ainsi fait; le mal rendu plus fort

Reduit en peu de tems la malade a la mort,

On scelle (8), les parens (9) ardens a l’heritage,

Desja par forme entr’eux en reglent le partage;

Mais l’un des Testamens bien en forme produit, (10)

De leur partage vain leur fait perdre le fruit;

On y voit declaré pour legataire unique

Un homme de vertu de sagesse autentique;

Un grave Magistrat (11) qui nouvel heritier,

Bientost d’habits de Deuil noircit tout le quartier. (12)

Le mary (13), cependant aprés quelques journées

A la ceremonie à sa douleur données

Va trouver son amy (14) pour tacher a peu prés

De scavoir quel usage il veut faire du legs. (15)

 

(8)  La Justice met ordinairement son Sceau dans la Maison et sur les effets d’un mort.

(9)  Les parents heritiers naturels de madame Falentin.

(10) Le 1er Testament fait en faveur de Mr Hennequin.

(11)  Mr Hennequin faux devot.

(12) Ce Magistrat prit le Deuil et le fit prendre a ses gens comme heritier de Madame Falentin.

(13) Mr Falentin.

(14) Mr Hennequin

(15) Mr Falentin qui croyoit Mr Hennequin un homme de bien, surpris de ce qu’il etoit si longtemps sans lui donner ce que lui avoit legué sa femme et encore davantage de ce qu’il avoit pris le deuil en consideration d’un  heritage, dont il devoit en honneur et en conscience se regarder que comme le depositaire alla trouver ce Magistrat et le pressentit pour scavoir quel usage il vouloit faire de cette succession.

 

 

Dés qu’il en touche un mot, le Magistrat en garde,                                        [140]

Dieu, dit il par sa grace en pitié me regarde, (16)

J’etois chargé d’enfans en sa crainte elevez,

Et j’avois peu de bien, comme vous le scavez;

Mais vous voyez pour moi jusqu’où ses soins atteignent,

Et comme il est prodigue envers ceux qui le craignent,

Il a par sa bonté prevenu mes besoins,

Et cela du côté que j’esperois le moins;

C’est qu’il veille sur nous avec des yeux de pere,

Et qu’il veut qu’en effet en lui seul on espere;

Attachons-nous a luy, c’est l’unique moyen

D’etre riche, avc Dieu l’on ne manque de rien;

Le Sermon achevé, le mari (7) sans mot dire,

Mal content du precheur se leve et se retire,

Puis chez lui de retour, il songe a profiter

Des Leçons qu’on lui donne et qu’il vient d’ecouter

D’un second Testament (18) il voit alors l’usage,

Et combien le Conseil en fut prudent et sage,

Sous de fideles Clefs il l’avoit enfermé.

Il l’en tire et le donne a l’heritier nommé, (19)

Qui sans avoir besoin d’une plus ample glose,

 

(16)     L’auteur assez plaisamment fiat icy tenir un discours pieux a Mr Hennequin et qui tend a garder la succession de Madame Falentin sans en faire part a son mary.

(17)        Falentin.

(18)        Le 2d Testament fait en faveur de Hierosme de Bragelogne.

(19)        A Mr de Bragelogne.

 

 

Entend a demy mot et voit ou va la chose, (20)                                 [141]

Et qui muny de ….. actif et diligent,

En charge a l’heure même un habile sergent, (21)

Dans l’antique reduit d’un cabinet tranquille

Dont souvent aux plaideurs l’accés est difficile, (22)

Le jetton a la main le Grave Magistrat, (23)

Des biens de la deffunte (24) examinoit l’etat,

Il a dessus sa table un ample et long memoire,

Qu’il lit avec plaisir et qu’il a peine a croire;

Tous les biens differends qu’il y voit contenus,

L’etonnent par le fonds, et par les Revenus; (25)

Il en fait plusieurs parts en pere de famille; (26)

Il en destine l’une a marier sa fille,

Il achete de l’autre une charge à son fils;

Et desja par avance il se debat du prix

De cent autres projets, il flattoit sa pensée,

 

(20)        Mr de Bragelogne, homme d’honneur, connut par la lecture de ce Testament que l’intention de Madame Falentin êtoit que son mari fut son heritier.

(21)        Mr de Bragelogne fit signiffier par un sergent ce second Testament a Mr Hennequin qui cassoit le 1er dont celui cy esperoit profiter.

(22)        Le Cabinet de Mr Hennequin où il s’en fermoit souvent, et se laissoit peu voir sous pretexte de retraite et de devotion.

(23)        Mr Hennequin homme fort grave.

(24)-(26) Pour donner plus de ridicule a Mr Hennequin, l’auteur de ce Conte feint que lorsqu’il receut la signiffication que Mr de Bragelogne, lui fit faire du 2d Testament, il etoit occupé dans son Cabinet a calculer le bien que Madame Falentin lui avoit legué par le 1er et a en disposer a son avantage et celui de sa famille.

 

Et calculoit la somme a ses besoins laissée,                                                    [142]

Lorsque par un papier sur la table aporté, (27)

Les projets, les Calculs, tout est deconcerté,

Il y voit au moyen d’un dernier Codicile, (28)

Tout autre Testament devenir inutile, (29)

Le mal est sans remede, il cede a sa douleur,

Et le deuil desormais n’est plus que dans le coeur.

 

(27) La signiffication du 2d Testament que lui fit faire Mr de Bragelogne.

(28) Le 2d testament a lui signiffié.

(29) Le 1er Testament fait a son profit, les derniers Testamens detruisent les anterieurs.

(30) Le deuil qu’il avoit pris de Madame Falentin se voyant son heritier, lisez l’Article 12 de ce Commentaire.

 

 

 

Ode                                        1687                            [143]

A Françoise d’Aubigné Marquise de Maintenon.

 

Un jour sur les bords de la Seine, (1)

Contemplant son superbe cours,

Un son de Flute et de tambours (2)

Anima le feu de ma veine,

Tout retentissoit des exploits

De Louis (3), le plus grand des Rois,

Alors je crus voir la victoire,

Au milieu de mille guerriers,

Conduire au temple de la gloire

Ce heros couvert de Lauriers.

 

Dans cette agreable surprise,

Je prens la trompette a la main, (4)

Et je ne scay quoi plus qu’humain,

Rend d’un beau feu mon ame eprise

Une subite et vive ardeur

S’allume aussitôt dans mon coeur,

 

(1)  Cette Ode a êté faite à Paris.

(2)  C’est une fiction Poëtique.

(3)  Le Roy Louis XIV.

(4)  Les poëtes disent qu’ils prennent la Trompette lorsqu’ils vont loüer des heros et des heroïnes.

 

Et plein d’un Dieu qui possede,

Je m’abandonne à ses transports,

Je crains, je tremble, et je lui cede,

Et lui consacre mes efforts.

 

Ce fut lors que d’un ton sublime,

Je chantay les faits inouis

De nôtre invincible Louis. (5)

Des heros le plus magnanime,

Divine source de mes vers,

Grand Roy qui fais de l’univers

Et la terreur et les delices;

Permettez moy de changer de ton,

Et de chanter sous tes auspices

L’incomparable Maintenon.

 

Souffre donc que ta modestie,

Maintenon cede à mon ardeur,

Si j’ai sceu chanter ce vainqueur,

Ma Muse n’est point ralentie,

Je scaurai peindre ta vertu. (6)

 

(5)  Ce Poëte avoit fait d’autres vers a la louange du Roy.

(6)  La Marquise de Maintenon etoit alors fort devote.

 

Le vice à tes pieds abattu; (7)                                                             [145]

Si la louange t’importune, (8)

Celle de nôtre auguste Roy

Crain et cheri de la fortune,

Aura plus de charmes pour toy.

 

Que tu fais eclater de gloire

Parmi la pompe et la grandeur,

Refusant ces titres d’honneur, (9)

Qui donnent un rang dans l’histoire

L’estime du plus grand des Rois,

Qui daigne t’honnorer du choix

De sa confidence sacrée, (10)

C’est ce qui t’eleve aujourd’huy

Et rend ta vertu reverée

Des peuples qui vivent sous lui. (11)

 

(7)  Elle employoit le credit qu’elle avoit aupres du Roy, et qu’elle avoit aussi rendu devot pour banir la galanterie du Royaume, et surtout de la Cour, en quoi elle avoit si bien reussi en ce dernier lieu qu’on s’y ennuyoit a la mort. Mais on etoit perdu dés le moment qu’on passoit pour galant, et que l’on etoit amoureux.

(8)  Elle affectoit une grande modestie et ne vouloit pas être louée.

(9)  Elle n’avoit voulu aucun titre quoique dans le rang qu’elle tenoit dans la confiance du Roy, elle eut pour ainsi dire êté la Maitresse d’avoir tel titre qu’il lui auroit plû.

(10)                 Elle avoit le secret du Roy.

(11)                 Les Francois.

 

 

Illustre et grande par toi meme,

Je ne vante point les Ayeux,

Dont le sang pur et Glorieux

A soutenu le Diademe, (12)

L’incomparable d’Aubigné (13)

Que Minerve avoit enseigné,

Et dont la redoutable Epée

Par mille et mille beaux exploits

Etoit dignement occupée.

Pour le service de nos Rois. (14)

 

Mais c’est toi que ma Muse chante

Ton heureux destin l’a ravit, (15)

Ton eclat charmant t’eblouit,

Et ta rare vertu l’enchante,

On ne vante de tous cotez

Que tes divines qualitez,

Dans la grandeur la modestie

 

(12)-(14) ….. d’Aubigné Chancelier de Navarre du tems que le Roy Henry IV en etoit Roy et l’un des auteurs de la Marquise de Maintenon, servit son Prince avec beaucoup de  fidelité et de Capacité. Il etoit Huguenot et a ecrit l’histoire  de son tems il etoit homme de guerre, il conserva l’Isle d’Oleron au Roy son maitre et prit a discretion le Chateau de Niou.

(15) Elle etoit la personne du Royaume qui avoit le plus de credit.

 

 

L’Agrément dans la pieté                                                                                [147]

Et dans les honneurs de la vie

La douceur et l’honnesteté.

 

Sur ton front la sagesse éclate

Un beau feu paroist dans les yeux, (16)

Et tu fais briller en tous lieux,

Cet air qu’on respecte et qui flate,

Tes vertus ont touché Louis,

Tes sens n’en sont point éblouis,

Et dans ce rang d’honneur supresme,

Rien ne montre mieux ta grandeur,

Qu’en possedant la grandeur même

De scavoir posseder son Coeur.

 

Telle Eudoxe sans artifice

Parut aux yeux d’un Empereur, (17)

Quand d’un air charmant et vainqueur

Et digne d’une imperatrice

Elle secondoit ce heros.

 

(16) Elle avoit les yeux fort beaux.

(17) Eudoxe ou Athenais fille de Leonce Philosophe Athenien et que son pere avoit desherité, persuadé que le scavoir eminent de cette fille seroit seul capable de faire sa fortune. En effet l’Empereur Theodoze le jeune l’ayant  veue par les soins de sa soeur Pulcherie qui l’aimoit fort en devint amoureux, et l’epousa l’an 421. Il est aisé de voir par cette comparaison ce que l’auteur pense de la faveur de la Marquise de Maintenon auprés du Roi.

 

Qui se consacroit au repos,                                                                             [148]

Et de l’Empire et de la terre;

Et toi par tes soins, par tes voeux,

Et dans la paix, et dans la guerre,

Tu charmes un Monarque heureux. (18)

 

Soit que Louis dompte l’Ibere, (19)

Ou le Batave audacieux, (20)

Soit qu’au Germain ambitieux, (21)

Il fasse sentir sa colere,

Soit que le superbe Genois, (22)

Ou que l’Affriquain aux abois (13)

Viennent implorer sa clemence,

On te voit aux pieds des Autels

Pour l’heureux destin de la France,

Rendre graces aux immortels.

 

S’il veut elever a sa gloire

De magnifiques Bastimens

Et par de pompeux monumens,

 

(18) Le Roy Louis XIV.

(19) Les Espagnols.

(20) Les Flamands ou Hollandois.

(21) Les Allemands.

(22) Le Roy avoit fait bombarder Gennes en 1684.

(23) Le Roy fit aussi bombarder Alger en Affrique en 1683.

 

Immortaliser sa memoire;                                                                    [149]

C’est alors que dans Maintenon, (24)

Tu vois eterniser son nom,

Par ces travaux que l’on admire, (25)

Et dans ce lieu si bien choisi

On voit eclater son Empire,

Ainsi que ton zele à Noisi. (26)

 

Ce lieu saint separé du monde,

Ouvrage de ta charité,

Monument de ta pieté,

Et de ta sagesse profonde, (27)

Sacré refuge, azile heureux,

Où retentissent mille voeux

De tant d’innocentes vestales, (28)

Qui dans leurs Cantiques divins

Avex zele et sans intervale

Invoquent le Dieu des humains

 

(24)-(25) Le Roy ayant entrepris de faire venir la Riviere d’Eure a Versailles l’avoit detournée de Pontgoing village appartenant a l’Evesque de Chartres 3 lieues au dessus de cette ville et l’ayant  conduite au travers des terres jusqu’a Maintenon où il faisoit alors construire un Aqueduc prodigieux en elevation pour faire traverser cette riviere a une profonde valée dans laquelle est ce Chateau appartenant a Madame de Maintenon ce dont elle portoit le nom.

(26) Elle avoit etably a Noisi prés Versailles un seminaire de jeunes Demoiselles qu’elle elevoit et pour lesquelles on commençoit a bâtir une superbe Maison au village de St Cyr.

(27) C’est ce seminaire de Demoiselles.

(28) Les Demoiselles que Madame de Maintenon elevoit a Noisy.

 

 

Ton ardeur est encore extreme                                                                        [150]

A seconder les soins pieux

Du Monarque victorieux, (29)

Qui nous cherit et qui nous aime;

Aprés un si penible effort

Pour former un si bel accord

Je couronnerai l’entreprise, (30)

Et c’est par son heureux destin

Que nous verrons fleurir l’Eglise

Comme au regne de Constantin.

 

Partout l’audace est etonnée

Le Vatican imperieux, (31)

Voit de son trosne glorieux,

Sa haute puissance bornée, (32)

La France ne reconnoit plus,

Les pretendus droits absolus

Que vouloit usurper le Tibre, (33)

 

(29) Le Roy Louis XIV.

(30) L’Auteur de cette Ode est un nouveau Converty a la Religion Catholique qui parle des Conversions de ses freres et de la sienne.

(31) Le Pape ou la Cour de Rome.

(32)-(33) L’Auteur veut parler en cet endroit de l’oposition que forma le Roy contre les Entreprises de la Cour de Rome et de ce qui se passa dans l’Assemblée generale du Clergé de France.. extraordinairement convoqué pour ce sujet l’an 1682. Lisez sur cela des pieces de cette année qui sont dans ce Recueil. Le Tibre est la Riviere qui passe à rome, et par le Tibre l’auteur entend aussi la Cour Romaine.

 

Et malgré ses superbes Loix,                                                               [151]

La Seine aujourd’huy coule libre

Sous le plus sage de nos Rois.

 

Ah! si Rome dans son enceinte

Ne cherche que la pureté,

N’embrasse que la verité, (34)

Qui doit la rendre toujours sainte

Elle verra ses droits sacrez

Et deffendus et reverez,

Par le plus justes [sic.] des Monarques

Louis son plus ferme soutien,

En qui brillent toutes les marques,

Et de grand et de très Chrestien. (35)

 

Nous vivons sous le regne Auguste

D’un infatigable heros,

Qui sçait demesler du Cahos

Le juste d’avec l’injuste,

Tremblez peuples et nations,

Dont l’erreur et les factions

 

(34) L’Auteur est dans les interrests de la France qui croyoit que les pretentions de Rome n’etoient pas justes.

(35) Le Roy de France porte le Titre de Roy tres Chrestien.

 

Troublent le repos de la terre, (36)                                                                 [152]

Redoutez Louis en courroux,

S’il fait eclater son tonnerre,

Quel azile au monde pour vous.

 

Mais parmy les nuages sombres (37)

Je revoy la belle saison

Et desja de notre horison,

Le soleil ecarte les ombres;

Maintenon ton heureux secours,

Nous fait avancer les beaux jours,

Le calme regne sur nos testes,

Et sans toy les Dieux irritez

N’auroient pas chassé les tempetes

Qui se formoient de tous côtez.

 

Au plus haut faîte que la France

Ait jamais veu monter les lys (38)

En repos et parmi les ris.

 

(36) L’Empire, les Espagnols, et les Hollandois qui ayant fait malgré eux treve avec la France cherchoient l’occasion de la rompre a leur avantage.

(37) L’auteur veut parler de la guerre toujours preste a revenir entre la France et les nations mentionnées dans l’Article precedent et arrestée jusqu’alors par la crainte qu’elles avoient de la puissance du Roy.

(38) Jamais la France n’a eté plus puissante qu’elle etoit alors.

 

Nous voyons naître l’abondance, (39)                                                            [153]

La paix donnée a l’univers (40)

Les Chrestiens affranchis des fers, (41)

La reunion de l’Eglise, (42)

C’est la loüange du grand Roy, (43)

Qui dans la plus haute entreprise

Ne voit au dessus de soy.

 

Ton esprit et vaste et solide,

Semble entrer dans ses grands projets,

Et les plus sublimes objets

N’ont jamais rien qui l’intimide,

La prudence et la fermeté,

La justesse et la netteté,

Font briller ton heureux genie,

Et c’est dans un si juste choix

 

(39) L’abondance etoit alors grande en France.

(40) La paix de Nimegue en 1679.

(41) Quand le Roy fit bombarder la ville d’Alger en 1683 les Algeriens pour avoir la paix rendirent 600 Esclaves Francois qu’ils avoient.

(42) L’extinction du Culte de la Religion Pretendue Reformée ce qui faisoit que la Catholique avoit seule l’exercice libre dans tout le Royaume, et la conversion d’un grand nombre de huguenots.

(43) Le Roy Louis XIV.

 

 

Qu’on voit la sagesse infinie                                                                           [154]

Du plus magnanime des Rois.

 

Dans cette grandeur fortunée,

Parmi les charmes de la paix (44)

Puissent tous les voeux satisfaits

Remplir ta belle destinée.

Puisse tu de tes heureux jours

Prés de Louis passer le cours,

Plus contente que mille Reines (45)

Qui malgré le supreme honneur

Cesseroient d’etre souveraines

Pour jouir d’un si grand bonheur.

 

Que si ma Muse temeraire

Oze icy t’exprimer ses voeux,

Maintenon, je suis trop heureux

Si son audace te peut plaire,

Tu verras mes justes transports,

Par les plus sublimes accords;

Vanter mon bonheur et ta gloire

Et par des accens inouis

Chanter au temple de Memoire

Les faits eclatants de Louis.

 

 

(44) La paix ou la Treve.

(45) Si Madame de Maintenon ne jouissoit pas du rang de Reine on pouvoit dire qu’elle avoit toute la consideration et toute l’autorité.

 

 

 

Chanson                                1687                            [155]

Sur l’Air du Rigaudon de l’Opera d’Acis et Galatée.

Sur ce que le Roy Louis 14 êtant devenu dévot fit enfermer quantité de Filles de joie.

 

L’amour pleurant,

Dit je me desespere,

Lors demanda sa mere,

Qu’as tu mon enfant?

Maman Venus, (1)

Scavez vous des nouvelles,

Nous sommes perdus,

C’est pour raison

Toutes nos Demoiselles

Sont dans les prisons.

 

(1)  La Deesse Venus etoit adorée par les Payens comme la mere des Amours et la Deesse de la volupté.

 

 

Chanson                                1687                            [157]

Sur l’Air de Joconde.

Sur …. Bontemps femme de …… Lambert President de la Chambre des Comptes de Paris.

Nota: Qu’elle etoit fort jolie et fort coquette et fut separée d’avec son mary pour avoir fait un enfant qu’il ne vouloit pas reconnoitre etre de lui; mais il se raccommoda depuis avec elle.

 

Thorigny de tous vos attraits

On ne peut se deffendre,

Mon coeur ne balança jamais

Les voyant, de se rendre;

Je souffre un tourment sans égal,

Et ce qui fait ma peine

C’est d’avoir un puissant rival

Du beau sang de Lorraine. (1)

 

(1)  Henry de Lorraine Prince d’Elbeuf Gouverneur de Picardie et Artois en survivance de Charles de Lorraine Duc d’Elbeuf, Pair de France son pere.

 

 

Chanson                                            1687                [159]

Sur l’Air: Laissés paître vos bêtes

Sur …. Nompar de Caumont de la Force fille d’honneur de Marie-Anne-Christine-Victoire de Baviere Dauphine de France.

 

Les charmes de la Force,

Sont un peu trop a redouter,

C’est en vain qu’on s’efforce

D’y vouloir resister;

Ses yeux sont faits pour enflamer,

Sa bouche est faite pour charmer,

Et son coeur est fait pour aimer,

Etant seure de plaire,

Avec un air tendre et touchant

Qu’auroit on mieux a faire

Qu’a suivre son penchant?

 

Cette Chanson n’a pas besoin de Commentaire.

 

Chanson                                1687                            [161]

Sur l’Air de la Rochelle.

Sur … de l’Isle femme d’Antoine d’Aquin, Conseiller au Parlement de Paris, et  Secretaire du Cabinet du Roy.

 

La belle fille de d’Aquin, (1)

Aussi geante qu’il est nain, (2)

Nous a dit que depuis sa couche

Elle a crû de quatre grands doigts, (3)

Si c’est d’ailleurs que de la bouche,

C’est trop pour la premiere fois. (4)

 

(1)  Pierre d’Aquin 1er Medecin du roy etoit pere d’Antoine d’Aquin Sr de Chateaurenard Conseiller au Parlement de Paris et par consequent N….. de l’Isle etoit sa belle fille.

(2)  Elle etoit fort grande , et lui fort petit.

(3)  Elle etoit jeune et disoit innocemment qu’elle avoit crû de 3 doigts pendant qu’elle etoit en couche et depuis.

(4)  Parce que si a chaque couche elle croissoit de 3 doigts, d’ailleurs que de la bouche, c’est a dire du C… elle l’eut eu  a la seconde de prés d’un demy pied de long, et c’eut eté beaucoup.

 

Chanson                                                                    [162]

Sur l’Air: Vous m’entendez bien.

Sur la Couronne de Comte des d’Aquin.

 

Ce Comte est de bonne Maison,

Mais de nouvelle edition,

Ses Chevaux sont des Mules

            Hé bien,

Ses Armes des Pilules,

Vous m’entendez bien.

 

 

Chanson                                1687                            [163]

Sur l’Air de Joconde.

A Marie Marguerite de Cossé (1), femme de François de Neuville Duc de Villeroy, Pair de France, Gouverneur de la ville de Lion, pais Lionnois, Forest de Beaujolais.

 

Vous descendez de Romulus,

Duchesse, en droite ligne,

Plus je vous examine, et plus

Je vous en trouve digne,

 

(1)  L’Auteur plaisante icy sur la Chimere de la Maison de Cosse, inventée par Francois de Cossé Duc de Brissac, Pair de France, grand pere de la Duchesse de Villeroy, il pretendit d’abord venir de la Maison de Cossa au Royaume de Naples; mais poussant sa chimere plus loing; il pretendit descendre de l’Empereur Cosseus Nerva qui vivoit l’an 99 et tout cela sur la seule ressemblance du nom. Et pour faire voir jusques ou alloit son extravagance sur ce point on raportera icy tout au long l’Epitaphe qu’il a fait mettre en marbre sur le tombeau de son Bisayeul René de Cossé Comte de Brissac Grand Pannetier de France, et Gouverneur des Enfans du Roy Francois 1er dans l’Eglise parroissiale de Brissac en Anjou. La voicy.

Si jamais monument fit renaître un grand homme,

Si l’on renaît encore aprés le monument.

Tu le dois grand Cossé, tu le dois, justement.

Toi René, Prince né des Illustres de Rome,

Vrai sang des Troyens, des Sabins, des Romains,

Qui tire des Ayeuls de Remus, de Romullus,

De l’Empreur Nerva des Cezars du grand Jule

Papes, Rois, Cardinaux, et autres souverains,                                                [164]

Grand René de Cossé de France qui t’admire,

Et soupire tes jours, t’a veu de quatre Rois

Grand Ministre d’Etat, et le grand Roy François

Te commit ses enfans, pour pleiger son empire,

Dieu te fit naître au Ciel, quand tu fus exaucé,

Et tu renais icy par Francois de Cossé.

*

 

A vôtre air, a vôtre bonté

A vos façons de faire (2)

Je connois la divinité

Du Dieu vôtre grand pere. (3)

 

* C’est de toutes les Chimere raportées dans cette Epitaphe que se moque l’auteur de la Chanson, d’autant plus que les Enfans de François Cossé et la Duchesse de Villeroy toute la 1ere et avec beaucoup d’esprit n’en etoit pas exempte, quelque ridicule qu’il soit de pretendre venir des Empreurs Romains, des Caezars et meme de Remus et Romulus, ils aimoient mieux le croire que de s’en tenir a la veritable origine de leur Maison, qui est la terre de Cossé dans le Maine leur fief quoique cette origine fut bonne et marquast une bonne noblesse.

 

 

(2)  La Duchesse de Villeroi avoit les manieres nobles et beaucoup d’esprit avec beaucoup de politesse.

(3)  Romulus que les anciens Romains croyoient aprés sa mort avoir êté mis au rang des Dieux, et qu’ils adoroient sous le nom de Quirinus.

 

 

Parodie                                              1687                [165]

Des 3 1ers Couplets de la 2de Scene du Ve Avte de l’Opera d’Armide qui commencent par ces mots; Les plaisirs ont choisi pour azile.

Sur …. De Roucy femme de ….. C.le de Lamet.

 

Amans gueux n’allez plus chez Lamette, (1)

C’est le bien qui plait a la Coquette,

Il faut être opulent

Pour être son Amant. (2)

 

L’Equipage a pour elle des charmes. (3)

En Carosse, un magot est tout plein d’agremens,

Sa rigueur ne fait verser de larmes,

Qu’a ceux qui sont brouillés avec l’argent comptant.

 

Financiers (4), tout vous est favorable,

Profitez d’un bonheur peu durable,

 

(1)  Il faut dire Lamet, et non pas Lamette.

(2)  Elle accordoit alors des faveurs pour de l’argent, et en subsistoit, ce qui n’etoit pas autrefois.

(3)  Elle ne vouloit plus chez elle que des gens en bon equipage et qui lui parussent opulens.

(4)  Ce cy regarde un Financier appellé ….la Ravoye, Receveur des Finances de la Generalité de Poitiers, qui lui donnoit beaucoup d’argent pour coucher avec elle.

 

Du brillant de vôtre or, les yeux sont eblouis,                                                [166]

Il est peu de vertus, qui ne cedent aux Louis.

 

 

Chanson                                1687                            [167]

Sur l’Air de zon zon.

Sur plusieurs personnes de la Cour et de la ville (Voiez ci-après pag. 235)       

 

A la Cour, quel malheur,

Oh! Dieux quelle infortune,

De six filles d’honneur, (1)

Il n’en reste pas une, (2)

Zon, zon, zon,

Lisette ma lisette,

Zon, zon, zon,

Lisette, ma Lison.

 

En sortant du Moustier,

La jeune mariée (3)

Va chez le Peletier, (4)

Pour etre mieux fourée

Zon, zon etc.

 

(1)-(2) C’est que le Roy venoit de casser la Chambre des 6 Filles d’honneur de Marie-Anne-Christine-Victoire de Baviere Dauphine de France.

(3) ……

(4)…….

 

Filles de l’Opera,                                                        [168]

Aprenez a vous taire, (6)

Où bien l’on vous dira,

Allez vous faire faire;

Zon, zon, etc.

 

Peut on voir Potenot, (7)

Sans l’aimer a la rage;

Mais un homme devot, (8)

Nous bouche le passage,

Zon, zon, etc.

 

(5)  C’est a dire être mieux baisée, c’est une allusion au mot de Peletier.

(6)  C’est que les Chanteuses et Danseuses de l’Opera parloient publiquement des amans de qualité qu’elles avoient, ce qui nuisoit a ceux cy auprés du Roy qui etoit devot.

(7)  Danseuse de l’Opera de Paris assez jolie, et grande baiseuse.

 

 

Chanson                                1687                            [169]

Sur l’Air des Gridelins.

Sur ….de……femme de….Sr des Houlieres

 

Nous voyons des Houlieres,

Reprendre sa santé, (1)

Et ses graces premieres,

Et son tein si vanté, (2)

Aussi je dis,

Que de toutes manieres,

Elle passe en beauté

Grifelidis. (3)

 

Sa teste est toujours pleine,

D’ouvrages tout divers, (4)

Et le bruit de sa veine

Remplit tout l’univers,

Aussi je dis.

 

(1)  Elle avoit êté malade.

(2)  Elle avoit le tein fort beau, quoiqu’elle fût sur le retour.

(3)  C’est le refrain de cette chanson.

(4)  Les Ouvrages de cette Dame sont imprimez à Paris avec privilege.

 

 

Qu’on l’a nommoit sans peine                                                            [170]

En prose, comme en vers,

Griselidis.

 

Des couleurs que l’Aurore,

Repand sur l’horison,

Son teint blanc se colore,

Marque de guerison.

Aussi je dis,

Qu’elle est encore plus belle

Qu’en sa jeune saison,

Griselidis.

 

Lorsque dans la souffrance,

Elle passoit ses jours,

Tout êtoit en silence,

Jeux, ris, graces, amours,

Aussi je dis,

Que par sa patience (5)

Elle égala toujours,

Griselidis.

 

(5)  Ce Proverbe de la patience de Griselidis, vient d’un Conte appellé aussi Griselidis, où une Princesse imaginaire de ce nom, fut mise a de grandes épreuves qu’elle surmonta par sa patience. Ce Comte [sic.] seroit trop long icy, et a êté imprimé en prose et en vers.

 

Traduction                                         1687                [171]

Des vers latins, que Catherine Rougé a destinés pour mettre en marbe noir au Tombeau de François Sire de Crequi Marêchal de France son mary, dans leur Chapelle aux Jacobins de la ruë Saint-Honoré.

Nota: Que ce Marechal mourut le 4 Fevrier 1687 et que bien que ses vers cy ayent êté faits du depuis, on les met à la date de cette mort pour la marquer.

 

Passant respecte icy (1) le depôt précieux

Des Cendres s’un heros, dont l’eclatante histoirem

Efface les vertus, les Triomphes, la gloire,

De la superbe Rome, et de ses demy dieux; (2)

Toujours grand dans la paix (3) toujours grand dans la guerre, (4)

On lui voyoit lancer d’une main le Tonnerre;

Et de l’autre cueillir des Fleurs,

Au jardin des scavantes soeurs (5)

Sa chaste Epouse desolée;

 

(1)  Sur son Tombeau.

(2)  Le Marechal de Crequy êtoit homme de guerre et fort bon general mais la comparaison est un peu forte.

(3)  Autre hiperbole. A la verité il avoit bien de l’esprit.

(4)  Il êtoit plus grand dans la guerre, que dans  la paix.

(5)  C’est a dire sur le Parnasse. Il est vray que ce Marechal etoit scavant.

(6)  Catherine de Rougé.

 

Inondant de ses pleurs ce triste Mausolée,                                                     [172]

Demande au Ciel vingt fois le jour,

Ou qu’il ait la bonté de le faire revivre,

Et de couronner son amour,

Ou qu’elle ait au plustost le plaisir de le suivre.

 

 

Chanson                                            1687                [173]

Sur l’Air de Joconde.

Sur la Mareschalle de la Ferté.

 

Fameuse (1) amante de Pecour,

Souffrez que vôtre Fille

Fasse un sacrifice a l’amour,

Dieu de nôtre famille,

Ce qu’elle voit soir et matin

Ne la rend point de glace,

Soeur, Fille, et Niece de putain,

Bon Chien chasse de race.

 

(1)  La Marêchale de la Ferté.

(2)  Danseur de l’Opera.

 

Chanson                                            1687                [175]

Sur l’Air: On dit qu’amour est si charmant.

Sur la guerre qui êtoit alors allumée depuis l’an 168… entre l’Empereur Leopold-Ignace, et Mahomet IV Empereur des Turcs.

 

Ches les Ottomans l’Empereur (1)

Danse mieux que le grand Seigneur; (2)

Mais s’il revient (3) adieu son honneur

Charlesquint (4) eut envie

De faire en France le Danseur, (5)

On en scait la sortie. (6)

 

(1)  Leopold-Ignace Empereur.

(2)  L’auteur veut dire que l’Empereeur fait la guerre contre les Turcs avec plus de succés que l’Empereur des Ottomans, vulgairement apellé le Grand Seigneur.

(3)  C’est a dire les Turcs lui reprenant ses conquestes le forcent a revenir sur lui et dans son pais.

(4)  Charles V Empereur et Roy d’Espagne aprés avoir abdiqué ses Estats l’an 1558.

(5)  – (6) Cet Empereur ayant declaré la guerre a la France l’an 1536 entra avec une puissante armée en Provence, et aprés avoir vainement tenté le siege de Marseille, et avoir êté arresté par une simple troupe de paisans dans le  Chateau de Muy vers Frejus, il fut obligé de s’en retourner au delà des Alpes avec perte de plus de 30 mille hommes.

 

Chanson                                1687                [177]

Sur l’Air: il a batu son petit Frere.

 

Quand on voit a la Comedie

D’Alluy par d’Antragues suivie,

Tout le monde au bordel se croit,

Ô la puissante (plaisante) maquerelle

Que d’argent elle gagneroit

Si la putain etoit plus belle.

 

 

Parodie                      1687                [179]

De la Scene….du….Acte de l’Opera d’Achille apellée vulgairement la plainte de priam, où l’autur, au lieu des personnages de cette Scene introduit l’ombre de Lully Surintendant de la Musique du Roy, Capistron Poëte, Colasse Compositeur de la Musique des Opera, aprés la mort de Lully, et le public.

 

Lully

Rebuts infortunés du goût du plus beau monde

Colasse mon Copiste (1), et vous rampant auteur

Capistron (2), l’Opera reste sans auditeur

Contre vos vers, vos airs, le moins critique fronde.

 

(1)  Colasse copioit les Airs que Lully composoit; battoit la mesure a l’Opera, et aprés la mort de Lully, il faisoit les airs lui même.

(2)  Capistron Toulousain, Poëte attaché à Philippes de Vendôme Grand Prieur de France, avoit alors composé les Tragedies de Virginie, Armenius, Andronie, et Alcibiade. Lully de son vivant le choisit pour composer les vers des Opera, aprés que Philippes Quinaut de l’Accademie Francoise Auditeur de la Chambre des Comptes de Paris, eut refusé d’en faire d’avantage. Capistron fit d’abord celui d’Acis et Galatée que Lully mit en chant, aprés sa mort il fit celuy d’Achille, dont il est parlé icy, et qui ne reuissit pas.

 

Colasse et Capistron                         [180]

Puissions nous attendrir les coeurs

De ces trop justes Censeurs.

Lully

Vous voyez public equitable,

Lully ce fier tyran du Theatre François,

C’est ce même Lully qui tenoit sous ses loix,

Des fantasques auteurs l’Empire peu traitable

C’est lui qui du tombeau (3) pousse une triste voix

Pour vous rendre aussi favorable,

A ses Opera (4), qu’autrefois.

Le Public

La mort n’efface point le divin caractere

Dont ton sçavoir fut revestu (5)

L’on te regrette fort; mais Colasse abattu (6)

Ne peut esperer de me plaire,

 

(3)  Jean Baptiste Lully, Conseiller Secretaire du Roy, Maison et Couronne de France et de ses Finances, Surintendant de la Musique du Roy Louis 14 fut le plus grand Musicien de son siecle. Il etoit natif de Florence, le Roy entr’autres graces qu’il lui fit, lui donna le privilege de faire seul des Opera dans le Royaume, et de faire chanter de grands concerts sur les Theatres. C’est pour cela que l’auteur l’apelle tiran du Theatre Francois.

(4)  Le public adoroit pour ainsi dire, les opera de Lully.

(5)  C’etoit un homme presque Divin dans ses chants.

(6)  Colasse acheva l’Opera d’Achille dont Lully avant sa mort avoit fait le 1er Acte, et la moitié du 2d et ce 1er coup d’Essai fit voir son peu de genie pour de pareils ouvrages.

 

Si Corneille (7) a ses vers ne donne l’agréement                                             [181]

Que Quinaut scrupuleux (8) me refuse a present.

Capistron

L’on m’oste l’Opera (9) par un destin funeste,

Public vous me l’avez ravy, (10)

Ma rage en mon pais (11) m’auroit desja suivy.

Sans le sang que je dois a l’espoir qui me reste, (12)

Vous le scavez, vous que j’atteste;

Francine* a cet espoir mon sort est asservy,

 Il est tombé l’Achille (13) que j’adore,

Et pour comble d’horreur, je scai qu’il est encore

Cruellement privé par des vers immortels, (14)

De l’oubly que le temps donne aux plus criminels;

 

*Gendre de Lully qui eut le privilege des Opera aprés son beaupere.

 

(7)  Thomas de Corneille de l’Academie Françoise, il avoit autrefois fait les vers de l’Opera de Bellerephon, et quoique cet ouvrage fut fort froid, le public croyoit alors qu’il etoit le plus capable de faire des opera.

(8)  Quinault abandonna les Opera sous pretexte de devotion. Il avoit toujours eté Poëte dés le temps qu’il fut l’un des valets de Chambre du Roy Louis XIV. Il avoit fait plusieurs ouvrages de Theatre; mais si mauvais qu’il fut regardé comme un auteur detestable jusqu’a ce qu’il eut fait des Opera: a la verité il excella dans ce genre et fit ceux de Cadmus, Alceste, Thesée, Athis, Isis, Proserpine, Amadis, Roland et Armide.

(9)  L’Opera d’Achile parut si mauvais que des lors on songea de l’oster a Capistron et de le donner a Fontenelle.

(10)   L’improbation du public qui cessa d’y aller; en fut la cause.

(11)   Capistron etoit de Toulouze.

(12)   Il trouvoit son Opera fort bon, et esperoit toujours d’en faire.

(13)   L’Opera d’Achille.

(14)   On fit quantité de vers en cette occasion contre Capistron, et son Opera d’Achille.

 

 

Helas! Faut-il me rendre aux murs qui m’ont veu naitre, (15)                        [182]

Et qu’un honteux retour fasse a jamais connoitre;

Le bon goût des scavans du peuple et de la Cour;

Ce retour servira contre la vaine gloire,

Dont nos Provinciaux sont enflés chaque jour,

Quand ils auront apris ma trop funeste histoire.

 

(15)        Toulouze.

 

Chanson                                1688                [183]

Sur l’Air des Triolets

Sur quelques mauvais Auteurs qui infectoient le Theatre François.

 

Faites nous justice Apollon,

Des Auteurs de moyenne classe;

Delivrez nous de Capistron; (1)

Faites nous justice Apollon,

Imposés silence à Baron, (2)

Et faites reposer Colasse, (3)

Faites nous justice Apollon

Des Auteurs de moyenne classe.

 

(1)  Poëte tragique auteur des Tragedies de Virginie, Arminius, Andronis etc et qui nouvellement venoit de faire les vers et construire le sujet de l’Opera d’Achilles.

(2)  Baron, Comedien venoit de faire les Comedies du Coquet trompé, des Enlevemens de l’homme a bonne fortune et de la Coquette.

(3)  Colasse Maître de la Musique de la Chapelle du Roy et qui  depuis la mort de Jean Baptiste Lully composoit la Musique des Opera.

Nota, Que ces 3 hommes etoient tres mediocres chacun en leur genre, pour ne pas dire mauvais.

 

 

Chanson                                1688                [185]

Sur l’Air de la Rochelle.

Sur Philbert Comte de Grammont.

 

Je vas vous faire trait pour trait,

D’un vieux Gascon (1), le vray portrait,

Vous le reconnoissez sans peine,

Il est bossu (2), jaloux (3), puant, (4)

Tres meprisé de la Fontaine, (5)

Le connoissez vous maintenant.

 

(1)  Le Comte de Grammont êtoit de Bearn, on comprend aisement les gens de ce pais parmy les Gascons.

(2)  Il n’etoit pas tout a fait bossu, mais il avoit les Epaules fort grosses.

(3)  Il avoit êté fort jaloux d’Isabelle Hamilton sa femme qui avoit êté fort coquette, et ne l’en avoit pas moins fait cocu, mais alors elle etoit vieille.

(4)  Il sentoit fort mauvais de la bouche.

(5)  C’etoit une excellente danseuse de l’Opera dont il etoit amoureux, et qui se moquoit de lui dautant plus qu’il etoit vieux et gueux.

 

Chanson                                            1688                [187]

Sur l’Air des Ennuyeux.

Sur Jean-Baptiste Colbert Marquis de Seignelay Secretaire d’Etat, Tresorier des Ordres du Roy.

 

Seignelay l’heureux de nos jours, (1)

Sans la devotion de sa race, (2)

Sans Maintenon (3), sans son secours, (4)

N’auroit pû conserver sa place, (5)

 

(1)  Il etoit jeune puisamment riche, magnifique en tout bien auprés du Roy, aimant et goutant tous les plaisirs.

(2)  Jeanne-Marie-Thereze Colbert Duchesse de Chevreuse,, Henriette Colbert Duchesse de Beauvillier, et Marie Anne Colbert Duchesse de Mortemart, soeurs du Marquis de Seignelay etoient toutes trois devotes.

(3)  – (5) Il est certain que l’an 1683, aprés la mort de jean Baptiste Colbert pere du Marquis de Seignelay, celui-ci fort jeune et fort etourdy, eût perdu sa charge de Secretaire d’Etat quoiqu’il en eût eu la survivance, si Françoise d’Aubigné Marquise de Maintenon ne l’eut soutenu auprés du Roy contre Michel le Tellier Chancelier de France et le Marquis de Louvois son fils qui le vouloient accabler, tant a cause de la haine inveterée qui etoit ces deux Familles, que par la crainte d’avoir un competiteur dans le Ministere en la personne du Marquis de Seignelay, ce qui arriva. Car il ny a jamais eu de haine plus parfaite que celle de celui cy, et de Mr de Louvois. Celui-cy êtoit plus rompu aux affaires, mais l’autre avec autant d’Esprit, avoit Madame de Maintenon de son costé.

 

Ses enfans (6) aussi sots que lui                                                         [188]

N’auront jamais le meme appuy.

 

(6)  Les enfans que le Marquis de Seignelay avoit de Goyon de Matignon sa seconde femme qui paroissoient avoir peu d’esprit et qui etoient fort petits puisque ce mariage s’etoit fait le 6 Septembre 1679. Il n’en avoit point a la mort de son pere, le 1er naquit 3 ou 4 mois aprés.

 

 

Chanson                                1688                [189]

Sur l’Air: Il fait ce qu’il defend.

Seignelay un peu bride en main

Vous poussez trop loin l’insolence;

Vous agissez en souverain,

Vous en usurpez la puissance,

Vous faites Marquis vos valets,

Et leur en donnez des Brevets.

 

C’etoit assez en bonne foy

D’avoir de sous Commis des vivres,

Fait Bonrepos Lecteur du Roy;

Mais faites rayer de vos livres

Le titre de Marquis d’Husson

Qu’on a mis dans sa pension.

 

Chanson                                1688                [191]

Sur l’Air du Rigaudon de Madame la Dauphine.

A Louis Dauphin de France lorsqu’il faisoit le Siege de Philisbourg en 1688 dont il a êté parlé plus haut.

 

Retourne en Cour

Et quitte la Cuirasse;

Retourne en Cour,

Laisse là Philisbourg.

Il est plus doux

De courir a la Chasse

Que d’aller aux coups,

Crains les jaloux.

On ne prend pas les places

Comme on fait les Loups.

 

Chanson                                1688                [193]

Sur l’Air: lerelanlerelanlere.

Sur la Prise de Philisbourg, par Louis Dauphin de France le 29 Octobre 1688.

 

Le Dauphin n’a pas dementy

Le bon sang dont il est sorty,

Il est digne fils de son pere, (1)

Lerela, lerelanlere,

Lere la, lerelanla.

 

Son exercice le plus doux,

Sembloit n’etre que pour les loups (2)

Noble essay de ce qu’il sçait faire

Lerela etc.

 

Philisbourg ouvre le chemin,

A son heroique dessein;

Cologne (3) crie qu’elle espere.

Lerela, etc.

 

(1)  Louis XIV Roy de France qui avoit fait en personne beaucoup de Conquestes.

(2)  Monseigneur le Dauphin aimoit fort la Chasse du Loup et y alloit souvent.

(3)  La ville de Cologne, ou pour mieux dire le Chapitre de l’Eglise Metropolitaine, qui espere a ceque dit l’auteur de cette Chanson, que Guillaume Cardinal de Farstemberg sera leur Archevesque au lieu du Prince Clement de Baviere; lizez pour l’intelligence de cecy une Chanson cy dessus qui commence par ces mots, Le St pere du Jansenisme, avec son Commentaire, le tout de cette année 1688.

 

 

 

Il éfface ce que jadis                                                                [194]

Contoit la Fable d’Amadis,

Cezr n’auroit pas mieux sceu faire.

Lere la etc.

 

Va, cours, et ne t’arreste pas, (4)

Nous brûlons de suivre tes pas,

Dans une si belle Carriere,

Lere la etc.

 

De soif de la gloire alteré,

Bois du Saint pere la santé,

Car l’eau du Tybre desalteré (5)

Lere la etc.

 

(4)  Le reste de cette Chanson s’adresse à Monseigneur.

(5)  L’auteur conseille icy a Monseigneur de pousser ses conquestes jusques à Rome, a cause des desmeslez qui duroient encore entre le Roy Louis XIV et le Pape Innocent XI. Lisez sur cela la Chanson mentionnée dans l’Article 3 de ce Commentaire et plusieurs pieces de l’an 1682 qui sont dans ce Recueil, au sujet de ces demeslez. Le Tybre est la Riviere qui pass a Rome.

 

 

Prince charmant a ton retour,                                                  [195]

Ne feras tu rien pour l’amour,

N’as-tu point de jeune bergere; (6)

Lere la etc.

 

Goûte ce plaisir si vanté,

De vaincre une fiere beauté

Il faut bien que tu puisse faire;

Lere la etc.

 

Dis à ceux qui t’en parleront, (7)

Ce qu’on a fait, nous le ferons, (8)

Mirthe et laurier est mon affaire. (9)

Lerela, lerelanlere,

Lerela, lerelan la.

 

(6)  C’est a dire de Maitresse; mais Monseigneur lui pouvoit repondre que non; car ce Prince n’etoit point galant quoiqu’il n’eut que 27 ans, et qu’il y eut a la Cour de belles femmes qui ne demandoient pas mieux que de lui plaire, il ne laissoit pas d’avoir des faveurs de quelques unes; mais c’estoient elles qui l’attaquoient, et il n’avoit aucun attachement pour elles.

(7)  L’auteur designe icy le Roy qui etoit devot et le seul a portée de faire des corrections a Monseigneur.

(8)  Le Roy, comme tout le monde scait avoit êté fort galant.

(9)  Le Mirthe est le simbole de l’amour, et le Laurier l’est de la victoire; et à l’age où etoit Monseigneur, il êtoit en êtat de vaincre et d’aimer.

 

 

Chanson                                1688                            [197]

Sur l’Air: On dit qu’amour est si charmant

Sur la Prise de Philisbourg par Louis Dauphin de France le 29 Octobre 1688.

 

Prés la Philis du Palatin, (1)

Les guerriers perdoient leur latin; (2)

Mais quand nôtre invincible Dauphin (3)

La somme de se rendre,

Elle mit de l’eau dans son vin

Et ne pût s’en deffendre. (4)

 

Oubliant toutes nos faveurs (5)

 

(1)  C’est Philisbourg; on ne peut dire pourquoi l’auteur de cette Chanson l’apelle la Philis du Palatin. Car elle etoit naturellement dependante de l’Evesché de Spire, et ell etoit alors gardée par les troupes de l’Empereur.

(2)  C’est une fort bonne place.

(3)  Louis Dauphin de France qui l’assiegea.

(4)  Elle se rendit aprés 19 jours de trenchée ouverte le 29 Octobre 1688.

(5)  Elle avoit êté a la France depuis l’an 1634 que Gustave Adolphe Roy de Suede l’ayant prise sur les Imperiaux l’a remit au Roy Louis XIII jusques 1635 qu’ils la reprirent au mois de Janvier, et Louis de Bourbon Prince de Condé alors Duc d’Anghien l’ayant reprise en 1644 elle demeura a la France jusqu’en 1676 que les Imperiaux la reprirent sous Charles IV. Duc de Lorraine leur Generalissime aprés 6 mois de siege.

 

Elle eut d’abord quelques rigueurs, (6)                                               [198]

Echapant des mains des ravisseurs; (7)

Cette bonne Allemande,

Nous amena dix de ses soeurs, (8)

Pour en payer l’amande.

 

Se voyant reduite aux abois,

Elle se soumit à nos loix, (9)

Cependant au cas qu’une autrefois,

Encor mal avisée;

Elle abandonnast les François

Elle sera razée. (10)

 

(6)  C’est qu’elle se deffendit contre Monseigneur.

(7)  Des Imperiaux qui l’avoient reprise en 1676.

(8)  Après la prise de Philisbourg, Monseigneur prit Manheim en 3 jours, puis Spire, Worms, Oppanheim, et Frankendal. Il fit saisir Treves et avant tout cela on avoit pris Abron, Heidelberg, Mayence, Ebernbourg.

(9)  On a desja dit qu’elle se rendit le 29 Octobre.

(10)   On croyoit lorsqu’elle fut prise, que le Roy la feroit razer.

 

 

Balade                                    1688                [199]

Sur ce qu’on pretendoit que quelques Soldats de l’Armée que Commandoit Louis Dauphin de France; pour faire le Siege de Philisbourg, l’avoit nommé Louis le Hardy, a cause de la valeur qu’il temoignoit.

 

Un de nos Fantassins (1) tres bon nomenclateur, (2)

Du titre de Hardy batisant Monseigneur,

Le fera sous ce nom distinguer dans l’histoire,

Ce Soldat par chacun fut d’abord aplaudy,

Ce Prince et son parain firent dire a leur gloire,

Louis le bien nommé, c’est Louis le Hardy.

 

D’un pareil nom de guerre on traitoit les neuf Preux, (3)

Notre jeune heros (4) le merite mieux qu’eux,

Toujours les sobriquets qu’un corps de garde impose,

Conviennent au sujet, et quant a moy je dy,

Pour ajouter encor quelque lustre à la chose,

Louis le bien nommé, c’est Louis le Hardy.

 

(1)  C’est a dire un Soldat de l’Armée Françoise.

(2)  Nomenclateur, est celui qui parmi les anciens Romains, appeloit chaque particulier dans les Assemblées publiques par son nom et ses titres, et leur marquoit le rang qu’ils y devoient tenir.

(3)  Preux, en vieux langage veut dire Hardy, et les 9 Preux sont les heros d’un vieux Roman.

(4)  Monseigneur le Dauphin.

 

Adam (5) qui sur les sons tins les êtres divers, (6)                             [200]

Dont il plût au Seigneur (7) de peupler l’univers,

Adam parain banal de toutes les familles, (8)

Adam dis-je par qui chaque nom fut ourdy, (9)

N’y rencontroit pas mieux que l’ont fait nos soudrilles,

Louis le bien nommé c’est Louis le Hardy.

 

Envoy

L’homme n’engendre point a soixante et dix ans (10),

Cependant ecoutez tous Messieurs mes parens,

De quelque nouveau fils, si j’allois etre pere,

Voyant que ce soldat n’est pas un etourdy,

Vien tenir mon Enfant diris-je a ce compere, (11)

Louis le bien nommé, c’est Louis le Hardy.

 

(5)  Adam le 1er homme.

(6)  C’est a dire qu’il donna le nom a chacun des animaux.

(7)  Dieu.

(8)  Tout cela veut dire la meme chose que ce qui est marqué dans l’Article 6 de ce Commentaire.

(9)  Ibid.

(10)   Jean de la Fontaine de l’Academie Françoise parle icy de lui et avoit alors 70 ans, il est l’auteur de cette Balade.

(11)   A ce soldat Francois si bon Nomenclateur.

 

Chanson                                1688                [201]

Sur L’Air de la Rochelle

Faite par Philippes de Courcillon Narquis de Dangeau, a qui le Roy l’avoit ordonné, sur le Chateau et les Jardins de Marly prés Versailles.

Nota, Que le Roy Louis XIV avoit fait bastir cette Maison l’an 167… pour … d’Escoraille de Roussille Duchesse de Fontanges sa maitresse entre St Germain en Laye et Versailles, dans un valon, d’où l’on decouvre la plus belle veuë du monde. Le Batiment en est fort extraordinaire, car elle est scitué au milieu des Jardins et composée de Pavillons a l’Italienne, tous peints a fresque par dehors et separés les uns des autres, le plus grand est celui ou logeoit le Roy, et il êtoit composé d’un grand Sallon au milieu, entouré de 4 apartemens, et au dessus de ces appartements une attique où etoient plusieurs Chambres. Il y avoit 12 autres Pavillons dans le meme Jardin, six de chaque côté, ils etoient de 6 Etages chacun et chaque Etage composé d’une Chambre etd’une Garderobe. La Chapelle , la Salle des Gardes et les Offices tenoient aussi chacune un Pavillon. Cette Maison fut longtems negligée aprés la mort de la Duchesse de Fontanges; mais le Roy ayant etably son sejour ordinaire a Versailles il fit de Marly une Maison de retraite pour lui. Il y alloit de tems en tems passer quelques jours, et nommoit les gens de l’un et de l’autre sexe qu’il vouloit qui l’y suivissent, il y mangeoit avec les Dames et y nourrissoit les hommes a 2 Tables fort bien servies soir et matin, il y parloit peu où point d’affaires, et il se montroit au public presque à toutes les heures du jour. On n’y entroit point sans son ordre du moment qu’il y etoit, on y jouoit pendant ce tems là gros jeu, et il y avoit souvent de la Musique et par fois des Spectacles.

 

Que ces bois sont beaux! Qu’ils sont vers

Qu’heureux, sont ceux qui sont soufferts

Dans ces agreables demeures,

Les coeurs y sont toujours contents, (1)

Les jours passent comme des heures,

Les heures comme des instants.

 

Cedez aux Jardins de Louis, (2)

Beaux Jardins de Semiramis, (3)

Jardins du Tibre (4) et du Bosphore, (5)

Nos Zephirs portent dans les Airs

Les plus riches presens que Flore, (6)

Ait jamais fait a l’Univers.

 

Dans ce Palais delicieux (7)

Dont l’eclat eblouit nos yeux.

 

(1)  Cest une proposition bien hardie de soutenir que les coeurs soient toujours contens a Marly quand la Cour y est.

(2)  Le Roy Louis XIV.

(3)  Les Jardins que Semiramis Reine d’Assirie aprés son mari Ninus fit elever a Babilone et qui passoient pour l’une des 7 merveilles du monde.

(4)  Les Jardins que l’Empereur Neron fit faire a Rome sur le bord du Tibre dans le meme endroit où etoient auparavant ceux de Lucullus, dont il acheta la Maison; il les agrandit fort an abatant beaucoup de Maisons  aux Environs.

(5)  Les Jardins du Serail a Constantinople qui par leur grandeur, leur admirable situation sur le Bosphore, et le soin avec lequel ils sont cultivés, sont d’une beauté surprenante.

(6)  L’Odeur des Fleurs. Flore êtoit selon les Payens, la Deesse des Fleurs.

(7)  Le Château de Marly.

 

Les vertus sont en asseurance, (8)                                          [203]

A couvert de tous les dangers,

On y voit regner l’innocence,

Jadis connue aux seuls bergers.

 

Le maïtre de ces lieux charmants, (9)

Dans les moindres amusemens,

Brille d’une solide gloire,

Toujours maistre de ses desirs;

Il s’est vaincu dans la victoire, (10)

Il s’est vaincu dans les plaisirs. (11)

 

(8)  C’est que le Roy etoit alors devot.

(9)  Le Roy Louis XIV.

(10)   – (11) Ces 2 louanges se donnoient alors fort souvent a ce Prince au sujet de la paix de Nimegue qu’il avoit signée quoique toûjours victorieux pendant la guerre qui l’avoit precedée, et au sujet de la devotion dans laquelle il etoit alors aprés avoir eté fort galant.

 

 

Autre                                                             [204]

Sur le même Air.

A Philippes de Courcillon Marquis de Dangeau; au sujet de la Chanson precedente dont il etoit l’auteur.

 

Dangeau, laisse juger nos yeux

De ces Jardins delicieux, (1)

Où l’art etonna la nature,

Car le froid qui regne en tes vers, (2)

Fait plus de tort a leur verdure,

Que le plus cruel des hivers.

 

Vous ne dites Monsieur Dangeau,

Dessus Marly, rien de nouveau,

L’on n’est pas surpris qu’il vous plaise,

Vôtre epouse (3) a tous les moments,

Y voit les Spectacles a son aise,

Cela rend les maris contents. (4)

 

(1)  Les Jardins de Marly sur lesquels le Marquis de Dangeau avoit fait la Chanson precedente.

(2)  La Chanson precedente que l’auteur de celle cy trouva froide, et fade.

(3)  Sophie Comtesse de Levestein Allemande, et auparavant fille d’honneur de Marie-Anne-Christine-Victoire de Baviere, Dauphine de France.

(4)  Cecy est dit ironiquement, et l’auteur veut insinuer que le Marquis de Dangeau etoit jaloux de sa femme et trouvoit mauvais qu’elle fut aussi avant qu’elle etoit dans les plaisirs de la Cour; mais c’est une medisance. Car bien qu’elle fut jeune et tres aimable, elle n’avoit jamais fait parler d’elle, et son mary le sçavoit bien, et vivoit a merveille avec elle.

 

Sur les Jardins louer le Roy,                                                                           [205]

Nous semble petit (5), croyez moy,

C’est un heros extraordinaire,

Les zephirs portent dans les airs

Les grandes choses qu’il sçait faire,

Pour en informer l’univers.

 

Dans vôtre troisieme sixain, (6)

Vous dites qu’en ce lieu divin,

Les vertus sont en asseurance;

L’on croit que vous n’y songez pas,

Avez vous quelque connoissance

Qu’ailleurs on ait fait de faux pas. (7)

 

(5)  C’est avec raison que l’auteur trouve qu’il y a de la petitesse et de la fadeur dans le Marquis de Dangeau, de loüer un grand Roy, tel que Louis XIV a propos de ses Jardins comme il a fait dans la Chanson precedente. Ce qui suit dans le reste de ce Couplet, est une assez fine plaisanterie là dessus et une Parodie du second couplet de la Chanson de Dangeau.

(6)  Le 3e Couplet de la 3e Chanson precedente.

(7)  Il est vray qu’il semble par ce 3e couplet de la Chanson precedente que le Marquis de Dangeau veuille dire que la vertu n’est en asseurance qu’a Marly.

 

Le quatrieme (8) auroit passé                                                                         [206]

Si solide etoit bien placé, (9)

On ne dit point solide gloire

Sur le fait des amusemens,

Ne vous en faites point accroire

Vous n’aurez pas de nôtre encens. (10)

 

(8)  Le 4e Couplet de la Chanson precedente.

(9)  Lisez ce 4e couplet de la Chanson precedente et ce qui suit dans celui cy.

(10)   C’est a dire, nous ne louërons point la Canson precedente, ny vous qui en etes l’auteur.

 

 

Parodie                                  1688                [207]

D’une Chanson qui commence par ces mots Vous laissez couler l’eau d’une claire Fontaine; par Philippes de Courcilon Marquis de Dangeau.

 

Vous laissez couler l’eau sous la samaritaine, (1)

Et le feu Roy (2) sous le Pont s’enrhumer,

Laissez, laissez belle inhumaine, (3)

Laissez Monsieur Dangeau à son aise rimer, (4)

            A son aise rimer.

 

(1)  La Riviere de Seine qui passe à Paris sous la Pompe dite la Samaritaine au bout du Pontneuf.

(2)  La Statue Equestre du Roy Henry IV dite le Cheval de Bronze, qui est sur le Pontneuf a Paris.

(3)  Cecy s’adresse a quelque femme dont on ne scait pas le nom qui avoit fait la Chanson precedente.

(4)  Le Marquis de Dangeau etoit Poëte et faisoit souvent des vers. Il etoit meme de l’Academie Francoise. L’auteur de cette Parodie veut icy qu’on lui laisse faire des vers et qu’on ne le trouble pas par une severe critique telle qu’est la Chanson precedente.

 

Stances Irregulieres                            1688                [209]

Sur la situation, le Gouvernement, les Moeurs, et les coutumes de la Hollande, où l’auteur fut faire un voyage l’an 1688.

Nota. Que ces Stances ne parlant point de la France, ne sont pas de la qualité de celles qui devroient a la rigueur entrer dans ce Recueil. Cependant comme elles sont historiq.qu’avec les Commentaires, elles font une description tres exacte et tres vrayes [sic] de la Hollande, et que cette Province a eu une grande liaison, et une grande guerre avec de Royaume, on a crû qu’elles pouvoient etre mises icy.

 

Quand dans ces pays au Niveau, (1)

Où la terre en peril est plus basse que l’eau, (2)

Je vis trente villes rustiques, (3)

Former un seul Etat d’autant de Republiques, (4)

 

(1)  La Hollande est un pais plat qui n’est presque que Prairies coupées de Canaux et de Rivieres.

(2)  Il y a des endroits en Hollande du costé du Nord, et pour cela apellée de ce côté là, Nort Hollande ou la mer apellée le Zuyderzée, est soutenuë par des Digues fort au-dessus de la terre, ces Digues sont entretenues avec grand soin, a cause que si elles venoient a manquer, une grande etendue de pais seroit submergée en peu de tems.

(3)  La Pierre êtant fort rare en Hollande, les villes y sont basties de Brique; mais les villages en Nort Hollande ne sont bastis que de bois godronné, et comme ce pais est extremement peuplé, les villages y sont fort grands, c’est pour cela que l’auteur les apelles Villes Rustiques.

(4)  Chaque village aussi bien que chaque ville d’Hollande sont libres, chaque ville est souveraine dans l’administration de son Gouvernement, et toutes ensemble forment une Republique en Hollande comme la Hollande avec les six autres Provinces, qui sont Frize, Zelande, Utrecht, Gueldres, Owerissel, et Groningue forment la Republique apellée les Estats Generaux des Provinces Unies.

 

Où chacun est maistre chez soy,                                                                    [210]

Ce peuple ne parut dans ces lieux Aquatiques, (6)

Un reste libertin des Grenouilles antiques,

Qui ne voulurent point de Roy. (7)

 

L’Etat est si chargé de debtes, (8)

Et les sujets d’impots de Tailles et de traites, (9)

Qu’assurement c’est a bon droit

Que le sage Etranger (10) s’etonne

Que l’un puisse payer tous les ans ce qu’il doit,

Et l’autre (11) fournir ce qu’il donne.

 

(5)  Il n’y a Etat au monde ou les hommes ayent plus de liberté qu’en Hollande.

(6)  Il est aisé de juger par la description qui vient d’être faite de ce pais, qu’il est aquatique.

(7)  L’autheur de ces Stances veut parler des Grenouilles dont Esope parle dans une de ses Fables, qui ayant demandé un Roy a Jupiter, et s’etant mal trouvées de deux differents qu’il leur donna, n’en voulurent plus avoir.

(8)  Les Estats Generaux des Provinces Unies, ont beaucoup de debtes et de Charges.

(9)  Le peuple est extremement chargé d’Impots pour pouvoir payer les debtes et soutenir les Charges de l’Etat; cependant il n’y en a point au monde où les habitans soient plus riches, leur habileté au Commerce, et le voisinage de la mer en sont la raison.

(10)  L’Estat.

(11) Le Peuple.

 

La terre avare à leur esgard,                                                                 [211]

Ne leur a fait aucune part

De ses biens dont ailleurs on la trouve remplie, (12)

Et cependant ces bonnes gens

Ont tant fait par leur industrie,

Qu’ils ont abondamment les besoins de la vie, (13)

En depit des quatre Elemens. (14)

 

Quoiqu’on dise de leur epouses,

Trop menageres, trop jalouses, (15)

Parmy les deffauts qu’elles ont,

L’amour n’est pas un de leurs vices; (16)

Mais les Filles souvent aux amans plus propices,

Sont communement les nourrices,

Des Enfans que les femmes font, (17)

 

(12)                 Il ne croist en Hollande ny bled, ny vin, ny fruits au moins fort peu de ceux cy, il n’y a non plus ny bois, ny pierre.

(13)-(14) La terre y manque en quelque façon, puisqu’elle n’y produit presque rien des choses necessaires a la vie et quelle est si basse que presque partout, l’on trouve l’eau pour peu qu’on fouille. L’Eau y est brague, c’est a dire a demy salée, ou si bourbeuse qu’on n’y en peut boire, l’air y est bas, froid, humide et grossier, et faute de bois de pais, on ny peut faire de feu que des tourbes au moins pour le peuple et le bas usage des maisons, avec tout cela rien ne manque en ce pais par le secours du Commerce et de la mer qui y amene tout des quatre parties du monde et y entretient l’abondance de toutes choses.

(15) L’auteur pretend que les femmes y sont jalouses. Ce qui est de certain, c’est qu’elles vivent bien avec leurs maris, et que les uns et les autres ne scavent pour l’ordinaire ce que c’est que galanterie.

(16) La fidelité conjugale y regne.

(17) Il n’en est pas des femmes comme des filles, celles cy sont putains.

 

 

Sans faste, sans magnificence,                                                 [212]

Contens d’une agreable et simple propreté,

On voit ce qui ne peut être ailleurs imité,

Et qui passe toute croyance;

Les richesses, sans vanité, (18)

La liberté sans insolence, (19)

La Maltôte sans pauvreté; (20)

 

De maudits Chariots invention du Diable,

Sont la voiture abominable,

Où l’on vous roûe impunement; (21)

 

(18)-(19) Rien n’est plus vrai, et cela vient apparemment de l’air grossier et epais du pais, qui rendent les gens tels que lui, etouffe en eux la semence de ces passions dont les gens plus subtils sont capables.

(20) Les Impots s’y reçoivent sans peine, et un homme seul, ou bien souvent une femme les demande où ils sont deus, et l’on leur donne sans y faire difficulté; cependant les droits sont forts et en grand nombre, et le peuple fort chargé, et avec cela riche, lisez les articles 8 et 9 de ce Commentaire.

(21) Il ny a de voitures pour les Estrangers allans par pair, que des Chariots a 2 Chevaux qu’on loüe, a moins que l’on n’aille par Eau sur des Canots. Ils ne sont point suspendus, de maniere que l’on est roué dés que le chemin cesse d’etre uny; d’ailleurs ils vont fort viste, et il y a dessous des morceaux de cuivre qui font un bruit epouvantable afin que dans la nuit dans les Chemins, et principalement sur les Digues ils s’entendent de loin, et ne se renversent par les uns les autres. Ce bruit fend la teste a ceux qui sont dedans.

 

 

Mais quelle qu’en soit la misere                                                         [213]

Torture pourtant necessaire, (22)

Pour preparer les gens a souffrir constamment

L’inevitable barbarie

Qu’on eprouve infailliblement,

Arrivant a l’Hostellerie. (23)

 

Chacun y croit ce qu’il lui plaist (24)

Et peut paroître tel qu’il est (25)

Sans craindre en s’expliquant la censure publique, (26)

Et l’exacte soumission

Au Gouvernement politique,

Est la seule Religion

Dont on exige la pratique. (27)

 

(21)        C’est comme on a desja dit qu’il ny a point d’autres voitures pour les Etrangers allant par pais, a moins d’aller sur les Canaux.

(22)        C’est une chose horrible que la cherté des hostelleries de Hollande, ils font de plus payer les hostes comme ils veulent et le Conducteur du Chariot que vous avez loué pour vous mener ne partira point de l’hôtellerie où vous avez logé que l’hoste ou l’hostesse ne lui ayent dit qu’ils sont satisfaits de vous.

(23)        (24)      (25) La Religion Protestante Calviniste est la Religion de l’Etat, mais l’exercice de toutes les sectes du Christianisme y est permis, excepté celui dela Religion Catholique qui n’est que toleré dans les Maisons particulieres; il y a meme des Synagogues de Juifs en plusieurs endroits et il est permis a un chacun d’y professer telle Religion qu’il lui plaist.

(27) On puny rigoureusement et exactement en Hollande la Contrevention aux Loix et surtout au Gouvernement de l’Etat; du reste on vit comme on veut.

 

 

En un mot sans perdre le temps                                 [214]

En descriptions inutiles,

Rien n’est plus poly que leurs villes, (28)

Et rien n’est si grossier qu’en sont les habitans. (29)

 

(28) Le dedans, le dehors des Maisons, et les ruës des villes et même des simples villages y sont d’une propreté merveilleuse et tout y est lavé et froté plusieurs fois par semaine.

(29) Les Hollandois outre la grossiereté naturelle de leur esprit sont aussi sales sur leurs personnes, dans leur boire, leur manger et leur coucher, que leurs meubles et leurs Maisons sont propres.

 

 

Chanson                              1688                [215]

Sur l’Air: On dit qu’Amour est si charmant.

Sur le Siege de Philisbourg par Louis Dauphin de France le 19 Octobre 1688.

 

Monseigneur (1) marche à Philisbourg,

Suivy d’une galante Cour, (2)

Pour vous donner le bal a son tour,

Madame l’Allemagne, (3)

Vous vous resouviendrez un jour

Qu’il sort de Charlemagne. (4)

 

(1)  Louis Dauphin de France.

(2)  Tout ce qu’il y avoit de Princes et des Seigneurs en etat de suivre Monseigneur allerent avec lui a cette expedition.

(3)  Le Roy Louis XIV entreprit ce siege pour se donner cette entrée en Allemagne et l’empescher en France croyant bien qu’on alloit lui faire la guerre, on dit que si au lieu d’attaquer Philisbourg, on eut assiegé Mastricht, on eût par là empesché les Hollandais a qui appartenoit cette derniere ville de prester leurs trouppes au Prince d’Orange pour aller en Angleterre et qu’ainsi on eût fait avorter son dessein, et peut etre maintenu en France la Treve faite avec l’Empire, l’Espagne, les Hollandois et autres puissances liguées contre elle l’an 1684, mais que le Marquis de Louvois Ministre et Secretaire d’Etat au departement de la guerre et qui la vouloit, parceque dans la paix son credit s’affoiblissoit auprés du Roy,  persuada a ce Prince de faire le Siege de Philisbourg qui declaroit la guerre à toute l’Allemagne, et ne retardoit en rien les desseins du Prince d’Orange, qu’on êtoit seur qu’il se joindroit le plustost qu’il pourroit aux Ennemis du Roy.

(4)  L’Empereur Charlemagne dont quelques historiens avec peu de fondement font descendre nos Rois Capetiens, et par consequent Monseigneur conquit une grande partie de l’Allemagne, et s’etant fait Empereur d’Occident, etablit l’Empire en Allemagne. L’auteur fait icy le Prophete en faveur de Monseigneur le Dauphin, et dit qu’il fera comme Charlemagne, et par ses Conquestes en Allemagne, fondées toutesfois sur le Siege de Philisbourg, qu’il se fera aussi Empereur.

 

 

Chanson                                1688                [217]

Sur l’Air de la Rochelle.

Sur l’incendie des villes de Wormes, Spire, Manheim, et autres villes d’Allemagne, qui furent detruites par les François sur la fin de l’année 1688.

 

Les Allemans ont bien souffert

Par l’incendie et par le fer, (1)

Les bois affreux font leur retraite,

De ce beau pais si desert,

Scavez vous ce que je regrette

La seule Cuve d’Heidelberg. (2)

 

(1)  Il est certain qu’il fut exercé beaucoup de cruauté par les François en Allemagne au commencement de cette guerre outre l’incendie de ces belles et grandes villes.

(2)  Cette Cuve tenoit ….. muids de vin.

Nota. Que les Allemans reparerent la ville et le Chateau d’Heidelberg et y mirent garnison. Les François ayant esté obligez d’abandonner les postes qu’ils tenoient au dela du Rhin.

 

 

Chanson                    1688                [219]

Sur l’Air: Or nous dites Marie

Sur Guillaume-Henry de Nassau Prince d’Orange etc. Gouverneur et Statholder perpetuel et hereditaire de Hollande, Zelande, Utrecht, Gueldres, Zutphen, West-Frize, Ouerissel, et puis de Drenthe, Capitaine general et Amiral perpetuel et hereditaire des Provinces Unies, lorsqu’il se preparoit pour passer en Angleterre sur la fin de l’année 1688 avec une puissante Flotte et un grand Corps de troupes pour detrôner le Roy Jacques IId son beau pere et son Oncle comme on verra plus bas en plusieurs endroits de ce Recueil.

 

Ô Massager fidelle

Qui reviens d’Amsterdam, (1)

Dis nous quelque nouvelle

De ce Projet si grand. (2)

 

(1)  C’estoit à Amsterdam que se faisoit l’embarquement.

(2)  On a raison de traiter ce Projet de Grand, il ny en a jamais eu un plus beau, ny plus heureux.

 

Le bon Prince d’Orange,                                             [220]

Quitte les Hollandois,

Et chose fort etrange

Pour la derniere fois. (3)

 

Il a pour l’entreprise

Un home qui le sert,

D’une valeur exquise,

C’est Monsieur de Schomberg, (4)

On doute si la guerre

Qu’il va faire sur mer,

Est contre l’Angleterre, (5)

Ou contre ceux d’Alger.

 

(3)  L’auteur a tort de dire que le Prince d’Orange quittast les Hollandois pour toujours, au contraire il y alla comme particulier revestu des Charges qu’il avoit en Hollande, qu’il a meme conservées aprés son couronnement, et il a meme eté un temps considerable en Angleterre, sans prendre le titre de Roy, quoique les Peuples l’en sollicitassent.

(4)  Frederic de Schomberg Marechal de France, Grand de Portugal, Comte de Mertola et du St Empire. On verra dans les Commentaires des pieces suivantes comme il fut obligé de sortir de France l’an 1686 pour la Religion protestante qu’il professoit, comme il se retira en Portugal où il avoit eté longtems general des Armées, comme il fut persecuté par l’Inquisition, il y ecouta les propositions du Prince d’Orange qui meditoit dés lors l’entreprise d’Angleterre. Il alla au service du Marquis de Brandebourg et apres la mort de cet Electeur, vint trouver le Prince d’Orange et passa avec lui en Angleterre, et fut enfin tué en Irlande au passage de la Riviere de Boyne le 10 Juillet 1690 où il etoit avec ce Prince.

(5)  Personne ne doutoit que l’Entreprise du Prince d’Orange ne fut contre l’Angleterre; mais il ne le declara qu’en y entrant.

 

 

En passant par la rue                                                  [221]

Entouré de Guerriers,

Il vit grande cohue,

De tous ses Creanciers, (6)

Qui les ames saisies,

Luy dirent, Monseigneur,

Arrestez nos parties,

Ce qu’il fit de bon coeur.

 

Toute la populace,

Joyeuse au dernier point,

Crioit que le Ciel fasse,

Qu’il ne revienne point; (7)

Car l’etat monarchique

Qui de tout temps deplaît,

Avec la Republique,

Ne s’accorde jamais.

 

(6)  L’auteur se trompe en cet endroit, bien loin de devoir de l’argent, le Prince d’Orange en a toujours eu beaucoup il l’employa pour l’Expedition d’Angleterre; mais il est vray que ne pouvant fournir aux frais necessaires pour l’execution d’un si grand dessein, les Hollandois lui en preterent et avec cela leurs vaisseaux et leurs troupes.

(7)  Il est certain que la populace d’Amsterdam dans la crainte qu’elle avoit qu’il ne voulut se rendre maitre de leur Republique, et surtout de la ville d’Amsterdam a l’exemple de son pere qui pensa la surprendre en l’an 164….fut ravie de voir qu’il eut des desseins pour un autre pais et qu’il quittast le leur.

 

Chanson                                1688                [223]

Sur l’Air: On dit qu’Amour est si charmant

Sur le même sujet que la precedente.

 

Laissez cet Orange passer, (1)

Il aime tant a s’empresser, (2)

Monsieur (3) le fit un jour tant danser; (4)

Qu’il laissa la la bande, (5)

Jurant qu’il n’iroit plus chercher

De telle sarabande.

 

(1)  C’est a dire laissez le s’embarquer pour le dessein qu’il a formé et ne vous embarassez point de ce qu’il veut faire.

(2)  Le Prince d’Orange êtoit devoré d’ambition et se tenoit borné dans l’etat d’un particulier.

(3)  Philippes fils de France Duc d’Orleans etc.

(4)  Le Duc d’Orleans General de l’Armée du Roy son frere assiegant la ville de St Omer sortit de ses retranchemens pour aller au devant du Prince d’Orange qui venoit pour le secourir a la teste de l’Armée hollandoise et l’ayant combatu prés Cassel le 11 Avril 1677 gagna la Bataille. C’est ce que l’auteur appelle faire danser.

(5)  C’est a dire qu’il fut mis a vauderoute.

 

 

Chanson                                            [224]

Sur l’Air de la Loure du Ballet du Temple de la Paix.

Sur le bruit qui couroit à Paris l’an 1688 que l’Armement que faisoit Guillaume-Henry de Nassau Prince d’Orange etc pouroit bien être a dessein d’attaquer les Costes de France et d’y faire une descente.

 

Nous avons pleine vendange, (1)

Prince d’Orange,

Les efforts que tu fais pour surprendre nos bords,

Te coûteront bien des remords,

Le Dieu qui preside a la guerre, (2)

Joint pour nous son cimeterre, (3)

Aux Armes de Bacchis;

Ah! fuyez, regagnez vôtre terre,

Malheureux buveurs de Biere, (4)

Ou vous êtes perdus.

 

(1)  La Vendange fut bonne en France l’année precedente 1687.

(2)  Le Dieu Mars.

(3)  C’est a dire ses forces, car le Roy Louis XIV avoit un si grand nombre de bonnes troupes qu’il ne craignoit point les Entreprises que le Prince d’Orange eut voulu faire sur son Royaume.

(4)  Les Hollandois qui ne recueillent point de vin dans leur pais, et qui n’y boivent point de bonne Eau, boivent a leur ordinaire de la Biere.

 

Chanson                                1688                [225]

Sur l’Air: Il a battu son petit frere.

Sur les Affaires d’Angleterre.

Chez l’Anglois s’accomplit la Fable,

D’un peuple qui fut miserable,

Pour s’etre fait un Roy nouveau;                    Charles II

Charles êtoit un bon yvrogne,

Jacques n’etoit qu’un soliveau,                       Jacques III

Guillaume sera la Cicogne.                              Guillaume de Nassau.

 

L’auteur parle de la Fable des Grenouilles qui demandoient un Roy a Jupiter, raportée par Esope.

 

Autre                                                 [226]

Sur le même Air.

Sur le passage du Prince d’Orange en Angleterre.

 

Le dessein du Prince d’Orange

Est aussi malheureux qu’Estrange,

La fortune le pousse a bout,

Malgré sa depense et ses peines,

En repos dans Londres, et partout

On chante va t’en voir s’ils viennent.

 

Chanson                  1688                [227]

Sur l’Air……..

Sur l’Abé de Vaubrun, fait Lecteur à la place du Baron de Vaubrun

 

De ce nouveau Lecteur,

Chacun icy murmure,

De son predecesseur,

Il a la tete mure,

Et de son Protecteur

Le coeur et la figure.

 

Epigramme                            1688                [229]

Sur la Promotion des Chevaliers du St Esprit faite en Decembre 1688.

 

Le Roy dont la bonté se met à toute epreuve,

Pour soulager ses Chevaliers nouveaux,

En dispose vingt de Manteaux,

Et vingt autres, de faire preuve.

 

Pour bien entendre cette Epigramme; Il faut scavoir que plusieurs Chtrs de cette Promotion etoient d’une naissance fort au dessous de l’honneur qu’ils recevoient, et que le Roy ayant donné l’Ordre a la moitié la veille du 1er Jour de l’An, et le lendemain a l’autre moitié afin d’avoir moins de peine, et sa Mté n’ayant pas pris pour cette Ceremonie le grand habit de l’Ordre les Chlrs anciens en userent de meme, ainsi il ny eut que ceux qui recevoient l’Ordre ce jour là qui le prissent, ce qui donna moyen aux Chtrs receus la veille de prester leurs grands Manteaux a ceux qui ne le furent que le lendemain.

 

Autre.

Lorsque certaines gens portent le St Esprit,

Chacun peut aisement comprendre,

Que du plus grand au plus petit

Il a la bonté de descendre.

 

Autre

Grand Roy sur qui jamais l’envie n’a sceu mordre,

Que ne dit on point de ton Ordre.

 

Autre.

Ne paroît il pas fabuleux

Qu’on ait fait de tels Cordons bleus,                                      [230]

Ce sont des Contes de Canailles

De vouloir suposer pour eux

Que le Saint Esprit s’encanaille,

Tout cela sont des Contes bleus.

 

Autre.

Jamais le Saint Esprit dans l’Empire des Gaules,

D’un si vilain faquin ne chargea les Epaules.

 

Chanson                                1688                [231]

Sur l’Air: Tranquilles coeurs.

Sur le Comte de Montberon.

 

Monsieur le Comte de Montberon,

A d’un vrai pedant la figure,

Il parle comme Ciceron,

Il escrit mieux que feu Voiture,

Ses parens ont failli en le faisant soldat

Et non pas Avocat.

 

Chanson                                1688                [233]

Sur l’air; du Grand Saucourt.

Sur le Comte de la Vauguyon

 

Beauvais la borgnesse

Embrassant Fromenteau,

Disoit de tendresse,

Presse ton chalumeau

Et chantons sur nos Orgues,

La nuit et le jour

Noytre amour

Qui fait la morgue

A tout Paris, et même au grand Saucourt.

 

Fragment d’une Chanson, sur l’Air: laissés paître vos bestes.

Voyez Beauvais qui sur sa peau

Ne met jamais d’autre Manteau

Que ce grand veau de Fromenteau.

 

Commencement d’une Chanson, sur l’Air: sommes nous pas trop heureux.

Le trop heureux Fromenteau

Ne manque point de ressource.

De Beauvais il a la bourse,                                                      [234]

Parce qu’il a le nez beau.

 

Madrigal sur sa mort.

Que Fromenteau se soit donné

D’un Pistolet dans la Cervelle,

Il est fou, cette nouvelle

Ne m’a point du tout etonné;

Mais je ne puis que je ne pleure,

Comme un malheur sans pareil,

Que sa teste fut des meilleures

Des bonnes testes du Conseil.

 

Chanson

Sur l’Air: J’aime la Fille d’un marchand de vin.

Sur la Promotion de la Vauguion, a l’Ordre du St Esprit. Il êtoit Conseiller d’Estat ordinaire.

 

De tres petit Portemanteau, (1)

Le tres ignoble Fromenteau*

Est nommé Chevalier de l’Ordre,

D’où lui vient cet honneur nouveau,

Et qui l’a mis au point d’y mordre,

C’est qu’il fut jadis Maquereau. (2)

 

*André de Betoulas Seigneur de la Grange Fromenteau, epousa le 15 Janvier 1668 Marie Stuert de St Maigrin, et de Caussade, Comtesse de la Vauguion, dont il porta depuis le Titre de Comte de la Vauguion; Elle etoit veuve de …..

(1) Le Comte de la Vauguion connu tres longtems sous le nom de Fromenteau, fut d’abord Page du Duc de Mortemar avant qu’il fut Duc, puis Portemanteau du Roy.

(2) Je ne scay ce que l’auteur veut dire en cet endroit, car je n’ai jamais oui dire qu’il eut êté Maquereau.

 

 

Chanson                                1688                [235]

Sur l’Air: zon zon Lisette.

Sur les filles d’honneur de Madame la Dauphine, qui furent chassées en 1688 peu auparavant Madame de Montchevreuil avoit surpris a Mademoiselle de Simeac le Livre de l’Ecole des Filles.

 

A la Cour quel malheur!

Quelle grande infortune!

De six filles d’honneur

Il n’en reste pas une;

Zon zon etc.

 

Ces 6 Filles d’honneur, etoient Mlle de la Force, Comtesse du Roure

Mlle de Rambure Comtesse de Polignac

Mlle de Levestein Marquise de Danjeau

Mlle de Grammont

Mlle de Staffors

Madlle de Simeac, Abesse de Poussé.

 

Chanson                    1688                [237]

Sur l’Air; de la Place Royalle.

 

Combien de succés glorieux,

Grand Roy tout est facile,

Quand on est favory des Cieux,

Et quand on est habile,

Le Seigneur tout plein d’equité

Est François veritable;

Mais son vicaire revolté

Est Espagnole en Diable.

 

Chanson                    1688                [239]

Sur l’Air…..

Sur une Medaille de l’Empereur, qui est sur un pied destal, et qui d’un costé represente le Soleil, et de l’autre le Croissant; Utrumque fisto.

 

Leopol, malgré ta vanité

Tu dois à nôtre charité,

L’heureux succez de tes Campagnes,

Si le Soleil ne se fut arresté,

Bientost le Croissant eut êté

Pleine Lune en tes Allemagnes.

 

Autre                                                 [240]

Sur l’Air…….          

Sur les Conquestes de l’Empereur.

 

Tu te léves grand Leopol,

Et le Croissant decline;

Mais quelque haut que soit ton vol

Le Soleil le termine.

 

Vers               1688                [241]

Intitulez le Songe.

Sur Marie-Anne de Bourbon Princesse Legitimée de France veuve de Louis-Armand de Bourbon, Prince de Conty, Prince du sand, etc.

 

La Deesse (1) Conty m’est en songe apparüe,

Je la crus de l’Olimpe (2) ici bas descendüe,

Elle etaloit aux yeux tout un monde d’atraits,

Fille de Jupiter (3), m’écriai-je à sa veuë,

On reconnoît bientôt de quel sang vous sortez;

Un air plein de grandeur, la taille, les beautez,

Tout excelle en Conty (4), chacun lui rend les armes,

Sa presence en tous lieux fera dire toujours,

Voila la fille des Amours, (5)

Elle en a la grace et les charmes,

L’on n’en dira pas moins en admirant son air,

 

(1)  L’Auteur apelle Madame la Princesse de Conty Deesse a cause de la  grace et de la Majesté qu’elle avoit.

(2)  Olimpe veut dire Ciel.

(3)  Elle est fille naturele du Roy Louis XIV et de Jeanne de la Baume le Blanc Duchesse de la Valiere. Jupiter etoit selon les payens le Maître et le Souverain des Dieux, ainsi par Jupiter l’auteur designe sa Majesté.

(4)  La Princesse de Conty.

(5)  Elle êtoit fille du Roy et de la Duchesse de la Valiere sa maitresse, ainsi elle êtoit fille des Amours.

 

C’est la fille de Jupiter, (6)                                                     [242]

Quand Morphée (7) a mes yeux presenta son image,

Elle alloit en un bal s’attirer maint homage;

Je la suivis des yeux, son regard et son port, (8)

Remplissoient en chemin les Coeurs d’un doux transport,

Le songe me l’offrit par les graces parée, (9)

Telle aux Noces des Dieux ne va point Cythere, (10)

Telle même on ne vit cette fille des Flots, (11)

Du prix de la beauté triompher dans Paphos, (12)

 

(6)  Lisez l’Article 3 de ce Commentaire.

(7)  Morphée selon les Payens, le Dieu des songes.

(8)  Le port, et la demarche de cette Princesse etoient admirables.

(9)  Les graces etoient selon les Payens 3 Deesses filles de Venus qui accompagnoient cette Deesse de la beauté et de la volupté, et qui prenoient soin de son ajustement; l’auteur les employe au meme usage auprés de la Princesse de Conty.

(10) Venus Deesse de la beauté et de la volupté selon les payens. On l’apeloit Cuytherée parce qu’elle etoit particulierement reverée dans l’Isle de Cythere où elle avoit un temple qui lui etoit consacré.

(11) Les Payens disoient que Saturne ayant avec sa faux fait perdre au Ciel son pere la puissance d’engendrer, et jetté dans la mer ce qu’il avoit coupé, Venus en naquit par le moyen de l’ecume et de l’agitation des Flots. C’est pourquoi cette Deesse est apellée par tous les Poëtes Fille des Flots.

(12) Paphos est une ville de Cypre ou Venus êtoit particulierement adorée dans un temple qui lui etoit consacré. Elle avoit triomphée du prix de la beauté sur les Deesses, Junon et Pallas lorsqu’a leur prejudice le Berger Paris lui donna la Pomme d’or. Tout le monde scait cela.

 

Conty me parut lors mille fois plus legere, (13)                                 [243]

Que ne dansent aux bois la Nymphe et la bergere,

L’herbe l’auroit portée une fleur n’auroit pas,

Receu l’empreinte de ses pas,

Elle s’embloit razer les airs a la maniere

Que les Dieux marchent dans Homere; (14)

Ce cy n’est il point trop scavant,

Des Eruditions la Cour est ennemie,

Même on les voit assez souvent,

Vilipender l’Accademie; (15)

Helas! En cet endroit mon songe fut trop court,

Je sentis effacer de si douces Images,

Et la nuit ramenant les entretiens du jour,

Je me representay de perfides courages.

Je ramassai les bruits que de divers endroits

Vient repandre chez nous (16) la Deesse a cent voix (17),

Qui du songe inventeur imite les ouvrages;

 

(13)   Plus legere que Venus a cause de sa demarche gracieuse jamais femme n’eut plus de grace en marchant, qu’en avoit cette Princesse.

(14)   Homere dans son Iliade dit que les Dieux ne marchent pas mais qu’ils semblent glisser.

(15)   L’Accademie Françoise.

(16)   Les bruits de la guerre naissante qui s’allumoit de toutes parts, et par la descente de Guillaume-Henry de Nassau Prince d’Orange en Angleterre et de la Prise de Philisbourg, Manheim, et autres villes d’Allemagne, par Louis Dauphin de France les pieces precedentes ne parlent d’autre chose.

(17)   La Renommée.

 

Morphée accompagné de ses plus noirs démons, (18)

Me peignit cent Etats broüillez en cent façons, (19)

A Conty succeda ce que fait l’Angleterre, (20)

Je ne vis qu’un cahos plein d’apareil de guerre,

Que les enfans de Mars ont un different air,

De la fille de Jupiter;

Songe par qui me fut son image tracée,

Ne reviendrez vous plus l’offrir a ma pensée,

En finissant tost vous causez trop d’ennuis,

Faites de vos faveurs un plus juste partage,

Et revenez toutes les nuits,

Ou durez un peu d’avantage.

 

(18) Ce sont les differents songes que Morphée Dieu des songes repand lorsqu’il fait rêver. Les blance sont les songes agreables et les noirs sont les songes funestes et desagreables.

(19)  Toute l’Europe etoit interressée dans la guerre qui commençoit.

(20)  La descente du Prince d’Orange en Angleterre, le Roy legitime son beaupere detroné par lui et sauvé en France. Lisez sur cela les pieces precedentes de cette année, au sujet des troubles de ce Royaume.

 

Chanson                                1688                [245]

Sur l’Air: il a batu son petit frere.

Sur le Pape Innocent XI qui prêta de l’argent a Guillaume Henry de Nassau, Prince d’Orange etc. dont ce Prince se servit pour passer en Angleterre et y detrosner le Roy Jacques Iid son beaupere qui y êtoit Catholique.

 

Le Saint Pere du Jansenisme, (1)

A passé dans le Calvinisme; (2)

J’ay pour lui des respects profonds,

Ah! qu’il est digne de louange, (3)

D’avoir choisy pour ses seconds, (4)

Schomberg (5), et le Prince d’Orange.

 

(1)  Innovent XI avoit toujours favorisé ce party.

(2)  Le Prince d’Orange etoit Calviniste.

(3)  Cela est ironique.

(4)  Le Pape avoit alors de grands demeslez avec la France, qui êtant plus puissante l’obligeoit a chercher du secours de tous cotez, pour cet effet il prêta de l’argent au Prince d’Orange qui lui promit de l’emloyer a faire la guerre a la France qui soustenoit lors Guillaume de Furstemberg Cardinal et Evesque de Strasbourg, qui se pretendoit legitimement elû Archevesque de Cologne au prejudice du Prince Clement de Baviere. Le Prince d’Orange trompa le Pape, et se servit de son argent pour passer en Angleterre et en chasser le Roy Jacques Iid.

(5)  Federic Comte de Schomberg Marechal de France, se retira en Portugal l’an 1686 a cause de la Religion protestante dont il faisoit profession, et que le Roy de France Louis XIV vouloit ruiner dans son Royaume. Quoiqu’il eut autrefois sauvé le Portugal de la domination des Espagnols par sa valeur, sa conduite et le gain de 3 Batailles. Il  fut alors poursuivi pour l’Inquisition. Le Prince d’Orange qui avoit desja l’expedition d’Angleterre dans la teste lui fit faire des propositions par l’Envoyé de Hollande en Portugal. Tout cela l’ayant obligé de quitter ce Royaume, il passa avec la permission du Roy de France, au service de Frederic-Guillaume Marquis de Brandebourg; mais ce Prince êtant mort l’an 168… le Mareschal de Schomberg pressé par le Prince d’Orange, suivit ce Prince en Angleterre, au service duquel il est mort l’an 1690, comme on verra plus bas dans le Volume suivant.

Nota. Que le Cardinal de Furstemberg nommé Coadjuteur de Cologne par le Chape dés le vivant du Prince Ferdinand Guillaume de Baviere qui en etoit Archevesque, eut eté encore nommé Archevesque aprés la mort de ce Prince, s’il eut repandu aux Chanoines 100000 que lui avoiit donné la France pour cela. Mais la Comtesse de Furstemberg femme de son neveu dont il êtoit amoureux en ayant pris 30000 pour son usage particulier. Il ne pût tenir ce qu’il avoit promis aux Chanoines de son party qui l’abandonnerent, seduits d’ailleurs par l’argent que la Maison d’Autriche et le Nonce du Pape en Allemagne leur donnerent.

 

 

Chanson                                1688                [247]

Sur le même sujet que la precedente et sur le même Air.

 

Qui peut nier que le Saint Père, (1)

De Jesus Christ ne soit vicaire,

Si Jesus Christ disoit de lui,

Qu’entre parens il met la guerre, (2)

Innocent est cause aujourd’huy

Qu’un Gendre (3) combat son beau pere.

 

(1)  Innocent XI.

(2)  C’est un passage du Nouveau Testament.

(3)  Le Pape par le secours qu’il donna a Guillaume-Henry de Nassau Prince d’Orange, dans la croyance qu’il s’en serviroit pour soutenir l’affaire de Cologne contre la France mit ce Prince en etat d’achever son entreprise d’Angleterre où il alla, apellé par les Protestants et en chassa son beau pere le Roy Jacques Iiq qui vint en France au mois de Decembre 1688 avec sa femme et le Prince de Galles son fils.

 

Chanson                                1688                [248]

Sur l’Air du Prince d’Orange.

Sur Guillaume-Henry de Nassau Prince d’Orange lorsque s’étant embarqué en Hollande pour l’expedition d’Angleterre dont il a êté parlé passa le long des Costes de Picardie et de Normandie avec sa Flotte pour aller débarquer dans la Manche de St Georges.

 

Ce grand Prince d’Orange

Qui vient de s’embarquer

Pour un dessein étrange;

Morbleu, veut il avecque sa Phalange, (1)

Veut il nous (2) attaquer.

 

Dedans la Normandie

Surtout au Comté d’Eu,

Chacun se fortifie, (3)

 

(1)  Phalange etoit le nom que les Grecs donnoient a leurs Corps d’Infanterie qui etoit toute la force de leur armée.

(2)  C’est a dire veut il attaquer la France.

(3)  Comme la Flotte du Prince d’Orange passa le long des Costes de Picardie et de Normandie pour aller debarquer a la Manche de St Georges en Angleterre, et qu’on ignoroit en partie le dessein de ce Prince, les Gouverneurs et les Intend.s de ces Costes envoyerent ce qu’ils avoient de troupes et de milice dans les endroits propres a des debarquemens pour prevenir les desseins de ce Prince ennemy declaré du Roy Louis XIV.

 

Ayant morbleu, cette cruelle envie                                         [249]

De mettre tout en feu; (4)

 

Notre Cavalerie

Est monté a cheval,

Et notre Infanterie,

Morbleu faut il que nôtre artillerie

Marche droit au Canal. (5)

 

S’ils jettent des Grenades,

En arrivant au Port, (6)

On crira prenez garde,

Morbleu scachez qu’il y a corps de garde,

Commandé par Montmor.

 

(4)  Il est certain que si le Prince d’Orange en avoit voulu a nos Costes et qu’il les eut prises, il auroit tout mis a feu et a sang, ce qui lui eut êté bien aisé puisque Monseigneur avoit emmené toutes les troupes en Allemagne où il commandoit une Armée.

(5)  Le Canal de ….où l’on faisoit marcher de l’Artillerie.

(6)  Au Port de …..

(7)  …… Habert de Montmor Intendant de la Marine au Havre de Grace.

 

Sonnet                       1688                [250]

Sur Guillaume Henry de Nassau Prince d’Orange, lorsqu’il passa en Angleterre l’an 1688 et qu’il en eut chassé le legitime Roy, Jacques II.

Nota que ce Sonnet a êté fait en Hollande a la gloire de ce Prince, par un Huguenot.

 

Ce Prince (1) dont le coeur va si droit à la gloire,

Qui n’a pas un dessein qui ne soit d’un grand Roy,

D’honneur et d’equité se faisant une Loy,

Scaura dans ses projets engager la victoire.

 

Le coeur me dit qu’un jour sans flater son histoire,

On pourra l’apeller defenseur de la Foy, (2)

Les Rois (3) Chrestiens de nom, en pasliront d’effroy, (4)

L’eclat de ses vertus fletrira leur memoire.

 

(1)  C’est le Prince d’Orange.

(2)  Comme c’est un Huguenot qui parle, c’est a dire la Doctrine de Calvin.

(3)  L’auteur entend par là le Roy, très Chrestien Louis XIV Roy de France grand ennemy du Prince d’Orange et qui comme Roy et comme Catholique avoit grand interest que l’Angleterre demeurast sous le pouvoir du Roy Jacques II qui etoit Catholique et son allié, et qui vraisemblablement auroit toujours maintenu l’Angleterre dans les interests de la France, où tout au moins neutre, ce qui etoit toujours tres important a ce dernier Royaume, surtout dans la conjoncture presente ou toute l’Europe excitée par sa puissance et sa hauteur et encores plus par les menées de la Maison d’Autriche et du Prince d’Orange commençoit a s’aigrir et a se liguer contre elle.

(4)  Les Huguenots du nombre desquels est l’auteur, haïssent fort le Roy Louis XIV parce qu’il avoit aboly l’exercice de leur Religion de ses Etats l’an 1685 et qu’il avoit chassé, ou obligé de sortir un grand nombre de Religionnaires qui s’estoient refugiez sans bien, dans les pais Etrangers, aprés avoir souffert bien des persecutions, comme on a pû voir plus haut.

 

Prince (5) le plus vaillant et le plus achevé                             [251]

Que le Ciel sur le trosne ait jamais élevé,

Marche (6) où te conduira ton courage intrepide.

 

Ta valeur te doit mettre au rang des immortels,

Tu detruiras un jour plus de monstres qu’Alcide, (7)

Assurant a Dieu seul des coeurs et des Autels.

 

(5)  Le Prince d’Orange n’etoit pas encore Roy, mais il le fut peu aprés, puisqu’apres que le Roy Jacques IId eut quitté l’Angleterre les Seigneurs et les peuples de ce Royaume assemblez reconnurent ce Prince pour le Roy le …..mois de ….. 1689 qui fut couronné le ….du mois de ….. 1689 et que les Ecossois le reconnurent aussi pour leur Roy le ….du mois de…. 1689. Tous les Rois de l’Europe, et tous les Souverains meme les Catholiques excepté le Roy de France, lui envoyerent des Ambassadeurs et le reconnurent pour Roy.

(6)  Il partoit alors pour son Expedition.

(7)  L’auteur entend par le mot de Monstres, les Dogmes de la Religion Catholique, et le vers suivant, est dans le même esprit.

 

 

 

Sonnet                       1688                [252]

Servant de reponse au precedent et sur les mimes rimes.

 

Prince (1) lorsque tu crois trvailler pour ta gloire,

Tu te charge d’un crime, attaquant un grand Roy, (2)

Et masquant tes desseins du soutien de la foy, (3)

Tu te flattes en vain d’emporter la victoire.

 

Un jour quand on lira ta deplorable histoire,

Tes fameux attentats (4), ton manquement de Foy, (5)

On benira le Ciel d’avoir remply d’effroy,

Un Prince parricide (6) indigne de memoire.

 

Ton grand projet éclate, il n’est point achevé, (7)

Tu crois desja te voir sur le throsne (8) elevé;

 

(1)  C’est le Prince d’Orange.

(2)  Jacques IId Roy d’Angleterre.

(3)  Le Prince d’Orange disoit qu’il n’alloit en Angleterre que pour maintenir la Religion qu’il assuroit que le Roy Jacques IId vouloit detruire pour y etablir la Catholique qu’il professoit publiquement.

(4)  Qui sont de desthrosner un Roy legitime, et son beaupere.

(5)  Le Prince d’Orange fit publier une Declaration dattée du 10 Octobre 1688 par laquelle il protestoit qu’il ne passoit en Angleterre que pour maintenir la Religion Anglicanne et les libertez des Royaumes d’Angleterre, d’Escosse, et d’Irlande, et cependant contre cette assurance, il chassa et detrosna le Roy Jacques IId.

(6)  L’Auteur apelle le Prince d’Orange Parricide parce qu’il etoit gendre et neveu du Roy qu’il alloit detrosner.

(7)  Lorsque ce Sonnet a êté fait, le projet du Prince d’Orange n’etoit pas encore achevé.

(8)  Il ne fut élu Roy que le … 1689 et Couronné le …..

 

Mais crains d’abord…..dont l’ame est intrepide, (9)                         [253]

 

 

(9)  Jacques II Roy d’Angleterre avoit toujours passé pour un Prince intrepide du temps qu’il n’etoit que Duc d’Yorck, et avoit donné quantité de marques de sa valeur. Il commenca son regne le 12 Fevrier aprés la mort de Charles II son frere. Il fut proclamé le meme jour et couronné le 13 May suivant avec la Reine sa femme, et fit trancher la teste au Cte d’Argill qui s’etoit revolté contre lui en Ecosse, et au Duc de Montmouth qui s’etoit fait declarer Roy en Angleterre se pretendant fils legitime du Roy Charles IId dont il etoitBastard; il exerça de plus publiquement la Religion Catholique qu’il professoit; mais cette raison jointe a la confiance excessive qu’il avoit dans les Prestres, et dans les Moines qui le gouvernoient, et surtout le P. Petters Jesuite son Confesseur, et avec cela le peu de cas qu’il faisoit des Loix dont les Anglois sont jaloux jusques a la fureur, obligerent ses peuples, et les Grands de son Royaume a appeller le Prince d’Orange, qui vint avec une puissante Flotte et une puissante Armée aborder a Excester le ….. du mois d’….. 1688.Le Roy partit de Londres et vint au devant de son Ennemy; mais ses troupes, ses amis, et son propre gendre le Prince Georges de Danemark l’abandonnerent et allerent dans le camp du Prince d’Orange. Le Roy obligé de revenir presque seul a Londres, connut que cette grande ville etoit preste a recevoir son Ennemy de même que tout le reste de son Royaume, ainsy il ne lui reste plus d’autre party a prendre que celui de se retirer en France avec sa famille. Il fit venir secretement de ….le Prince de Galles son fils qu’il y faisoit elever, et que les Anglois en mepris de la vertu de leur Reine traitoient de fils suposé, et d’Enfant du Pere Petters. Il le confia avec la Reine a Antonin Nompar de Caumont C. de Lauzun que le desir d’acquerir de la gloire avoit fait passer de France en Angleterre au bruit de l’expedition du Prince d’Orange. Mr de Lauzun passa heureusement de Londres a Calais avec le Prince de Galles et la Reine sa mere. Quand au Roy d’Angleterre, s’etant voulu sauver, il fut pris par des paysans qui l’amenerent à Rochester prisonnier bien qu’ils le reconnussent pour leur Roy; mais tout son pais etoit contre lui, le Prince d’Orange qui etoit cependant arrivé à Londres où il êtoit le Maistre, le laissa sauver de Rochester par le consentement et meme l’avis des Grands Seigneurs, et surtout de Milord Alifax le plus habile homme d’Angleterre, qui disoit que la part où alla leur Roy, il porteroit la justification de la conduite qu’ils tenoient a son esgard, tant il avoit peu d’esprit; Il s’embarqua au sortir de Rochester sur une Barque de Pescheur, et arriva a Ambleteuse prés Boulogne en Picardie, d’où il alla trouver la Reine sa femme et le Prince de Galles son fils, à St Germain en Laye, que le Roy de France Louis XIV leur donna pour retraité avec 600000 de pension.

 

Ta chute (10) le va mettre au rang des immortels,                              [254]

Et bientost tu viendras implorant cet Alcide,

Luy demander ta vie aux pieds de nos Autels.

 

(10)     Cette Prophetie ne s’est pas trouvé veritable.

 

 

Sonnet                       [1688]                         [255]

En vers irreguliers; sur le même sujet et les mêmes rimes que le precedent.

 

Indigne avorton de la gloire, (1)

Orgueilleux phantosme de Roy, (2)

Faux soutien d’une fausse Loy, (3)

Prince qui fut toujours l’horreur de la victoire; (4)

 

Tes crimes (5) sont si grands qu’un jour a nôtre histoire,

Nos neveux manqueront de foy,

Et le lecteur saisi d’effroy

Rendra justice a la memoire,

 

Ce Roy (6), que tu poursuis, scelerat achevé,

 

(1)  L’Auteur parle a Guillaume-Henry de Nassau, Prince d’Orange.

(2)  On ne pouvoit s’imaginer alors qu’il voulut se faire Roy et on croyoit qu’il se contenteroit comme Cromwel du titre de Protecteur d’Angleterre d’Ecosse et d’Irlande avec l’autorité, c’est pourquoi, l’auteur l’apelle Phantôme de Roy.

(3)  Le Dogme de Calvin.

(4)  Le Prince d’Orange a toujours êté malheureux a la guerre, ayant levé 2 fois le Siege de Charleroy, ayant perdu la Bataille de Cassel et celle de Seneff, et ayant veu prendre par les Francois plusieurs villes a sa veuë, comme St Omer, Condé, Bouchain, Valencienne etc.

(5)  L’auteur regarde l’Entreprise en Angleterre comme un amas de Crimes; mais je ne scai si en cela les Politiques, et lui, sont d’accord.

(6)  Jacques II Roy d’Angleterre.

 

Te reduira plus bas que tu n’es elevé,                                                 [256]

Ouy la foudre a la main ce monarque intrepide,

 

Comme aux foibles titans firent les immortels,

A nos yeux ce nouvel Alcide,

Te terrassera, monstre, aux pied de nos autels.

 

 

Chanson                                [1688]             [257]

Sur l’Air: Il a batu son petit frere.

 

Amy si tu vas à la Foire

Ty n’auras pas de peine a croire,

Que d’Elbeuf* voit la Porsemouth,

La d’Alluy les reçoit chez elle

D’une putain et d’un f…lou,

Fut il plus digne Maquerelle.

 

* Le Prince d’Elbeuf

 

 

Chanson                    1689                [259]

Sur l’Air de Jean de Vert.

Au Roy Louis 14 sur le peu d’habileté et de capacité de Louis Boucherat Chancellier de France.

 

Vous avez chassé Pelletier (1)

Par un trait de prudence, (2)

A ce buffle de Chancelier

Livrés la meme Chance

Vous ferez bien taire des gens (3)

Et vous ramenerz le tems

De Jean de Vert.

 

(1)  L’auteur se meprend puisque Claude le Pelletier de qui il veut parler, demeura dans le ministere aprés avoir abdiqué volontairement le Controle general des Finances, au mois de Septembre de cette année.

(2)  L’auteur qui connoissoit comme tout le monde l’incapacité de ce ministre trouve avec raison qu’il eut êté fort prudet dele chasser du Con.el.

(3)  L’expulsion de ce Chancelier, eût sans doute fait taire beaucoup de gens a qui il ne rendoit pas justice, faute de capacité.

 

 

Chanson                    1689                            [261]

Sur l’Air de Jean de Vert.

Sur Jean-Baptiste Colbert Marquis de Seignelay, Ministre et Secretaire d’Etat.

 

Seignelay dont la durété

Egale l’ignorance, (1)

S’est distingué pendant l’Eté

Par sa rare naissance, (2)

Il prendra la flotte au printems, (3)

Ah! que ne sommes nous du tems

De Jean de Vert.

 

(1)  Il est certain qu’il estoit dur et fort peu capable.

(2)  Le pauvre homme croyoit être originaire d’Escosse, il ne scavoit pas que son grand pere etoit payeur des Rentes de l’Hostel de Ville de Paris, et celui là fils d’un marchand de Rheims, cela lui faisoit faire a tous momens cent extravagances.

(3)  Comme la Marine etoit dans son Departement, c’estoit lui qui preparoit pour le printems prochain la flotte que le Roy devoit mettre en mer, et que l’auteur dit devoir être battue par celles d’Angleterre et de Hollande qui devoient se joindre contre elle.

 

Chanson                    1689                            [263]

Sur l’Air de Jean de Vert.

Sur les Ministres qui composoient le Conseil du Roy Louis XIV l’an 1688. L’auteur parle au Roy.

 

Voulez vous éviter Grand Roy

Mille accidents sinistres,

Commencez par le gros Louvois, (1) |A la reserve de Louvois,

Chassez tous vos Ministres,

Vous ne pourriez pas être pis/ ne pouviez en avoir pis,

Quand ils auroient êté choisis

Par Jean de Vert.

 

Seignelay (2) fait bien du fracas,

Il est fort magnifique

Pour ordonner un bon repas,

C’est un grand politique;

 

(1)  Francois-Michel le Tellier Marquis de Louvois et de Courtenvaux, Chancelier des Ordres du Roy, Ministre et Secretaire d’Etat pour le fait de la Guerre, Surintendant des Postes de France et des Bastimens du Roy.

(2)  Jean-Baptiste Colbert Marquis de Seignelay Ministre et Secretaire d’Estat pour le fait de la Marine et de la Maison du Roy, Tresorier des Ordres de sa Majesté.

 

 

Mais pour le mestier d’Admiral,                                            [264]

Il le scait du moins aussi mal,

Que Jean de Vert.

 

La capacité de Croissi, (3)

Met dans nôtre alliance

Les Princes qu’on voit aujourd’huy,

Unis avec la France, (4)

Renvoyer briller ces Marchands

A Rheims (5) où ils estoient du tems

De Jean de Vert.

 

On scait de leur devotion

Le tres pieux maneige,

C’est par là que la Maintenon (6)

Prés de vous les protégé.

 

(3)  Charles Colbert Marquis de Croissi, Oncle de Mr de Seignelay, Ministre et Secretaire d’Estat pour les affaires Estrangeres.

(4)  L’an 1689 les Princes de l’Europe etoient presque tous ligués contre la France, et pas un seul n’etoit uni avec elles que Jacques II Roy d’Angleterre, que le Prince d’Orange avoit chassé de ce Royaume et qui avoit seulement l’Irlande par les secours que le Roy lui donnoit.

(5)  La Famille de Colbert est originaire de la ville de Reims, et de gens de peu.

(6)  Françoise d’Aubigné Marquise de Maintenon.

 

 

Qu’est donc devenu le bon sens                                             [265]

Et l’esprit qu’elle avoit du tems

De Jean de Vert.

 

Ne renvoyez pas Pelletier (7)

Sur quelque recompense,

Faites en un bon Marguillier

Il en a la prestance;

Mais pour un Ministre d’Etat

Je prendrois plustost un goujat

De Jean de Vert.

 

(1)  Claude le Pelletier Ministre d’Etat; il fut Controlleur general des Finances aprés la mort de Mr de Colbert pere de Mr de Seignelay l’an 1683 et s’en demit l’an 1689. Le Roy lui conserva la qualité de Ministre et l’entrée dans tous les Conseils, comme il l’avoit auparavant avec 60000 de pension. Il n’y a jamais eu un homme si incapable que celui là, et cependant qui ait etably ses affaires plus avantageusement, car en 6 années qu’il fut Controlleur general des Finances, il fit batir une Maison superbe a Villeneuve le Roy terre qu’il acheta et augmenta a 4 lieues de Paris. Il accrut ses biens. Il fut President au Mortier du Parlement, et fit tomber cette charge a son fils sans debourser un sol, et le maria a une heritiere de la Province de Bretagne qui avoit 1500000 de bien. Il se demit ensuitte du Controle general voyant que les affaires du Roy alloient mal et devenoient par consequent onereuses. Sa Majesté ne laissa pas de lui conserver ses honneurs et ses appointemens, comme il a êté dit; Il fit Louis Phelypeaux Seigneur de Pontchartrain Controlleur general des Finances.

 

 

Chanson                    1689                [267]

 

Sur l’Air des Triolets.

 

Sur les Devots de la Cour, dont quelques uns a ce qu’on pretend alloient nus pieds, en chemise et le visage couvert, porter de grosses Croix de bois, la nuit du Jeudy au Vendredy Saint depuis Paris jusques a l’Eglise du Montvalerien, dit le Calvaire. Pour entendre cette Chanson, il faut scavoir que le Comte de Bethune devot de profession, fort laid âgé de 60 ans ou environ, n’ayant pour tout bien que mille Ecus de pension du Roy, et veuf de Madlle des Marais dont il avoit 4 Enfans, etoit logé chez Mr le Duc d’Estrées son Cousin, qui le retiroit par amitié et par charité. Ce Duc qui avoit epousé depuis peu en 2des Noces Madlle de Bautru Vaubrun, avoit aussi chez lui Madame de Vaubrun sa belle mere, et une autre Mlle de Vaubrun fort jeune et qu’on destinoit a etre Religieuse. Celle cy plut au vieux Comte de Bethune qui violant en meme tems les droits de l’hospitalité, du sang, de l’amitié, et de la reconnoissance, seduisit cette jeune innocente au point de la faire consentir qu’il l’enlevast pour l’epouser. On dit même qu’elle l’aimoit si fort qu’elle passoit des jours entiers a escrire son nom sur des morceaux de papier qu’elle mangeoit ensuitte. Elle fut mise dans ce tems là dans le Couvent des Filles de Ste Marie du Fauxbourg St Germain, et ce fut là où le Comte de Bethune resolut de l’enlever. Pour executer ce dessein, il pria Mr le Duc de Gesvres Gouverneur de Paris de lui prester 4 de ses Gardes avec un Officier, et le 24 Mars 1689 veille de l’Annonciation de la Ste Vierge, il alla aux Filles de Ste Marie enfonça avec une buche la grille d’un parloir qui n’etoit que de bois, et entra l’Epée a la main dans le Couvent où il enleva sa maitresse, il la mena ensuitte a l’hostel de Gesvres rue Coqueron où elle fut jusques a ce que le Duc d’Estrées par les poursuittes qu’il fit contre les uns et les autres obligea sa belle soeur a revenir chez luy, et le Comte de Bethune a se mettre en fuite. Cette affaire qui fit alors le bruit qu’on peut s’imaginer, s’accpmmoda par la suitte. Le Duc d’Estrées cessa ses poursuittes aprés que le Duc de Gesvres eut êté chez lui lui demander pardon. Le Comte de Bethune disparut, et elle, dit on, alla en Pologne où son frere etoit Ambassadeur pour le Roy, et Madlle de Vaubrun s’est faite depuis Religieuse aux Filles de Ste Marie de St Denis en France. L’auteur de la Chanson feint que les devots qui allerent cette année 1689 porter des Croix au Montvalerien demandèrent pardon à Dieu pour le Comte de Bethune.

 

Le Saint Jour du grand Vendredy,                                           [268]

Il fera beau sur le Calvaire,

Tous les devots a ce qu’on dit;

Le saint jour du grand Vendredy,

Iront a Dieu crier mercy;

Pour le Cassepot (1) leur confrere,

Au saint jour du grand Vendredy,

Il fera beau sur le Calvaire.

 

On verra la Procession

Marcher en ordre de bataille,

Beauvilliers (2), Charost  (3), Bellefonds, (4)

 

(1)  Mr le Duc de Vendosme avoit par plaisanterie nommé le Comte de Bethune Cassepot, parceque du temps de sa femme il demeuroit par pauvreté à Pntainebleau, où il y a un hermite de ce nom, et ce sobriquet qui lui avoit demeuré servoit a le distinguer de ses freres.

(2)  Paul de Beauvillier Suc de St Aignan Pair de France, 1er Gentilhomme de la Chambre du Roy, Gouverneur du Havre de Grace, Chef du Cons. Royal des Finances, Chtr des Ordres du Roy, et fait Gouverneur de Mgr le Duc de Bourgogne petit fils du Roy, l’an 1689.

(3)  Armand de Bethune Duc de Charost, Chtr des Ordres du Roy, Lieutenant General en Picardie, Gouverneur de Calais.

(4)  Bernardin de Gigault Marquis de Bellefonds Marechal de France, 1er Ecuier de Madame la Dauphine.

 

On verra la Procession,                                               [269]

Les devots de profession,

La Saint Geran (5) vaille que vaille;

On verra a la Procession,

Marcher en bataille.

 

Comme un relaps impenitent,

A la teste des hipocrites,

Seignelay (6) Ministre excellent,

Comme un relaps impenitent

Marchera d’un pas important,

Sans que Cavoye (7) soit a sa suitte,

Comme un relaps impenitent

A la teste des hipocrites.

 

Iront aprés ces Messieurs cy,

La canaille de la caballe,

 

(5)  Bernard de la Guiche, Comte de St Geran et de la Police, Chtr des Ordres du Roy, Lieutenant general des Armées de sa Majesté, tout le monde n’etoit pas bien persuadé de sa devotion.

(6)  Jean Baptiste Colbert Narquis de Seignelay Ministre et Secretaire d’Etat, Tresorier des Ordres du Roy. Il avoit êté longtems devot, puis il avoit cessé de l’etre, c’est pourquoi l’auteur de la Chanson l’apelle relaps impenitent, il le fait marcher a la teste des hipocrites, parce qu’on doutoit que la devotion qu’il avoit fait paroitre fut bien sincere et il le nomme Ministre excellent par ironie.

(7)  Louis d’Oger Marquis de Cavoye grand Marêchal des Logis de la Maison du Roy, etoit amy intime de Mr de Seignelay et etoit toujours avec lui.

 

Le grand Prevost (8), et Cartigny, (9)                                     [270]

Viendront aprés ces Messieurs cy,

La Chesnaye (10) avecque du Puy, (11)

Et quelqu’autre devot de balle,

Viendront aprés ces Messieurs cy,

La Canaille de la Caballe.

 

Un des plus devots portera

Au nom de ce pieux confrere,*

Qui l’autre jour se signala;

Un des plus devots portera

La buche dont il enfonça,

La grille d’un saint Monastere;

Un des plus devots portera

La buche du pieux confrere.

* C’est M. de Bethune qui enleva Mlle de Vaubrun aux filles Ste Marie du Fauxbourg St Germain; elle etoit soeur de la Duchesse de Richelieu.

 

Sur le haut du Montvalerien,

Toute la troupe incomparable,

Ayant la discipline en main;

Sur le haut du Mont Valerien,

Crira la discipline en main,

Pardonnez seigneur au coupable;

 

(8)  Louis François du Bouchet, Marquis de Sourches Grand Prevost de France et de l’hostel.

(9)  ……

(10) ……

(11)  ……

 

 

Sur le haut du Mont Valerien,                                     [271]

Ils feront amande honorable.

 

S’il avoit bien sceu notre argot (12)

Ce frere qui nous deshonore;

Mais il ne fut jamais qu’un sot;

S’il avoit bien sceu nôtre argot

Sans qu’on en eût jamais dit mot,

Il eut baisé la mere encore;

S’il avoit bien eceu nôtre argot

Ce frere qui nous deshonore.

 

Desormais grand Dieu tes vrais saints

Te font un serment inviolable

De ne plus pecher que sous mains;

Desormais grand Dieu tes vrais saints

Et de mieux cacher aux humains

Tout ce qu’ils font d’abominable;

Desormais grand Dieu tes vrais saints

Te font un serment inviolable.

 

(12) On apelle Argot un certain jargon que les gueux parlent entre Eux, ainsi en cet endroit, c’est comme qui diroit, s’il avoit sceu notre jargon.

 

 

Chanson                    1689                [273]

Sur l’Air; de Din-dan-bon.

Sur l’attaque de Valcour.

 

Pour donner la chasse à Waldeck, (1)

Qui comme lui (2) n’est pas grand grec,

A Valcour;

Il prend son champ de Bataille

Et tout fier il court,

Forcer des Murailles

Ou son Canon n’a pû faire jour.

 

Saint Gelais (3) sur les sombres bords,

Tout essoufflé crioit aux morts

Des Enfers;

Ouvrez viste la barriere,

Les momens sont chers

L’ignorant d’Humieres

Travaille a remplir vos Champs deserts.

 

(1)  Le Prince de Waldeck general de l’Armée Ennemie.

(2)  C’est du  Mareschal d’Humieres que l’auteur entend parler.

(3)  Le Marquis de St Gelais Marechal des Camps et Armées du Roy de France tué a cette attaque. L’auteur feint que ce fut lui qui en porta la nouvelle aux Enfers.

 

Au bruit du pasle Saint Gelais,                                               [274]

Platon sortit de son Palais;

Taisez vous,

Ce heros m’est necessaire,

Dit il en courroux,

Le Ciel pour me plaire

A fait les ignorans et les foux.

 

Si Louis (4) dompte ses rivaux

Avec de pareils generaux,

On croira,

La chose surnaturelle,

Et Pasquin (5) dira

Que Merlin (6) s’en mesle

Et sa gloire un jour en souffrira.

 

(4)  Louis le Grand Roy de France.

(5)  Statuë à Rome qu’on fait souvent parler, d’où vient le nom de Pasquinades.

(6)  Fameux Enchanteur.

 

 

Chanson                    1689                            [275]

Sur l’Air: Dessous l’Archet etc.

Sur les marques de bonté que le Roy Louis XIV donnoit aux Princes de la Maison de Lorraine de la Branche d’Armagnac, et sur ce qu’il les fit passer tous quatre devant les Ducs et Pairs de France à la Promotion des Chtrs du St Esprit, le 1er jour de l’an 1689.

 

François cessez de souhaitter

Tant de mal au Prince d’Orange,

Ce qui vous le fait tant blasmer

Au Roy ne semble pas étrange,

Ces Lorrains qu’il aime aujourd’huy,

Firent jadis bien pis que lui.*

 

*Les Princes de la Maison de Lorraine furent cause de la Ligue dans le siècle passé, et vouloient non seulement … detrosner Henry III mais ils se pretendoient encore habiles a succeder au Royaume de France au prejudice de la Loy salique qu’ils vouloient abolir pour cet effet.

 

Chanson                    1689                [277]

Sur l’air Ma mere mariés moy

Sur Mr Colbert

 

He quoi donc Monsieur Colbert

Que n’imitez vous Fabert,

Qui disoit qu’un fils de Marchand,

Vous l’estes aussi

Souvenez vous en,

Qui disoit qu’un fils de Marchand,

Ne pouvoit tenir ce rang.

 

Ce Cordon bleu fut offert

A ce genereux Fabert;

Mais êtant fils de Marchand,

Il n’en voulut pas

Souvenez vous en,

Mais êtant fils de Marchand

Vous en deviez faire autant.

 

D’Hozier le voulant servir

D’Ecosse le fit venir;

Mais êtant fils de Marchand

Il ne voulut pas,

Souvenez vous en,

Mais êtant fils de Marchand                                                               [278]

Que n’en faisiez vous autant.

 

Chanson                                1689                [279]

Sur l’air de la Rochelle.

Adressante a Edouard-Francois Colbert, Comte de Maulevrier, Lieutenant general des Armées du Roy, et Gouverneur des ville et citadelle de Tournay, sur ce qu’il fut fait Chevalier de l’Ordre du St Esprit à la Promotion du 1er Janvier de l’an 1689.

 

Profitez Monsieur de Colbert

Du bel exemple de Fabert*;

Refusez l’Ordre qu’on vous donne, Il acquit par ce noble aveu

Bien plus d’eclat sur sa personne,

Que n’en donne le Cordon bleu.

 

Il êtoit brave comme vous,

Il êtoit tout percé de coups,

Et de plus, Mareschal de France;

 

* Le Mareschal Fabert refusa l’Ordre en 1662 sur ce qu’il êtoit fils d’un Libraire de la ville de Metz, comme Mr de Maulevrier-Colbert êtoit fils d’un Payeur des Rentes apellé Colbert de Vandieres, et petit fils d’un Bonetier de Reims.

 

 

Mais comme vous fils d’un marchand,                                               [280]

Loin de tromper sur sa naissance,

Il l’a publia hautement.

 

Chanson                                1689                [281]

Sur l’air: Je me ris de leur destin pourveu que j’aye du vin: Ou sur l’Air des Mariniers: Il fait tout ce qu’il defend l’Archevêque de Rouen.

Sur Edouard-François Colbert, Comte de Maulevrier dont il est parlé dans la Chanson precedente. François Comte de Montbron Lieutenant general des Armées du Roy et de la Province de Flandres, Gouverneur de Cambresis, ville et citadelle de Cambray, et Pierre Marquis de Villars Conseiller d’Etat, faits Chtrs du St Esprit le 1er Jour de l’an 1688.

 

 

Colbert tirera d’Escosse*

Ses Preuves de Chevalier,

Car les Livres de Negoce, (1)

Ne donnent pas le Collier;

 

*Jean Baptiste Colbert, Ministre et Secretaire d’Etat, Controlleur general des Finances, et frere du Comte de Maulevrier, fit un de ses Enfans Chtr de Malte, et comme il n’etoit pas Gentilhomme, il fit faire des Titres qui le faisoient descendre d’un ancien Seigneur Ecossois nommé Colobertus. Ces Titres servirent pour les Preuves du Comte de Maulevrier, quand il fut fait Chtr du St Esprit.

(1)  Le Grand Pere du Comte de Maulevrier êtoit Marchand Bonnetier à Rheims, et le Pere Secretaire du Roy et Payeur des Rentes de l’Hostel de Ville de Paris.

 

 

Montbron et foudre de guerre (2)                                                       [282]

En prendra chez un faussaire; (3)

Mais Villars a des Ayeux

Au Greffe de Coindrieux. (4)

 

(2)  Le Comte de Montbron êtoit un tres mechant soldat, nonobstant tous les honneurs Militaires dont il etoit revestu, d’ailleurs le plus grand bavard et le plus incapable homme du monde.

(3)  Personne ne croyoit qu’il fut de la maison de Montbron dont il portoit insolemment le nom et Armes; quelques uns l’en croyent descendu du côté gauche; mais comme dans ses Preuves il produisit quelques Titres qui le firent remonter jusqu’a un Montbron Lieutenant des Gardes Suisses du Roy François 1er tout le monde les crut faux.

(4)  Le Granpere du Marquis de Villars etoit Greffier de la ville de Coindrieux.

 

Chanson                    1689                            [283]

Sur l’Air de la Rochelle.

A Jacques IId Roy d’Angleterre; sur ce qu’il s’abandonnoit trop aux Conseils des Jesuites.

 

Vous deviez soutenir, grand Roy,

La Foy de Jesus et sa Loy,

Sans entrer dans sa Compagnie;

On ne la connoît point aux Cieux;

Si de la Terre on l’eut bannie,

Le monde et vous en seriez mieux.

 

On pretend que les Conseils de ces Peres, et surtout ceux du Pere Petters son Confesseur, ne contribuerent pas peu a la mauvaise conduitte que tint ce Prince dans le Gouvernement de ses Estats; ce qui aigrit ses sujets contre lui et les obligea a apeller Guillaume-Henry de Nassau Prince d’Orange qui fut couronné aprés avoir chassé le Roy Jacques IId, la Reine sa femme et le Prines de Galles son fils, qu’ils regardoient comme un Enfant suposé. Ils se refugierent en France l’an 1689 ou le Roy Louis XIV leur donna le Chateau de St Germain en Laye pour leur demeure, avec une pension de 600000, et de toute sorte de secours pour leur retablissement. Ce qu’on verra plus particulieremet par la suitte de ce Recueil.

 

Autre                                                             [284]

Sur l’Air des Ennuyeurs.

Sur l’arrivée en France, et à la Cour, de Jacques IId Roy d’Angleterre aprés que Guillaume-Henry de Nassau Prince d’Orange etc son Gendre, l’eut obligé de sortir de ses Estats.

 

Malgré la fortune en couroux, (1)

Le Roy de l’Isle Britannique,

A toujours l’air galant et doux,

A ce que dit la voix publique,

Les Dames de la vieille Cour,

Font son eloge tour à tour.

 

On dit que dans l’appartement

De nôtre charmante Dauphine, (2)

Il ravit par son compliment

Autant que par sa bonne mine. (3)

 

(1)  Voyez le Commentaire de la Chanson precedente.

(2)  Marie-Anne-Christine-Victoire de Baviere, femme de Louis Dauphin de France, comme la Reine ne vivoit plus, c’etoit dans l’appartement de cette Princesse que se tenoient les femmes de la Cour.

(3)  Cecy est ironique, car ce Roy avoit mauvaise mine et peu d’Esprit.

 

Toute la Cour qui le suivit                                                      [285]

Dans la visite qu’il y fit.

 

Partant avec nos Courtisans,

Il ne dit rien de leur enfance,

De peur de supprimer les ans,

Des Dames de sa connoissance,

Il sembloit que ce Roy courtois

Les vit pour la 1re fois.

 

Il avoit connu seurement

Celles qu’il avoit regardées;

Mais il feignit fort galamment

D’en avoir perdu les idées,

Le souvenir des vieux appas

Est chose qui n’oblige pas.

 

Chanson                    1689                            [287]

Sur l’Air……

A Armand de Bethune Duc de Charon, Chtr des Ordres du Roy, Lieutenant general en Picardie, Gouverneur des ville et citadelle de Calais, Fort de Nieulé, et pais reconquis sur ce qu’on envoya l’an 1689 par Commission du 3 Janvier le Sr de Laubanie Brigadier et Inspecteur d’Infanterie commander dans ces places.

 

Sous Laubanie

Allez Charost prendre leçon,

Dites un peu moins de Litanie, (1)

Et gardez mieux vos Bastions, (2)

Sous Laubanie.

 

(1)  Le Duc de Charost n’etoit pas un grand homme de Guerre; mais n’en deplaise a l’auteur, ce ne fut pas faute d’avoir bien gardé ses Bastions qu’on le retira de Calais pour mettre le Sr de Laubanie en sa place.

(2)  C’etoit que Francois-Michel le Tellier Marquis de Louvois Ministre et Secretaire d’Etat au Departement de la Guerre, vouloit de ses Creatures partout, et que le Duc de Charost n’en êtoit pas.

 

Brillez dans l’Oeuvre                                                                          [288]

De Saint Eustache (3) Grand Charost (4)

A Calais par votre manoeuvre

Vous n’etes pas si grand heros

Brillez dans l’oeuvre.

 

(3)  Le Duc de Charost logeoit à Paris dans la rue Montmartre parroisse St Eustache, où il etoit tres assidu a l’Office et se mettoit d’ordinaire dans l’oeuvre.

(4)  Il etoit fort grand.

 

 

 

Chanson                    1689                            [289]

Sur l’air de la Rochelle

Sur la guerre qui se déclaroit au Commencement de l’Année 1689 entre la France et l’Angleterre.

Cette Chanson est ironique.

 

Peuples François ne craignez rien, (1)

Nos affaires iront fort bien,

Moquez vous des bruits d’Angleterre. (2)

Elle est plus pour nous que jamais,

Barrillon (3), nous promet la guerre, (4)

Et c’est bon signe pour la paix. (5)

 

(1)  Il est certain qu’aprés l’invasion de Guillaume Henry de Nassau Prince d’Orange en Angleterre, la consternation fut d’abord si grande en France a cause de l’horrible Guerre que cette expedition preparoit, et que l’Angleterre etant contre nous, le Royaume pouvoit être attaqué par mer comme par terre.

(2)  Personne ne doutoit que la haine du Prince d’Orange contre le Roy de France Louis XIV et l’animosité ordinaire des Anglais contre les Francois ne fit entrer l’Angleterre dans la ligue contre la France, le Roy Jacques IId etant chassé de ses Etats, ce qui arriva.

(3)  Paul Barillon Conseiller d’Etat Ordinaire et qui peu aprés l’expulsion du Roy d’Angleterre auprés duquel il etoit Ambassadeur de France, avoit êté obligé de revenir a Paris, où il etoit alors.

(4)  Il etoit persuadé comme tout le monde que l’Angleterre s’alloit declarer contre la France et il le disoit.

(5)  Ce qui oblige l’auteur de la Chanson a tirer une consequence si opposée au raisonnement de Mr de Barillon, et a la verité, vient de ce qu’il s’etoit fort mal acquitté de sa fonction d’Ambassadeur, jusques là qu’il etoit persuadé que l’armement du Prince d’Orange n’en vouloit point a l’Angleterre qu’il le mandoit tous les Ordinaires a la Cour qu’il abusa longtems et qu’il n’en fut persuadé que quand ce Prince eut mis pied a terre.

 

 

Chanson                    1689                            [291]

Sur l’Air de Jean de Vert.

 

Chasteauneuf (1), comme un bon Bourgeois,

Meine une douce vie,

On ne lui demande sa vois

Que par ceremonie,

Et quand il signe quelque Edit,

Il n’en est gueres plus instruit

Que Jean de Vert.

 

Si plustost le bon Pontchartrain (2)

Eût reglé la Finance,

Il eût marchant un si bon train

Plutost ruiné la France,

Et fait regreter les tirans,

Qui nous ont écorché du tems

De Jean de Vert.

 

Du gras Chancelier Boucherat, (3)

J’admire la prudence,

 

(1)  Baltazar Phelypeaux Marquis de Chasteauneuf, Secretaire d’Etat, Greffier des Ordres du Roy.

(2)  Louis Phelypeaux Seigneur de Pontchartrain, Controlleur general des Finances il en est parlé cy devant.

(3)  Louis Boucherat, fait Chancellier en 1685 aprés la mort de Michel le Tellier.

 

Quand a table il juge d’un plat                                                [292]

Pour en remplir sa pence;

Mais pour decider d’un procez,

J’aimerois mieux les Lansquenetz

De Jean de Vert.

 

Nôtre Prelat (4) sans contredit

Est homme de merite;

Mais il n’a pas tant de credit

Que le moindre Jesuitte,

On dit qu’il aime les fanfants

Autant comme il les aimoit du tems

De Jean de Vert.

 

Harlay (5) le premier President,

Occupe bien sa place,

Il a tout l’air d’un vray pedant

Au milieu de sa Classe,

Il est bon pour de Jeunes gens; (6)

Mais il n’eut rien valu du tems

De Jean de Vert.

 

(4)  Francois de Harlay de Chanvalon, Archevesque de Paris.

(5)  Achilles de Harlay fait 1er President du Parlement l’an 1689.

(6)  ………

 

Qu’a t’on gagné a se moquer                                                   [293]

De Rome et du Saint Pere,

Il faut maintenant lui ceder,

Et l’on craint sa colere

Les Romains sont de fines gens

On les connoissoit mieux du tems

De Jean de Vert.

 

Ruiner le party Protestant

Est un coup de hardiesse;

Mais le retablir a l’instant

Seroit trop de foiblesse,

Il valloit mieux laisser ces gens

De même qu’ils etoient du tems

De Jean de Vert.

 

Autre                                                             [294]

Sur le même air.

Sur Louis Boucherat Chancelier de France dont il est parlé dans la precedente.

 

On ne peut du gros Boucherat,

Rien dire qui vaille,

C’est la peau d’un beau Magistrat

Qu’on a remply de paille,

Cependant il est Chancellier;

Mais il en scait moins le metier,

Que Jean de Vert.

 

Cette Chanson est trop vraye, et trop intelligible pour avoir besoin de Commentaire.

 

 

Chanson                    1689                            [295]

Sur l’Air de la Rochelle.

Sur la Tragedie d’Esther composé par Racine et representé devant le Roy par les filles que Madame la Marquise de Maintenon a etablies à St Cir, et que Sa Majesté a fondées en y faisant construire un Batiment superbe et y reunissant la Manse Abbatialle de St Denis en France avec la permission des Papes Innocent XI et Alexandre VIII. Cette piece parut l’an 1689.

 

Racine cet homme éxcelloit

Dans l’antiquité si scavant

Des Grecs imite les ouvrages,

Et peint sous des noms empruntez,

Les plus illustres personnages

Qu’Apollon ait jamais chantez.

 

Sous le nom d’Aman le Cruel,

Louvois est peint au naturel,

Et de Vasthi la décadence,

Nous retrace un portrait vivant,

De ce qu’a veu la Cour de France,

A la chute de Montespan.                                                                  [296]

 

La proscription des Juifs

De nos Huguenots fugitifs,

Est une juste ressemblance

Et l’Esther qui regne aujourd’huy,

Decend de Rois dont la puissance,

Fut leur azile et leur appuy.

 

Pourquoi donc comme Assuerus,

Mon Roy si rempli de vertus,

N’a t’il pas calmé sa colere,

Je vais vous le dire en deux mots,

Les Juifs n’eurent point affaire

Aux Jesuites et aux devots.

 

Il y avoit des gens qui pretendoient que Jeanne d’Albret Reine de Navarre avoit epousé aprés la mort d’Antoine de Bourbon N…… d’Aubigné qui a ecrit l’histoire de son tems, et que de ce mariage qui fut tenu êtoient issus les d’Aubigné ancestres de Madame de Maintenon.

Nota. Qu’en parlant des Huguenots fugitifs l’auteur entend ceux de France chassez par les Ordres du Roy pendant les années 1686 1687 et 1688.

 

 

Chanson                    1689                            [297]

Sur l’Air de la Tamponné.

Sur le retour en France de Henry Charles de Beaumanoir Marquis de Lavardin, Chevalier des Ordres du Roy Lieutenant general en Bretagne. Il avoit êté envoyé à Rome l’an 1687 en qualité d’Ambassadeur extraordinaire vers le Pape Innocent XI, mais comme il y alla avec un grand nombre d’Officiers de la Marine pour maintenir les franchises que l’Ambassadeur de France avoit toujours eues dans son Quartier, et que ce pape avoit ostées et deffedues sous peine d’excommunication par sa Bulle du mois de May 1687 le St Pere bien loin de lui vouloir donner audience et de negocier avec lui, ne voulut jamais le reconnoitre pour Ambassadeur, il le regarda toujours pour excommunié, jusques là qu’il fit interdire l’Eglise de St Louis par le Cardinal vicaire, parce qu’il y communia la nuit de Noel de la même année. Tous ces desordres obligerent le Roy a rapeller cet Ambassadeur qui arriva a Paris l’an 1689.

 

La Colere

Du Saint Pere                                                                   [298]

N’aura t’elle point de fin,

Que lui faut il d’avantage?

On le defait du visage

Du Marquis de Lavardin.

 

Chanson                    1689                            [299]

Sur l’air des Branles de Metz.

Sur Nicolas Chalon du Blé Marquis d’Huxelles Chtr des Ordres du Roy, Lieutenant general des Armées de sa Majesté, et en Bourgogne, Gouverneur des villes et Citadelle de Chalon sur Saone.

 

Que d’Huxelles a de prudence

Nos ennemis (1) en font foy;

Si les amis de Louvois, (2)

Ont une egale vaillance, (3)

Que de gloire je prevoy

Pour Louvois et pour la France;

Que de gloire je prevoy,

Pour Louvois et pour le Roy.*  *Louis XIV Roy de France

 

(1)  Les Ennemis de la France etoient alors l’Empereur et tout l’Empire, l’Espagne, les Estats Generaux des Provinces Unies, l’Angleterre et l’Ecosse dont Guillaume-Henry de Nassau Prince d’Orange etoit alors le maitre, en ayant esté Couronné Roy avec Marie Stuart sa femme fille ainée du veritable Roy Jacques II. Le detail de cette usurpation est en plusieurs endroits de ce Recueil.

(2)  Francois Michel le Tellier Marquis de Louvois Ministre et Secretaire d’Etat pour la guerre etc dont le Marquis d’Huxelles etoit une espece de favory.

(3)  On ne peut accuser le Marquis d’Huxelles de manquer de courage, quoiqu’il ait rendu Mayence mal apropos le 11e Septembre 1689 a Charles Duc de Lorraine general des Troupes de l’Empire. La veritable raison s’en verra plus bas Chifre 4.

 

De la poudre l’abondance, (4)                                                             [300]

Et des Mousquets la bonté

Prouvent à sa Majesté

Pour le bonheur de la France,

De Louvois l’habileté (5)

Et son extreme prudence

De Louvois l’habileté,

Comme la fidelité.

 

(4)  Le Duc de Lorraine, comme il vient d’etre dit, attaqua Mayence au mois de Juillet 1689 ayant avec lui les Ducs de Baviere et de Saxe. Le Marquis d’Huxelles qui l’a deffendoit, la rendit aprés 48 jours de tranchée ouverte sans avoir perdu un pouce de terre, et il est meme vraisemblable que les Assiegans rebutez par la longueur du siege la valeur et le nombre es Assiegez et le mauvais temps que la saison avancée alloit amener se seroient retirez sans la prendre. La raison que le Marquis d’Huxelles aporta en public pour la justification, fut que la Poudre manquoit dans sa place, et que les Mousquets y crevoient sans qu’on en eut dans les Magazins pour donner aux soldats. Mais la veritable estoit que si les alliez avoient levé le siege de Mayence ils auroient infailliblement fait la paix avec la France et que Mr de Louvois etoit perdu ayant pour Ennemis à la Cour Françoise d’Aubigné Marquise de Maintenon favorite du Roy, Jean Baptiste Colbert Marquis de Seignelay aussi secretaire d’Etat, lesquels etoient unis contre lui, pour rompre cette ligue, il falloit absolument la Guerre qui etoit de son ressort et pour la conduitte de laquelle on ne pouvoit se passer de lui, c’est pourquoi persuadé que la levée du Siege de Mayence auroit fait faire la paix; il mit dedans le Marquis d’Huxelles son amy qui lui sacrifiant son honneur, l’a rendit aux Imperiaux selon les mesures prises avec ce Ministre.

(5)  N’en deplaise a l’auteur de la Chanson, il faut convenir que le coup est d’un habile homme; mais c’est qu’il ne scait pas le veritable motif de la Reddition de Mayence.

 

Dans une juste balance                                                                        [301]

Le courage de Sourdis, (6)

Peut bien égaler celuy

Du deffenseur de Mayence, (7)

L’un en montrant ses talons,

A signalé sa vaillance, (8)

L’autre à fait briller son nom

Dans le camp de Maintenon. (9)

 

(6)  Francois d’Escoubleau Marquis de Sourdis Chtr des Ordres du Roy. Lieutenant general des armées de sa Majesté.

(7)  Le Marquis d’Huxelles.

(8)  C’est que Mr de Sourdis commandant au commencement de 1689 en Allaemagne du costé de Cologne avec ordre de retirer la Garnison de Kaiserwerth, place occupé par le Cardinal Guillaume de Furstemberg qui contestoit l’Archevesché de Cologne au Prince Clement de Baviere; Mr de Sourdis laissa selon l’ordre qu’il en avoit eu les troupes de ce Cardinal a Kaiserwerth, et ramenoit les Françoises a Bonne, il trouva en chemin un corps considerable de celles de l’Electeur de Brandebourg qui l’attaqua. Sa Cavallerie prit la fuite et le General aussi disent les medisants. L’Infanterie composée de 4 Bataillons, se retira bravement onze lieues durant devant les Ennemis commandée par le Marquis de Castries qui en fut fait Brigadier, et Elle arriva a Bonne avec peu de perte.

(9)  Le Marquis d’Huxelles qui commanda pendant les années 1686 1687 et 1688 les troupes qui travailloient a l’Aqueduc que le Roy avoit entrepris pres Maintenon pour faire venir la Riviere d’Eure a Versailles.

 

Chanson                    1689                            [303]

Sur l’air des Branles de Metz.

Sur ce que Louis de Crevant de Humieres Marêchal de France, Grand Maître de l’Artillerie, Chevalier des Ordres du Roy, et Gouverneur general de Flandres, attagqua la petite ville de Valcour en Hainault l’an 1689 le 25 Aoust. Cette place soutenüe de toute l’Armée des Confederés, commandée par le Prince de Valdeck, se trouva entourée d’une bonne muraille, de maniere que le Marechal d’Humieres fut obligé de se retirer sans la prendre, aprés une longue et vigoureuse attaque, où il fit tuer beaucoup de monde et entr’autres le Marquis de St Gelais Marêchal de Camp.

 

Humieres Grand Capitaine,

Et le heros de la Cour,*

Alloit a la gloire un jour,

Par Monts par Vaux et par plaines;

 

* Le Roy par le Conseil de Francois Michel le Tellier Marquis de Louvois Ministre et Secretaire et Secretaire d’Etat pour la guerre lui avoit donné le Commandement de son armée en Flandres au prejudice de gens plus capables de la commander que lui. Ce n’etoit parce que Mr de Louvois ne connut bien son incapacité; mais ce Mareschal êtoit tres soumis a ses volontez; ainsi ce Ministre l’aimoit mieux qu’un autre a la teste de l’armée.   

 

Mais aux portes de Valcour,                                                   [304]

Son Cheval perdit haleine;

Mais aux portes de Valcour

Son Cheval demeura court.

 

Chanson                    1689                            [305]

Sur l’Air des Branles de Metz.

Sur ce que Jacques Henry de Durfort Duc de Duras, Mareschal de France, Chtr des Ordres du Roy, Capitaine des Gardes du Corps du Roy, Gouverneur de Francheconté et general des Armées du Roy en Allemagne l’an 1689 passa le Rhin avec son Armée le 2 Aoust pendant que les Imperiaux commandez par les Ducs de Lorraine, de Baviere et de Saxe assiefoient Mayence qu’ils prirent. Mr de Duras arriva le 4e devant Heidelberg qu’il croyoit prendre, cette place ayant êté demolie l’hiver precedent; mais les Allemans qui s’y êtoient refugiez l’avoient si bien retablie qu’outre qu’il y entra des troupes a la veuë de Mr de Duras; Ce general fut obligé d’abandonner son entreprise, de repasser le Rhin, de decamper le 8, de repasser le Rhin aprés avoir pris quelques Chateaux dans le Palatinat.

 

Duras ce grand Capitaine,

Est dans le Palatinat,

Avec beaucoup plus d’eclat                                                                [306]

Que n’y fut jadis Turenne;

Il auroit pris Heidelberg

Malgré Baviere et Lorraine,

Il auroit pris Heidelberg,

S’il eut trouvé l’huis ouvert.

 

Il a bien pris sa revanche

En remontant le pais,

En brûlant bourgs et Logis;

Il a bien fait la vendange,

Disant fiez vous a moy

Je secourerai Mayence,

Disant etc.

Je contenterai le Roy.

 

Il a secouru Mayence

Comme il a pris Heidelburg,

Il est toujours pris sans Vert

Dans tous les coups d’importance;

S’il poursuit ses grands Exploits,

Je dis nargue de la France;

S’il etc.

Il detrosnera le Roy.

 

Nos neveux dedans l’histoire

Lisant ses fameux exploits,

S’ecrieront a haute voix

Que Duras a eu de gloire

Aucun autre devant lui.

………………..

Aucun autre devant lui

N’a grillé tant de Souris.

 

 

Chanson                    1689                            [307]

Sur l’Air des Ennuyeurs

Sur l’Attaque de Walcour par le Marechal de Humieres le 25 Aoust 1689 dont il est parlé plus haut.

 

Où trouver assez de Lauriers

Pour ce grand general d’Humieres,

Il surpasse tous nos Guerriers;

Car dans un vaste Cimetiere (1)

Qu’il a fait peupler de heros,

Il songeoit à la Barbereau. (2)

 

Sans Echelle (3), et sans Canonniers,

Ordonnant que Valcour on prenne,

Il fait partir huit cent Courriers, (4)

Pour prendre l’avis de Turenne (5)

Son ombre a repondu tout haut

Qu’il retourne à la Barbereau.

 

(1)  L’Auteur apelle Valcour Cimitiere a cause de la quantité de gens qui y perirent le jour de cette attaque.

(2)  Chanteuse de l’Opera, dont le Marechal d’Humieres êtoit amoureux, qu’il entretenoit, et qui ne lui êtoit asseurement pas fidelle.

(3)  Le Marechal d’Humieres fit attaquer Valcour, sans aucuns outils, sans Echelle, et sans Canon, en telle sorte qu’il n’auroit pas pû la prendre quand il n’auroit êté deffendu par personne.                            [308]

(4)  Les 800 Courriers que l’Auteur dit que le Marechal de Humieres fit partir pour aller trouver Mr de Turenne, Marêchal de France, Colonel de la Cavalerie Legere, Gouverneur de Limousin, tué à la teste des Armées de France en Allemagne, d’un coup de Canon, le 25 Juillet 1675. Le Mareschal de Humieres n’eut pas été Mareschal de France, sans son secours.

 

Autre

Sur l’Air……

 

Si l’Illustre Turenne

Portoit le juste nom de pere des Soldats,

D’Humiere ce grand Capitaine

Cherche a le surpasser en marchant sur ses pas,

Si le deffunt pour sustenter leur vie

Apliquoit tout son soin

Celui cy va beaucoup plus loin,

Il les meine a la boucherie.

 

Chanson                    1689                            [309]

Sur l’Air: Lerelanlere

Sur le même sujet que la precedente.

 

Celui qui demeure court (1)

A l’attaque de Walcour,

C’est le Mareschal d’Humieres;

Lere la, lere lan lere,

Lerela, lere lan la.

 

L’hiver chez la Barbereau, (2)

Ce General du Bureau, (3)

Tiendra son Conseil de Guere.

Lere la, lere lan lere,

Lerela, lere lan la.

 

(1)  On peut voir plus haut comme il fut repoussé à cette attaque;

(2)  Chanteuse de l’Opera que le Marêchal de Humieres entretenoit alors.

(3)  Par Bureau l’Auteur entend Mr de Louvois de l’Armée de Flandres.

 

 

Autre                                                             [310]

Sur l’Air de Joconde.

Sur Louis de Crevant de Humieres, Mareschal de France, Grand Maître de l’Artillerie, Chevalier des Ordres du Roy, Gouverneur general de Flandres et general des Armées du Roy dans cette Province, l’an 1689.

 

Un petit nombre de Guerriers,

Cueilloient jadis sans peine,

Une ample moisson de Lauriers,

Sous Condé, sous Turenne,

Un gros de troupes assemblé,

Pour exploit militaire,

N’a fait qu’une moisson de bled,

Sous le vaillant d’Humieres.

 

Epitaphe                    1689                            [311]

Du Pape Innocent XI mort le …. Aoust 1689

 

Icy gist sous cette pierre

Un des Successeurs de Saint Pierre,

Qui fit plus de mal que de bien;

Il fut autrefois Janseniste,

Puis Huguenot, puis Quietiste,

Heureusement il n’est plus rien.

 

Pour bien entendre cette Epitaphe, il faut scavoir, que ce Pape avoit effectivement intelligence avec les Jansenistes de France, qu’il en avoit aussi avec Guillaume de Nassau Prince d’Orange, qui usurpa le Royaume d’Angleterre l’an 1688 et auquel meme il presta de l’Argent croyant qu’il l’employeroit a faire la guerre a la France. Ce Pape etoit de plus des amis du Cardinal Petrucci, subconné de Quietisme. Comme il mourut fort brouillé avec la Cour de France; Le François auteur de cette Epitaphe l’a accusé de cette triple heresie apparamment pour sa Cour, cette licence poëtique est excessive. Car Innocent XI fut un tres St Pape: Mais comme il avoit beaucoup d’Opiniastreté et un esprit fort borné il outra son zele pour le bien de l’Eglise, surtout dans les demeslez qu’il eut avec le Roy Louis XIV.

 

 

Epitre                        1689                            [313]

Ecrite de Paris à Louis Joseph Duc de Vendosme etc. Pair de France, Chevalier des Ordres du Roy, Grand Senechal et Gouverneur de Provence, qui servoit lors de Lieutenant general dans l’Armée que Jacques Henry de Durfort Duc de Duras Mareschal de France Commandoit en Allemagne.

 

Prince vaillant, humain, et sage,

Avouez nous que l’assemblage,

De ces trois bonnes qualitez,

Vaut mieux que trois principautez,

Force grands pensent d’autre sorte,

S’ils ont raison, je m’en raporte;

Mais je soutiens encor un point,

C’est que souvent ils n’en ont point,

Sans traiter ici cette affaire,

Comment, Seigneur, pouvez vous faire,

Vous plaignez les peuples du Rhin, (1)

 

(1)  Cette Epitre a êté faite par Jean de la Fontaine, de l’Accademie Françoise, et est une reponse a une Lettre que le Duc de Vendosme avoit ecrite a l’auteur, dans laquelle il plaignoit les peuples d’Allemagne qui sont ceux du Rhin, a cause des desordres que l’Armée Françoise y faisoit.

 

D’autre costé, le Souverain, (2)                                                          [314]

Et l’Interrest de votre gloire,

Vous font courir à la victoire,

Mars est dur, ce Dieu des Combats,

Trouve au sang même des appas,

Rarement voit on ce me semble,

Guerre et pitié, loger ensemble,

Aurions nous des hostes plus doux

Si l’Allemagne entroit chez nous, (3)

J’aime mieux les Turcs en Campagne, (4)

Que de voir nos vins de Champagne

Prophanez par les Allemands, (5)

Ces gens ont des Hanaps (6) trop grands,

Nostre Nectar (7) veut d’autres verres;

En un mot gardez qu’en nos Terres

Le chemin ne leur soit ouvert;

 

(2)  Le Roy de France Louis XIV.

(3)  Il est certain que si les Allemans avoient êté en France, ils y auroient encore fait de plus grands desordres.

(4)  Les Turcs de leur costé faisoient la guerre contre l’Empereur et l’Empire de concert avec la France.

(5)  Les vins de Champagne etoient alors estimez, les meilleurs de France, et si les Allemands êtoient entrez en France, c’eust êté par cette Province ny le vin, ny les vignes.

(6)  Hanap est un vaisseau pour boire.

(7)  La Fontaine compare le vin de Champagne, au Nectar que les Poëtes et les Payens disoient être le breuvage des Dieux.

 

Ils croyent nous prendre sans verd, (8)                                              [315]

Prendre sans verd nôtre Monarque, (9)

Il sçait trop bien mener sa barque,

Je vois ces heros (10) retournez

Chez eux avec un pied de nez,

Et le protecteur des rebelles, (11)

Le Cul a terre entre deux selles, (12)

Et tout le party Protestant, (13)

Du Saint Pere (14), en vain tres content, (15)

J’ay la dessus un conte a faire;

L’autre jour touchant cette affaire,

Le Chevalier de Sillery, (16)

En parlant de ces choses cy,

Souhaittoit pour la paix publique,

 

(8)  C’est a dire surprendre la France.

(9)  Louis XIV.

(10)   Ce sont les Officiers generaux de l’Armée d’Allemagne à la  teste desquels etoit Charles Duc de Lorraine, les autres sont nommez aussi dans les pieces de cette année.

(11)   Guillaume-Henry de Nassau Prince d’Orange qui avoit, comme on a veu plus haut soutenu les rebelles d’Angleterre et detrosné leur Roy Jacques II.

(12)   La Fontaine espere que le Prince d’Orange sera ancanty par les Armes de France, et que de Roy d’Angleterre et de Capitaine general des Hollandois qu’il etoit, il ne sera plus rien, c’est ce que veut dire ce quolibet.

(13)   Les Protestans tant d’Allemagne que du pais bas et d’Angleterre reunis contre la France.

(14)   Le Pape Innocent XI.

(15)   On a veu plus haut que ce Pape etoit si aigry contre la France, qu’il soutenoit les Alliez contre cette Couronne tous Protestans, qu’ils êtoient pour la pluspart, dans l’esperance qu’ils l’abaisseroient.

(16)   ……….. Bruslard de Sillery Chevalier 1er Ecuier de Francois-Louis de Bourbon Prince de Conty et du sang.

 

Que le Pape fut Catholique, (17)

Et le Roy Jacques Huguenot, (18)

Ce mot est un assez bon mot,

Les quolibets que je hazarde,

Sentent un peu le Corps de Garde,

Ce stile est bon en tems et lieu,

Une autrefois moyennant Dieu

Vôtre Altesse me verra mettre,

Du François plus fin dans ma lettre,

Cependant d’un soin obligeant,

L’Abbé m’a promis quelqu’Argent, (19)

Amen, et le Ciel le conserve,

Appollon ses Chants et sa verve,

Bacchus, et peut être l’amour

L’occupent souvent tour a tour, (20)

 

(17)   Cela est plaisant c’est a dire que le Pape favorisât les Catholiques au lieu qu’il favorisoit les Protestans, comme il vient d’être dit.

(18)  C’est que si le Roy Jacques II Roy d’Angleterre lors refugié en France, ne s’etoit point fait Catholique, et eût demeuré Huguenot comme ses Peres, les Anglois n’auroient pas appellé le Prince d’Orange pour le detrosner, et il n’y eut point eu de guerre entre cette Couronne et la France.

(19) L’Abbé de Chaulieu qui faisoit les affaires du Duc de Vendome avoit promis a la Fontaine de lui donner quelqu’Argent sur une pension de 600 que ce Duc lui faisoit, et qui faisoit la meilleure partie de son revenu.

(20) Cet Abé aimoit fort tous les plaisirs designez par Appollon qui est la Musique, Bacchus, qui est le vin et la bonne chere etc.

 

Sans compter l’hydre creanciere, (21)                                                [317]

Quelque jour ce sera matiere.

Pour lui donner avec raison,

Autant de testes qu’a Typhon, (22)

Il veut accroître ma chevance; (23)

Sur cet espoir, j’ay par avance

Quelques Louis au vent jettez,

Dont je rends graces à Vos bontez; (24)

Le reste ira sans point de faute,

Où bien je compte sans mon hoste;

Mon hoste m’a dit aujourd’huy

Qu’il faut que je compte avec luy,

Goutez vous cette parenthese; (25)

Le reste ira ne vous deplaise, (26)

En vin, et joye et cetera, (27)

Ce mot cy s’interpretera.

 

(21)   L’Abbé de Chaulieu chargé comme il êtoit des affaires du Duc de Vendosme etoit tres occupé des Creanciers de cette Maison, qui etoient en grand nombre, comme dans une grande quantité il en paroît toujours quelqu’un; la Fontaine les compare a l’hydre, que les Poëtes disoient avoir plusieurs testes dont chacune renaissoit a mesure qu’on l’abattoit.

(22) Geant peint par les Poëtes ayant cent testes.

(23) Mon revenu.

(24) Parce que c’est sur la pension qu’il avoit du Duc de Vendosme que la Fontaine depensoit, car il avoit mangé tout son bien.

(25) La Fontaine demande au Duc de Vendosme s’il est content de ce que son hoste lui demande de l’argent. La raison est aisée a deviner.

(26) Le reste de l’argent que lui donnera l’Abbé de Chaulieu sur sa pension.

(27) Les autres plaisirs.

 

Des Jeannetons (28), car les Climenes, (29)                                       [318]

Aux vieilles gens sont inhumaines, (30)

Je ne vous repons pas qu’encor

Je n’employe un peu de vôtre or

A payer la brune et la blonde,

Tout peu arriver en ce monde,

On me dira que tous les jours

Barbe fleurie, et les amours

Ne seront pas d’intelligence;

J’en conviens; mais vôtre finance

Pour cela ne croupira pas,

N’en soyez point dans l’embarras,

Nous faisons au Temple (31) merveilles,

L’autre jour on bût vingt bouteilles,

Regnier (32) en fut l’Architriclin; (33)

 

(28)   Les Grisettes.

(29)   Les filles de condition.

(30)   La Fontaine êtoit vieux, ainsi il se defie avec raison de  reussir auprés des femmes de condition qui prefere la jeunesse et la beauté a l’argent.

(31)   Le Temple à Paris êtoit la demeure de Philippes de Vendosme Grand Prieur de France frere du Duc de Vendosme. C’etoit un lieu de plaisir, où le Grand Prieur donnoit souvent des repas tres agreables.

(32)   Regnier avoit êté Page de la Musique du Roy, puis Maître a chanter dans Paris. Il etoit bien fait et ne manquoit point d’Esprit. Il chantoit fort bien et accompagnoit merveilleusement du Theorbe. Le Duc de Vendosme et le Grand Prieur de France l’avoient pris a leur service.

(33)   Les anciens Romains appelloient Trielinium le lieu où ils mangeoient, c’est de là que le mot Architrielin, veut dire Intendant Ordonnateur d’un repas.

 

La nuit êtant sur son déclin,                                                    [319]

Lorsque j’eus vuidé mainte coupe

Lanjamet (34) aussi de la troupe,

Me remena dans mon manoir,

Je luy donnay, non le bon soir;

Mis le bonjour, la jeune aurore,

En quittant le rivage more, (35)

Nous avoit a table trouvez,

Nos verres nets et bien lavez, (36)

Nos yeux êtant un peu troubles,

Sans pourtant voir les objets doubles, (37)

Jusqu’au point du jour on chanta,

On rit; on but, on disputa,

On raisonna sur les nouvelles,

Chacun en dit et des plus belles,

Le Grand Prieur (38), eut plus d’esprits,

Qu’aucuns de nous sans contredit;

 

(34)                …… de Lanjamet Breton fils du Conseiller du Parlement de Bretagne, lequel avoit de l’Esprit et de l’agrément.

(35)                 L’Aurore quand elle paroist vient du costé du Rivage mort.

(36)                 Par le vin qui fut bû a ce repas.

(37)                 Quand on est yvre les objets paroissent doubles.

(38)                 Philippes de Vendosme Grand Prieur de France etc.

 

 

J’admiray son sens, il fut rage;                                                           [320]

Mais malgré tout son beau langage,

Qu’on êtoit ravy d’ecouter,

Nul ne s’abstint de contester, (39)

Je dois tout respect aux Vendosmes;

Mais j’irois en d’autres Royaumes,

S’il leur falloit en ce moment

Ceder au Ciron seulement, (40)

Je finis et je vous souhaite

Une victoire tres complette,

Chance à tous jeux (41) de la santé,

Non pas pour une eternité,

Je suis en mes voeux plus modeste,

Pourveu que la bonté celeste

A vous, au Grand Prieur, à moy,

Done cent ans de bon aloy,

Je serai content du partage;

Vous en meritez d’avantage,

Mais la raison d’un si beau lot

Ne se dit pas toute en un mot. (42)

 

(39)  Le Duc de Vendosme et son frere le Grand Prieur de France disputoient incessamment sur toutes sortes de matieres; car ils avoient beaucoup d’esprit et de scavoir et aimoient a disputer; il falloit necessairement que tout ce qui etoit avec eux en fit autant.

(40)  C’etoit leur faire sa Cour que de leur tenir teste dans la dispute, ainsi La Fontaine fait un trait de courtisan en se vantant qu’il ne leur cedera rien.

(41)  Le Duc de Vendosme etoit grand Joueur.

(42)  La Fontaine pretend que c’est a cause de beaucoup de bonnes qualités que le Duc de Vendosme merite plus de cent ans de vie et que son Eloge ne peut être renfermé en peu de paroles.

 

 

Chanson                    1689                            [321]

Sur l’Air: Sonnons le Tocsin

 

Sais tu la difference,

De Lorraine à Duras,

Lorraine a pris Mayence

Dont je fais peu de cas;

Mais l’autre plus sage et plus fin

En a vendu le vin.

 

Cette Chanson est ironique, et pour la comprendre, il faut scavoir que l’Armée de l’Empereur et de l’Empire, commandée par les Ducs de Lorraine, de Baviere, et de Saxe, assiega au mois de  Juillet 1689 la ville de Mayence que l’Archevesque avoit remis aux François moyennant 400000 sur la fin de l’année 1688. Nicolas Chalon du Blé Marquis d’Huxelles, Chtr des Ordres du Roy, Lieutenant general des Armées de sa Majesté en Bourgogne et Gouverneur des ville et citadelle de Chalons sur Saone, commandoit dans Mayence, et fut obligé de la rendre faute de poudre le 11 Septembre 1689 aprés 48 jours de tranchée ouverte. Jacques Durfort, Duc de Duras, Marechal de France, Chtr des Ordres du Roy, Capitaine des Gardes du Corps, et Gouverneur de Franchecomté, commandoit alors les les Armées du Roy en Allemagne, et ce general s’apliqua pendant cette Campagne bien plus a ce qui regardoit sa gloire, car non seulement, il ne se signala par aucun exploit; mais il venoit à son profit tout le vin et tout le Blé qu’il pût trouver dans tous les villages, Bourgs, et Villes qu’il trouva sur son chemin. J’ay ouy estimer a 200000 Ecus le profit qu’il fit cette Campagne. Mais je doute que cela ait pû aller a une si prodigieuse somme.

 

 

Autre                                                             [322]

Sur l’Air de Falariradondaine.

Sur le même sujet que les precedentes; faite par les Cavaliers de l’Armée que le Mareschal Duc de Duras commandoit en Allemagne, l’an 1689.

 

Duras dans sa Chaise

Avec son vin vendu*,

Fait la guerre à son aise;

Falariradondaine,

Et se f…. du surplus

Falariradondu.

 

*On pretend que le Mareschal Duc de Duras pilla tant qu’il pût pendant toutes cette Campagne, et vendoit a son profit le vin qu’il faisoit prendre.

 

 

Chanson                    1689                            [323]

Sur l’Air du Duc de Beaufort.

Sur la Prise de la ville de Mayence, qui se rendit aux Imperiaux le 11 Septembre 1689. Comme il est plus amplement expliqué dans le Commentaire de la Chanson precedente.

 

Si Mayence avoit tenu,

Nous allions en decoudre; (1)

Louvois (2) l’auroit secouru,

Mais il êtoit depourveu

De poudre (3), de poudre, de poudre.

 

(1)  On fit semblant de faire marcher l’armée que commandoit le Mareschal, Duc de Duras, au secours de Mayence.

(2)  François Michel le Tellier Marquis de Louvois, Ministre et Secretaire d’Etat pour la Guerre etc.

(3)  Voyez le Commentaire de la Chanson precedente.

 

Autre                                                             [324]

Sur l’Air des Triolets.

Faite par un Officier de l’Armée Françoise qui servoit en Allemagne l’an 1689 commandée par le Mareschal Duc de Duras.

 

Sire (1), je suis vôtre valet,

Je ne vas plus en Allemagne,

On n’y fait que jouer au Galet; (3)

Sire, je suis vôtre valet,

Et nôtre General (3) n’a fait

Autre chose cette Campagne,

Sire je suis vôtre valet

Je ne vas plus en Allemagne.

 

(1)  Cette Chanson s’adresse au Roy Louis XIV.

(2)  Pour jouer au Galet, on pousse des Clefs, ou un morceau de fer le long d’une table, et celui qui aproche le plus près de l’extremité gagne. Ce jeu si facile fut introduit par l’oisiveté dans l’armée Françoise qui etoit en Allemagne l’an 1689.

(3)  Le Mareschal Duc de Duras.

 

Chanson                    1689                            [325]

Sur l’Air: Je vous le dis et le repete.

Sur le Mareschal de Duras, et le Marquis d’Huxelles, dont les qualitez sont plus hautes et qui paroissoient les Generaux de confiance dans le tems que Charles Duc de Lorraine êtoit l’an 1689 à la teste des Armées de l’Empereur, et de l’Empire contre nous et avoit pris Mayence.

 

Pour opposer au grand Lorraine,

Il faudroit Condé (1), ou Turenne, (2)

Pleurons a jamais leur trepas,

Et plaignons le sort de la France

De n’avoir espoir qu’en Duras

Et au deffenseur de Mayence. (3)

 

(1)  Louis de Bourbon Prince de Condé 1er Prince du sang, Grand Maître de France Duc de Bourbon, Montmorency, Château-Roux etc, Pair de France, Chevalier des Ordres du Roy et Gouverneur de Bourgogne, mort le 11 Decembre l’an 1686.

(2)  Henry de la Tour-d’Auvergne Vicomte de Turenne, Mareschal de France, Colonel general de la Cavalerie Legere, et Gouverneur de Limousin, tué d’un coup de Canon le 27 Juillet 1675.

(3)  Nicolas-Chalon du Blé, Marquis d’Huxelles etc.

Nota. Que beaucoup de gens croyent avec fondement que le Marquis d’Huxelles pouvant par sa seule resistance deffendre plus longtemps Mayence, et peut etre en faire lever le Siege aux Imperiaux, ne l’avoit rendu que par un Ordre secret de Francois-Michel le Tellier Marquis de Louvois, Ministre et Secretaire d’Etat dont il etoit le favory. Il est certain que si les Imperiaux n’avoient pû se rendre Maîtres de cette place ils auroient fait la paix avec la France, il est certain aussi que si la France eut êté en paix, Francoise d’Aubigné Marquise de Maintenon, Jean-Baptiste Colbert Marquis de Seignelay, Secretaire d’Etat et les autres Ennemis de Mr de Louvois qui avoient du credit auprés du Roy Louis 14 auroient perdu ce Ministre qui leur servoit de contrepoids et qui d’ailleurs etoit insuportable a tout le monde par sa dureté, son orgueil et son peu de foy. Celui cy qui prevoyoit sa chute, alluma la guerre sur les petits pretextes qui se presenterent et qu’on eut aisement appaisée, et cela parce qu’ayant seul connoissance de ce qui concernoit la guerre, on ne pouvoit se passer de lui. Il fit rendre Mayence par son favory pour empescher la paix, et ne perdit depuis ny meme devant, aucune occasion d’echauffer nos Ennemis et de nous en faire de nouveaux par la meme raison. De maniere que toute la France dechirée par cette cruelle guerre etoit la victime de Francois-Michel le Telier Marquis de Louvois descendu en droite ligne de Jean et de Guillaume le Tellier Marchands Drapiers à Paris, et de son ambition.

 

Autre                                                 [326]

Sur l’Air, veux tu scavoir la difference.

 

Pieux Monarque de la France,

Regarde Hidelberg et Mayence,

Mal attaqué, mal deffendu,

De tes deux Chefs de confiance,

L’un ne songe qu’a f…. en cu

L’autre a faire peu de Depense.

 

 

Chanson                    1689                            [327]

Sur L’Air: Je vous le dis, et le repete.

Sur ce que firent les armées de France l’an 1689 et ce qu’on croit qu’elles auroient deu faire.

 

Il faloit plus de diligence,

Si l’on vouloit sauver Mayence

N’aller pas si viste a Valcourt,

A Castanaga* tenir teste.

Dans Bonne jetter du secours

La Campagne eut êté parfaite.

 

* C’est le Gouverneur des pais bas Espagnols. Le reste n’a pas besoin de Commentaire pour qui a leu les vers precedens.

 

 

Chanson                    1689                            [329]

Sur l’Air de la Rochelle.

Sur quelques Officiers generaux des armées du Roy Louis XIV que Sa Majesté distinguoit plus que les autres, par les emplois qu’elle  leur confioit.

 

Laré (1), Saint Ruhe (2), Calvo (3), Boufflens, (4)

Ce ne sont point des Ducs et Pairs,

Et pas un ne pretend de l’estre, (5)

Par plus d’une bonne raison; (6)

Mais ils servent si bien leur maitre, (7)

Qu’ils meriteroient le baston. (8)

 

(1)  L’aisné Sr de Laré Mareschal de Camps et Armée du Roy. Il commandoit alors en Dauphiné.

(2)  …..de St Ruhe Lieutenant general des Armées du Roy, Lieutenant des Gardes du Corps de Sa Majesté, Gouverneur de Sommieres.

(3)  François de Calvo Chevalier des Ordres du Roy, Lieutenant general de ses Armées, Gouverneur de la ville d’Aire, et du Fort St Francois.

(4)  Louis-François de Boufflers Chevalier des Ordres du Roy, Colonel general des Dragons, Gouverneur de Lorraine et du Duché de Luxembourg.

(5)  Tous les 4 sont de Noblesse fort mince.

(6)  Laré est fils d’un Procureur du Parlement de Dijon, et par consequent de Maison de Robbe pour ne pas dire Bourgeois. St Ruhe etoit petit fils d’un Boucher de Saumur, et avoit eté page du Marechal de la Meilleraye. Calvo êtoit de Catalogne et passoit en France pour un peu de chose en son pais. Boufflers êtoit simple Gentilhomme de Beauvaisis.

(7)  Louis XIV.

(8)  Cette equivoque n’en deplaise a l’auteur; est tres impertinente, car s’ils ne meritent pas celuy de Marechal de France, ils ne laissent pas d’etre braves gens, et de qui il ne convient pas de parler avec un tel mepris, non plus que de ceux qui suivent dans le 2d Couplet.

 

Tessé le Dragon (9), et Sourdis, (10)                                                  [330]

Le meriteroient bien aussi.

Sans compter le More Feuquieres, (11)

Et pour nos deux grands Generaux,

Les prudents Duras (12), et Humieres, (13)

Ils en meritent de nouveaux.

 

(9)  René de Froulay Comte de Tessé Chevalier des Ordres du Roy, Marechal de ses Camps et Armées, Mestre de Camp general des Dragons.

(10)  François d’Escoubleau de Sourdis, Chevalier des Ordres du Roy, Lieutenant general de ses Armées.

(11) N….. de Pas, Marquis de Feuquieres Marechal des Camps et Armées du Roy, Gouverneur des Villes et Citadelle de Verdun.

(12) Jacques-Henry de Durfort Duc de Duras, Marechal de France, Chtr des Ordres du Roy. Capitaine des Gardes du Corps de sa Majesté, Gouverneur de Franchecomté, ville et Citadelle de Bezancon.

(13) Louis de Crevant de Humieres Marechal de France grand Maître de l’Artillerie, Chtr des Ordres du Roy etc.

 

Chanson                    1689                            [331]

Sur l’Air: Tranquilles coeurs.

Sur la mort du Sr de la Fons Lieutenant de Roy des ville et Château du Pont de Cé, l’an 1689.

 

Le grand la Fons est au Cercueil,

La Gendron (1) fait triste figure,

Si son C… veut prendre le deuil,

Il faudra bien de la tenture,

Ne vaudroit il pas mieux pour eviter les frais

Le murer pour jamais.

 

(1)  ….. femme que la Fons aimoit depuis longtems.

 

Autre                                                             [332]

Sur l’Air: J’avois cinq sols pour boire.

Sur la même personne et le même sujet que la precedente.

 

La Fons est mort,

Dans les bras de sa garce,

Je le condamne parce

Que les morts ont tort;

Il composoit

Des Chansons agreables,

Partout il plaisoit;

Mais aujourd’huy,

Il est à tous les Diables,

J’iray comme luy.

 

 

Chanson                    1689                            [333]

Sur l’Air des Flons.

 

Condé n’est plus tranquille,

Depuis qu’un singe nu

Montre à sa belle fille,

Le revers de son cu.

Flon etc.

 

Madame la Duchesse

Quand on fait des Chansons,

Autant en pend aux fesses,

De ceux qui les font;

Flon etc.

 

Autre                                                             [334]

Sur l’Air……

 

Condé je ne scaurois m’en taire,

Tu traites de putain ta mere,

Tu déclares ton fils cocu,

Je t’ay veu jaloux de ton pere,

On te pendroit pour un Ecu,

Quel autre fou pourroit mieux faire.

 

 

Chanson                    1689                            [335]

Sur l’Air de Jean de Vert.

Sur François-Maurice le Tellier Marquis de Louvois, Ministre d’Etat, Chancelier des Ordres du Roy, Surintendant des Bâtimens et des Postes de France. Cette Chanson fut faite aprés la Prise de Mayence dont le detail est cydevant, et qui se rendit faute de poudre; l’auteur se prend à Mr de Louvois du manque de Munitions, et prend de là sujet de critiquer la conduite de ce Ministre, et de comparer la maniere dont on la fait la guerre a present avec celle dont on la faisoit avant la paix des Pirenées.

 

Pour un Minsitre des plus grands

La belle prevoyance,

De laisser tant d’honnestes gens,

Sans poudre dans Mayence,

Qu’est donc devenu le bon sens

Cela faisoit-il du tems

De Jean de Vert.

 

On n’y voyoit point d’Inspecteurs,

Qu’on croit si necessaires,                                                                  [336]

Ny de tous ves autres voleurs,

Qu’on nomme Commissaires;

Mais avec des passevolans

On faisoit mal passer le tems

A Jean de Vert.

 

On ne faisoit point les Mousquets

Tout d’un même Calibre;

Mais l’on en sentoit les effets,

Du Rhin jusqu’au Tibre,

Qui faisoient trembler les Flamans,

Les Espagnols, les Allemans,

Et Jean de Vert.

 

On n’etoit point si curieux

De ces grandes moustaches,

Qui ne menacent que les Cieux,

Et ne font peur qu’aux Vaches

Tout au plus aux petits enfans;

Cela se faisoit il du tems

De Jean de Vert.

 

Nul de tous ces Colifichets

Dont on pare nos drilles,

Ni de mil autres affiquets,                                                                   [337]

Plus propres a des Filles,

En deviennent ils plus mechans;

Cela se faisoit il du tems

De Jean de Vert.

 

Tous nos Soldats êtoient nus pieds,

Et souvent sans rapiere,

Leurs pourpoints etoient dechirés

Pardevant par derriere,

Cependant l’on ne laissoit pas,

De livrer de sanglans combas

A Jean de Vert.

 

On ny voyoit point au Bureau

Un faquin d’Alexandre*,

Qui vend tout jusqu’aux drapeaux,

Et qui n’est bon qu’a prendre.

On n’y voyoit que honnestes gens,

Ne reverrons nous point le tems

De Jean de Vert.

 

De tout le service passé

Oublier ‘importance,

Et lorsqu’un homme est trespassé,

 

*1er Commis de St Pouange, et St Pouange Cousin germain, et 1er Commis de Mr de Louvois

 

Laisser dans l’indigence,                                                                     [338]

La Veuve avec ses Enfans,

Cela se faisoit il du tems

De Jean de Vert.

 

Sur la bonne foy des Traitez,

Ne garder paix, ny treve,

Ne dire que des duretez,

Qu’on craint plus que la greve,

N’eslever que de sottes gens,

Cela se faisoit il du tems

De Jean de Vert.

 

Chanson                    1689                            [339]

Sur l’Air des Ennuyeurs, ou dessous l’archet

 

Mardelon (1) disoit l’autre jour,

Louvois mignon; ah! que je t’aime,

Qui n’auroit pour toy de l’amour,

Mignon Louvois des beaux la Cresme,

Ton visage est pourveu d’attraits, (2)

Comme Mayence (3) de Mousquets.

 

(1)  Madelene de Laval de Boisdauphin, veuve de Henry-Louis d’Alongny Marquis de Rochefort, et Mareschal de France, D.e d’Atour de Madame la Dauphine; Mr de Louvois êtoit amoureux d’Elle, et c’est pour cela que l’auteur l’introduit parlant a ce Ministre.

(2)  Mr de Louvois est fort laid, et fort desagreable par sa figure et par ses manieres.

(3)  On a veu plus haut comme les Alliez contre la France le 8 7 bre 1689 prennent Mayence faute de Poudre et de Mousquets, sur le Marquis d’Huxelle qui la deffendoit.

 

 

Chanson                    1689                            [341]

Sur l’Air: Laissés paître vos bestes.

Sur Louis de Courcillon Abé de Dangeau etc de l’Accademie Françoise, lorsque l’Abé de Fenelon fut fait Precepteur de Louis Duc de Bourgogne fils aîné de Louis Dauphin de France au mois de …. 1689.

 

Brulez, brulez vos Livres,

Gens avides de tout scavoir;

Brulez, brulez vos Livres

Il n’en faut plus avoir,

En Essuiimains et en rouleau, (1)

Le scavant Abé de Dangeau

A mis la science en morceau, (2)

De tous les Rois de France

Il nous en a fait des Oysons. (3)

Ce maistre d’importance

Vaut bien les Fennelons.

 

(1)  L’Abé de Dangeau avoit imaginé de mettre la Chronologie Ste en Prophane, ancienne et moderne sur des longs papiers rejoins en façon d’Essuimains et de les poser sur des rouleaux afin de les hausser et baisser comme il vouloit, toute sa chambre en êtant pleine.

(2)  C’est que toute l’histoire etoit par morceaux au moyen de ces Essuimains.

(3)  Il avoit composé un jeu de Rois de France qui ressemble au jeu de l’Oye.

 

De quoi sert a l’Abé Dangeau (4)                                                       [342]

D’avoir epuisé son Cerveau,

Pour un Chef d’oeuvre si nouveau,

De rien, car nôtre Sire, (5)

L’honorant d’imparfait mepris

A dit, s’il scait bien lire, (6)

Qu’il montre dans Paris. (7)

 

Que faut il pour le consoler?

Il ne cesse d’acumuler,

Et cent fois le jour d’estaler,

Lambeaux Geographiques, (8)

 

(4)  C’est que l’Abbé de Dangeau s’etoit flatté de l’esperance d’etre Precepteur de Mr le Duc de Bourgogne, a qui l’Abé de Fenelon lui fut preferé, et qu’il se croyoit bien plus digne de cet honneur que celui cy; aussi ressentit il tres vivement cette preference.

(5)  Le Roy Louis XIV dit le Grand.

(6)  L’Abbé de Dangeau êtoit Lecteur du Roy.

(7)  L’Abé de Dangeau êtoit fort pedant, et aimoit a enseigner aux Enfans. Il dogmatisoit partout où il se trouvoit, et n’etoit propre qu’a cela.

(8)  Il avoit composé plusieurs Cartes particulieres de Royaumes et de Provinces pour en connoitre toutes les differentes divisions et subdivisions par raport au Gouvernement Militaire, a la justice, a l’Eglise, aux Finances etc. Il s’etoit surtout attaché a la France; mais tout ce detail contenoit des choses si triviales que cela n’etoit instructif que pour des enfans et des gens de la derniere ignorance. Il parloit de cet ouvrage comme de la plus merveilleuse chose du monde, et le vantoit partout, ce qui faisoit qu’on se moquoit de lui dans tous les lieux où il alloit.

 

Qu’il nous trace avec son baston, (9)                                                 [343]

Grimaces dogmatiques, (10)

Et tous vieux ragotons. (11)

 

(9)  Il portoit toujours un baston, et dés qu’on lui parloit de Geographie il ne manquoit jamais de tracer sur le plancher les ieux qu’il vouloit designer.

(10)  On a desja dit que l’Abbé de Dangeau etoit le plus grand pedant du monde, il l’etoit interieurement et exterieurement, c’est a dire jusques a sa mine et sa façon de faire et de parler, il faisoit outre cela des grimaces effroyables, et qui sentoient merveilleusement ce qu’il êtoit.

(11)  Tout ce qu’il disoit êtoit si commun, ou si connu que tout le monde en êtoit rebuté.

 

Fable Allegorique                                          [345]

L’Hirondelle.

Sur Claude le Pelletier Ministre d’Estat, qui remit au Roy le Controlle general des Finances, le 20 Septembre 1689.

 

Une Hirondelle (1) inquiette,

Voyant aprocher l’hiver; (2)

Pour n’etre prise sans verd, (3)

Voulut faire sa retraite; (4)

Elle avertit ses petits, (5)

De s’aprester au voyage; (6)

 

(1)  Cette Fable est une Allegorie Continuelle, sur Claude le Pelletier Ministre d’Estat et son abdication de Controle general des Finances, et c’est lui que l’auteur de la Fable entend par l’hirondelle.

(2)  Il prevoyoit la guerre longue et facheuse allumée dans l’Europe et la peine qu’il auroit a trouver l’argent necessaire pour en soutenir les frais.

(3)  C’est a dire sans argent.

(4)  Quitter le Controlle general des Finances.

(5)  Ses enfans, qui sont Michel le Pelletier Docteur de Sorbonne et Abbé de Jouy en Brie. Louis le Pelletier President a Mortier du Parlement de Paris, Seigneur de Villeneuve le Roy, et d’Ablon; marié a M…… du Koscaer de Rosembaut heritiere de Bretagne….. le Pelletier Abé de St Aubin d’Angers…. le Pelletier femme de ….. d’Aligre aussi Me des requestes.

(6)  D’abandonner les pretentions que l’elevation de leur pere pouvoit leur donner.

 

Mais ils n’en sont pas d’avis; (7)                                           [346]

Pouquoi ce remuemenage

Ma mere? Quel Vertigo

De changer de domicile,

Nous avons tout a gogo, (8)

Lespalais sont notre azile

Dans les champs et dans la ville, (9)

Est il un climat plus doux,

Le soleil (10) dont la lumiere

Doit etre commune à tous,

Ne luit presque pour nous, (11)

 

(7)  Il est certain que ce dessein les affligea beaucoup.

(8)  On croira sans peine que les enfans d’un Controlleur general des Finances avoient de tout abandamment, aussi ne leur manquoit-il que l’Education qui etoit detestable et fondée sur les maximes que la plus vile bourgeoisie peut inspirer de bas, les 2 abbez avoient l’air, les discours, et le procedé de francs vicaires de village; les deux filles de Commeres du quartier, le seul President avoit un peu meilleure façon, encore y avoit il bien du Bourgeois, et même du pedant a son affaire, a la verité il etoit tres capable en son metier.

(9)  Leur Maison dans Paris étoit l’hostel d’Effiat vieille rue du temple qu’ils louoient de l’hostel Dieu a qui elle apartenoit, mais ils avoient a 4 lieues au dessus de Paris sur le bord de la Seine la superbe Maison de Villeneuve le Roy, que Claude le Pelletier avoit fait bastir aprés en avoir acheté la terre. Il avoit fait plus, car pour y aller plus commodement l’hiver il avoit fait accommoder aux depens du Roy la Montagne de Ville Juifve.

(10)   Le Roy LouisXIV qui a toujours le soleil pour simbole, depuis qu’il eut pris cet astre pour sa devise avec un Globe au dessous avec ces mots latins, nec pluribus impar.

(11)   On peut voir aisement que le Roy avoit lui pour eux par les etablissemens qu’ils avoient, puisque tout cela fut le fruit de six ans de Ministere de leur pere, a la reserve de l’Abaye de Jouy qu’il fit avoir a son fils aîné n’etant encore que Conseiller d’Estat.

 

Tout nous rit, tout nous prospere;                                         [347]

Ma mere, à quoi songez vous,

Ah! jeunesse sans Cervelle

Née icy de ce printemps,

Vous n’avez pas veu dit elle

D’autres lieux, ny d’autres temps, (12)

Bientost l’hiver (13) au teint blesme,

Va rendre l’air sans chaleur, (14)

La campagne sans verdure

Où trouver dans sa rigueur

Abry contre la froidure; (15)

Où trouver dans ce malheur

Ver ou mouche pour pasture. (16)

Prenons en le danger

Avant que l’air de la France

 

(12) Les enfans de Mr Pelletier êtoient jeunes et ne connoissoient que l’aisance de la vie.

(13)   La guerre desja venuë, et qui s’echauffoit de plus en plus entre la France seule, et presque toute l’Europe remuë contre Elle.

(14)   C’est a dire le Royaume sterile et epuisé d’argent.

(15)   De l’argent pour soutenir la guerre, et des expediens pour  couvrir l’incapavité de ce Ministre, qui êtoit outrée.

(16)   De quoi accommoder de plus en plus ses affaires.

 

Si sujet a l’inconstance, (17)                                                               [348]

Ait eu le temps de changer

Son sejour en vain nous flatte,

L’espece dont on nous voit, (18)

Est un peu trop delicate, (19)

Pour attendre icy le froid,

Faut il qu’on vous reïtere

Que le Climat qui vous plaît, (20)

Pour les hirondelles (21), n’est,

Qu’une terre passagere,

Du pais chaud habitans (22)

Nous en sortons au Printems (23)

Pour venir dans ce rivage. (24)

 

(17)   Les François ont toujours passé pour être inconstans; mais la Fortune des Ministres, et principalement de ceux qui gouvernent les Finances est encore plus sujette a l’inconstance.

(18)   C’est l’employ de Ministre, et de Ministre a la teste des Finances.

(19)   Sujette aux revers.

(20)   L’Elevation de cette Famille.

(21)   Pour les Ministres d’Etat.

(22)   Sous le Roy Louis XIV les Ministres ont tous êté tirez de la Robe; profession qu’on peut apeller un pais chaud, par le bien, la commodité et le credit qui y est.

(23)   C’est a dire quand la fortune y apelle, que les affaires ne sont pas difficiles, ny les temps facheux.

(24)   A la Cour.

 

A la faveur du beau tems,                                                       [349]

Etablir nôtre menage, (25)

Mon menage est etably; (26)

J’ay pris mon tems de maniere

Que tout m’a bien reüssi. (27)

Grace à mes soins vous voicy

Aussi drus (28) que pere et mere,

Que me reste t’il a faire,

Sinon de mettre à couvert

Dans une terre eloignée, (29)

Des insultes de l’hiver, (30)

Et moy même et ma lignée.

 

(25) Faire nos Affaires.

(26) On l’a veu clairement plus haut.

(27) Cela n’est pas surprenant puisqu’il est venu dans un tems de paix, où la France etoit maîtresse de l’Europe, et aprés Jean Baptiste Colbert Controlleur general des Finances et le plus habile homme en cette partie qui ait jamais esté.

(28) Il est aisé de voir qu’il ny en avoit pas un d’Eux qui ne pût se passer aisement du reste du monde.

(29) Dans le sein de sa famille.

(30) Des revers de fortune.

 

Nota. Que le Roy luy conserva son entrée dans tous les Conseils, et le rang qu’il y avoit comme Controlleur general des Finances, et le Brevet de Ministre d’Etat avec 60000 de pension.

 

 

Fable Allegorique                                          [350]

Suite de la precedente.

Le Moineau a l’Hirondelle

Sur son demenagement.

Sur Claude le Pelletier Ministre d’Estat etc.

 

Un Moineau du remumenage

Comme le plus proche voisin,

S’apercevant de son dessein

Luy dit, vous n’êtes gueres sage,

De preparer tous vos petits, (1)

A changer vôtre Domicile, (2)

Voulez vous suivre mon avis;

Gardez vous de faire ainsi Gille, (3)

Eh pourquoi quitter sans raison

Un des plus beaux climats du monde, (4)

Vous avez de tout a foison;

 

(1)  Votre Famille.

(2)  Quittez votre employ de Controlleur general des Finances.

(3)  Vous retirer.

(4)  La Cour avec la figure que vous y faites.

 

Songez qu’il vous faut passer l’onde, (5)                                           [351]

Que Borée qui toujours gronde,

Pourroit en passant vous ôter

Le meilleur de votre equipage,

Où voulés vous mieux vous poster,

N’est il pas doux de s’arrester

Quand on possede pour partage

Des Palaisque l’on peut tester, (6)

Vos petits ont plus de Cervelle,

Quoiqu’ils ne soient nez qu’au printems, (7)

Et ne connoissent d’autre temps,

Que cette saison toujours belle, (8)

L’hiver (9) qui vous paroist hideux (10)

Ne sera point rude pour eux; (11)

Qui vous a dit que notre France

Etoit sujette a l’inconstance;

Que l’air y perdoit sa chaleur (12)

Et la Campagne sa verdure;

 

(5)  Il est difficile de comprendre ce que l’auteur de cette Fable veut dire par ce vers et les 3 suivans.

(6)  Villeneuve le Roy.

(7)  Quoiqu’ils soient jeunes.

(8)  Que votre bonne fortune.

(9)  La Guerre.

(10)   Que vous aprehendez.

(11)   Puisqu’ils sont tous bien etablis et de maniere a ne point craindre de revers, comme on a pû voir dans le 5e Commentaire de la fable precedente.

(12)   Que le Royaume s’epuisoit d’argent.

 

Qui vous la dit, quelque imposteur                                                     [352]

Il n’est pas vray (13), je vous le jure;

Eûtes vous jamais le malheur

D’y sentir la moindre froidure, (14)

Quelqu’un vous a dit ces Chansons;

Mais plus je vous vois, plus j’admire

Comme sur le moindre ouy dire,

Vous prenez d’injustes soubçons, (15)

Au fort de la saison nouvelle, (16)

Vous craigniez jusqu’a vos amis, (17)

 

(13)   Il est certain que la France en trouvoit suffisamment pour soutenir avec gloire les frais de la guerre.

(14)   D’y manquer d’Argent.

(15)   Jamais homme n’a êté soubçonneux et si meffiant que celui là; marque certaine d’un petit esprit.

(16)   Dans le tems que vous exerciez l’employ de Controlleur general.

(17)   Plus on avoit lieu de se croire bien avec cet homme là et plus il temoignoit d’indiference. Ce travers qu’il regardoit comme une grande vertu, alloit jusqu’a faire avorter les affaires quoique justes, quand elles lui êtoient recommandées par ses amis.

 

Jusqu’a vos freres (18), et vos fils, (19)                                             [353]

Cette crainte continuelle,

Vous a jettez dans un mepris, (20)

Qui passe jusqu’a vos petits, (21)

 

(18)   Ses freres êtoient Hierosme le Peletier Conseiller d’Etat qui avoit acquis une grande reputation d’integrité et de capacité dans le Parlement de Paris, où il avoit été longtems Conseiller et Michel le Pelletier aussi Conseiller d’Etat, et Intendant des Finances. Celui cy avoit rendu des services considerables en Flandres où il avoit êté 17 ans Intendant de Justice. Il savoit marier l vertu avec la douceur, une grande erudition et une grande habileté pour les affaires avec un agréement extraordinaire dans la conversation et une facilité merveilleuse pour l’intelligence et expedition des affaires les plus difficiles. Il êtoit vif, galant, poly, doux et avoit l’esprit d’une naiveté surprenante. Il avoit avec cela une sagesse et une discretion qui auroit êté outrée dans un tems moins epineuse que celui où il etoit, une modestie extraordinaire et une moderation et une fermeté de Philosophe. Tout autre homme que Claude le Pelletier leur frere ainé eut deux freres pareils comme deux Tresors dans sa Famille; mais sa jalousie a l’envie qu’il portoit a leur vertu, a leur merite et a leur capacité jointe a l’ineptie qu’il se sentoit, faisoit qu’il les traitoit plustôt en ennemis qu’en freres. On ne peut mettre icy les pieces qu’il leur a jouées, il faudroit un Volume; mais on ne scauroit obmettre qu’il ruina son frere Michel le Pelletier dans l’esprit du Roy de peur qu’il ne fut Controlleur general des Finances aprés lui, et que sa superiorité de genie n’y parût, et il poussa sa prevoyance jusqu’a faire Intendant des Finances Louis Phelypeaux Sr de Pontchartrain 1er President du Parlement de Bretagne a fin de le pouvoir proposer au Roy pour avoir le Controle general lorsqu’il l’abdiqueroit et en exclure son propre frere. Ce qui arriva.

(19)     Leurs noms et leurs qualitez sont dans le 5er Commentaire de la Fable precedente.

(20)    Jamais homme n’a êté plus meprisé et plus meprisable que lui.

(21)    Ses enfans hors Louis le Peletier Mortier du Parlement de Paris êtoient tous fort meprisables; mais il est certain que celui qu’on avoit pour le pere rejalissoit sur eux, et que le pauvre president a eu bien de la peine a l’ecarter d’autour de lui.

 

Et je dois en amy fidele                                                                       [354]

Vous dire icy que tout oiseau, (22)

N’eût êté l’essor de vôtre asile, (23)

Vous eut pris pour un Etourneau, (24)

Plutôt que pour une Hirondelle, (25)

Celles du printems precedent, (26)

Scavoient mieux affronter Borée, (27)

Celles qui viendront l’autre année, (28)

En feront pour le moins autant;

S’il sort quelquefois de la Frise, (29)

Païs marecageux et bas;

 

(22) Tout le monde.

(23) La place où vous êtiez elevé.

(24) Les Estourneaux sont fort sots.

(25) Que pour un Ministre ou un homme capable d’elevation.

(26) Jean Baptiste Colbert Controlleur general des Finances a qui Claude le Pelletier avoit succedé.

(27) Borée en cet endroit veut dire François Michel le Tellier Marquis de Louvois, Ministre et Secretaire d’Etat, a qui Mr Colbert tenoit teste dans le Conseil du Roy.

(28) Louis Phelypeaux de Pontchartrain Controlleur general des Finances aprés Claude le Pelletier.

(29) Guillaume-Henry de Nassau Prince d’Orange, natif de la Province de Frise, usurpateur des Royaumes d’Angleterre et d’Ecosse, sur le Roy Jacques II son beaupere.

 

Quelques brouillards pour ces Climats, (30)                                      [355]

Que quelque vent froid favorise, (31)

Nôtre soleil (32) par sa chaleur, (33)

En dissipera la froideur, (34)

Avant qu’on ait lieu de s’en plaindre;

Croyez moy donc, cessez de craindre,

Et demeurez icy l’hiver, (36)

Vous ne serez point pris sans verd, (37)

Vous vivrez dans vôtre famille,

Elle est si sage et si gentille, (38)

On y tient de si doux propos, (39)

On y dit mille petits mots,

Qui sont les plus jolis du monde, (40)

 

(30)   La France n’a jamais eu un plus cruel ennemy, et toute l’Europe n’etoit armée contre elle, que par lui.

(31)   Tout le nord êtoit dans les interrets du Prince d’Orange.

(32)   Louis XIV Roy de France.

(33)   Par l’effort de ses Armes.

(34)   La fureur.

(35)   Avant que ses ennemis lui ayent fait du mal.

(36)   Pendant la guerre.

(37)   Sans argent.

(38)   Cela est ironique, car il ny en a jamais une si impertinente excepté le President.

(39)   C’est a dire les sottise [sic].

(40)   Ou les plus ridicules.

 

D’une puissance sans seconde,                                                           [356]

Vous craignerez a gogo, (41)

La chose vous sera facile, (42)

Quittez donc vôtre Vertigo, (43)

Et gardez vôtre domicile, (44)

Ou bien l’on dira par la ville, (45)

Nimia precautio dolus, (46)

Adieu, meditez la dessus.

 

(41)   Claude le Pelletier ne croyoit que lui de parfait, il avoit mechante opinion de la conduite, de l’Esprit et de l’habileté de tout le monde. Il critiquoit tout ce qu’il voyoit et ses enfans elevez dans cet esprit rencherissoient encore sur lui.

(42)   Asseurement.

(43)   Vôtre fantaisie.

(44)   Gardez vôtre employ.

(45)   Paris.

(46)   Ce mot latin veut dire que la trop grande precaution se regarde d’ordinaire comme une ruse et une envie de tromper.

 

Chanson                    1689                            [357]

Sur l’Air de Joconde.

Sur Claude le Pelletier qui remit au Roy le Controle general des Finances le 20 7bre 1689 et que sa Majesté conserva dans son Conseil en qualité de Ministre d’Estat.

 

Si jadis les Consuls Romains

Quittant le Ministere

Alloient labourer de leurs mains

Les guerets de leurs peres,

Pour occuper de Pelletier

L’habileté connuë,

Il faudroit en bonne equité

Le mettre à la Charue.

 

Les plaisans de la Cour l’apellerent depuis son abdication le Ministre Claude, faisans allusion a sa dignité et à son nom de Batesme.

Nota: Que le Roy fit Controlleur genera des Finances en sa place Louis Phelypeaux Sr de Pontchartrain qui etoit Intendant des Finances.

 

 

Chanson                    1689                            [359]

Sur l’Air: Qui veut scavoir la difference.

Faite l’an 1689 sur Louis XIV dit le Grand, Roy de France, Jacques II Roy d’Angleterre, et Guillaume Henry de Nassau Prince d’Orange qui usurpa le Royaume d’Angleterre sur le Roy Jacques son beaupere.

 

Louis le Grand, Jacques et Guillaume

Portent le nom de ce Royaume*,

Avec cette diversité

Louis le Grand en est le maître

Jacques ne l’a jamais eté,

Et Guillaume voudroit bien l’estre.

 

*Le Royaume de France.

Nota: Que les Rois d’Angleterre dans leurs qualitez prennent le Titre de Rois de France.

 

Epigramme                1689                            [361]

Sur les 1400000 de Rente viagere apellées vulgairement la Tontine, et crées au mois de Decembre 1689 sur l’hostel de ville de Paris où il y avoit 14 Classes dans chacune desquelles les rentiers heritoient des uns des autres jusqu’a la mort du dernier, il seroit trop long d’expliquer icy tous les Articles de l’Edit de Creation de ces rentes, et il suffit de dire qu’il est du mois de Decembre 1689 qu’il fut registré au Parlement de Paris le 2e de ce mois, et a la Chambre des Comptes, et a la Cour des Aides les jours suivans. C’est où le Lecteur pourra s’en eclaircir, l’auteur fait parler un homme qui a mis a la Tontine.

 

Je suis riche à jamais, si l’on me fait la grace

D’enroler sous Humieres les Rentiers de ma Classe

Tandis que chaudement sous le sage Duras

Je seray pour toujours eloigné des Combats.

 

On peut voir dans les vers precedens que le Mareschal d’Humieres Commandant l’Armée du Roy en Flandres l’an 1689 attaqua la ville de Valcour le jour de St Louis tres mal a propos, fut obligé de se retirer sans la prendre aprés y avoir bien fait tuer du monde, et qu’au contraire le Mareschal de Duras general des Armées du Roy en Allemagne ne vit seulement pas les Ennemis.

 

 

Chanson                    1689                            [363]

Sur l’Air de Maire.

Sur ce qu’au mis de Decembre 1689 le Roy fit fondre à la Monnoye et convertir en espece toute l’rgenterie qu’il avoit fait faire pour l’ornemens de ses Maisons, et qui êtoit la plus belle qu’il y eut au monde. Sa Majesté se trouvant pressée par les forces et le grand nombre des Ennemis qui attaquoient la France, fut obligée d’en venir a cette extremité tant pour voir de l’Argent que pour augmenter l’espece qui commençoit a manquer dans le Royaume, le Roy ordonna en même temps que chaque particulier en fit autant. Cela mit 6 millions dans le Commerce et diminua le luxe qui êtoit a un tel point qu’il y avoit plusieurs femmes de Procureur qui avoient des Chenets d’Argent. Sa Majesté vendit aussi 300 Chevaux de ses Escuries pour diminuer la Depense de sa Maison.

 

Vendez grand roy

Quelques Chevaux de Selle,

Et croyez moy

Gardez vôtre vaisselle,                                                                        [364]

Mais;

Vuidez un peu l’Escarcelle

Du gros Marquis de Louvois.

 

Il y a de l’erreur a cette Chanson, car le Roy se fondit pas sa vaisselle mais ses meubles d’argent comme ses tables, miroirs, Gueridons, Girandoles, Chandeliers, Torcheres etc.

 

Chanson                    1689                            [365]

Sur l’Air de Joconde.

A François Joseph Marquis de Crequy, Colonel du Regiment Royal d’Infanterie.

 

Beau Crequy, de ton air charmant,

Une Dame embrazée, (1)

Se resoud a perdre un Amant, (2)

Dont elle est bien payée; (3)

Mais s’il decouvre ton bonheur,

Prens bien garde à la vie,

Car le plus grand empoisonneur (4)

Eschape a la Reynie. (5)

 

(1)  Marie-Louise Rouxel de Grancey.

(2)  Philippe de Lorraine apellé le Chevalier de Lorraine.

(3)  Le Chevalier de Lorraine lui donnoit beaucoup.

(4)  Personne ne doutoit que le Chevalier de Lorraine n’eut fait empoisonner par un Provençal nommé Morel Henriette Anne d’Angleterre 1re femme de Philippe de France Duc d’Orleans duquel il etoit le favory parceque cette Princesse le haissoit et l’avoit même fait chasser de la Cour par ordre du Roy Louis XIV qui de son coté n’aimoit pas trop ce Chevalier.

(5)  Gabriel Nicolas de la Reynie Conseiller d’Estat ord.re et Lieutenant general de Police du Chastelet de Paris, Juge Severe auquel toutes les Affaires Extraordinaires Criminelles etoient renvoyées par Ordre de la Cour dont il avoit la confiance et qui êtoit Raporteur de cette fameuse Chambre apellée des Poisons où il signala sa severité.

 

 

Madrigal                    1689                            [367]

 

De Madlle de Scudery a Philippe Emanuel de Coulanges qui êtoit alors a Rome où il avoit suivy Charles d’Albert dit d’Ailly, Duc de Chaunes, Pair de France etc. Ambassadeur de France aprés la mort du Pape Innocent XI sur son successeur Alexandre VIII.

Nota: Que ce dernier Pape s’apelloit Pierre Ottobuoni, qu’il êtoit Venitien et fut esleu le 6e Octobre 1689.

 

Quoi! cette Muse si jolie (1)

Qui scait badiner sagement

Et toujours agreablement

Se taira-t’elle en Italie, (2)

Je lui demande trait pour trait

Un bon et fidele portrait

D’un Pape que tout le monde aime, (3)

Je me connoist bien en Tableaux,

 

(1)  Le Sr de Coulanges êtoit fameux par la quantité de Chansons qu’il avoit faites, il y en a plusieurs dans ce Recueil et c’est d’elles que Madlle Scudery veut parler en cet endroit.

(2)  Mr de Coulanges êtoit alors en Italie avec Charles d’Albert dit d’Ailly Duc de Chaunes Pair de France etc. Lisez l’Argument.

(3)  Alexandre VIII eleu Pape le 6 Octobre 1689. Il s’apelloit auparavant le Cardinal Pierre Ottobuoni et êtoit Venitien. Il avoit l’obligation de son exaltation au Duc de Chaunes son ancien amy.

 

Cette Muse en fait de tres beaux,                                                       [368]

Sa maniere, il est vray n’est pas toujours la même,

Jamais sur le Parnasse on ne voit rien de tel,

Elle est tantost Callot, et tantost Raphael. (4)

 

(4)  Mlle de Scudery compare la Muse de Mr de Coulanges a Raphael le plus grand peintre qui ait jamais êté et qui traitoit de grands sujets, et a Callot Graveur fameux par les petits sujets qu’il a imaginez et executez heureusement; elle veut dire par lá que la muse de Coulanges êtoit  propre à tout; En quoy je crois qu’elle se trompe.

 

 

Chanson                    1689                            [369]

Sur l’Air de Joconde.

Servant de Reponse au Madrigal precedent et adressé à Madlle de Scudery qui en êtoit l’auteur; par Philippe Emanuel de Coulanges, êtant à Rome.

 

Sapho (1), qui va trop loin se perd,

Je crains un Labirinthe

Le chemin ne m’est pas ouvert,

Pour aller a Corinthe

Vous demandez ma façon,

Le portrait du Saint Pere (2)

Pour chanter le Grand Ottobuon, (3)

Il faudroit un Homere.

 

(1)  ….. Mlle de Scudery êtoit connue de tout le monde par le nom de Sapho parceque tous les Poëtes de son tems l’avoient comparée a cette illustre Grecque fameuse par son scavoir et ses ouvrages, ce qui etoit une comparaison fort juste.

(2)  Le Pape Alexandre VIII.

(3)  Ce Pape s’apelloit Ottobuoni.

(4)  Tout le monde scait ce que c’est qu’Homere grec, qui dans son Iliade a chanté si merveilleusement le heros de son pais qu’il en a êté apellé le Prince des Poëtes.

 

Stances Irregulieres                1689                [371]

Sur ce que l’an 1689 l’hospital des Incurables à Paris fit banqueroute, ce que l’hospital general, et celui de l’hostel Dieu de la même ville, furent sur le point d’en faire autant la même année.

 

Que servent les Conseils d’une prudence vaine,

L’avenir quel qui soit est hors de son pouvoir,

Ne feroit on pas mieux de s’epargner la peine

Qu’elle nous donne a le prevoir,

Malgré tous nos efforts le destin nous entraisne;

Nous decouvrons l’ecueil sans pouvoir l’esviter

Et souvent le chemin que la sagesse humaine

Montre pour nous en ecarter,

Est celui seul qui nous y meine.

 

Rien n’est asseuré sous les Cieux

Ces Riches hospitaux (1) si connus dans la France,

Si bien fondez (2) par nos Ayeux,

 

(1)  Les hospitaux des Incurables, de l’hostel Dieu et de l’hospital general.

(2)  Le revenu des ces hospitaux êtoit immense et dans le plus beau bien du monde.

 

Si bien regis par la prudence,                                                              [372]

Des Magistrats (3) les plus pieux,

Malgré toute ma prevoyance;

En retenant le bien que je leur ay presté, (4)

Me font faire aujourd’huy la triste experience

De cette grande verité.

 

Que la fortune a d’artifice,

Pour faire reüssir ce qu’elle a projetté;

Qui se seroit jamais douté

Qu’on pût manquer a la justice

En des lieux où l’on voit regner la charité; (5)

 

En vain dit on, pour les deffendre,

Ces maisons autrement ne pouvoient subsister, (6)

 

(3)  Le 1er President du Parlement, de la Chambre des Comptes, de la Cour des Aides, le Prevost des Marchands, et plusieurs notables Bourgeois et Magistrats en etoient les administrateurs.

(4)  L’auteur avec plusieurs personnes avoient des Rentes viageres et des Contracts sur ces hospitaux qu’ils etoient a la veille de perdre.

(5)  C’est dans les hospitaux que regne la Charité.

(6)  Les Administrateurs disoient que ces hospitaux ne pouvoient subsister qu’en retranchant les Rentes des particuliers, et qu’il valoit mieux que ceux cy perdissent leur bien, que de priver le public par la ruine des hospitaux, du bien que les pauvres en retiroient. C’est la dessus que l’auteur se plaint avec raison dans ces stances.

 

Lorsque l’on n’a pas de quoi rendre,

Il n’est pas permis d’emprunter,

Si le Ciel quelquefois dans sa juste colere

Pour eprouver les siens, ou pour les corriger,

Fait monter a tel point l’excez de la misere,

Qu’on ne puisse la soulager,

C’est a nous a souscrire a tout ce qu’il ordonne;

Les moyens d’y pourvoir doivent venir de lui,

Nous pouvons seulement prier qu’il nous les donne

Et ce n’est pas du bien d’autruy,

Qu’un Chrestien doit faire l’aumosne.

 

La charité doit tout embraser de ses feux;

Mais ses soins pour tous equitables

Ne font jamais des malheureux

Pour secourir des miserables,

Son zele en nous attendrissant

N’exige que des dons sans taches et sans crimes

Et sur cet autel Innocent,

On n’egorge point de Victimes.

 

Par M. Pavillon qui a de l’argent a fond perdu sur l’hostel Dieu.

 

Stances Irregulieres                1689                [375]

Sur un Edit du Roy Louis XIV donné à Versailles au mois de Novembre 1689 portant creation de 1400000 de Rentes viageres sur l’hostel de ville de Paris qui seroient acquises suivant les differents âges des acquereurs marqués dans cet Edit, avec accroissement de l’interest des mouvans au profit des survivans.

Nota, que cette maniere de rentes viageres, fut d’abord apellée par le public la Tontine parcequ’elle avoit êté autrefois imaginée par un Napolitain appelé Tonti. Il n’est pas possible de mettre icy la difference des Classes pour l’age des Rentiers, et pour l’interrest de leur argent; le Lecteur curieux est pour cet effet renvoyé a la lecture de cet Edit.

 

Enfin je ne me plaindray plus, (1)

De l’Etoille qui me domine,

Il me reste encore cent ecus (2)

Que je vas mettre à la Tontine.

 

(1)  L’auteur fait parler un homme mal dans ses affaires qui a dessein de mettre de l’argent sur ces Rentes vulgairement apellées Tontine.

(2)  Pour l’intelligence de cecy, il faut scavoir que par l’Edit, chaque constitution de Rente n’etoit que de 300 de Capital; mais qu’il etoit permis a chaque Rentier de prendre tel nombre qu’il  lui plairoit de parties de rentes de 300 de capital chacune.

 

Ô la charmante inventine!                                                       [376]

Sans avoir du Dieu Mars essuyé les Orages, (3)

Sans avoir fatigué la Cour de mes homages,

Je serai sur l’Estat (4), et j’aurai pension.

 

Voici par ou j’espere, et comme j’argumente;

Si je vis, je suis riche (5), et si bientost je meurs,

La pauvreté ny ses horreurs

Ne me causent point d’epouvante.

 

Or ma planete bienfaisante

Promet a ma vie un long cours;

Ergo, j’aurai sur mes vieux jours

Quinze, au vingt mille Ecus de rente. (6)

 

Quels plaisirs! quels honneurs! quelle prosperité,

Est destinée a ma vieillesse;

Mais parmi tant de biens je mourrai de tristesse,

Si mon Roy (7) n’est temoin de ma felicité. (8)

 

(3)  Sans avoir êté a la guerre.

(4)  Sur l’Etat du Roy; parceque c’estoit Sa M.té qui faisoit tous les ans le fonds des rentes qui etoient sur l’hostel de Ville de Paris.

(5)  Parceque plus on vieillissoit, plus il mouroit de Rentiers dont la rente se partageoit entre ceux de la Classe de mort.

(6)  Parceque le fonds de chaque Classe eut produit ce revenu si les fonds eussent êté remplis et que le dernier survivant en eut jouy aux termes de l’Edit.

(7)  Louis XIV.

(8)  En vivant plus que moy.

 

 

Chanson                    1689                            [377]

Sur l’Air des Folies d’Espagne.

Sur un pet lasché par un Asnier en presence de Mr de la Rainie Lieutenant de Police.

Par M. d’Auvilliers.

Cette Chanson est pour se moquer de Mr de la Rainie a cause de la Chambre Ardente de l’Arsenal etablie par ses soins.

 

Ha je pretens punir vôtre insolence,

Remarqués bien ceque vous avez fait,

Quoi vous osez peter en ma presence,

Scavez vous bien ou peut aller un pet?

Reponse.

Un pauvre pet reduit a l’esclavage,

Las de souffrir une sale prison,

Est il puny pour se faire un passage?

La liberté fut toujours de saison.

 

Quoi! pour un pet eschapé sans malice

Ai-je peché contre vos Reglemens?

Declarez moy, grand juge de police

Si vous voulez aussi regler les vens.

 

Un pet est-il assez de consequence

Pour elever contre un cul tous vos sens?

Ce pauvre cul quoique plain d’innocence

Pour vous flechir vous donne de l’Encens.                                         [378]

 

Jamais un pet, soit dit sans vous deplaire,

Ne fut poussé plus methodiquement,

J’avois aussi mes raisons pour le faire,

Car jamais pet ne fut sans fondement.

 

Veillez au guet, a nettoyer les ruës,

Reglez les jeux, la chair, et le poisson;

Mais sur les culs vous n’avez point de veuës

Un cul peut tout dedans son Canesson.

 

Que feriez vous si dessous vôtre Empire

Estoient les vents du Nort et du Levant,

Vous qui grondez contre un pauvre zephire

Qui par hazar est venu du Ponant.

 

Apaisez donc Monsieur vôtre colere,

A quoi sert il icy de disputer,

Vous permettez a mon asne de braire;

Deffendez vous a mon cul de peter.

 

Chanson                    1689                            [379]

Sur l’Air…..

Sur le mariage du fils du President de Maisons qui etoit fort avancé, avec la fille du Lieutenant Civil le Camus; mais le Cardinal le Camus ayant eu ordre de ne point aller au Conclave, on s’est servi des difficultez qui restoient a finir pour le rompre, et ils ont retiré leurs paroles de part et d’autre, surquoi l’on a fait cette Chanson.

 

Malgré la pourpre des Camus,

Et leur Magistrature,

Les quatre freres sont perdus

J’en cheris l’aventure.

Un qui se trouve/croit le plus subtil

Est tout prest de s’en pendre

A nôtre Lieutenant Civil,

Messieurs cherchez un gendre.

 

 

Chanson                    1689 Decembre           [381]

Sur l’Air de la Duchesse par Mr de Coulanges êtant à Rome.

 

Sans vous faire de longs discours

Charmante Iris je vais vous dire comme

Nous passons a Rome

Presque tous les jours

Nous visitons, vignes, Palais, Eglises,

Nous entendons des musiques exquises,

Nous vivons comme en France

Chez l’Ambassadeur,

A plus d’une Eminence,

Nous faisons honneur,

Au Cours on nous saluë,

Et quand la nuit est venuë

Tout retentit de cris

Dà Madama Lanti.

 

Reponse                                                        [382]

 

Vostre bel esprit toujours neuf

Charme la Cour du Saint qui boit et mange,

Quel êtoit Coulange,

S’il eut êté veuf:

Mais le Seigneur content de vôtre femme

Ne songe pas a reprendre son ame.

Perdez donc l’esperance

De venir un jour,

En titre d’Eminence

Charmer nôtre cour,

Et craignez que nos belles

Quand vous irez aux ruelles,

Ne vous disent aussi

Dà Madama Lanti.

 

Chanson                    1689                            [383]

Sur l’Air de la Duchesse; par Madame de Bretonvilliers, a un Abbé.

 

Abbé vostre esprit est charmant

En prose en vers, vous êtes admirable

Rien n’est comparable

A vôtre enjouement,

Au Vatican l’on admire Coulange;

Mais vous ferez bientost prendre le change,

Il faut que le Saint pere,

Pour estre en credit,

Monstre dans cette affaire,

Qu’il a de l’esprit

Au titre d’Eminence

Vous donnant la preference

Vous fera dire aussi

Dà Madama Lanti.

 

Reponse.                                           [384]

 

Sans philosopher à credit,

Au Vatican je prefere mon bouge,

Point de Chapeau rouge,

Un noir me suffit,

A nos Prelats souhaitez des Calottes,

Je suis content si j’evite les crottes,

Le but où je m’attache

C’est d’avoir en paix

Un Cocher sans moustache,

Deux sages Laquais,

Une petite chaise,

Où me mettant a mon aise

Je dirois volontiers

Chez la Bretonvilliers.

 

Chanson                    1689                            [385]

Sur l’Air……

 

Quand D’acier et sa femme engendrent de leurs corps,

Quand ils n’en sont reduits qu’aux amoureux efforts,

Madame d’Acier est la mere;

Mais quand ils engendrent d’esprit,

Quand ils en sont reduits aux Enfans par escrit

Madame d’Acier est le pere.

 

Stances                      1689                            [387]

De Rousseau, au Caffé de la Laurent. Sur l’Air: Que l’amant qui devient heureux, de l’Opera d’Hesione.

Rousseau huissier du Cabinet, qui avoit donné des Memoires au Roy contre la Marine.

 

Que le réchapé des prisons

Qui toujours reforme et critique

Soit mis aux petites Maisons,

Pour professer la politique,

Que l’edenté petit vieillard,

Quart de scavant, grand babillard,

Importun citeur d’Eherodote,

De ses vieux Contes de paillard

S’en aille divertir la Mothe.

 

Que bientost ce spectre hideux                       Geoffroy

A Cheveux plats a longue face

Qui grommele un par un sont deux

Aux Enfers reprenne sa place,

Esprit malin plus noir que pix

Je te conjure par x x.

Va t’en chez l’infernale race

Mettre le prix a l’Eau de Stix

A tant la pinte, a tant la tasse.

 

Fripon Procureur de Fripons

Pezé par le Ciel textermine,                                                                [388]

Que Berlize manquant de fonds,

Puisse un jour mourir de faim,

Petit Avocat ragotin,                                       Parquet

Plaidant comme preschoit Cottin,

Moins souvent et plus mal encore,

Ton amy sçait grec et latin;

Mais toy tu n’est [sic] qu’une pecore.

 

Fade plaisant, doucereux fat,                          idem.

Affectant humble contenance

Que par frequent echec et mat,

Le Ciel nous oste ta presence,

Longue preface a tous propos,

De grands mots joints a de grands mots,

Un petit air de suffisance

Feroient deviner aux plus sots

Le Ragotin a qui je pense.

 

Que de mille sots reunis

Ce Caffé pour jamais s’epure,

Que l’insipide Dionis

Porte ailleurs sa platte figure,

Que dans son sale Cabinet

Le pesant Abbé Mommenet

Laisse pourir ses vers maussades,                                          [389]

Que jamais l’Enflé Raguenet

N’y produise ses Oeuvres fades.

 

Que du pedant Grammairien                           Grimarest

Enflé de mots, Dieu nous delivre,

Que l’Abbé grand diseur de rien,                    Mommenet

Et Dotreau rimeur toujours jure,         Poëte et peintre qui fit la Chanson du

Le petit Moine* defroqué,                  Pont neuf contre Rousseau. *La Mothe

Qui par maint Opera croqué

Croyoit s’enrichir au parnasse

Par l’escroc Francine escroqué

Soit reduit a porter besace.

 

De la maitresse de ceans                                 la Laurent

Que le Ciel nous face justice,

Qu’elle ait sans cesse mal aux dents,

Et quelque fois la Chaudepisse

De l’Egyptienne beauté,

Qu’on voit sans cesse a son costé

Que le marchand a grosse levre

Soit autant et plus entesté,

Qu’un Italien de sa chevre.

 

Que l’insensé qui de Poison

Ose accuser sa belle mere                                                                    [290]

Qui trouble toute sa Maison,

Et fletrit l’honneur de son pere,

Soit enchaisné, soit encagé

Comme on encage un enragé

Qui s’arme contre la nature

Et qu’un Seigneur soit engagé

A le Saigner outre mesure.

 

Si les deux jeunes l’Emerys,

L’un ignorant, et l’autre beste,

Dans mes vers n’ont point êté mis,

Qu’ils ne s’en fassent point de feste,

Ce sont morveux a coups de fouët

Dont on montre la mere au doigt

Dont le pere assaassin chimiste

Fait que de morts Pluton reçoit,

Tous les ans une double liste.

 

Saurin à decouvrir si prompt

Voici ta grandeur inconnuë

Tes x x x decouvriront

Viste au calcul plutost que de tes meours

En examinant les rumeurs,

Je ne resolve le probleme,                                                                   [391]

Toutesfois le plus noir des coeurs,

C’est daint vast au visage blesme.

 

Ces derniers vers ne sont pas forts,

Et meme ils ressemblent a d’autres

Muze redouble tes efforts

Contre ce deserteur d’apostres,

Devoilons donc ce coeur gasté

Qui de soeur et niepce a tasté,

Sans epargner même sa mere

B…… dans le crime empasté

Jusqu’a f….. son propre frere.

 

Ne craignez rien vous Grimarest

Vous abbé a simple tonsure,

Vous peintre a boire toujours prest,

Ne craignez rien je vous rasseure,

J’oublierai que l’un est cocu                                       Grimarest

Que les Abbez foutent en Cu,

Le peintre f…. la Chambriere

Et quelquefois pour un Escu

Il se fait f…. par derriere.

 

Le moulin qui moulut moudra,

Qu’aussi publique que le Coche,                                                        [392]

Elle f…. tant qu’on voudra;

Mais mettre la main dans la poche!

On ne doit pas souffrir cela

Car ta femme cher Grimarest

En deviendroit bien moins prisée

S’il arrivoit que par Arrest

Elle fut fleur delisée.

 

Fats assemblez chez la Villiers,

Parmy les fats troupe delite

D’un vil Caffé dignes piliers,

Craignez la fureur qui m’irrite,

Je vais vous poursuivre en tous lieux,

Vous noircir, vous rendre odieux,

Je veux que partout on vous chante

Vous percer et rire a vos yeux

Est une douceur qui m’enchante.

 

Quel Spectacle frape mes yeux

Vangeur de forfaits je vous louë,

Je reconnois le furieux,

C’est Boindin qu’on mene a la rouë;

Voila donc un des trois roüé

Dont le Ciel soit encore loüé

Reste Grimarest et la Mothe,                                                 [393]

L’un macquereau tres avoüé,

L’autre grand flaireur de culote.

 

Vainement vous me menacez,

Ce n’est qu’impuissante menace

Tous vos ouvrages entassez

Ne font qu’accroitre mon audace,

Pour vous un mepris souverain

Fait que je n’aurai plus de frein

Et si quelqu’un m’irrite encore

Il verra graver sur l’airain

Le noir trait qui le deshonore.

 

Ce noir coeur aux yeux deplié

Feroit horreur aux plus infames

Qu’au funeste poteau lié

Il expire au milieu des flammes

B….. rechapé du Couvent

Que la cendre jettée au vent

Rejouisse les saintes ames

Au C….. preferant le devant

Ne f….. jamais que des femmes.

 

Peut être au precedent couplet

On outre un peu trop la matiere;                                            [394]

Mais il l’a f…… le cas est nu,

Soit pardevant, soit par derriere,

Chez le Begue qui la conduit

…….. une Ecole est son reduit,

Pour ce lieu qu’elle est son attache

L’infame plaisir chaque nuit

De jouir d’un nouveau bardache.

 

Que jamais de son chant glacé

Colasse ne nous etourdisse,

Que Campra soit enfin chassé

Et retourne a son benefice

Que le Boureau par son valet

Fasse un jour serrer le sifflet

De Berin et de sa Sequelle,

Que Pecourt qui fait le balet

Ait le foüet au bas de l’Eschelle.

 

Chanson                    1690 Janvier                [395]

Sur l’Air de Cato la belle Jardiniere.

Pour Mad.e de Cauvigny à Caen chez qui l’on mangeoit souvent.

 

Où trouve l’on cette abondance,

Le charme est dans cette maison,

Les rots, l’entremets, l’ordonnance;

Ce fruit qui trompe la saison;

Ailleurs est pour quelques journées,

Icy c’est pour toute l’année.

 

Je croyois qu’on pouvoit vous rendre

Une Chanson pour un banquet,

C’est être fou de l’entreprendre,

Boisrobert ne l’auroit pas fait,

Chanter sept jours de la Semaine

Metroient les muses hors d’haleine.

                                    Vandeuvre.

 

Autre                                                             [396]

Sur le Bransle de Metz.

Sur la même personne que la precedente.

 

Saint Evremont a beau faire

Avec tous ses beaux discours,

Nous vous donnerons toujours

L’honneur de la bonne chere,

Car vous avez les attraits

Que son Hortense n’a guere,

Car vous avez des atraits

Qu’Ortense n’aura jamais.

 

Chanson                    1690                            [397]

Sur l’Air de Catin: Je donnois a disné a Caën tous les Mardis.

 

Les Mardis de chaque semaine,

Les Notables vont au Conseil

Non pour y parler de fredaine,

Mais pour un repas d’apareil,

Et c’est là que chacun s’aplique

Au bien de la chose publique.

 

Voicy les Chambres assemblées,

Pour consulter un nouveau cas,

Les affaires sont si troublées

Que le Mardy ny suffit pas,

Nos plaisirs et Rome et Cologne

Nous taillent bien de la besogne.

 

Chanson                    1690                            [399]

Sur l’Air de Jean de Vert.

Sur l’Etat où êtoit la France au commencement de l’année 1690 que toute l’Europe êtoit liguée contre elle, et les peuples du Royaume accablés d’Impots et de misere.

 

Quand on voit de si puissans Rois, (1)

Braver nôtre colere,

Et le peuple au depit des Lois

Languir dans la misere,

La pauvreté chez les plus grands

On voudroit retourner au temps

De Jean de Vert.

 

(1)  L’Empereur et tout l’Empire, le Roy d’Espagne, l’Angleterre et la Hollande dont le Prince d’Orange etoit le maitre, le Pape et le Duc de Savoye etoient declarés contre la France, le reste n’a pas besoin de Commentaire.

 

Chanson                    1690                            [401]

Sur l’Air de Jean de Vert.

Sur ce qu’ayant chassé les Huguenots de France et reunis leurs biens au domaine du Roy l’an 1688 on se relascha l’an 1690 par un Edit qui restituoit ces mêmes biens a leurs heritiers qui etoient dans le Royaume et aux Huguenots même qui reviendroient dans un certain temps. Ce Edit fit même courir le bruit qu’on n’en demeureroit pas là et que dans peu on leur permettroit à tous de revenir pourveu qu’ils ne fissent point d’exercice public de leur Religion.

 

Ruiner le party protestant

Fut un coup de hardiesse;

Mais le retablir a l’instant

Fait voir trop de foiblesse;

Il valoit mieux laisser ces gens

Qui nous font souvenir du tems

De Jean de Vert.

 

L’argument suffit sans commentaire.

 

Chanson                    1690                            [403]

Sur l’Air de Jean de Vert.

Sur ce que le Pape Alexandre VIII ne se relaschoit en rien sur les contestations que la France avoit eue avec Innocent XI son predecesseur, bien que le Roy se fût relasché au sujet des franchises à sa consideration, lui eut rendu Avignon, et mis hors de prison l’Evesque de Vaison.

 

Qu’a ton gagné de se moquer

De Rome et du Saint Pere?

Il faut maintenant lui ceder,/ Il nous faut maintenant bouquer,

Et l’on craint sa colere,

Les Romains sont de fines gens

On les connoissoit mieux du tems

De Jean de Vert.

 

Bensserade apelloit ce Pape, le Pape gay, parcequ’il plaisantoit sur tout, meme sur les affaires les plus serieuses.

 

Chanson                    1690                            [405]

Sur l’Air de Jean de Vert.

Faite au commencement de l’an 1690 sur le bruit qui courut que le Roy alloit faire des nouveaux Mareschaux de France, et des Officiers Generaux.

 

On va creer des Mareschaux

Pour garder nos Provinces

Et faire un cent de Generaux

Pour commander nos Princes. (1)

Avec des seconds si puissans

Nous verrons refleurir le temps

De Jean de Vert. (2)

 

(1)  Les Princes du sang servirent de volontaires, ou de simples Colonels, l’an 1683.

(2)  Du tems de jean de Vert les Ennemis prirent Corbie et vinrent aux portes de Paris.

Nota Qu’on ne fit point de Marêchaux de France, comme le promet la Chanson, mais seulement des Lieutenans Generaux, des Mareschaux de Camp. Louis Duc de Bourbon, Francois-Louis de Bourbon Prince de Conty, tous deux Princes du sang, et Louis-Auguste de Bourbon Duc du Maine, Prince legitime de France, furent du nombre des Marêchaux de Camp et servirent en cette qualité la Campagne suivante.

 

 

Chanson                    1690                            [407]

Sur l’Air de Jean de Vert.

Sur ceque Louis Phelypeaux Sr de Pontchartrain Controlleur general des Finances aprés Claude le Pelletier trouva les affaires du Roy en si mechant êtat, que sa Majesté fut contrainte de faire fondre son Argenterie, comme il a êté dit cydevant.

 

Si Peletier, de Pontchartrain

Avoit eu la Cervelle

Le Roy n’eut pas êté contraint

De fondre sa Vaisselle; (1)

Mais avec son petit baston (2)

Il n’eut pas conduit la maison

De Jean de Vert.

 

(1)  Il y a de l’erreur en cet endroit, car le Roy ne fit pas fondre sa Vaisselle, mais ses meubles d’argent faits par Baslin, et qui êtoient les plus beaux du monde, et coutoient outre le pois des sommes tres considerables de façon.

(2)  Mr le Pelletier avoit toujours un baton dans la main.

 

 

Le Combat                 1690                            [409]

donné entre les Recolets du Couvent de Marseillan, et les Cordeliers de Florensac; le 21 Aoust 1690.

 

Je chante, non le dur conflit,

De Valdek, qui fut deconfit

Par le fils du preux Bouteville,

Non le vieux Hector, ni l’Achille,

Qui donna si bien sur les doigts

Aux Espagnols et Hollandois;

Tous ces heros de qui la gloire

Brille si fort dedans l’histoire

En fait d’Armes, n’aproche pas

Des Observantins de cent pas;

Non plus que des faits militaires

Des Recolets leurs adversaires.

O! vous, qu’on voit aller nudpieds

Si contrits et mortifiez,

Avec un port si pacifique

Enfans du pere Seraphique;

Vous, dis-je, qu’on a veu jadis

Chercher pour gagner Paradis

L’abjection et les injures,

Rejettez au Coffre aux ordures                                                           [410]

Insectes, nommez par honneur,

Rats de la Maison du Seigneur,

Quel malheureux astre de guerre,

Dominoit alors sur la terre?

Quel fut le Diable, ou le lutin

Qui vous mit dans cet avertin

De vous entrebourer la coine

Où vous entredonner le moine?

Fut-ce bon saint Maturin,

Comme il a fait pour un lutrin

Qui suscita cette querelle?

Ou si cela vint d’un faux zelle?

Car le zele de la Maison

Cause souvent, echaufaison;

Mais si ce fut Maturinade,

Influence, ou bien incartade,

Zele, ou tout cequi vous plaira,

Le tems vous en eclaircira,

Cependant comme chacun cause

En voicy, ce semble, la cause.

L’on dit qu’un frere Soccolan

Dans le Couvent de Marseillan

Avoit pris un habit naguiere,

Qui pourtant, ne lui plaisoit guiere;

Aussi, ne le garda t’il pas,                                                                   [411]

Longtemps; il en fut bientôt las;

L’envoyant comme on dit au piotre

Pour s’accommoder mieux d’un autre,

Car de veiller toute la nuit,

Se gratter ou point il ne cuit,

Toujours vespre, et toujours matine,

Toujours Silice, ou discipline,

Et jeusner a fer emoulu,

Comme Saint Francois l’a voulu,

Tout cela, non plus que la regle

N’accommodoit point nôtre espiegle;

Jettant donc au buisson le froc,

Il fit de sa jaquette un troc

En prit un a la cordeliere

Qui lui sembla plus familiere

Dans le Couvent de Florenzac,

Le Montgibel, ou l’Arsenac.

D’où partit puis aprés la foudre,

Qui mit les Recolets en poudre;

Voila le funeste sujet

De ce long et cruel projet

Qui les anime a la vengeance;

Au moins, ce l’est en apparence.

Le deserteur de Marseillan

Leur semble un affront trop sanglant,                                                 [412]

Le Gardien, homme fantasque,

Autant qu’un Mulet bergamasque,

Quinteux, comme un asne rogneux,

Et malin comme un singe vieux,

Dit qu’il ne peut dans son courage

Dissimuler un tel outrage;

Quoi! j’en durerai tel affront?

Qui couvre a pur l’ordre le front

S’ecria til en plain Chapitre,

Et puis, frapant sur son Pupitre

Si grand coup, qu’il en fut cassé,

Mor-non, tout est bouleversé,

Et vous souffrez un tel desordre

Qui rejallit sur tout notre rdre,

Et vous n’allez pas mettre a sac

Tous ces faquins de Florenzac?

Saint Bonnaventure et sa clique

Nous fera t’il icy la nique?

Que peuvent ces beaux Cordeliers

Pour boire comme des Templiers?

Avecque leur piafe et leur garbe

Croyent-ils nous faire la barbe?

Croyent-ils nous faire avaler

Ainsy la poire sans peler?

Non, j’ay trop de part a l’affaire,

J’y pretends manger mon Breviaire;

Et tous les meubles du Couvent                                                         [413]

Jusqu’a nos Reliques, devant

Que ce Renegat nous echappe,

Quand il seroit le fils d’un Pape.

A ces grands mots qu’il profera

Tout le Concile murmura,

Chacun fremit, et l’assemblée

En parût être un peu troublé;

Mais il poursuivit son discours.

Je veux avant qu’il soit deux jours

Donner, dit il, les estrivieres

A tous ces Judas faux freres,

Il suffit de nos coupechoux

Si vous m’en voulez croire tous

Demain au soir, a la sourdine

Ce n’est pas jour de discipline

Nous les irons visiter, Chut.

Icy le Gardien se tut,

Et se remit dans sa figure,

L’on entendit un sourd murmure

Ainsi que fait le vent coulis

Passant dans les fentes d’un huis,

Où pareil a celui des gruës

Quand elles traversent les nuës,

Nos consultans, ne plus, ne moins,

Que freslons et que Maringuoins,                                                       [414]

S’entrechuchetant a l’Oreille

Faisoient concordance pareille,

Enfin, on mis sur le tapis

Des plus vieux d’entre eux, les avis;

Les uns vouloient faire la guerre

Pié a pié ou bien terre a terre,

Cequi, quoiqu’aprés dejeuné,

N’etoit pas tant mal raisonné,

Les autres demandoient bataille,

Tout sur le champ, vaille que vaille,

Coupé court, les Capitulans

A se resoudre toujours lents,

Ce party fort examinerent,

Et sans plus se determinerent.

L’on resolut donc qu’on iroit

Par le plus court et le plus droit

A Florensac donner l’Aubade

Pendant la nuit a la friscade,

Que chacun se mît en etat

Aux termes de ce resultat;

Ainsi l’on vit prendre les armes

A tous ces furieux Gendarmes,

Le Reverend pere Bouffard,

Le Reverend pere Aurillart,

Le Reverend pere Fricasse,                                                                 [415]

Le Credencier pere Bibace,

Le Cuisinier pile Verjus,

Aussi grand qu’estoit Ferragus,

Et le Sacristain Tapequoüe,

Comme des paöns, faisoient la rouë,

Frere Fredon dit piedescot,

Frere engainant, pere Ragot,

Celui cy maître des Novices,

Celui là garde des Saucisses,

Et le Cellerier du Couvent

Mirent aussi la plume au vent;

La charge des feus d’artifice

Fut donnée au pere Jocrisse;

A frere Brifaud-roide y met

Le soin du vin, comme gourmet

Et la Commission des vivres

Qu’il entendoit mieux que les Livres;

Il ne resta dans le Couvent

Que le seul pere Baaille au vent,

Avec les Chats de la Cuisine

Pour chanter ensemble matine.

Or ce fut sonc le vingt d’Aoust

Qu’aprés avoir mis ordre a tout,

Et comme a certaine Victoire

Marcha cette armée, aprés boire                                                         [416]

Les Soldats bien antidotez,

Par l’Estomac de bons pastez,

Et force Eaubenite de cave,

Avecque une demarche grave,

Sans qu’on les vît ny les ouît

Arriverent aprés minuit

Prés du Camp de leurs adversaires,

Qui d’eux ne se defioient guiere

Non plus que d’etre reveillez

Si matin par des Recolez;

L’on eut avis par un Epic

Nommé le frere croquepie

Qu’ils êtoient trop bien terrassez

Pour être si viste forcez,

Qu’ils êtoient dans les palissades

Des redents, et des barricades,

Prenant donc sans plus long devis,

Sur nouveau fait nouvel avis,

Le Gardien grand Capitaine,

Et qui se croyoit un Turenne

Fit passer parole aux grivois

De quitter les souliers de bois,

Ordonnant qu’on fit les aproches,

Nud pied sans patin, n’y galoches

Pour n’eveiller le Chat qui dort,                                                          [417]

Ruse qui de premier abord,

Comme elle êtoit bien concertée

Fut encore mieux executée,

Aussi fut il dans un moment

Le maître du retranchement;

Il ne se rencontra personne

Qu’un frere a la trogne assez bonne

Si prit de vin et de someil,

Qu’il baailloit encore au reveil;

Mais il fit un trait de Gendarme,

Car ne s’etant trouvé pour arme

En main qu’une cuillere a pot,

Il s’en servit comme au tripot,

On s’escrime d’une Raquette

Contre la fougue Recollecte,

Puis se sauva par les marais.

Un bon vieux pere vint aprés

Innocemment prendre sa place;

Il s’apelloit pere la Crasse

Chacun le tenoit pour un Saint,

Il n’y eut sainteté qui tint,

Il fut battu là comme un Diable

Qui fut un cas bien pitoyable

Et sans respect a Saint François

Chargé comme un Asne de Bois                                                         [418]

Si terrible est la moinerie

Dedans sa premiere furie!

Cependant un Cor de Vacher

Que le portier fut emboucher

Sonna l’allarme generale

A ce Cornet chacun detalle,

Moines, moinons et moinillons,

Cordeliers, Cordes, Cordillons,

Sautent du lit, courent aux armes,

La peur ostant dans ces vacarmes

Le plus souvent le jugement,

Ils s’arment sans discernement,

Qui prend pour Casque une Marmitte,

Qui, pour targe une Lechefrite,

Qui, pour Arquebuse un Landier,

Qui, harge son col d’un levier,

Qui pare son flanc d’une broche,

Qui d’une fourche a la dent croche,

Et qui d’un bâton a deux bouts

Pretend ruer les plus grands coups,

Au bruit du Crnet qui raisonne,

Et d Tocsin aussi qu’on sonne

Les Cordeliers embastonnez

Et tres bien encapuchonnez

Se presenterent a la feste                                                        [419]

Avecque leur Gardien en teste,

Le choc fut rude a cet abord,

La victoire balança fort,

Les coups tombant comme la gresle

Du fer et du bois pesle mesle

Firent de sang, de grands ruisseaux

On ne vit plus que des Nazeaux

Ensanglantez, que dents cassées,

Et qu’homoplates fracassées,

Les observantins enragez

D’etre aussitost pris, qu’assiegez

Par cette deoyalle engeance,

Se batirent a toute outrance;

Mais ils n’etoient pas les plus forts,

Les Recollects donnant en corps

Dru, et menu, chargent, et rechargent

Et tant de coups ils leur dechargent

Que c’etoit benediction,

Jamais en nule occasion

De bataille ny d’escarmouche

Ne fut tant d’abrevoir a mouche,

Car on les faisoit en ce lieu

Tout comme pour l’amour de Dieu

A la fin la perseverance,

L’emporta sur la resistance,                                                    [420]

Il falut ceder au torrent,

Encore bien qu’une heure durant,

Ils eussent d’un masle courage,

Soutenu le choc et fait rage,

Comme on dit de leurs pieds tortus,

Les Cordeliers êtoient batus

Sans un heros un autre Alcide

Qui les couvrit de son Aegide

Ce fut le frere deseteur

Un vray prodige de valeur,

Un second Achille en prouesse,

Un second Ulisse en souplesse,

Celui cy voyant son party

Prest d’en avoir le dementy

S’opiniastre d’avantage,

A la deffense il encourage,

Ceux que la crainte avoit epars,

Fait tourner visage aux fuyars,

Se met le premier a la teste

Dissipe comme une tempeste,

Enfonce comme un tourbillon

Des Recolets le bataillon

Il heurte, il charpente, il renverse

Et de quatre ou cinq rangs qu’il perce

De bande en bande jusqu’au bout                                                       [421]

Ne laisse Capuchon debout.

Vertu de froc! Alors s’ecrie,

Le Gardien plein de furie;

Que vois-je icy vous reculez!

Et vous êtes des Recolets!

Un homme seul vous fait la nique!

D’où vient cette terreur panique?

Il faut, il faut que nous l’ayions

Ou vous n’êtes que des Coyons

Si vous souffrez cette bravade.

Cela dit, a la debandade

Comme un foudre il part de la main,

A coups de main se fit chemin,

Et penetre ou ce frere Diable

Faisoit un fracas effroyable,

Avec le baton de la Croix,

Te voila traitre a Saint François

Lui dit-il, de prime abordée

Lui dechargeant une bordée

De cinq ou six coups de gourdin,

Te voila pris, grille boudin,

Tu n’en mangeras de ta vie,

 

Mechant paillard, j’ay bien envie

De te faire parmy les poux

Mourir dans la boïte aux Cailloux,                                                      [422]

Le frere rit de ces menaces,

Il ne repond que des grimaces,

Et puis jouant de l’espadon,

Et zon et zin fredin, fredon,

Si brusquement en fait la roüe

Qu’au diantre si pas un si joüe

D’aprocher se determine,

S’il ne veut être trepané;

Que fera ce Reverend pere?

Contre cet irreverend frere

Qui tout seul avoit acculez

Deux Regimens de Recolets;

Le Gardien donne et redonne

Le frere encore moins s’etonne,

Enfin Ô! Malheur impreveu!

Qui le croiroit, s’il ne l’eut veu?

Une miche de Saint Estienne

Sans dire prens garde a la tienne

Lui fend la teste tout du long,

Il tombe on veut avoir le tronc,

On pousse, on tiraille, on l’entraine

A l’escorche-cul par la plaine

Un cry s’eleve, il est sanglé,

Il est mieux pris que dans un bled;

Les Recolets crient victoire,                                                                [423]

Qui n’eut crû dans cet accessoire,

Le party Cordelier vaincu

Voyant le pauvre frere a cul,

Et la deroute universelle?

Mais la providence eternelle

Qui se rit du raisonnement

En ordonna bien autrement;

Voicy ce qui changea a la scene;

La Lune dans son char d’Ebene

De six Chevaux noirs attelé,

Ayant toute la nuit roulé,

Etoit presque au fonds de sa course,

Et panchoit vers la petite ourse;

Elle ignoroit tous ces combats,

Parce qu’elle ne es vit pas;

Voilée d’un certain nuage,

Qui lui couvrit lors le visage;

Mais comme elle entendit du bruit

Fort mal plaisant toute la nuit

Que les femmes sont curieuses;

Aussi bien que Capricieuses;

Elle dissipa les brouillas

Pour voir ce qu’on faisoit la bas,

Sitôt qu’elle eut jetté la veuë,

Sur la plaine, elle fut emeuë                                                                [424]

Par un sentiment d’amitié,

Pour les vaincus, elle eut pitié

De leur malheur dit, c’est dommage,

Et soudain fit partir un page,

C’est a dire un esprit folet,

Sur le cheval de Cacolet,

Qui fut a Florenzac plus vîte

Que ne part un trait Moscovite,

Il ne falut point de tambour

Pour mettre en armes tout le bourg,

Le Manant que la Lune inspire

Ne se le fit pas deux fois dire,

Dans un moment tout fut debout,

Ce ne fut pas encore tout

En faveur de l’apostasie,

Elle fit joindre l’heresie,

Et mesla parmy ces mutins

Un bon nombre de Diablotins,

Que le Dieu Pluton son compere

Voulut presetr a sa priere.

Comme on vit du temps d’Hannibal,

Neron marcher contre Asdrubal,

Dans le dessein de le combattre,

L’atteindre, l’attaquer, le battre.

L’ayant defait rejoindre aprés                                                             [425]

Son premier camp; telle a peu prés

On vit cette petite Armée,

Bale en bouche, et mesche allumée

Drapeaux volans, tambours battans

Marcher courir venir a temps

Pour être encore a la recousse

Avec son equipage entrousse,

Que feront donc nos Recolets,

Qui se sont si mal enfilez?

Malheur a ceux qui cherchent rogne,

Malheur a qui trop s’en besogne,

Et puis tombe dans le bourbier,

Rira bien, qui rit le dernier,

Le jour ne commençoit qu’a poindre

Quand ce puissant secours vint joindre,

Les Cordeliers qui sans secours

Auroient eu les ongles bien courts

Il leur remit le coeur au ventre

Et tous les esprits a leur centre

Au contraire des Recolets,

Qui plus froids que des choux gelez

Voyant venir cette nuée

Eurent l’eguillette nouée;

A l’abord les enfans perdus

Demeurerent comme eperdus                                                             [426]

Grattant leur cul de la main dextre,

Et leur teste de la senestre

Ils dirent fort sagement, fy,

Retirons nous, il put icy,

Le Gardien parmy ce trouble

La frayeur commune redouble

Il ne sçait sur quel pied danser,

S’il doit attendre ou rebrousser,

Les sillogismes pour et contre

Le suffoquoient en ce rencontre,

Tant il êtoit deconcerté.

D’attendre, un sot il eut êté.

De tourner le pied en arriere,

C’etoit le noeud de la matiere;

Il rapelle de tous côtez

Ceux qu’il voit les plus ecartez:

Leur dit enfans, qu’on se ralie,

Resister icy c’est folye;

Retirons-nous, et nous sauvons

A Marseillan si nous pouvons;

Mais c’etoit un mot de Notaire,

Un assavoir s’il se peut faire,

Car les Cordeliers sont aprés

Qui vous les serrent de bien prés,

On les poursuit, on les galope,                                                           [427]

On les coupe, on les envelope,

A cou de fourche et de fleaux,

On les abat comme coupeaux,

Ou plustost comme au mois qui grille,

Les Epics meurs sous la faucile,

L’on entendoit qu’un bruit confus,

Des cris, je suis mort, in manus,

Confession, pardon, la vie,

Quartier bonne vierge Marie,

Au meurtre, a l’aide, et au secours;

Mais c’etoit crier a des sourds,

A des sourds ils avoient a faire,

Qui frapoient de même en colere

Les quartiers au commencement

Ne se donnant que rarement.

C’est une merveille comme ils ne furent,

Tous echinez et n’y moururent;

Mais, si peu de monde il mourut,

Du moins aprés il y parût

La pluspart garda les Stigmates

Des Cordeliers et de leurs pates;

Et peut être tant qu’ils vivront,

Je crois bien qu’ils les garderont;

Le Gardien sur sa ganache,

En fuyant eut un coup de hache,                                            [428]

Qui sans que la hache tourna,

Dans la main de qui l’assena,

L’auroit depuis la gargamelle

Fendu jusqu’a la ruelle,

Et n’en fut que torticoly,

Encore un grand bonheur pour ly

Le Reverend pere jocrisse

Du pied puant d’un grand Novice

Dans les bourses receut un coup,

Qui l’incommodera beaucoup,

Car en forme de Gibeciere

Depuis lui pend la penilliere.

Frere Fredon pour ses pechez,

En raporta les yeux pochez,

Moitié de son nez a la poche,

Et mainte bigne a sa caboche;

Le Cuisinier pile verjus

D’un contendant perdit son jus,

Lubin eut l’Oreille abatue;

Anguainant la jambe rompuë,

Et ne va plus que d’un gigot,

Et le bon vieux pere ragot,

Qui n’avoit qu’une dent en gueule

Sans compagnie et toute seule,

De qui pourtant il triomphoit,                                                                        [429]

Quand au Refectoire il brisoit,

Eut la machoire demontée

Avec cette dent emportée:

Accident douloureux pour lui,

Car il ne peut plus aujourd’huy

Mascher et ne fait plus que boire

Perclus qu’il est de la machoire;

Enfin sans en excepter un

Justice fut faite a chacun,

Chaque Saint eut là sa chandelle,

Ainsy qu’a feste solemnelle,

Et ne fut si grand ny petit,

Qui n’eut sa pain de pain benit.

Aprés que le Champ de bataille

Eut êté libre, la marmaille,

C’est a dire les Moinillons

Ebaudis comme papillons,

Se mirent a crier Victoire!

Victoire, a boire, a boire, a boire!

Les Novices de tous côtez

Sautant comme singes foüetez,

Firent mille pantalonades,

Aux prisonniers mille bravades,

Jamais un vainqueur Orgueilleux

N’insulta tant aux malheureux,                                                           [430]

Il n’est d’injure n’y d’outrage

Qu’on ne mit contre eux en usage,

Les Croquignoles, les soufflets,

Les nazardes, les Camoufflets;

Tout cela ne fut que fleurettes,

Que Marjolaine et violettes,

Au prix de ce qui succeda;

En quoi l’insolence exceda;

On leur dit faut trousser jaquette

Et cul nud, souffrir l’epoussette;

Dans un moment ils furent mis

Comme des Saints Barthelemis,

Sy! que la peau de leurs posteres

N’etoit bonne a faire lanieres

Ny cornemuze, ny tambour;

Tant elle etoit percée a jour,

Quelques uns avec des Orties,

Dessus leurs fesses applaties,

Eurent un plus friant regal,

On vouloit, et c’eut êté mal

Les mener dans la Chambre noire,

Et les enfermer pour y boire,

Six mois durant de l’eau de pleurs;

En mangeant le pain de douleurs

Mais d’honnestes gens qui survinrent;

Un si grand scandale previnrent;                                                         [431]

On les renvoya donc chez eux

Dix a dix en charette a boeufs;

Pour respect qu’on porte a l’Eglise,

Nud comme Job et sans chemise,

Et sans une bribe de pain.

Le champ de bataille êtoit plain

De la depouille des Reliques,

Des pauvres peres Seraphiques,

On ne voyoit que Capuchons,

Que frocs et que Coqueluchons,

Mutandes, sangles et besaces,

Bourabaquins, et Calebaces,

Et que Patenostres de buix,

Qu’on recueillit fort bien depuis;

Toute laquelle petite Oye

Tut portée a grands cris de joye,

Comme en triomphe à Florenzac,

Chantant, Domine salvum fac,

La moitié d’icelle fut mise

A la Voute de leur Eglise,

L’autre moitié sur le Portail

Du couvent pour epouvantail

Comme des Marques et des pieces

Indubitables des prouësses.

Des vaillons peres Cordeliers                                                             [432]

Chargez de gloire et de Lauriers.

Le Te Deum fut en musique

Aussi chanté feste publique;

Dedans le bourg on fit festin,

Il leur en couta bien du vin,

Il en couta plus d’une emplastre

Aux vaincus battus comme plastre,

Il leur falut non pas un plat;

Mais un Ocean d’Oxicrat,

Ainsy donc finit la journée

Dont louange a Dieu fut donnée;

Puisque ce fut au grand plaisir

De cent et cent gens de loisir

Qui de bon coeur s’en rejoüirent,

Et leur rate en épanoüirent,

La Renommée ayant porté

Partout ce Combat tant chanté

L’on en fit cent contes grotesques

Et cent relations burlesques,

Car quand on veut se divertir

L’on n’enrage pas pour mentir;

Mais depuis j’ay receu nouvelle,

Qu’on recommence la querelle,

Qu’aprés de si sanglants combats

On se veut batre à coups de sacs,                                                       [433]

C’est a dire a coups d’ecritoire,

Plaidant en Diable dit l’histoire,

Afin d’obtenir des depens,

Pour s’être ainsi cassé les dents,

De façon que si la poursuitte

Va plus loin j’escriray la suitte

De cet agreable Roman,

Et peut être aussi plaisamment.

                                                Par Henry del Mas Abé de Sauve.

 

 

Chanson                    1690                            [435]

Sur l’Air de la Rochelle

Sur quelques personnes de consideration qu’on croyoit qui avoient sujet de se loüer de la fortune.

 

Je suis quand je bois de bon vin

Plus heureux que n’est Pontchartrain, (1)

Que Harlay (2) Cinique et severe, (3)

Que Pelletier (4) dans sa Maison, (5)

 

(1)  Louis Phelypeaux Sr de Pontchartrain Ministre et Secretaire d’Etat, Controlleur general des Finances.

(2)  Achilles de Harlay 1er President du Parlement de Paris.

(3)  Il en avoit du moins l’air, et affectoit fort de l’etre, aussi bien que devôt, mais il etoit faux en tout, car il êtoit mecreant, debauché de plus d’une façon, mechant, ambitieux, outré; et ce qu’il y avoit d’extraordinaire c’est que tout le monde le connoissoit, et cependant avec ses manieres dures, et austeres, il faisoit a la Cour ce qu’il vouloit.

(4)  Claude le Peletier, Ministre d’Etat cy devant Controlleur general des Finances.

(5)  L’auteur veut parler de la belle maison de Villeneuve le Roy qu’il avoit fait bastir a 4 lieues de Paris, mais il n’y êtoit pas trop heureux quand cette Chanson a êté fait [sic], car il avoit demandé pour lui la charge de Secretaire d’Etat vaccante par la mort de Jean Baptiste Colbert Marquis de Seignelay qu’on donna a Mr de Pontchartrain; Il eut ensuitte envie de l’Intendance de la Generalité de Paris pour ………..d’Argouges Maitre de Requestes son Gendre, vaccante par la Promotion de ….. Charon Marquis de Menars a celle de President a Mortier du Parlement de Paris, et le meme Sr de Pontchartrain l’a fit avoir à son frere.

 

Que la Briiffe (6) dont le beaupere (7)                                                [436]

A tant aimé le Cotillon. (8)

 

(6)  Armand Jean de la Briffe Procureur general du Parlement de Paris quoique fils de maltôtier et petit fils du Marêchal de la Ville d’Auch.

(7)  Nicolas Potier Sr de Novion cy devant 1er President du Parlement, et qui s’en demit l’an 1689 en faveur d’Achiles de Harlay.

(8)  Il aimoit fort les Grisettes et elles avoient par fois part a l’administration de la justice du tems qu’il etoit 1er President.

 

 

Chanson                    1690                            [437]

Sur l’Air de lerela lerelan lere

Sur Achilles de Harlay 1er President du Parlement de Paris, qu’on accuse de …….et qui a puny tres severement son fils …….de Harlay fait Avocat general du Parlement l’an 1690 parce qu’il entretenoit une fille assez jolie, apellée Mlle Vallereau le detail de cette histoire est aprés la Chanson.

 

Le goût du premier President

Est d’enfiler le Parlement,

Il debauche les fils (1) aux peres;

Lere la, lere lanlere

Lere la, lere lan la.

 

Il a bien puny son enfant, (2)

D’avoir commencé pardevant,

Il vouloit qu’il fit par derriere,

Lere la, lere lanlere

Lere la, lere lan la.

 

 

(1)  C’est qu’il est accusé de ………..

(2)  Le premier President de Harlay etant a sa terre de Beaumont pendant les vaccations du Parlement de l’année 1690 sceut que son [438] fils avoit fait venir dans le voisinage une fille qu’il entretenoit, afin de la voir pendant le tems qu’il seroit obligé d’etre a la Campagne avec son pere, celui cy craignant que cela fit un eclat qui rejailliroit jusque sur lui, car ce n’etoit pas tout a fait la crainte de Dieu qui le poussoit; fit enlever cette pauvre fille appellée Valerau qu’on dit être Flamande, et bien Demoiselle, on la conduisit au Refuge de l’Hospital general à Paris, où l’on enferme les plus infames creatures, on l’y rasa et on la revetit d’un sac de bure. Ce qui poussa le premier President a cette cruauté ne fut pas l’amour contraire comme veut la Chanson; mais c’est qu’il intercepta des Lettres de son fils et de sa Maîtresse, qui disoient pis que pendre de lui. L’on dit de plus que son fils outré de l’enlevement de la petite Vallerau lui reprocha qu’il n’y avoit pas longtems que lui meme avoit fait un enfant a la femme de son Jardinier de Beaumont, apellé Gregoire; quoiqu’il l’aye avoué au mary, et lui avoit donné de l’argent pour qu’il prît son mal en patience.

 

 

Chanson                    1690                            [439]

Sur l’Air de Joconde.

Sur Nicolas Chalon du Blé Marquis d’Huxelles, Chtr des Ordres du Roy, Lieutenant general des Armées de Sa Majesté et en Bourgogne, Gouverneur des Ville et Citadelle de Châlons sur Saone, Commendant en la Province d’Alsace.

 

Pour faire enrager Chamilly, (1)

On a fait choix d’Huxelles, (2)

Le Roy (3) par Louvois (4), endormy, (5)

 

(1)  Noel Jauche de Bouton Marquis de Chamilly, Lieutenant general des Armées du Roy, Gouverneur des Ville et Citadelle de Strasbourg.

(2)  On ne s’etoit pas contenté d’oublier le Marquis de Chantilly, dans la Promotion de Chtrs de l’Ordre du St Esprit que le Roy Louis XIV fit le 1er jour de l’an 1689 quoiqu’il en eut fait plusieurs qui lui etoient inferieurs en naissance, en merite, et en dignité; on donna encore le Marquis d’Huxelles pour Commandant a la Province d’Alsace dans laquelle etoit son Gouvernement de Strasbourg. Il est certain qu’il etoit superieur en tout a ce dernier, qui depuis etoit Lieutenant general des Armées du Roy beaucoup aprés lui, on ne laissa pas d’ordonner au Marquis d’Huxelles d’etablir son domicile a Strasbourg, de lui faire bastir une maison dans cette Ville et ce degout pour le Marquis de Chamilly, fut assaisonné de tout ce qui pouvoit le rendre complet.

(3)  Louis 14 dit le Grand, Roy de France.

(4)  François-Michel le Tellier Marquis de Louvois Ministre d’Estat au Departement de la Guerre. Le Marquis d’Huxelles êtoit son favory.

(5)  L’auteur de la Chanson auroit pû choisir un terme plus respectueux pour marquer le credit que le Marquis de Louvois avoit auprés du Roy.

 

Entre dans la querelle; (6)                                                                   [440]

Mais il seroit bien etonné

Si prenant la balance,

Il mettoit Grave (7) d’un costé,

Et de l’autre Mayence. (8)

 

(6)  Le Roy prêtoit son autorité pour l’avancement du Marquis d’Huxelles, et le chagrin du Marquis de Chamilly, puisque les Ministres ne faisoient rien qu’au nom et du consentement de Sa Majesté.

(7)  Le Marquis de Chamilly Gouverneur de Graves, fut assiegé l’an 1674 par les Hollandois. Il s’y deffendit plus de 3 mois avec une valeur dont l’histoire parlera eternellement, et ne rendit la place que par un Ordre exprés que le Roy lui envoya par escrit.

(8)  On a veu plus haut comme quoy le Marquis d’Huxelles rendit Mayence aux Imperiaux l’an 1689.

 

Chanson                    1690                            [441]

Sur l’Air: reveillez vous belle endormie.

Sur ….Bruslard Sr du Broussin Parasite et Costeau de profession.

 

Broussin de Cuisine en Cuisine,

Va vantant l’Opera dernier, (1)

Ne seroit-ce point que Francine, (2)

Auroit quelque bon Cuisinier.

 

(1)  C’est celui d’Enée et Lavinie, fort mauvais, composé par Fontenelle, et mis en Musique par Colasse.

(2)  ……. Francine, Me d’Hostel du Roy. Il etoit gendre de Lully Surintendant de la Musique de sa Mté et le plus grand Musicien de son Siecle, et comme aprés sa mort arrivée l’an 1687 le Roy donna le privilege des Opera aux heritiers du deffunt. Francine, y eut non seulement la part de sa femme; mais par la suitte il en traita avec toute la Famille. Ainsi l’Opera le regardoit seul quand cette Chanson fut faite.

 

Chanson                    1690                            [443]

Sur l’Air de lerela lerelan lere

Sur François-Michel le Tellier Marquis de Louvois, Ministre et Secretaire d’Etat etc., qui eut le soin des haras du Royaume aprés la mort de Jean-Baptiste Colbert Marquis de Seignelay, aussi Ministre et Secretaire d’Etat, arrivée a Versailles le 3 Novembre 1690.

Nota: Que le soin des haras faisoit partie du Departement de Mr de Seignelay.

 

Louvois n’aura pas d’embarras

A faire valoir ses haras;

S’il prend pour étalon* son frere;

Lere la, lere lan lere,

Lere la, lere lan la.

 

*Charles-Maurice le Tellier Archevesque Duc de Reims, Pair de France, Commandeur des Ordres du Roy, Maitre de sa Chapelle. Il est fort scavant, fort rustres, et asseurement tres bon etalon. On n’en douteroit pas sur la mine seule quand on n’en seroit pas convaincu d’ailleurs, la profession Ecclesiastique n’y est pas contraire.

 

Chanson                    1690                            [445]

Sur l’Air: Je vous le dis et le repete

Ou: Il a batu son petit frere.

Sur François-Michel le Tellier Marquis de Louvois, Ministre et Secretaire d’Etat etc, qui dans l’esperance que le Roy Louis XIV lui donneroit la Surintendance de la Marine aprés la mort de Jean-Baptiste Colbert Marquis de Seignelay etc. etudia avec soin pendant la maladie de ce dernier tout ce qui regardoit cet employ, et qui vit son esperance trompée, Sa Majesté l’ayant donné à Louis Phelypeaux de Pontchartrain Controlleur general des Finances avec la Charge de Secretaire d’Etat et la place de Ministre qui vaquerent par la mort de Mr de Seignelay.

 

Louvois tu me portes la mine

De t’estre instruit dans la Marine,

Colbert eut le meme destin;

Mais dans l’Enfer il se console

D’avoir perdu tant de latin

Te voyant perdre ta bousole.

 

Pour comprendre parfaitement cette Chanson, il faut scavoir [446] que sur la fin de la vie d’Estienne d’Aligre Chancelier de France qui mourut l’an 1677 Jean-Baptiste Colbert Ministre d’Etat et Controlleur general des Finances qui eperoit [sic] être Chancelier de France aprés lui s’apliqua a tout cequ’il etoit necessaire de scavoir pour s’en bien acquitter. Il etudia les Loix et les Ordonnances. Il aprit le latin qu’il ne scavoit point. Il prit secretement des Lettres de Licentié en droit: Mais tout cela fut inutile, car Michel le Tellier Ministre d’Etat succeda a Estienne d’Aligre. C’est pour cela que l’auteur qui ne doute point que Mr de Colbert ne soit en Enfer, dit qu’il se console de son latin perdu voyant que Mr de Louvois a perdu de son costé le tems qu’il a employé a connoître la Boussole et les autres choses necessaires pour scavoir la Marine.

 

 

Chanson en Dialogue 1690                [447]

Sur l’Air: Or nous dites Marie.

Faite en forme de Dialogue l’an 1690 sur le pesché Philosophique et le Peché Theologique que les Jésuites ont imaginé, et qu’ils publierent dans un These qu’ils firent soutenir dans leur Colege de Dijon au mois de Juillet 1684. L’auteur introduit un Penitent qui a commis les Crimes les plus horribles, et un Jesuite son Confesseur, qui par la subtile distinction du Peché Philosophique, et du Peché Theologique, trouve le moyen de traiter tout cela de bagatelles; les suites dangereuses de cette distinction qui aneantit la morale Chrestienne, est plus amplement expliquée dans la Chanson.

Nota: Que Mr Arnauld escrivit fortement l’an 1689 contre cette Theze.

 

Le Penitent

Mon pere j’entends dire

Que vous n’ignorez rien;

Voulez vous bien m’instruire

Pour être homme de bien.

            Le Confesseur

Vous ne scauriez mieux faire,

Que de venir a nous,

Il n’est point de nos Peres

Qui ne sont tout à vous.

            Le Penitent

Mais de ma Conscience

L’abomination,

M’oste toute esperance                                                          [448]

De l’absolution.

                        Ou

J’ay peur que quand mon ame

A nud vous paroistra,

Vous me traitiez d’imfame

Ou de france scelerat.

            Le Confesseur

Cette terreur est vaine,

Nous ne sommes pas gens

A faire tant de peine

Aux pauvres Penitents.

            Le Penitent

Si j’ay fait tous les crimes,

Qu’on puisse imaginer,

Aurez vous des maximes

Pour me les pardonner.

            Le Confesseur.

On peut souvent mal faire

Sans être Criminel,

Et c’est un grand mistere

Que le peché mortel.

            Le Penitent.

Mais j’ay tué mon pere

Pour avoir tout son bien,

Empoisonne ma mere,                                                             [449]

Crainte qu’elle en dist rien.

 

Une soeur jeune et sage

Evita le Poignard;

Mais je lui fis outrage

Qu’Amon fit a Thamar.

            Le Confesseur.

Tout ce que vous me dites

Est mal asseurement;

Mais scavoir s’il merite,

L’eternel chastiment.

            Le Penitent.

Hé! Dites-moy mon pere

Où vous avez trouvé

Qu’on puisse si mal faire

Sans être reprouvé.

            Le Confesseur.

Ce n’est qu’en nos Ecoles,

Qu’on aprend ce secret,

Et deux ou trois parolles

Vont expliquer le fait.

 

Mais pour vous en instruire

Ouvrez moy vôtre coeur.

Afin de vous conduire                                                             [450]

En sage Directeur.

 

Dites-moy donc mon frere

Quand vous aurez/avez peché,

Avez vous crû rien faire

Dont le Ciel fut fasché.

            Le Penitent.

Je n’avois rien en teste

Que mon ambition

Et je suivois en beste

Ma folle passion.

            Le Confesseur

Tant mieux, Dieu ne s’offense

Que quand on pense a lui;

Voyez donc l’ignorance

Des pescheurs d’aujourd’huy.

            Le Penitent.

Mais mon pere j’estime

Qu’en violent sa foy,

J’excitois par mon Crime

Son couroux contre moy.

 

Je suis donc bien coupable

Digne de la fureur

Un pecheur detestable                                                                        [451]

Dont j’ay moy même horreur.

            Le Confesseur.

Vous vous trompez vous même

Par cette humilité.

La grace du Batesme

Ne vous a point quittez.

            Le Penitent.

Aurois-je encore la grace

Aprés tant de malheurs

Qu’est-ce donc qui l’efface

De l’ame des Pecheurs?

            Le Confesseur.

C’est icy le mistere

Qu’il faut bien remarquer,

Ecoutez bien mon frere,

Je vais vous l’expliquer.

 

Peché Philosophique

Est contre la raison,/ Ne blesse point les moeurs,

Peché Theologique

Est d’une autre façon./ Peut corrompre les coeurs.

 

Le dernier n’est offense,

Et Dieu n’en est fasché

Qu’a cause qu’on y pense                                                                  [452]

Quand on fait le peché.

 

Pour le Philosophique,

Il n’est jamais mortel,

On seroit heretique

En croyant qu’il fut tel.

 

Jamais il ne nous oste

L’amour du Createur,

Ce n’est pas une faute

Digne de ce malheur.

 

Il est vray qu’il s’opose

A la regle des meurs;/ A l’ordre naturel;

Mais jamais il ne cause

D’eternelles douleurs./ Le malheur éternel.

 

En un mot, sa malice

Est souvent un grand mal;

Mais c’est un simple vice

Un pur peché moral.

 

Voila comme sa grace

Aprés tant de malheurs

Trouve encore sa place                                                                       [453]

Dans l’ame des pecheurs.

 

Pour le Theologique,

Il est souvent mortel

Lorsque l’esprit s’aplique

En songe a l’Eternel.

 

Quand on a la pensée

De la Loy du Seigneur,

C’est une chose aisée,

D’offenser sa grandeur.

 

Il faut pour une offense

Violer librement

La Loy ui fait deffense,

D’agir injustement.

 

La liberté* consiste    

A connoître et vouloir,

Et quoique Dieu resiste,

Mepriser son pouvoir.

 

Il est donc visible,

Qu’en tout tems, qu’en tout lieux [sic]

 

*La liberté suppose qu’avec discernement à Dieu même on s’oppose malgré son mouvement.

                       

Le crime est impossible,                                                         [454]

Si l’on ne pense a Dieu.

            Le Penitent.

Mais l’Eglise et les Peres

Nous disent ils cela?

Ne sont ils point contraires

A ces principes la?

            Le Confesseur.

Les Peres malhabiles,

N’ont jamais bien cherché,

Non plus que les Conciles

Le remede au pesché./ Ce qui fait le peché.

 

Cette gloire êtoit deüe

Aux Peres de Dijon,

Theze en fut soutenüe

Sans oposition.

            Le Penitent.

Je n’ay donc rien a craindre

Des Crimes que j’ay faits,

Je vas sans me contraindre

Passer mes jours en paix.

 

Je me trompois moy même

Par ma simplicité,

La grace du Batesme

Ne m’a jamais quitté.

            Le Confesseur

Voyez quelle est l’estime

Que vous nous devez tous,

Puisqu’il n’est point de crime

Qui tienne contre nous.

 

Nota. Que le bruit que fit cette nouvelle heresie du Peché Philosophique avec la Chanson precedente, et surtout le Livre de Mr Arnauld intitulé Nouvelle heresie dans la morale denoncée au Pape et aux Evesques, aux Princes et aux Magistrats, obligerent les Jesuites a y repondre. Ils choisirent pour cet effect leur pere Bouhours qui fit imprimer au mois de Fevrier 1690 une Lettre adressée a l’auteur du Livre de la nouvelle heresie, sous le nom de Sentiment des Jesuites touchant le peché Philosophique. Ils desavouerent dans cette Lettre leur Theze soutenüe a Dijon au mois de Juin 1684. Le Professeur qui l’a dressée, et qui y a presidé, et generalement toutes les dangereuses consequences qu’on pouroit tirer de cette distinction pretendüe du Peché Theologique  et du Peché Philosophique, ils ecrivirent encor depuis, 2 Lettres qu’ils firent imprimer, et toutes tres mauvaises, entr’autres, la 3e composée par leur pere le Tellier; mais ce qu’il y eut de plaisant fut qu’au bas des affiches de la 1re Lettre on  trouva escrit un matin ces mots. La reponse a cette Lettre est dans la 4e Lettre au Provincial, effectivement cette Lettre prouve clairement que la Doctrine des Jesuittes est conforme a ce que contient la Theze de Dijon.

Le Pape Alexandre VIII censura du depuis cette Theze de Dijon, et declara la Doctrine du peché Philosophique heretique par un Decret du 24 Aoust 1690. Le Cardinal de Bouillon qui etoit pour lors a Rome empescha que les Jesuittes, la Theze, et le College où elle avoit êté soutenuë, ny fussent enoncez et specifiez.

 

 

Stances Irregulieres                                     [456]

 

En forme de Dialogue sur la Doctrine du Peché Philosophique et du Peché Theologique inventé par les Jesuittes, et condamné par un Decret du Pape Alexandre VIII du 24 Aoust 1690 comme on peut voir plus amplement dans la Chanson precedente et son Commentaire.

 

            Le Libertin

Ami rendons graces aux bons Peres*,

Ne craignons plus rien desormais,

Beuvons, mangeons tous en paix,

Ils scauront pour le Ciel ajuster nos affaires;

Tu peux sur ton salut demeurer en repos

De ces bons Directeurs la sagesse profonde

A trouvé le moyen de sauver tout le monde,

L’Enfer n’est plus que pour les sots.

   Le Scelerat.

Voila d’excellentes nouvelles,

Ami depuis quand e scais tu?

Quoi sans pieté, sans vertu

Le Ciel sera le prix des ames criinelles!

Que ces bons peres ont de soin

La Charité partout les presse et les talonne

Ils ne veulent damner personne.

Voila nos gens ma foy, nous en avions besoin.

   Le Libertin.                                                                             [457]

Ils ont pour les pecheurs une extreme tendresse,

Et malgré l’Evangile, ils tachent de trouver

Quelques moyens pour les sauver.

Ils sont sensiblement touchez de leur foiblesse;

Le pecheur jusqu’icy par le Diable trompé,

Faute d’avoir apris ce secret d’importance,

Pecha souvent par ignorance;

Mais ma foy pour le coup le Diable est attrapé.

            Le Scelerat

Depesches-toy donc de m’apprendre

Ce secret merveilleux qui mene en Paradis

Par un chemin plus sûr et pus court que jadis.

Me voila tout prest de l’entendre.

            Le Libertin

Il faut scavoir en premier lieu

Distinguer le peché nommé Theologique,

Et le peché Philosophique;

L’un contre la raison, et l’autre contre Dieu.

Au chastiment d’Enfer le premier nous expose;

Mais le second est peu de chose.

Le premier souvent mortel;

Mais pour l’autre n’est jamais tel.

En second lieu souvenez vous

Que quiconque en pechant, de Dieu craint le couroux,

Fait un peche Theologique;                                                       [458]

Mais un pecheur Philosophique

Qui n’a pont d’autre intention

Que d’assouvir sa passion

Fait le peché Philodophique,

Peché qui tout au plus veniel;

Mais qui ne peut jamais nous exclure du Ciel.

            Le Scelerat

Ô doctrine admirable! Ô secret salutaire,

Je puis donc hardiment commettre l’adultere

Sans craindre pour cela ny l’Enfer, ny son feu.

Je puis pour être riche assassiner mon pere,

Faire outrage a ma soeur, empoisonner ma mere.

            Le Libertin

Ouy pourveu que jamais tu ne pense [sic] a Dieu,

Et que ton seul dessein soit de te satisfaire.

            Le Scelerat.

Messieurs qui du Seigneur redoutez la colere,

Vous pouvez a votre ordinaire.

Prosternez devant lui gemir et le prier,

J’auray bien plustost fait pour moy de l’oublier.

 

Chanson                    1690                            [459]

Sur l’Air…

 

Je veux briser mon indigne chaisne,

Je me moque du qu’en dira t’on

Je suis les loix de mon aimable Reyne,

Je l’aimeray malgré la ………

Je veux brizer mon indigne chaisne

Je me moque du qu’en dira t’on.

 

 

Chanson                    1690                            [461]

Sur l’Air: Lampon etc.

Sur la 2de Retraite en France de Jacques II Roy d’Angleterre chassé d’Irlande de par Guillaume-Henry de Nassau Prince d’Orange usurpateur de ses Royaumes, l’an 1690.

 

Jacques en partant de Dublin,

Jacques en partant de Dublin,

Dit a Lausun du matin/ sans chagrin

Dit a Lausun du matin/ sans chagrin

Prenez soin de ma Couronne

J’auray soin de ma personne,

Lampon, lampon, Camarade lampon.

 

On a veu plus haut que le Roy d’Angleterre retourné en Irlande et soutenu de l’Argent et des troupes de France jointes aux siennes, y fit la guerre longtems contre le Marechal Suc de Schomberg qui commandoit l’Armée du Prince d’Orange, celui cy y etant venu en personne au mois de Juin 1690 tenta le passage de la Riviere de Boyne vers Ardée que l’Armée du Roy composée d’Irlandois et de François deffendoit. Des la 1re attaque les 1rs lacherent pied, de sorte que ce Roy malheureux partout fut obligé de revenir encore une fois en France et d’abandonner l’Irlande a son ennemy, comme il avoit fait l’Angleterre et l’Ecosse, il quitta son camp le 10 Juillet que se passa cette Action et vint a Dublin, le 12e il vint a Waterfort et s’y embarqua sur un petit bastiment qui le porta a Kingsalle, d’où il vint a Brest sur une Fregatte de France. Il y arriva [462] le 20 et 25 à Saint Germain en Laye, où etoit la Reine sa femme et le Prince de Galles son fils. Le Prince d’Orange fut maitre de l’Irlande par cette action; mais le Marechal Duc de Schomberg y fut tué. Les Irlandois fideles a la teste desquels etoit Milord Tirconnel, et les François commandez par le Comte de Lausun Lieutenant general et la Hoguette Marechal de Camp, se retirerent en bon ordre a Limerick place d’Irlande se trouvans dans l’impuissance d’y soutenir la puissance du vainqueur. Ils occuperent outre Limerick, les villes de Galloway, Kingsalle et Korck, et quelques autres pour y soutenir les affaires de leurs maitres, et attendre leurs Ordres.

Cependant le Prince d’Orange victorieux entra dans Dublin ville Capitalle d’Irlande, et assiegea en personne Limerick, ou le Duc de Tirconnel, et le Comte de Lauzun avoient mis le Sr de Boisseleau François Capitaine au Regiment des Gardes du Roy de France qui leur servoit de Major general, celui cy n’ayant qu’une garnison d’Irlandois dont la pluspart desarmez, ne pouvoient jetter que des pieres, fit une telle resistance dans cette place tres mauvaise, et toute ouverte que le Prince d’Orange qui l’avoit investie le 19 Aoust 1690 et ouvert la tranchée le 27 fut obligé de lever le siege. Il abandonna ses travaux, et retira son Canon aprés avoir donné 3 assauts que Boisseleau repoussa toujours avec vigueur quoiqu’il n’y eut que 3 milliers de poudre, et ce Prince s’en retourna a Dublin le 10 septembre.

Boisseleau en arrivant a Fontainebleau mois d’Octobre 1690 où etoit la Cour alors fut fait Brigadier d’Infanterie. Il arriva un peu avant les autres Francois qui etoient en Irlande dont le depart est plus specifié dans le Commentaire de la Chanson suivante.

 

 

Chanson                    1690                            [463]

Qui est une suitte de la precedente et sur le mesme Air.

 

Lausun a viste oublié

Lausun a viste oublié

Ce dont Jacques l’a chargé,

Car il quitte sa Couronne,

Et prend soin de sa personne,

Lampon, lampon, Camarade lampon.

 

Cette Chanson a eté faite sur la Retraite du Comte de Lausun du costé de Limerich, Galloway etc. comme il est plus amplement expliqué dans le Commentaire precedent.

Nota: Que le Duc de Tirconnel le Comte de Lauzun et le Sieur de la Hoguette demeurez en Irlande aprés le depart du Roy d’Angleterre, connurent evidemment que la jalousie que les troupes Irlandoises avoient des François nuisoit  beaucoup aux affaires de ce Prince, c’est pourquoi ils resolurent que tous les François s’en reviendroient sur les Vaisseaux Francois qui etoient pour cet effet a la Coste de Galloway, le Duc de Tirconnel meme sur lequel alloit desormais rouller toute la guerre d’Irlande, fut bien aise de venir faire un tour en France pendant que le Prince d’Orange êtoit retourné en Angleterre afin de voir de plus prés et au plus juste le secours d’argent, d’Armes et de Munitions que le Roy Louis XIV pouvoit lui donner. De maniere qu’aprés la levée du siege de Limerick dont il a êté parlé dans le Commentaire de la Chanson precedente, le Duc de Tirconnel, le Comte de Lauzun, la Hoguette et tous les Francois s’embarquerent [464] pour revenir en France le 16 17 et 18 Septembre 1690 a la Rade de Galloway, et arriverent le 11 Octobre à Brest.

 

 

Chanson                    1690                            [465]

Sur l’Air de Lampon etc.

Sur ceque les Roys de Suede et de Dannemarck n’ont pas secouru de leurs Vaisseaux les Anglois et les Hollandois devant ny aprés le Combat donné dans la Manche Britanique, le 10 Juillet 1690 où le Comte de Tourville Vice admiral de France batit Herbert Viceamiral d’Angleterre; ainsy qu’on a veu plus haut.

 

Les deux Roys des païs froids,

Les deux Roys des païs froids,

Ont dit souflant dans leurs doigts; bis

Serviteur, a la revanche.

Il fait trop chaud dans la Manche,

Lampon, Lampon,

Camarade Lampon.

 

Epitaphe                    1690                            [467]

De Marie-Anne-Christine-Françoise-Josephe-Thereze-Antoinette-Cajetane-Hiacinthe-Felix-Victoire de Baviere, femme de Louis Dauphin de France, morte à Versailles le 20 Avril 1690.

 

Cy gît…… il faut la laisser là

Celle que pleure Besola, (1)

Ou

Cy gist enfin dans ce lieu là

Celle que pleure Besola.

 

(1)  Besola êtoit une Italienne eslevée a la Cour de Baviere, que Madame la Dauphine avoit amenée avec elle en France, et qu’elle aimoit si eperduement qu’elle passoit souvent les jours entiers enfermée dans son Cabinet avec elle. Cette fille fut quasi la seule qui la regretta; car bien que cette Princesse fille de Ferdinand-Marie Electeur de Baviere et de Henriette-Adelaide de Savoye, née le 28 Novembre 1660 eut epousé à Munich par Procureur le ….. Janvier 1680 Louis Dauphin de France fils du Roy Louis le Grand XIV du nom et de Marie-Thereze d’Autriche né a Fontainebleau le 1er Novembre 1661 que les Ceremonies en eussent êté renouvellées et le mariage consommé a Chaalons le 7 Mars suivant, et qu’elle eut de ce Prince 3 enfans mâles; scavoir Louis Duc de Bourgogne né a Versailles le 6 Aoust 1682 Philippes Duc d’Anjou né [468] aussi a Versailles le 19 Decembre 1683 et Charles Duc de Berry né encore a Versailles le ….168.. neanmoins elle fut regrettée de peu de gens, il est vray aussi qu’elle avoit une humeur facheuse.

 

 

 

Chanson                    1690                            [469]

Sur l’Air: Je vous le dis et le repete.

Sur Jacques IId Roy d’Angleterre et Guillaume-Henry de Nassau Prince d’Orange Usurpateur de ses Royaumes.

 

Quand je veux rimer a Guillaume

Je trouve d’abord un Royaume,

Qu’il a rangé dessous ses loix;

Et quand je veux rimer a Jacques

J’ay beau resver cent et cent fois,

Je trouve qu’il a fait ses Paques.

 

 

Cette Chanson fut faite aprés que ce Roy fut revenu d’Irland. Ce voyage acheva de le decrier.

 

 

Chanson                    1690                            [471]

Sur l’Air de Lampon etc.

Sur la mort de Frederic de Schomberg Marechal de France Comte né de l’Empire et de Mertola; Grand de Portugal general de l’Armée du Prince d’Orange en Irland où il fut tué le 10 Juillet 1690 au passage de la Riviere de Royne comme on peut voir plus haut, et sur le bruit qui courut en meme tems que le Prince d’Orange avoit êté blessé a cette action, et etoit mort de cette blessure.

 

Schomberg entrant en enfer, (1)

Schomberg entrant en enfer,

Dit au Diable Lucifer,

Dit au Diable Lucifer,

Gardez bien vôtre Royaume

Car voicy venir Guillaume. (2)

Lampon, Lampon,

Camarade Lampon.

 

(1)  Le Marêchal de Schomberg etoit Huguenot.

(2)  Guillaume-Henry de Nassau Prince d’Orange qui avoit detrôné Jacques IId Roy d’Angleterre son beaupere.

 

 

Chanson                    1690                            [473]

Sur l’Air de ma mere mariez-moi.

Sur ceque le bruit de la mort du Prince d’Orange ne se confirmoit pas.

 

Le Prince d’Orange a tort

De n’etre pas encore mort;

Il devroit être en enfer

Avec son Schomberg

Avec son Schomberg;

Il devroit être en enfer

Pour detrosner Lucifer.

 

Cette Chanson n’a pas besoin de Commentaire aprés ceux des precedentes.

 

Chanson                    1690                            [475]

Sur l’Air………..

Sur la sanglante Bataille donnée par l’Armée du Roy en Irlande, commandée par Mr le Comte de Lausun contre l’Armée du Prince d’Orange qui est mort, et le Marêchal de Schomberg tué.

 

Il faut rendre au Dieu de gloire

Action de grace a present

D’avoir mis dedans le néant

Par un grand coup,

Et digne de memoire

Le Prince d’Orange enfin

Est mort il faut croire

Ce coup a pris fin.

 

Notre Roy d’heureuse memoire

Ayant apris par un Courrier

Qui lui a êté depesché

De ce Combat remply de victoire

Du Comte de Lauzun soudain

Que le Prince d’Orange

Etoit mort enfin.

 

Et Schomberg homme vaillant,                                                            [476]

D’un coup d’estoc et d’Etat,

Il est grace a Dieu mis en bas;

Les Renegats a present il faut croire

Sont dans le dernier desespoir

De voir mis par terre,

Le Prince d’Orange et Schomberg.

 

Voila toute vôtre esperance

Tout a fait mis a bas aujourhuy [sic],

Sous l’Etendard du Roy Louis;

Ce genereux de Lauzun pour la France

Fait voir la valeur de son bras

Le Prince d’Orange

Ce coup est a bas.

 

Prince d’Orange que pensiez vous faire,

Helas, pauvre Roy de Carreau;

Vous voila mis dans le Tombeau;

Usurpateur tu es dans la memoire

De ton funeste attentat,

D’un coup remply de gloire

Tu es mis a bas.

 

Et vous gros Milords d’Angleterre

Voila bien tout votre dessein,                                                             [477]

Que ferez vous pauvres mutins

D’avoir êté a vôtre Roy rebelles,

Vous serez punis de ce pas

De belle maniere,

Et n’en doutez pas.

 

Vous serez dedans la misere

Et bien puny severement;

Il faut rendre a Louis le Grand

Quelque jour la depense de la guerre

Que vous avez attiré a vous,

Il faut pour la danse,

Que vous payez pour tout.

 

Vous avez le Prince d’Orange

Conn et couronné pour Roy;

Mais il est aux derniers abois,

De ce coup il n’y a plus d’esperance

Il est tué pour le certain,

Et Schomberg tout de même;

Chacun a pris fin.

 

Et vous aussi Irlandois même

Qui avez mis les Armes bas,

Infidelles et Renegats,                                                                         [478]

Que pretendez vous a ce coup de faire,

Il faut servir certainement

Dedans les Galeres

De Louis le Grand.

 

Et vous Princesse infortunée

D’Orange quel malheureux destein,

Sauvez vous et tout vôtre train,

Puisqu’a present il vous faut sans melange,

Votre couronne êtoit abas,

Et prendre en Echange

Le chemin de t’en vas.

 

Car ce coup il faut reconnoitre

Le Roy Jacques pour souverain;

Il est beni de Dieu enfin

De ce grand coup.

Chacun aura memoire,

Le Prince d’Orange est a bas

Et puis Chomberg,

Il n’en reviendra pas.

 

Prions Jesus remply de gloire

De conserver nôtre grand Roy,

Comme le maintien de la foy,                                                             [479]

Pareillement le Dauphin debonnaire,

Prions pour le Roy Jacques aussi

D’avoir la Victoire sur ces Ennemis.

 

                                                                        1690                            [481]

La grande réjouissance de la France, sur la défaite des Armées Angloises, tant par mer que par terre; avec leur désolation sur ce qui s’est passé dans le Combat donné par le Prince d’Orange et le Comte de Schomberg et Mr le Comte de Lauzun Commandant les troupes de nôtre grand Monarque avec la mort du Prince d’Orange et du Marêchal de Schomberg.

 

Messieurs, venez écouter,

Et vous entendrez chanter,

Les tristesses de Hollandes,

L’Angleterre se lamante,

Bon, bon, bon,

Beuvons a Louis le Bourbon.

 

Les Anglois sont éperdus;

Car ils se voyent tous a cul,

Battus par mer et par terre

Ha, mon Dieu, la grande misere!

Bon etc.

 

Je pleure, dit l’Hollandois

Car nous voila aux abois.

Valdeck a perdu courage                                                                     [482]

Son Armée aussi son bagage,

Bon etc.

 

Buvons au grand de Luxembourg,

Autant la nuit que le jour

Il a montré sa vaillance,

C’est pour notre Monarque de France

Bon, etc.

 

L’Anglois

Nous avons êté batus

Nos vaisseaux sont tous perdus,

Le Comte de Tourville,

Nous a fait faire gille,

Bon etc.

 

Monsieur de Chateau-regnaud

Toujours prés dans l’assaut,

Nous abatus sans doutance,

C’etoit pour le Roy de France

Bon etc.

 

Nous faut sans plus tarder

Parler du Comte d’Estrées,

Il s’est battu comme un brave

A la teste de son Escadre                                                                    [483]

Bon etc.

 

Enfin tous nos bons guerriers

Ont acquery des Lauriers,

Montrans tretous leur vaillance

Dans les Combats d’asseurance,

Bon etc.

 

L’Anglois parle

Me voila presque pâmé

D’entendre icy parlé,

Quoi des nouvelles si etrange

Qui viennent d’arriver d’Irlande,

Bon etc.

 

C’est donc du Roy Guillemot

Je vous le dit [sic] en un mot,

D’un coup de Canon sans doute

L’a renversé dans la deroute

Bon etc.

 

De Schomberg son grand appuy

Enfin sa vie y a finie

Dans le Combat sans doutance

Malgré ses forces et puissances.

Bon, bon, bon,                                                                                                [484]

Beuvons a Louis de Bourbon.

 

Où nous pourrons-nous sauver,

Et de quel côté aller,

Car ce puissant Roy de France

Montre partout sa vaillance.

Bon etc.

 

De Lauzun ce grand guerriers [sic],

A combatu des premiers,

Contre le Prince d’Orange,

L’a renversé dans la fange.

Bon etc.

 

L’on voit partout dans Paris,

Un chacun se rejouy,

Aussi par toute la France,

Chacun boit en abondance;

Bon etc.

 

                                                                        1690                            [485]

Vers qui sont au tour d’une Estampe representant le Convoy de Guillaume-Henry de Nassau Prince d’Orange.

 

Pleurez heretiques pleurez,

Et vous Potentats conjurez.

Qui vous flatiés de mettre un jour la France en poudre

Le Tiran des Anglois, Guillaume est au Cercueil,

Le Ciel a confondu son crime et son Orgueil,

Louis l’a fait tomber sous sa puissante foudre,

Dikwelt, et Schrubery, Burnet avec Portland,

De ses lasches fureurs Ministres detestables

Portent son cadavre sanglant,

Où les becs des Corbeaux attendent les coupables.

 

Noms des personnes representées dans cette Estampe.

Le Prince George de Dannemarck frere de Christan V Roy de Danemarck il a epousé la soeur de la Princesse d’Orange fille comme elle de Jacques II Roy d’Angleterre. Le peintre le represente le verre et la bouteille a la main en signe de joye sous le gibet, où il feint qu’est la sepulture du Prince d’Orange, a cause qu’aprés la mort de celui cy la Couronne d’Angleterre le regarde.

  1. Halifax est le seul marqué restant en Angleterre, un des Principaux de la Chambre haute, il en fut President dans le dernier Parlement, et garde du petit Sceau privé dont il s’est demis volontairement, il êtoit Ministre d’Etat du vivant de Charles II et ce fut lui qui fit asseurer la succession au Duc [486] Diorck depuis Roy, chassé des affaires par celui cy. Il fut un de ceux qui contribua autant a l’usurpation du Prince d’Orange, comme le disent les vers de la figure auxquels on renvoye le lecteur.
  2. Burnet Originaire d’Ecosse, Evesque de Salisbury fameux Ministre de la Religion protestante, il a aussi eu tres grande part a l’Elevation du Prince d’Orange, il fit un sermon a Londres aprés le Couronnement de ce Prince.
  3. Schrwsbury Milord, le Prince d’Orange l’a fait Secretaire d’Etat, et il s’en est demis depuis volontairement, on dit que la Princesse d’Orange l’aimé [sic].
  4. Dickwelt ou Dickfeldt un des plus considerables membres des Etats generaux des Provinces unies, representant la Province d’Utrecht, il est tres attaché au Prince d’Orange.
  5. Le Comte de Poortland est un Gentilhomme d’Ouerisel appellé le Baron de Benting avant que le Prince d’Orange lui donnast la Comté de Poortland, comme il fit sitost qu’il fut couronné Roy d’Angleterre, il a êté elevé page de ce Prince, dont il a toujours êté et est encore le favory; l’amitié extreme de son maitre pour lui a donné sujet a la medisance qui croyoit que la nature ne trouvoit pas trop son compte dans le Commerce etroit qu’ils avoient ensemble; d’autant plus que le Prince d’Orange n’a jamais temoigné d’amour pour aucune femme; c’est ce que les vers de la figure expliquent intelligiblement pour ne pas dire grossierement.
  6. Marie-Stuard Princesse d’Orange fille de Jacques II Roi d’Angleterre qu’elle a aidé a son mary a dethrosner, comme le Prince d’Orange son mary n’a de droit a la Couronne d’Angleterre que par elle et qu’il ne lui a jamais temoigné grande tendresse, l’auteur des vers de la figure croit que la mort de ce Prince lui causeroit plus de joye que de douleur, puisque lui mort elle pouroit epouser quelqu’un plus aimable que lui, dont elle seroit plus aimée, et qu’elle feroit Roy comme lui; cette Princesse ne passe pas pour lui avoir toujours eté fidele, et beaucoup de gens ont crû que la fureur qu’elle a temoignée contre son pere, vient moins de son zele pour la Religion que de la rage qu’elle a eu de ce que ce Roy avoit fait trancher la [487] teste a Milord Duc de Monmout fils naturel du Roy Charles II qui avoit voulu se faire Roy d’Angleterre aprés la mort du Roy son pere et que la Princesse d’Orange aimoit.

 

Chaque persone de ce Commentaire ont chacune un couplet dans les Vers suivans.

6….Hollandois

9….Ecossois

8….Anglois

10….Irlandois

 

Autres Vers toujours sur le meme sujet.

 

A moy flambeau fatal d’un Royaume sans foy

            La torche honorable est bien deu,

1   Et cette triste Cloche a ma gauche pendue,

Est celle du Tocsin sonné contre mon Roy

 

Burlesque Burnet j’admiray l’eloquence,

            Quand Guillemot fut couronné;

2  Mais quel plaisir pour moy quand ce fou forsené

            Nous preschera sur la Potence.

 

Ne trouve t’on pas que mon sort

Est plaisant et digne d’envie

3            La femme me soutient envie

            Et je porte le mary mort.

 

Quel fatal contrecoup, que ma douleur est grande

Guillaume est au tombeau, tout mon projet est vain

4                        Je le voulois de la Hollande

Faire en moins de deux ans paisible souverain.

 

Les plus grandes faveurs passent comme le vent,                              [488]

Qu’avant toy n’ai-je êté privé de la lumiere,

5 Ah! tu prenois si bien avec moy le derriere,

 De quoi t’avises tu de prendre le devant.

 

Sur ce corps etendu qu’en grand deuil je convoye,

6          Tu me vois repandre des pleurs;

Mais dans les publiques douleurs;

Les larmes sont souvent le voile de la joye.

 

Ton superbe Tarquin vomit son ame impure,

7 Tullie, il faut calmer tes pleurs et ton effroy,

Jacques est ton pere il est ton Roy

Ecoute encore ton sang et son secret murmure

Malgré ton crime il est je crois

De grands retours a la nature.

 

Qu’avec mes propres mains je vais me dechirer

8                        Dans la rage qui me possede,

Il seroit pour mes maux un facile remede,

Ne puis-je me resoudre a me le procurer.

 

Guillemot comme un chat nous a presté sa pate;

Mais sa mort est ma foy le moindre de nos maux,

9                        Et si quelque douleur éclatte

Ce n’est que dans le coeur de nos Episcopaux.

 

Du Tiran des Anglois la rage est confondue,

Nos champs ont veu tomber ce fameux Criminel

10          C’est a l’Irlande qu’estoit deu

La gloire d’alterer l’Ecolier de Cromwell.

 

Chanson                    1690                            [489]

Sur l’Air de je vous le dis et le repete.

Sur le bruit qui courut que le Prince d’Orange etoit mort en Irlnde, et la joye excessive que toute la France et sur tout le peuple de Paris en temoigna.

 

Peuples, cette fureur si grande

Contre le vainqueur de l’Irlande,

Bien plus qu’a lui vous fait du tort;

Toutes ces marques d’infamie

Qu’on lui donne le croyant mort,

Font le triomphe de sa vie.

 

Il ny eut excés où ne se porta tout le peuple du Royaume sur ce faux bruit, et surtout celui de Paris toutes les ruës se trouverent pleines en un matin de Phantosmes qu’on traisnoit sous le nom du Prince d’Orange ausquels on faisoit mille indignitez, comme de le pendre a des Potences, de le batre a coup de baston, de le brusler etc. Cette fureur se comprendra mieux par la figure qui a été gravée et vendue publiquement a Paris et puis partout le Royaume, car ce bruit de la mort du Prince d’Orange dura longtems.

 

Autre                                                             [490]

Sur le même air que la precedente.

Sur l’incertitude ou l’on fut si longtems de la vie et de la mort du Prince d’Orange.

 

Qu’il soit mort ou qu’il soit en vie

Que son sort est digne d’envie;

S’il est vivant, qu’il est heureux!

S’il est mort comme on le publie,

Est il prince plus glorieux?

Ce qu’on (1) a fait, le justifie.

 

(1)  L’auteur qui apparemment est un Huguenot caché, entend par cette joye excessive dont il a êté parlé plus haut, que tout le Royaume temoigna au premier bruit quoique faux de la mort du Prince d’Orange, car il ne fut ny blessé ny malade.

 

Chanson                    1690                            [491]

Sur l’Air de Lampon.

Sur cequ’on fut tres longtems sans scavoir si le bruit qui couroit de la mort du Prince d’Orange êtoit vray, ou faux.

 

Est il mort? ne l’est il pas?

Est il mort? ne l’est il pas?

L’aurons nous dessus nos bras?

L’aurons nous dessus nos bras?

Faudra t’il chez nous qu’il loge, (1)

Comme chez Jacques Desloge? (2)

Lampon, Lampon, Camarade Lampon.

 

(1)  Il est certain que le Prince d’Orange n’avoit point de plus forte envie que de penetrer dans le coeur du Royaume.

(2) L’auteur appelle par raillerie Jacques II Roy d’Angleterre, Jacques Desloges, parce que le Prince d’Orange l’avoit fait deloger de son Royaume.

 

Sonnet                       1690                            [493]

Sur le retour de Guillaume-Henry de Nassau Prince d’Orange en Angleterre etc a Londres où il arriva d’Irlande le …..du mois de….1690.

 

Guillaume êtant parti comme un second Achille

D’un air moins triomphant (1), revient a ce qu’on dit;

Nous verrons quels projets maintiendront son credit

Et s’il rendra la France en Lauriers moins fertile. (2)

 

On l’a fait deloger de devant une ville, (3)

Qu’eût pris un Argoulet sans aucun contredit,

 

(1)  Le Prince d’Orange qui d’abors avoit triomphé en Irlande au passage de la Riviere de Boine ne fut pas si heureux par la suitte, puisque non seulement le Duc de Tirconnel se maintint toujours en Irlande avec un Corps d’Armée considerable en faveur du Roy d’Angleterre Jacques IId mais qu’il fut obligé de lever honteusement le siege de devant Limerick aprés douze jours de tranchée ouverte comme on a veu plus haut.

(2)  La France fut tres heureuse l’an 1690 car quoiqu’elle fut attaquée en meme temps par l’Empereur, l’Empire tout entier, l’Espagne, la Hollande, l’Angleterre, le Duc de Savoye, et cela par mer et par terre, elle gagna le 1er Juillet la Bataille de Fleurus sur les Espagnols Hollandois et Anglois, celle de Staffarde le 18 aoust contre le Duc de Savoye en personne, celle de mer le 10 Juillet contre les Flottes Angloise et Hollandoise.

(3)  La Ville de Limerick tres mechante place dont le Prince d’Orange leva le siege le 9 Juillet.

 

Lazare aprés trois jours sort de terre et revit,                                     [494]

L’Usurpateur (4) Guillaume en trois mois immobile. (5)

 

Ce resuscité perd l’Empire (6), et l’Empereur (7)

L’Anglois est divisé (8), les Turcs (9) reprennent coeur,

 

(4)  Guillaume-Henry de Nassau avoit usurpé les Royaumes de son beaupere Jacques IId.

(5)  On fut 3 mois en France, croyant que le Prince d’Orange etoit mort, parcequ’on n’entendoit point parler de lui c’est a dire depuis la fin du mois de Juillet que le Roy d’Angleterre revenu d’Irlande en France, fut lui même le Courrier de sa defaite jusqu’au mois d’Octobre que Boisseleau Commandant dans Limerick revint en France aprés la levée du siege de cette ville.

(6)  Tout l’Empire etoit armé contre la France, et accablé des troupes des quartiers d’hiver et autres frais de la guerre. Les Armées de France outre cela avoient vescu une grande partie de la Campagne sur les terres de l’Empire aussi bien que l’armée imperialle, ainsi amis et enemis le ruinoient et il est certain que le Prince d’Orange etoit le flambeau qui avoit allumé cette guerre dans l’esperance de ruiner la France, et de se vanger par là des mepris que le Roy Louis XIV lui avoit fait ressentir.

(7)  L’Empereur ayant êté contraint pour faire la guerre a la France d’envoyer ses meilleures troupes sur le Rhin il affoiblit son Armée de Hongrie que commandoit le Prince Louis de Baden. Les Turcs qui avoient toujours êté batus depuis l’an 1683 qu’ils leverent le siege de Vienne reprirent coeur sous leur nouveau visir Cuprugli l’an 1690 batirent une partie de l’Armée de l’Empereur en Hongrie et prirent Belgrade d’assaut le 8 Octobre que les Imperiaux avoient pris l’an 1688.

(8)  On pretendoit qu’il y avoit en Angleterre un party contre le Prince d’Orange.

(9)  L’auteur entend par là la prise de Belgrade.

 

Les Cliens (10) de Guillaume ont tous la nape mise.                          [495]

 

Si l’Irlande est temoins de ses faits inouis,

Il met quatre (11) Electeurs et Savoye (13) en Chemise,

Et le bruit de sa mort me coute un beau Louis.

 

(10)   Il est constant que les Hollandois et les autres Princes que le Prince d’Orange avoit engagé dans la guerre contre la France etoit accablées de troupes amies et ennemies qu’il falloit nourir et cela sans esperance d’aucun proffit.

(11)   Les Archevesques de Cologne, Myence et Treves et l’Electeur Palatin. Les Etats de ces 4 Princes etoient absolument ruinez par la guerre et eux contraints de les quitter.

(12)   Le Duc de Savoye avoit perdu par la guerre tous ses Etats hormis le Piedmont où il etoit obligé d’entretenir son armée et les troupes que l’Empereur et le Roy d’Espagne avoient envoyées a son secours comme les Francois faisoient vivre les leur dans la Savoye Morienne Tarentaise, Genevois, Chablais etc qui tous avoient presté serment a la France.

(13)   L’auteur qui est Jean de la Fontaine si fameux par ses Fables et ses Contes avoit gagé un Louis d’or que le Prince d’Orange etoit mort et le perdit parce qu’on aprit le contraire.

Autre                                                             [496]

Servant de reponse au precedent, sur les mêmes rimes, et le même sujet.

 

Oui Guillaume (1) est parti comme un second Achille

Il revient (2) triomphant, quoique la France ait dit, (3)

Son Parlement l’adore, et maintient son credit, (4)

Qui bientost en lauriers va le rendre fertile.

 

Sa prudence a levé le siege d’une ville, (6)

Qu’il pouvoit par assaut prendre sans contredit

Ce Roy comme Lazare est cru mort et revit, (7)

On verra dans six mois s’il demeure immobile. (8)

 

(1)  Guillaume-Henry de Nassau Prince d’Orange, Couronné Roy d’Angleterre.

(2)  D’Irlande.

(3)  On a veu dans le Sonnet precedent de quelle maniere on en parloit en France.

(4)  Le Parlement assemblé en Angleterre par le Prince d’Orange l’an 1690 lui accorda la somme de….

(5)  On a veu plus haut les victoires remportées par les Armées Françoises dans cette année.

(6)  Limerick.

(7)  On a veu plus haut quel fut le bruit de la mort du Prince d’Orange a Paris.

(8)  Le Prince d’Orange avoit mandé aux Etats generaux des Provinces Unies qu’il passeroit bientost en Hollande et y avoit fait courir le bruit parmi ses alliez qu’il commanderoit en personne l’Armée des pais bas contre la France.

 

A ce resuscité s’attache l’Empereur, (9)

Par lui l’Anglois est libre (10), et le Turc ne prend coeur

Qu’a l’aide de la France et par son entremise. (11)

 

Enfin Guillaume doit par ses fais inouis,

Sauver toute l’Europe (12), et s’il met en chemise

Quelqu’un des souverains, ce doit être Louis. (13)

 

(9)  L’Empereur êtoit plus uni que jamais avec le Prince d’Orange.

(10)   L’Angleterre ou vraisemblablement ce sonnet-cy a êté fait, se croyoit libre d’etre delivrée du Roy Jacques IId qui etoit Catholique outré.

(11)   Il est certain que la France aidoit le Turc qui venoit de reprendre Belgrade et le Pont d’Esseck en Hongrie et c’etoit tres sagement fait dans la conjoncture presente ou presque toute l’Europe etoit contre elle.

(12)   Les Huguenots François refugiez du nombre desquels etoit sans doute l’autheur croyoient fermement que le Prince d’Orange ruineroit la France, et c’est ce qu’ils appeloient sauver l’Europe a cause de la puissance du Roy.

(13)   Louis XIV dit le Grand Roy de France, et cecy revient a ce qu’on vient de dire que les Huguenots croïoient que le Prince d’Orange ruineroit la France.

 

 

Chanson                    1690                            [498]

Sur l’Air de Jean de Vert.

 

Maintenon a beau se vanter,

De regler la Jeunesse;

Quand elle ne peut plus pecher,

Elle presche la sagesse;

Mais nous scavons qu’en Canadas

Elle a lassé tous les goujats

De Jean de Vert.

 

Chanson                    1690                            [499]

Sur l’Air: il a batut son petit frere.

Sur ….. Comte de Mailly Colonel Lieutenant du Regiment Royal des Vaisseaux fait Inspecteur d’Infanterie a la fin de l’année 1690.

 

Mailly votre fortune est faite

Pour avoir baisé la cadette, (1)

On vient de vous faire Inspecteur;

Vous brillerez par le silence, (2)/ Poussez plus loin votre insolence;

Un coup delit a l’autre soeur, (3)/ Un coup de V… à l’autre soeur,

Vous serez Mareschal de France.

 

(1)  Louise-Francoise de Bourbon, Princesse legitimée de France fille naturelle du Roy Louis XIV femme de Louis Duc de Bourbon Prince du sang, Grand Me de France et Gouverneur de Bourgogne en survivance de Henry-Jules Bourbon Prince de Condé son pere.

(2)  C’est a dire en cachant cette bonne fortune.

(3)  Marie-Anne de Bourbon Princesse legitimée de France fille naturelle du Roy Louis 14 veuve de Louis Armand de Bourbon prince du sang.

Nota. Que cette Princesse etoit aimée de la Duchesse de Bourbon c’est pourquoi l’auteur apelle celle cy la Cadette.

 

Epitaphe                    1690                            [501]

De Charles de Ste Maure Duc de Montausier, Pair de France, Chevalier des Ordres du Roy, Lieutenant general de ses Armées, Gouverneur de Normandie de Xaintonge et Angoumois, Lieutenant de Roy en Alsace, Gouverneur et 1er Gentilhomme de la Chambre de Monseigneur le Dauphin; mort à Paris le 17 May 1690.

 

Je fus bon à quelqu’un, facheux à tout le monde

Je me piquay d’aimer et la prose et les vers,

C’est en vain que pour moy les Cieux seroient ouverts,

Que ferois-je en des lieux ou persone ne gronde.

 

Jamais homme n’eut plus de merite, d’honneur, de Vertu, de probité que M. le Duc de Montausier; Il fut le meilleur et le plus solide amy du monde et le plus fidelle sujet. Il avoit beaucoup d’esprit et de scavoir, et aimoit fort la lecture. Il fut outre cela tres homme de bien, et mourut avec une pieté exemplaire et une parfaite resignation a la volonte de Dieu; mais en recompense jamais l’homme n’eut l’humeur plus aigre, plus caustique, et n’aima mieux a gronder, jusqu’a sa propre table il grondoit publiquement les gens, de quelque qualité qu’ils fussent lorsqu’ils ne mangeroient point assez promptement a sa Phantaisie, quoiqu’il en soit les gens de bien ont perdu a sa mort et sa perte est difficile a reparer par les difficultez qu’il y a de trouver des gens d’une vertu aussi solide et aussi ferme.     

 

Chanson                    1690                            [503]

Sur l’Air: de Tourelouribot.

Sur le voyage que fit Jacques IId Roy d’Angleterre en Irlande.

 

Le Roy d’Angleterre est en Irlande.

Oh oh tourelibot,

Nos Officiers y commandent

Oh oh tourelibot,

Jay bien peur qu’on ne les pende

Oh oh oh tourelibot.

 

Le Roy de France Louis XIV ne s’etoit pas contenté d’envoyer des Officiers de l’Argent et des Armes en Irlande pour y faire la guerre en faveur du Roy d’Angleterre, contre les troupes du Prince d’Orange qui maitre de l’Angleterre et de l’Ecosse attaquoit ce Royaume que Milord Tirconnel deffendoit. Sa Majesté tres Chrestienne y envoya le Roy Jacques a ses depens le …… 1689 et au commencement de 1690 le Comte de Lauzun Lieutenant general des Armées du Roy et autres fois son favory y passa avec le Sr de la Hoguette Marechal de Camp a la teste de 5 ou 6000 hommes de troupes reglées Françoises.

On verra plus bas le succés de ce voyage que l’auteur de la Chanson craignoit avec raison.

 

 

Chanson                    1690                            [505]

Sur l’Air de, Pierre Bagnolet.

Sur les Poëtes nommez dans la Chanson et dans le Commentaire.

 

Dans la Flandre Abeille (1) accompagne

Nos Victoires de son Clairon, (2)

Aux premiers jours en Allemagne

On verra prendre le haut ton

            A Capistron, (3)

            A Capistron

Pour chanter toute la Campagne

Il faut en Irlande Pradon. (4)

 

(1)  Abeille poëte connu par les Tragedies d’Argelie et de Coriolan qu’il avoit composées avoit suivy Henry de Montmorency Luxebourg Duc de Piney, Pair et Marechal de France, en Flandres, où ce Duc commandoit l’Armée de France.

(2)  C’est qu’il a la voix gresle.

(3)  Capistron Poëte auteur des Tragedies d’Arminius, Virginie, Andronie etc. devoit aller en Allemagne avec Louis-Joseph Duc de Vendôme qui y devoit servir de Lieutenant general dans l’Armée que Louis Dauphin de France alloit y commander.

(4)  Pradon autre Poëte plus mauvais que les deux autres auteurs auteur des Tragedies Piram et Thisbé, de la Mort d’Ajax de Regulus etc. L’auteur de la Chanson pretend qu’il devroit aussi aller en Irlande trouver Jacques IId Roy d’Angleterre qui  y etoit passé l’année precedente, et a qui le Roy de France [506] avoit envoyé des troupes, comme on peut voir dans la Chanson precedente et son Commentaire.

 

Chanson                    1690                            [507]

Sur l’Air d’un Menuet.

Sur Marie-Charlotte Mazarini Marquise de Richelieu.

 

Je m’aperçois aimable Marquise

Que vous lorgnez tout le genre humain,

Si je vous plais prenez moy sans remise,

Je vous quitteray dés le lendemain

Je m’aperçois aimable Marquise,

Que vous lorgnez tout le genre humain.

 

Cette Marquise est une des belles et des plus aimables femmes de la Cour.

 

Epigramme                1690                            [509]

Sur le paralelle des Autheurs anciens et Modernes fait par Charles Perraut de l’Accademie Francoise Controlleur general des Bastimens du Roy; dans lequel il pretend prouver que les modernes sont au dessus des anciens.

 

Ne blasmez point Perrault car s’il condamne Homere

Virgile, Aristote et Platon, (1)

Il a pour lui Monsieur son frere, (2)

Fontenelle (3), Quinault (4), Caligula (5), Neron. (6)

Et le gros Charpentier (7) dit on.

 

(1)  Perraut soutient dans son livre qu’il y a des Poetes Modernes au dessus de Virgile et d’Homere et des Philosophes modernes au dessus d’Aristote et de Platon.

(2)  ……. Perraut Docteur en medecine de la faculté de Paris et autrefois Intendant des Bastimens du Roy.

(3)  ……..de Fontenelles Poëte qui etoit du sentiment de Perraut.

(4)  Philippes Quinaut Auditeur de la Chambre des Comptes de Paris et l’un des 40 de l’Accademie Françoise qui etoit aussi du même sentiment que Perrault.

(5)   

(6)  Les Empereurs Caligula et Neron 2 monstres en cruauté mepriserent et maltraiterent les gens de Lettres et les scavans de leur tems, comme fait Perraut son frere le medecin, Fontenelle et Quinaut qui en preferant les Poetes et les Philosophes de ce tems cy a ceux de l’antiquité les meprisans autant que faisoient ces 2 Empereurs.

(7)  François Charpentier de l’Accademie Françoise qui etoit aussi du sentiment de Perraut.

 

 

Epigramme                1690                            [511]

Sur Nicolas Boileau Sr des Preaux de l’Accademie Françoise lequel soutenoit la Superiorité des autheurs anciens sur les modernes, contre le Paralelle des Autheurs anciens et modernes; faite par Charles Perrault de l’Accademie Françoise dans laquelle ce dernier pretendoit prouver que les modernes l’emportoient sur les modernes.

 

D’où vient que des François le rigide Censeur, (1)

Des Grecs et des Latins est l’ardent deffenseur;

La reponse en est toujours preste.

En esprit, en merite, en belles qualitez,

On aime mieux cent morts au dessus de sa teste

Qu’un seul vivant a ses cotez. (2)

 

(1)  Boileau des Preaux dans ses satires et ses Epitres a Censuré les moeurs des Francois et plusieurs personnes en particulier.

(2)  L’auteur veut dire que Boileau est jaloux des autheurs ses Contemporains qui peuvent l’effacer, et qu’ainsi il leur prefere les anciens. Cependant parmi ses Contemporains, on n’avoit encore veu personne dont il pust être jaloux.

 

 

Chanson                    1690                            [513]

Sur l’Air; Jardinier ne vois tu pas.

Faite a Rome l’an 1690 lorsque Charles d’Albert d’Ailly, Duc de Chaumes Pair de France Chtr des Ordres du Roy, Gouverneur de Bretagne etc, y êtoit Ambassadeur aprés l’exaltation du Pape Alexandre VIII pour laquelle il y êtoit allé, dés l’an 1689. Ce Pape plus doux que son predecesseur fit esperer a ce Ministre qu’il s’accommoderoit avec la France, et qu’il envoyeroit des Bulles aux Evesques nommez par le Roy qui êtoient alors au nombre de 43 et c’est sur cela qu’est faite la Chanson suivante que l’auteur envoya à Paris.

 

Pour vouloir trop avancer,

Bien souvent on reculle,

Cessés de vous tracasser,

C’est le moyen de presser

Les Bulles, les Bulles, les Bulles.

 

Vous criez trop a la Cour. (1)

 

(1)  On a veu dans une des Chansons precedentes qu’on avoit douté d’abord qu’Alexandre VIII voulut s’adoucir en faveur de la France. Mr le Duc de Chaumes son amy depuis longtems, et qui avoit même contribué a son exaltation flatoit toujours la Cour du contraire. Cela faisoit fort crier contre lui.

 

Pendant qu’on capitule,                                                                      [514]

L’Ambassadeur (2) est il sourd

Vous aurez au premier jour

Des Bulles, des bules, des Bulles.

 

De l’heureux choix d’Ottoban, (3)

N’aviez vous plus de scrupule,

Soubs ce Pape sage et bon,

Va renaître la saison

Des bulles, des bules, des Bulles.

 

Prelats nous serions ravis,

De vous sauver des Julles; (4)

Mais les Cardinaux ont pris,

Un degoust pour le gratis,

Des bulles, des bulles, des bulles.

 

(2)  Le Duc de Chaulnes Ambassadeur de France a Rome.

(3)  Alexandre VIII s’appelloit Pierre Ottobuoni avant que d’etre Pape.

(4)  Plusieurs des Evesques nommez eussent bien voulu avoir leurs Bulles gratis; mais l’auteur leur fait craindre le contraire.

 

He bien faisons nous si mal                                                                [515]

Messieurs les incredullez?

Vous avez un Cardinal, (5)

Et la charge d’un cheval,

Des Bulles, des Bulles, des Bulles.

 

(5)  Lorsque cette Chanson a êté faite, le Pape avoit desja donné le Chapeau de Cardinal a Toussaint de Fourbin Evesque et Comte de Beauvais Pair de France, ce qu’Innocent XI avoit toujours refusé a cause qu’il etoit Francois bien qu’il eut êté nommé par Jean II Roy de Pologne vers lequel il avoit êté Ambassadeur pour la France.

 

 

Autre

Sur le même Air

Servant de reponse a la precedente sur ce que les Bulles qu’elle promettoit ne venoient point, et qu’au contraire, il y avoit apparence que le Pape Alexandre VIII ne les accordoit pas.

 

Aux promesses d’Ottobuon

Ne soyez point credules.

Je connais le Pantalon

Et vous n’aurez qu’en Chanson                                                          [516]

Des Bulles, des Bulles, des Bulles.

 

Le Duc de Chaulnes voulut a toute force faire eslever le Cardinal Ottobuoni sur la Chaire de St Pierre parcequ’il etoit son amy et ne voulut prendre aucunes mesures avec lui pour les demeslez qui etoient entre la France et la Cour de Rome quelque effort que fit pour cela le Cardinal d’Estrées qui etoit depuis longtems a Rome chargé des Affaires de France; il en arriva que le Pape elû se moqua ensuitte du Duc de Chaulnes, et fut aussi opiniastre qu’Innocent XI son predecesseur, la suitte des negociations qui se firent là dessus se verra plus bas. Il est bon de dire cependant que le Cardinal d’Estrées revint a Paris et a la Cour, Que le Duc de Chaunes Ambassadeur de France demeura a Rome chargé des Affaires de cette Couronne et avec lui le Cardinal de Bouillon Grand Aumosnier de France qui etoit chassé de la Cour avec toute sa Famille. Comme les choses n’avancoient pas davantage en faveur de la France le Roy Louis XIV par le Conseil de Françoise d’Aubigné Marquise de Maintenn envoya à Rome le Cardinal de Fourbin. Il fut charge de Lettres, et de presens pour le Pape, et Madame de Maintenon qui se faisoit une affaire capitale du Succez de la negociation de ce Cardinal, escrivit a sa sainteté pour reponse a un Bref qu’elle en avoit receu et lui envoya par cette Em.re une fort belle Pendule.

 

Chanson                    1690                            [517]

Sur l’Air: Je ne suis pas le seul a medire.

Faite a Rome l’an 1690 par Philippe-Emanuel de Coulanges qui y êtoit allé avec Charles d’Albert dit d’Ailly Duc de Chaulnes Pair de France etc. Ambassadeur pour la 3e fois en cette Cour, du Roy Louis XIV et adressée a …. Abé de Polignac qui y êtoit aussi sur tous les fameux Peintres dont les Tableaux sont en cette Ville.

Nota: Que cette Chanson n’est pas de la nature des autres pieces qui composent ce Recueil, mais elle est historique en ce qu’elle prle de tous ces grands hommes qui sont admirez en France comme en Italie et dont il y a beaucoup de Tableaux a Paris, et autres endroits du Royaume.

 

Abbé, vous voulez enfin que je m’attache

A chanter le Carrache, (1)

Raphael (2), Jules Romain. (3)

 

(1)  Il y a eu 3 Carraches ou Carracio Peintres, scavoir Augustin et Hannibal freres, et Louis leur Oncle; mais Annibal a êté le plus fameux. Ils etoient natif de Boulogne où ils fondèrent l’Accademie de Peinture appellée delli Desiderosi et depuis l’Accademie des Carraches. Annibal vivoit encores l’an 1600.

(2)  Raphael appellé d’Urbin parce qu’il etoit né en cette ville. C’est le plus estimé de tous les peintres. Il mourut agé de 37 ans l’an 1520.

(3)  Jules Romain natif de Rome et intime amy de Raphael d’Urbain et son heritier principal, acheva les ouvrages qu’il ne pût finir. Il mourut agé de 54 ans l’an 1546.

 

Et Pietre Perusain, (4)

Le Georgeon (5), le Bassan, (6)

Le Tintoret (7), Albert Dure (8) et Lanfranc, (9)

 

(4)  Pietre Perugin natif de Perouse mort agé de 78 ans l’an 1524.

(5)  …Le Georgeon ou Giorgion né a Castel Franco, dans le Trevisan, mort agé de 34 ans l’an 1511.

(6)  Il y a eu plusieurs Bassaus apelléz d’Aponte; mais surnommez Bassans parce qu’ils naquirent a Bassane ou François d’Aponte s’etablit. Ce Francois eut pour fils Jacques pere de Francois de Leandre, de Jean-Baptiste, et de Jerome; Jacques mourut agé de 82 ans l’an 1592. Francois le plus habile de tous mourut agé de 43 ans l’an 1594 Leandre l’an 1623 Jean Baptiste l’an 1613 a l’age de 63 ans et Jerome agé de 62 ans l’an 1622. Ils peignoient tous de la meme maniere, et qui fait qu’il y a tant de Tableaux des Bassans qu’on fait passer pour être de Jacques parce qu’il est le plus estimé.

(7)  …Jacques Robusti né a Venise appellé Tintoret, appellé ainsi parceque son pere etoit Teinturier. Il mourut a l’age de 82 ans l’an 1594.

(8)  Albert Durer Allemand natif de Nuremberg, mort agé de 48 ans l’an 1528 il etoit Peintre et Graveur en taille douce.

(9)  Jean Lanfranc né a Parme , mort agé de 66 ans l’an 1647.

 

Le Correge (10), et Parmesan, (11)                                                     [519]

Titien (12), Paul de Verone, (13)

Poussin (14), Pierre de Cortone, (15)

Giosepin, (16)

Michel-Ange (17), le Palme (18), et Valentin, (19)

Caravage (20), le Guide (21), et Dominicain, (22)

 

(10)   Antoine de Coregio mort a 40 ans environ l’an 1513.

(11)   …..

(12)   Paul Vacelli dit le Titien né a Cador sur les Confins de Frioul, mort l’an 1576 agé de 99 ans, c’est celui de tous les Peintres qui a porté le Coloris le plus loin, aussi excelloit il en Portraits.

(13)   Paul Cagliari natif de Veronne et appellé par cette raison Paul Veronese, il mourut agé de 58 ans l’an 1588.

(14)   Nicolas Poussin Francois né a Andely en Normandie, mort a Rome où il avoit passé la plus grande partie de sa vie l’an 1665 agé de plus de 71 ans. Il fut 1er Peintre du Roy Louis XIII.

(15)   Pierre de Cortone.

(16)   Joseph Pin vulgairement appellé Gioseppin natif d’Arpino mort a l’age de 80 ans l’an 1640.

(17)   Michel Ange Buonarruoti de l’Ancienne Maison de Comtes de Cavosse né dans un Chateau appelllé Chiusi dans le pais d’Arrezo. Excellent Peintre, excellent Sculpteur, et excellent Architecte, mort a l’age de prés de 89 ans en 1564.

(18)   Jacques Palme, il vivoit sous le Pontificat de Paul V.

(19)   Le Valentin, Francois, natif de Coulommiers en Brie.

(20)   Amerigi natif de Caravago en Lombardie et pour cela dit le Caravage.

(21)   Le Guide natif de Boulogne, appelé Reni mort a l’age de 77 ans l’an 1642.

(22)   Dominique Zampieri dit le Dominicain, aussi né a Boulogne, mort a l’age de 60 ans en 1641.

 

L’Albane (23) et le Guerchin; (24)                                                     [520]

Qu’a jamais le Ciel la Couronne,

Et que leurs Tableaux soient sans fin.

 

(23)  Francois Albano dit l’Albane, né à Boulogne mort a l’age de plus de 82 ans l’an 1660.

(24)  Francois Barbieri aussi de Boulogne surnommé le Guerchin parce qu’il etoit louche, mort agé de 70 ans, l’an 1669.

Nota. Qu’il y a encore beaucoup de Peintres fameux, dont l’auteur n’a point parlé; mais ce n’est point au Commentateur a les mettre.

 

Epigrammes               1690                            [521]

Sur un Livre, intitulé, l’Art de penser, ou la maniere de juger des Ouvrages de l’Esprit. Et sur un autre Livre appelé Pensées Ingenieuses prises de divers auteurs, tous deux composez par le P. Jean Bouhours Jesuitte.

 

Pere Bouhours dans vos pensées,

La pluspart fort embarassées,

A moi (1) vous n’avez point pensé

Dans cette Liste triomphante

De celebres auteurs que votre Livre chante

Je ne vois pont mon nom placé;

Mais aussy dans le meme Role

Vous avez oublié Pascal. (2)

Qui pourtant ne pensoit pas mal,

Un tel Compagnon me console.

 

(1)  Cette Epigramme cy a êté faite parceque le P. Bouhours n’avoit point cité dans ses deux livres l’auteur parmy ceux dont il y a mis des pensées.

(2)  Le P. Bouhours n’a point aussi cité aucune pensée de feu Blaise Pascal si fameux par ses Essais ou pensées sur la Religion et sur quelques autres sujets, et par le livre des Lettres escrites par Louis de Montalte a un Provincial de ses amis et aux R.R.P.P. Jesuittes. Ce Pascal fut un des plus beaux esprits de son tems, et ses 2 Livres sont si beaux et si pleins d’esprits, que l’auteur se console d’avoir êté oublié avec un si grand homme dans les Livres du P. Bouhours; Mias ce Jesuitte n’avoit garde de citer Mr Pascal le plus grand Ennemy de la Societé qui les a persecutez par son excellent Livre des Lettres au Provincial, fait contre la morale des Jesuittes en faveur des Jansenistes au parti desquels Mr Pascal etoit fortement attaché.

 

L’antipode d’un Janseniste, (3)                                              [522]

De divers bons auteurs assez mauvais copiste,

Fait voir par le recueil  qu’il vient de metre au jour,

Qu’il lit et prose et vers de folie et d’amour. (4)

C’est un plaisir plus doux que de prendre la peine

            De debrouiller saint Augustin.

Le dur Tertulien, et l’obscure Origene,

Le bon pere sans doute y perdroit son latin,

Il vaut mieux commenter Ovide, et la Fontaine,

Et les plus beaux endroits de Bussy Rabutin. (5)

 

(3)  C’est le P. Bouhours Jesuitte et par consequent grand ennemy des Jansenistes, contre lesquels il a meme escrit.

(4)  Ce Pere dans les 2 Livres citez dans l’argument raporte beaucoup de passages galans et pleins d’amours.

(5)  Il y raporte force passages d’Ovide, de la Fontaine et du comte de Bussy Rabutin qui ont tous ecrit de Galanterie et meme d’ordures. Ce que l’auteur blasme dans un Jesuitte et Prestre, qui devroit bien plustost s’attacher aux Peres de l’Eglise, tels que St Augustin, Tertullien, Origene, qu’a des autheurs galants, tels que ceux qui viennent d’etre nommez.

 

Dans ce beau recueil de pensées,                                                        [523]

Que votre main a ramassées,

Vous en usez moderement;

Vous citez les Livres des autres

Sans avoir rien tiré des vôtres,

Que vous montrez de jugement. (6)

 

(6)  L’auteur veut dire par ce trait qu’il n’a cité que les ouvrages d’autruy ne trouvat [sic] pas dans les siens, car il en a fait beaucoup, aucune pensée qui meritast d’etre raportée parmy celles qu’il donne comme dignes d’etre remarquées.

 

Fable Allegorique                  1690                [525]

Le Coucou, la Fauvette, et le Rossignol.

Sur ….de Montmort, femme de ….. Delrieux Me d’Hostel ord.re du Roy, laquelle êtant grosse du fait de …… Rossignol President de la Chambre Comptes de Paris, et ne le pouvant cacher a son mari, qui depuis longtems ne couchoit plus avec Elle, sortit de sa Maison l’an 1690 et se retira pour accoucher dans un logis que le President Rossignol lui avoit fait preparer pour cet effet.

Nota. Que les Commentaires de cette Fable expliqueront le detail et la suitte de cette aventure.

 

Un vieux Coucou (1) jadis voulut prendre pour femme

Une jeune Fauvette (2) et devint son amant,

Dans son premier empressement,

Il lui voulut marquer sa flamme,

Et perdit une aisle en volant, (3)

 

(1)  Mr Delrieux Me d’Hostel du Roy.

(2)  Mad.e Delrieux.

(3)  Mr Delrieux Maltotier y gagna beaucoup en volant, comme il est ordinaire aux gens de cette profession. Il se fit ensuitte Me d’Hostel ordinaire du Roy, cette charge qu’il achepta du Sr Sanguin, fait 1er Me d’Hostel l’an 167…l’ayant decrassé, il voulut changer son nom connu par les bas employs qu’il avoit exercés, et il se fit appeler Derieux ôtant la Lettre L. Ce qui faisoit dire faisant allusion a cette lettre, qu’a force de voler il avoit perdu une Aisle.

 

Cet accident sembloit devoir gater l’affaire, (4)                                  [526]

Point du tout; dés ce jour bien mieux qu’a l’ordinaire

Nôtre Fauvette le receut

L’himen l’unit avec la belle,

Pour la rendre contente il fit tout ce qu’il pût.

Mais la Fauvette s’apperceut,

Qu’il ne batoit plus que d’une aile (5)

Le printemps cependant fit honneur a son nid,

Et dans son frugal ordinaire,

La pauvrette tourna si bien tout a profit

Que de quelques petits elle devint la mere, (6)

Ce n’etoit pas contentement,

L’honneur s’etoit sauvé, l’honneur c’est peu de chose,

Souvent sous la plus belle rose

 L’espine pique vivement.

De ses malheurs pourtant elle tint bouche close,

Elle chantoit tres rarement,

Les Oiseaux d’alentour en ignoroient la cause;

 

(4)  On craignoit que ce changement du nom ne fut un obstacle au mariage; mais au contraire, cela l’avança.

(5)  Il êtoit desja vieux et par consequent peu vigoureux quand il se maria.

(6)  Il est sorty plusieurs enfans de ce mariage.

 

Ils en parloient diversement,                                                     [527]

Ainsi pleine d’ennuy ses beaux jours s’ecoulerent

Un reste de pudeur de son coeur s’effaça,

Aiguillons penetrans chez elle redoublerent,

Nature un peu trop la pressa,

A tous venans beau jeu, la porte fut ouverte, (7)

Le Pinçon, le Chardonneret,

Le Verdier, et le Roitelet.

Quiconque voulut d’elle en sortit satisfait,

A tromper son epoux elle fut tres allerte,

Et je ne scais par quel secret

Elle cacha si bien son fait

Qu’elle ne fut point decouverte,

Cependant le Coucou se le tenoit pour dit

Et sentoit le printems rejouir la nature,

Sans rendre part à sa verdure,

Usé, gouteux, il ne sortit du Nid

Que pour chercher de la pasture,

Un certain Rossignol gorge de Sansonnet (9)

Voulut de la Fauvette avoir la connoissance;

Ce Rossigno êtoit de grosse corpulence.

Surtout, ennemy du silence.

 

(7)  Elle êtoit fort coquette.

(8)  L’auteur entend par tous ces noms d’oiseaux les differens amans qu’elle eut.

(9)  Le President Rossignol faisant le beau, et grand Bavard.

 

 

Etourdissant de son caquet,                                                       [528]

A faire perdre patience.

Il plût a la Fauvette et dés le meme jour

Qu’il lui parla de son amour

Il pût esperer, estoit-ce une merveille,

Point du tout a chacun elle prêtoit l’oreille,

Elle agrea les soins de son nouvel amant

Charmé de son coté de sa bonne fortune

Qu’il ne croyoit pas si commune.

Le Rossignol l’a vit avec empressement,

Mais le malheur voulut que dans leur avanture,

N’ayant pas bien pris leurs mesures

La Fauvette sentit certains tresaillemens,

Qui sont de tres mauvais augure,

Enfin les petits pieds firent trembler les grands, (10)

Que faire en cet etat, sauver les aparences,

Mais comment faire encor, mais si… mais non…parou

Comment se sauver du Coucou;

Qui commençoit d’avoir d’horribles deffiances,

L’on proposa beaucoup tous propos superflus,

Chaque jour cependant redoubloit les allarmes,

Soupirs, sanglots, torrens de larmes,

On vouloit, on ne vouloit plus,

 

(10)  C’est a dire qu’elle devint grosse.

 

D’un si funeste amour on detestoit les charmes,                                [529]

Il falloit cependant enfin prendre party,

J’ay, dit le Rossignol, dans un voisin boccage

Dont jamais le soleil n’a pû percer l’ombrage,

Un nid encore frais (11), de tout bien assorty,

Et duquel je ne suis sorty

Que pour vous rendre mon hommage,

Venez vous y loger, quittez vôtre mary,

Plaignez-vous hautement de son mauvais menage,

Vous aurez contre lui tout vôtre voisinage,

Aisi fut dit, ainsi fut fait,

La pauvrette fit son paquet,

Par une sombre nuit deloge sans trompette,

Dans le Nid preparé va faire sa retraitte

Où le Rossignol l’attendoit.

Le lendemain venu, se repand la nouvelle,

Grand scandale partout, où est il? Où est elle?

On vole vers le nid, où l’on voit le Coucou,

Faisant figure de  Hibou, (12)

On se doute aisement de toute l’aventure,

On en fait des Chansons, on en rit, on murmure;

 

(11) C’est un logis que le President Rossignol avoit fait preparer pour servir de retraite a sa maitresse.

(12)  L’aventure de Mad.e Delrieux donna avec raison beaucoup de chagrin a son mary, c’est ce qui fait que dans cette occasion l’auteur dit qu’il faisoit la figure de Hibou, le plus triste de tous les animaux.

 

Lorsqu’un certain Oiseau (13) dont je ne scay le nom,                      [530]

Fort distingué par son plumage;

Mais encore plus par sa raison,

Leur tint a peu prés ce langage;

Mes amis croyez moy laissons là le Couroux,

Laissons le rever tout son saoul.

Ce qui vient d’arriver n’est pas une merveille,

Autant nous en pend a l’Oreille,

Dans son malheur, il est permis,

En un point de se satisfaire,

C’est qu’enfin en ce jour j’espere

Que cet Oyseau devenu pere,

Qui vous a si fort étourdis

Deviendra forcé de se taire

Lorsqu’il aura veu ses petits.

 

(13)  Louis Phelypeaux Sr de Pontchartrain Controlleur general des finances. Il etoit parent de Mad.e Delrieux, et il obligea son mary non seulement a ne pas faire de mal a sa femme, mais meme a la reprendre chez luy par la suitte.

 

Chanson                    1690                            [531]

Sur l’Air, On ne voit plus icy paroître.

Sur Jacques Henry de Durfort Duc de Duras, Marechal de France, Chtr des Ordres du Roy, Capitaine des Gardes du Corps du Roy; etc. lequel avoit commandé l’armée de France en Allemagne l’an 1689 avec peu de succez et sur son frere Guy de Durfort Comte de  Lorges aussi Marechal de France, Chtr des Ordres du Roy et Capitaine des Gardes de son Corps, qui commandoit l’an 1690 la même armée.

 

On ne voit plus de Capitaines,

Parmy tant de braves Soldats, (1)

Ah rends nous l’illustre Turenne, (2)

Nous te rendrons (3) Lorge et Duras.

 

(1)  Il est certain que les Troupes Françoises n’ont jamais êté meilleures qu’elles l’etoient alors. Mais il n’y avit plus de Generaux pour les conduire.

(2)  Henry de la Tour d’Auvergne Vicomte de Turenne Marechal de France etc. l’an 1675, l’un des grands Capitaines que la France ait jamais eu.

(3)  Ce sont les Officiers de l’Armée que l’Auteur fait parler et qui ne sont pas plus contens du Marechal de Lorges qui les commandoit alors que du Marechal Duc de Duras son frere qui les avoit commandez l’année precedente.

 

Chanson                    1690                            [533]

Sur l’Air de Pierre Bagnolet.

Sur la Bataille donnée prés Fleurus et St Amand a 2 lieues de Charleroy le 1er de Juillet 1690. Henry de Montmorency-Luxembourg Duc de Piney marêchal de France, Capitaine des Gardes du Roy, Gouverneur de Champagne et Brie, et general des Armées du Roy, defit absolument l’Armée des Confederez contre la France commandez par le Prince de Valdeck qui se sauva lui a Nivelle; les vainqueurs remporterent 93 Drapeaux ou Etendars 8 paires de Timballes et 39 pieces de Canon de 40 qu’avoient les vaincus, firent 7800 prisonniers dont 900 Officiers, et tuerent s.a 6000 hommes, les François y eurent 2000 Soldats, Cavaliers ou dragons et 400 Officiers tuez ou blessez.

L’autheur de la Chanson introduit le Prince de Valdeck haranguant ses troupes avant le Combat et leur promettant une Victoire certaine.

 

Quand Valdeck aperçeut l’Armée

Du Marechal de Luxembourg,

Il dit picquant sa haquenée,

Ce sont les restes de Valcour. (1)

            Sans Brandebourg. (2)

 

(1)  On a peu voir plus haut comme le Marêchal de Humieres attaqua le 25 aoust 1689 la petite ville de Valcour sotenue de toute l’armée des Confederez que commandoit le meme prince de Valdeck qu’il y fit tuer bien du monde et ne l’a prit pas.

(2)  L’Electeur de Brandebourg envoyoit des troupes joindre l’armée confederée qui n’etoient pas encore arrivées.

 

Sans Brandebourg,                                                                  [534]

Ma foy la Bataille est gagnée,

Nous tenons du Maine (3), et sa Cour.

 

Sus Hollandois faites merveille,

Courage fameux combattans

Tous les François baissent l’Oraille

Nous les menerons battans,

            Dans peu de temps,

            Dans peu de temps,

Compagnons pour vuider bouteille

C’est dans Paris que je vous rends.

 

A moy Nassau (4) troupe fidelle,

Courons au feu faisons fracas,

Nous leur en donnerons das l’aisle

Ils ne s’en retourneront pas.

            Castanaga*

            Castanaga,

 

(3)  Louis de Bourbon Duc du Maine, Prince legitimé de France, Colonel general des Suisses, general des Galeres et Gouverneur de Languedoc, servoit de Mareschal de Camp, et Commandoit la Cavalerie de l’Armée Françoise.

(4)  Les Princes de Nassau freres furent tuez.

* Le Marquis de Castanaga Gouverneur general des pais bas Espagnols.

 

Notre Gouverneur de Bruxelles                                                          [535]

Le fera scavoir aux Estats. (5)

 

Viens prendre part a la victoire

Grand Gouverneur de Charleroy, (6)

Viens d’Espagne augmenter la gloire,

Criant dessus ton palefroy,

            Vive le Roy

            Vive le Roy.

Tu seras plus grand dans l’histoire

Que n’est l’heros de Rocry, (7)

 

Desja pour nous est le bagage,

La poudre et les munitions,

Les Chevaux et tout l’equipage

Seront conduits jusques dans Mons

            Et les Canons,

            Et les Canons,

Dieu scait bons Flamans quel pillage

Au milieu du Camp nous ferons.

 

(5)  Les Etats Generaux des Provinces Unies, joint avec l’Espagne, l’Empire etc.

(6)  Dom Sarmiento Espagnol Gouverneur de Charleroy amena luy meme a la Bataille 2 Regimens de sa garnison qui furent taillés en pieces.

(7)  Louis de Bourbon Prince de Condé qui gagna la Bataille de Rocroy l’an 1643.

 

Viste un Courrier pour l’Angleterre, (8)                                             [536]

Avant qu’Orange soit en mer,

Il aprendra que dans la guerre,

Valdeck vaut au moins un Schomberg. (9)

 

(8)  Guillaume-Henry de Nassau Prince d’Orange aprés avoir usurpé les Royaumes d’Angleterre et d’Ecosse, sur le Roy Jacques II son beaupere et son oncle, comme on a veu ailleurs avoit envoyé Federic de Schomberg en Irlande pour la conquerir sur le meme Roy Jacques qui y etoit et que les Francois secouroient d’argent, de Munitions d’armes et de Troupes commandées par le Comte de Lauzun Lieutenant general, et la Hoguette Marêchal de Camp; le Prince d’Orange resolut d’y aller lui même au mois de Juin 1690 et c’est pour cela que l’auteur de la Chanson dit qu’il faut lui envoyer un Courier avant qu’il soit en mer.

(9)  Frederic de Schomberg Gentilhomme du Palatinat fut elevé a la Cour de Maurice de Nassau Prince d’Orange pere de celui dont il vient d’etre parlé; Il signala d’abord sa valeur et sa capacité parmy les Hollandois vraye Ecole de la guerre, où il acquit une si grande reputation qu’on le desira en France où il vien en 164…. Il y fut Lieutenant general des Armées du Roy et servit en cette qualité jusqu’a la paix des Pirenées. Il alla ensuitte en Portugal general des Troupes Estrangeres où il gagna trois batailles et retablit entieremnet ce Royaume que les Espagnols attaquoient. Il y fut Comte de Mertola et eut 40000 de pension; revenu avec tous ces avantages en France et ayant epousé en 2des Noces Suzanne d’Aumale, car il etoit veuf d’une Angloise dont il avoit trois garçons, il passa en Angleterre l’an 1672 pour y commander des troupes que le Roy Charles IId destinoit contre les Hollandois; la paix faite entre la Hollande et l’Angleterre, il revint en France, où le Roy l’envoya commander son Armée en catalogne. Il fut fait enfin Marechal de France l’an 1675 et l’eut êté plustost sans la Religion protestante qu’il professoit. Il servit toujours la France depuis jusqu’en 1686 que ce grand homme general d’Armée de trois Rois dont il tiroit pension en meme tems et tout couvert d’honneur et de gloire fut obligé de sortir de France avec les autres Religionnaires le Roy Louis XIV lui ordonna de retourner a Lisbonne ou pressé par l’inquisition de Portuga qui n’avoit plus besoin de lui et plus encore par le malheur de son etat il alla par mer en Allemagne et a la Cour de l’Electeur de Brandebourg ou avec la permission du Roy il fut Ministre d’Etat Chef du Conseil de guerre, general des Armées, et Gouverneur de la Prusse Ducale; Enfin le Prince d’Orange ayant son Exedition d’Angleterre en teste trouva moyen de l’attirer a lui aprés la mort de l’Electeur de Brandebourg. Le Marêchal de Schomberg s’attacha depuistout a fait a lui, et quand il alla en Irlande, il etoit Duc d’Aubermale Chtr de l’Ordre de la Jartiere avec de grosses pensions, et beaucoup d’argent comptant. Il y fut tué le 10 Juillet 1690 comme on peut voir plus bas.

 

Grand Statouder, (10)                                                             [537]

Grand Statouder.

Trente mille Francois par terre,

Nous/Te vont vanger de Saint Omer.

 

Dinan sans attendre le Siege, (11)

Doit se rendre a discretion,

Et desja le Prince de Liege

A fait sonner le Carillon,

            Du Te deum, (12)

            Du Te deum,

Tous les Francois sont pris au piege,

Chantons pour eux Fidelium.

 

(10) Le Prince d’Orange êtoit Stathouder de Hollande.

(11) Le Prince de Waldeck avoit dessein d’assieger Dinan.

(12) La veille de la Bataille il y eut un Combat de Cavalerie et de [538] Dragons entre les 2 Armées ou l’avantage fut tout entier du côté des Francois et où le general des troupes de Liege appellé le Baron de Berloo fut tué, cela n’empescha pas l’Evesque Prince de Liege de faire chanter le Te deum dans son Eglise comme si les alliez avoient remporté une victoire complette ce jour lá.

 

Autre

Sur le même air et le même sujet que la precedente.

 

Compagnons, pourquoi nous abatre

Ne songeons qu’a doubler le pas,

Luxembourg fait le Diable a quatre,

Ayons des pieds, s’il a des bras,

            Car des Etats,

            Car des Etats,

Nous avions ordre de combattre,

De vaincre nous ne l’avions pas.

 

Chanson                    1690                            [539]

Sur l’Air; Je vous le dis et le repete.

Ou

Il a battu son petit frere.

Ironique et en contreverité sur Charles de Lenox Duc de Richemont, fils naturel de Charles IId Roy d’Angleterre, d’Ecosse, et d’Irlande.

 

Ce n’est point la mine charmante, (1)

Aimable Milord (2) qui m’enchante,

C’est ton esprit vif et brillant, (3)

Puisé dans le sein de ta mere, (4)

Qui fera que dans cinquante ans

Comme aujourd’huy tu pourras plaire.

 

(1)  Il etoit charmant par sa figure.

(2)  Tout le monde l’appelloit de ce nom dont on apelle tous les grands Seigneurs en Angleterre.

(3)  On pretend qu’il n’etoit rien moins.

(4)  Louise-Renée de Pennankouet de Kerouald Duchesse de Porthsmouth, elle etoit originaire de Bretagne, et fut mise fille d’honneur de Henriette-Anne d’Angleterre Duchesse d’Orleans soeur de Charles II Roy d’Angleterre, elle passa  dans ce Royaume l’an 1670 avec cette Princesse, et le Roy en etant devenu amoureux, elle y retourna aprés la mort de Mad.e Duchesse d’Orleans, et fut mere du Duc de Richemont, elle avoit de la beauté, mais nul esprit, et son fils tenoit d’elle, l’un et l’autre vinrent s’etabit en France aprés la mort du [540] Roy d’Angleterre, où le Roy leur donna a l’un et a l’autre des Lettres de Duc.

 

Chanson                                                        [541]

Sur l’Air ou Chant: Ô Filij et Filiae.

Sur….. de ….. appellé Mlle de St Quentin, nommée pour remplir la 1re place vaccante dans la Chambre des Filles de Charlotte-Elisabeth de Baviere Duchesse d’Orleans; Et sur….de…. sa soeur que l’on appelloit Mad.lle de Pirou.

 

A voir les filles (1) que l’on prend,

On dira que la Montauban, (2)

Dame d’honneur un jour sera

            Alleluia.

 

Que dirons nous de la Pirou, (3)

Qu’elle a bien souvent veu le Loup, (4)

 

(1)  Les Filles d’honneur qu’on prend chez Madame.

(2)  Charlotte de Bautru femme de Jean-Baptiste-Armand de Rohan Prince de Montauban, grande putain.

(3)  Dame d’honneur de Madame.

(4)  Elle avoit deux enfans de Jean-Baptiste Colbert Marquis de Seignelay etc qui l’avoit entretenue longtems et qui en mourant lui donna une somme d’argent considerable.

 

Sixieme fille (5) elle sera.

            Alleluia.

 

(5)  Madame Duchesse d’Orleans avoit 4 filles d’honneur, Madlle de St Quentin faisoit la 5e puisqu’elle etoit nommé, c’est pour cela que l’auteur dit que Mr de Pirou feroit la 6e.